LE FOUTRE ET LES ORTIES


LE FOUTRE ET LES ORTIES

 

 © Mélanie Talcott ©

Ceci est un large extrait de mon dernier livre Goodbye Gandhi qui, je l’espère, suscitera la curiosité des lecteurs, d’éventuels chroniqueurs et pourquoi pas, d’un éditeur courageux, car il est fort éloigné de ce « feel good » si tendance… Comme son titre l’indique, il se déroule en Inde et aborde des thèmes que l’on contourne, leur préférant cette Incredible India tant vantée par les Tours Operators, la publicité, certains médias et… nos idées lustrées.

Il est disponible actuellement au format numérique (toutes liseuses) sur Amazon.fr et fnac.com

 Mélanie Talcott

Des mouches de chaleur dansent devant ses yeux. Ils dorment en chien de fusil, encastrés les uns dans les autres sur des nattes. Jambes entrouvertes, bras jetés au-dessus de la tête ou mains sagement posées sur le sexe. Parfois leur corps est parcouru de tressaillements désordonnés… Elle se demande à quoi ils peuvent bien rêver et même s’ils rêvent encore à quelque chose tant tous ces millions de vies qui naissent et s’éteignent dans la promiscuité leur dénient une quelconque importance. Ils dorment tous sauf Mani, Leena et peut-être Murga, le genre d’adulte en herbe à ne dormir que d’un œil.  Elle se rappelle sans savoir trop pourquoi, avoir recopié il y a longtemps, façon Ben, sur un tableau noir une citation de Romain Rolland. S’il est un lieu de la terre où aient place tous les rêves des vivants, depuis les premiers jours où l’homme commença les songes de l’existence – c’est l’Inde. Elle se voit encore y ajouter quelques années plus tard cette réflexion qu’elle avait lue ou entendue. L’Inde ? On y reste un mois, on écrit un bouquin. Un an, on n’écrit plus que quelques articles. Au-delà, on n’écrit plus rien. Elle y avait ajouté : on s’y noie.

On ne traverse pas ce foutu pays, il vous traverse et dès qu’on quitte ce gigantesque chaos qui fermente dans ses veines, il redevient un mirage. Ce doit être cela, le mal de l’Inde pour les Blancs, pense-t-elle. Au début, je n’y ai pas prêté attention, absorbée que j’étais par l’invisibilité de ce formidable organisme qui semble posséder une vie propre, sans autre règle que celle, précisément, de ne pas en avoir. Je ne sais pas si j’aurais pu changer le cours des choses. La vie ici semble ne tenir à rien, ni au hasard ni à la fatalité. Le bien et le mal s’entremêlent si intimement que quoique l’on fasse on en éprouve peut-être quelque fierté ou regret, mais finalement jamais de culpabilité. J’en devins amorale avec une aisance désarmante. Passés les premières épouvantes visuelles et olfactives à t’en donner le tournis, on s’habitue relativement vite, ce fut mