Irréfragable Permanence


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Irréfragable Permanence

 

Au fil du feu les laves ont brasé autrement qu’à l’éteint
le pipe-line des mers pour l’adduction d’ô de sa Nature
Des vents séculairement venus avant l’invention du poumon
le shaker des séismes ignore la glaciation pour tenir au frais ce cocktail unique sans apposer une signature
L’anonyme humble reconnu ne revendique pas quelque supériorité que ce soit
son Grand-Oeuvre sort de la polyvalence métissée du crayon inséparable de sa main

Le magnétisme de son regard reste au plus gris d’un bleu de Clarté

 

Niala-Loisobleu

8 Décembre 2017

 

Figurations


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Figurations

par Michel Deguy
 Nous soucions-nous encore de notre nature, ce devrait être en cherchant du côté de faits, sans doute, mais circonscrits d’une manière singulière, comme on écarte
avec douceur un buissonnement pour y fouiller à une échelle inhabituelle, celle de l’étrange ressemblance de situations telles

quand nous entrâmes dans ce petit poste douanier à la frontière patagonienne du Chili et de l’Argentine, cherché de nuit dans la boue, alors le même sous-officier
débonnaire et aux aguets, les mêmes tuniques salies dans la pièce de bois enfumée par le poêle, le même soulagement après les vérifications officielles
sous les cartes et photographies épinglées, notre réserve un peu anxieuse et gaieté un peu simulée, empressement un peu excessif, et la circonval-lation de même
nuit bientôt réduite et déportée en longues files de captifs à chemises grises par l’est

quand nous entrâmes, sur l’autoroute de Baltimore, dans le même restaurant assombri avec ses passagers semblablement dispersés aux recoins, à voix basse, attentifs aux
arrivants comme aux signes de la fin du monde, alors cette lente concrétion du laps pareil à tout autre en train d’échapper comme les poissons invisibles à ceux qui
pèchent en l’eau interdite de l’autre côté du temps uniforme et brillant et nulle prise ne comblerait une espérance énorme : (jeu de la différence
repassionnée dans la chasse entre l’imprenable et le geste procure un calme inapaisement le nôtre de sorte que par la proie toujours rare, allusion au dénouement, ce temps est
souvenir et le savoir est songe) ; alors le même contentement à s’abriter de la pluie, à se restaurer encore une fois entre amis, la même fois unique, le sentiment sur cette
rive ni espoir ni désespoir de frôler d’une ligne jetée encore le symptôme de ce que Proust dernier peut-être appelle une essence, dans la même tendresse pour
cette distance, douce et implacable surface, entre nous qui mangeant parlions de rien d’aucune manière capitale et le leurre de vérité d’un moment figuré par lui-même,
comparable en tout point de son cours à soi :

chérissant la déception, résignés à cette récompense qu’il y ait abri ainsi dans le monde multiplié de l’insignifiance possible, qu’elle soit devenue notre
demeure à chaque méridien

quand les paumes en or de l’heure de Cologne s’ajointaient, l’oiseau machinal progressait sur les bords, fleuve et voie cours à cours son corps fat son corps vif, jeunissaient les visages
autour de nous, la pelleteuse saccadait sur les berges, le Rhin entraînait l’aube dorée du temps, son corps lent son corps lourd se croisaient cours à cours

quand, passé le graphique Manhattan des crises sur le ciel (d’un coup lisible les chutes les pointes sur le ciel, le bilan d’Amérique apposé bétonné sous la lune
grêlée comme une balle de golf, le gong heurté par les productions Rank) la taverne à poissons sur les docks, reflets de l’East-River sous les piliers des routes, la
violente saleté des trottoirs, le bitume cloqué des avenues où sous les couvercles de fonte bout le sous-sol des Açores, et la foire sur la route de l’aéroport où
les écarts sont devenus inoffensifs, Locus Solus où les Hopis, les Dogons rejouent d’une manière douce et vidée les mêmes danses, terre exsangue, léthargique,
assourdie, asile où le dément rejoue son psychodrame indolorisé

(quelle perversité ce fut la domination de blancs sur la richesse neuve au blason d’épices, l’inépuisable mine à ciel ouvert, les esclaves femmes odoriférantes et les
fruits; leur nonchalance parmi les choses incroyables, bleues-or-noires-chaudes, nues; l’assouvissement de tout désir aussi élégant et direct que se pencher à la source pour
y boire avec ses mains, sourire à cette femme, longer ses hanches noires avec les mains sans secret, et diriger la force vers un service; quel règne sur l’autre côté de la
terre, avec son verso de nostalgie comme un très lent cancer, et peut-être les peintres ont ce plaisir désuet, doux, devant le modèle qu’ils aiment vaguement, laissant
mûrir sa nudité pendant des heures, et, plutôt que la lutte à peau nue, cette transfusion car voici une négresse qu’il conviendrait de poser sur un socle et longuement
dessiner, longuement aimer de peinture; peut-être non moins, est-ce un amour de ce type que nous continuons de rêver d’entretenir avec la « nature », et la femme le
modèle, le redoublement, la perle noire de cette attirance qui rêve d’être entourée par de lents modèles, comme Baudelaire incliné j’imagine demandait à
Jeanne de vaquer dans sa nudité

de ce corps aimer comment jusqu’à l’écorché les nervures les pétioles la veine ouverte reconnaître l’éventré de ce ventre le sang comme une eau de novembre le
lichen des os aimer l’agrandi d’aréoles les pores déserts veiller le scalp et l’orteil les lombes gras comme un plat le cadavre fragile Pévasement des humeurs le dicton
fétide de la bouche la série des oreilles l’horripilé la céramique du derme refroidi

— noirs, je désirai un poème pour vous, mais en quelle langue, votre mélancolie, votre diversité, comme si vous n’étiez pas fixés dans l’espèce, mais
d’argent, de roux, d’ébène friables comme les fleurs jaunissent, dérivent tel un genre littéraire, à Chicago où les blanches pourrissent par les seins, lentisques,
chapeaux, gencives, variqueuses, jalouses des femmes de Matisse dans le salut bleu de leurs membres, it used to be a sea of grass but now le fibrome de votre aire

car la terre hésite entre les deux terres, étroite langue entre la haute terre du Phédon et la bolge des cruels : ce détroit aux oiseaux enciellés, de mon vivant
persistante clairière, l’insignifiance de cette sortie, de cette montée, descente, de cette halte où s’abrite l’amitié spacieuse, au moment où nous entrâmes chez
le fripier de Valparaiso pour changer les dollars, entre les phrases nous feuilletions doucement ces chemises, ces pantalons

autant d’espaces que les choses! Miracle en pains en pans en poissons en couleurs Sa Multiplication; qu’il est chute de lui-même, se prit en plis en nappes en pommes en marteaux, tables,
se cassait aux coins se moulait aux conduits ruissela chaise stalagmisa fleur : le vide passant ici traça bouteille noire, un joueur une goutte un cheval, ça ramifie palmes seins
palmiers drapeaux dentelles philodendrons chemises pantalons

insignifiant qui est le mémorable où nous apparentons, nous repartons sans autre férule que de mots qui font un bois dormant, ce roncier, ce taillis, ce désert, la
connaissance de quoi, puisqu’il n’y a pas congrès pour cet aveu, ce qui nous ruine, ce fin silence toujours recouvert reclus à la maison comme les recluses de province enfermées
trente ans sur une litière de femme laissée à la maison, mais ne faudrait-il pas que le scandale éclate, comment

comment passe le temps, il passe ici ainsi, par une longue île de haies, par un hongre au pré, un cyprès, traînant, longeant les passes de buissons, l’espace de
désœuvrement pour l’œuvre, le monde loin du monde, le centre du caillou non moins présent moins absent que celui de la terre

repère fini mais fui comme une femme aimée, ce livre qui passe, Nô d’unevérité déjà déniée en pensant aux possibles, giration chaude au centre
« l’estomac », plexus pivot de l’alerte qui s’émeut corps de ce qui surviendrait ardente annulation du double désir de planter la tente sur ce Thabor et de quitter tout pour
aller à tout, tandis qu’entre en opposition au viscère la fleur de Van Gogh, l’herbe descend vite à la mer à côté des tempes, la lecture descend le rapide des
signes, le linge jappe, fuir à vide déferle ce matin

où tout est attaché sauf le vent, qu’on ne voit pas, qu’on entend; les herbes, le chemin, les cailloux, les troncs, les poteaux, les cimes, les maisons, les lignes —
attachées à la glèbe; le vent est de passage, non visible, le bruit là nettement détaché de toute montre, bruit pour tous assoiffés linges, branchages qui
s’étirent s’exhaussent se tendent vers son lit, la rumeur est là dense rt fixe à la manière du fleuve passant elle varie comme le ciel comme l’eau dans un cours, lieu berge
de la coulée qui gronde pour autres que les yeux, débit du non-visible le seul qui bouge il fait pivoter l’ensemble, donne un axe tout gire sous le nord-est ou le nord il
boussole

Ithaque le matin reconnaissant, dehors qui est le dedans par les façades redressées plus réelles que leurs loges, la place de pavé, ia foule des arbres prétendant,
l’air invité quand pareil aux ouvriers les bourgeons changent lentement les contours, l’allégresse de n’être rien, errant hémisphère pour l’avance oisive avec le geste
du travail qui rend le monde à l’invisible par moitié au verso de mémoire : poème? nulle allitération d’odeur, mais qu’une phrase ébranle, comme un cuivre le
musical, la langue, c’est à chaque fois l’invention de viole pour l’audible ou de triangle ou de hautbois

un grand clapot des mains dans le lexique, arrose-nous, mais l’image m’arrête des cuves d’eau noire au fond du Trianon, quelle surprise l’obstacle sans bouche, la pensée de l’autre
devenue pierre. Sillage dans la langue et cap sur l’agora des biens, le poème triangulaire comme une figure d’octroi émet la position : Reverdy se règle sur ce qu’il a en vue
pour le chef-d’œuvre de mots dans la soufflerie; le chardon mauve comme la mer anémone… ô folle déclaration d’amour à cette langue! Elle a reçu son territoire,
elle est d’ici où la fleur cyanosée qui repère la mer défilante accroche les mots qui la frôlent, et transforme en sa gloire ce qu’elle touche, j’aime voyage insalubre
comme une île, et lacustre comme un lac éteint, il est à respecter des choses que les r.iots ne nomment pas mais qui les gagent, accords de ressemblance oblique, immortelle et
tourbe, la vraie leçon qui est fable, les tendres emblèmes je déraisonne et comment se rangent malgré nous le mauve l’impair et cet animal, ô voyelles
généralisées, liberté que nul autre ne peut prendre le temps même au vol imploré bat d’aile noire d’oiseau dans le soleil, le jusant me laisse à cette page
épuisée, le sang contre la falaise interne et le roc referme le capot de la mer; là vivre limitrophe s’esquisse; je me suis tu longtemps Madame et vais encore — plaider
comme la mer; silence où passent de longues pages, ressac avant le testament avant le testament contractons la dette

( Illustration : L’accouchement du serpent – Léonor Fini)

Le Ventre où la Chambre d’Echos


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Le Ventre où la Chambre d’Echos

 

Harpe ventrale

Au cœur du Mystère

Bruit d’utérus inséminé par les voix naturelles

Un être va donnant du pied

Rythm and blues

La main se profile empreinte digitale

Du plus loin l’origine témoigne à bruits de sabots

Raucité rupestre inscrite dans les cordes vocales

Burinée empreinte instinctive

Nous sommes de ce non-lieu qu’il faudra défendre

Dents contre l’amère offense

Dont l’innocent nouveau-né devra répondre dès la naissance

Injustice ?

Oui et Non…

Moi je choisis l’initiation

La vie se doit d’être son paradis sans devoir le payer de sa mort

Gardiens pacifiques les oiseaux veillent

Pierre arc-boutée à l’élan de l’arbre

Dans lequel le tracé s’introduit de son savoir

A l’ascension musculaire au disque solaire

Selon les lois de l’Architecture du Ventre de la Mère.

Niala-Loisobleu – 25 Octobre 2017

La Porte Bleue


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La Porte Bleue

 

Entre des tresses d’herbes, deux ou trois remous tourbillonnent. Cils en battements morses, un sémaphore temporal lance des SOS. La patte d’oreille goutte d’une estafilade laissée par le rasoir. La main a recueilli ce que la jambe tremblante a répercuté par les fibres, ces élastiques infimes, tendus comme des cordes à piano touchées par un marteau. Un marteau qui assène des coups à en hurler du dedans. Une enveloppe glissée dans la boîte à lettres hydrophile absorbe le moindre écoulement du cri comme le mouvement du poing avalant l’injustice. Disséquant un mât, le vent cherche dans  les voiles les théories inutiles. Dans une vapeur des sens,  le trip fait offre de candidature. Une porte bat, des images volatiles se glissent dans l’entrebaillure. Le bois ne meurt, il bat d’une vertèbre à l’autre. Il geint du plaisir de la table où sont posés les verres pleins de tous les hôtes assis sur les bancs du mariage entre tous . Il roule de ces calèches emportant les mariés au bal. Il se redresse après les gémissements des reins dans un labour qui enfante, se détend, cassant la croûte dans l’humidité du ruisseau. Il trempe ses mèches aux paniers, avant de se laisser peigner par le déméloir d’une musique baroque. Frémissant comme un creux de calebasse qui vibre sous la main du tango. Les planchers des estrades résonnent, aux applaudissements des tréteaux.Le bois flotte, ventru de ses cales, bombé du pont, enflé du rouf, roulant d’un bord à l’autre de l’étrave. J’aperçois un nouveau pilotis plongé à l’envers des terres. Serai-je en vue du nouveau village ? A tout dire, je reconnais l’origine des ruelles, des vieux murs croulants, des maisons collées à leurs toitures de tuiles rondes, il y a même des prés d’herbe qui me caressent la pensée. Je saisis mes pinceaux, voilà le chevalet est debout, la vie renaît dans les toiles

Niala-Loisobleu – 14 Octobre 2017

 

SOUS LES CRAQUEMENTS DE LA MARCHE


SOUS LES CRAQUEMENTS DE LA MARCHE

Voici venu le temps où les ors vont perdre la tête dans leur bain de sans. Du bois mort voici venir la renverse. Le courant de la sève se prépare au jusant. Introspection des positions. Le kama sutra fait les boîtes à lettres en partouze avec les pubs. C’est l’amour chante-t-on sur tous les tons, y compris les rabattus en plein accord avec le terne du loyer. Dans l’aumônière le mendiant ouvre la main. Noix, noisettes, figues, dattes, c’est le dessert. L’été s’est retiré de la pulpe pour  le moment du fruit sec. Surbrillance aux quatre vents, la putréfaction veille. Les miroirs se retournent pour faire voir le dedans de l’image. Dans la sauvegarde des chemins buissonniers, les enfants ont stocké assez de craies pour caser le ciel et la terre dans les pavés de leurs marelles.

Automne tu fécondes le Printemps !

Les pieds de la marche ensilent la sève du bois vers.

Niala-Loisobleu – 27 Septembre 2017

 

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NIALA 1984

A cheval de semailles


A cheval de semailles

D’île en île,

j’ai navigué guidé par le vent d’une seule volonté: que les côtes n’aient d’autre visage que celui du large

Tempête en encolure

les poils de mes crinières ont blanchi aux écumes ourlant les rivages

de tous bois de flottage

entre selle et sel d’une trouée bleue dans les nuages

 

mes pores suent des rancoeurs d’accordéons qui ont le tort de visser les pas du tango au plancher du radeau, un mirage en traversée sous les tournoiements d’une boule dans la gorge

On peut aimer la fumée des escales dans l’écart des cuisses de la brume sans que l’Île au Trésor en sorte comme de l’absoute du confessional

Les couleurs du tant galopent sur la crête des canopées en suivant le mouvement des ailes des perroquets, des tape-culs et des misaines toutes voiles hissées gonflées du vent des chemins de liberté écrits au burin à l’encre des pierres

Niala-Loisobleu – 23 Août 2017

 

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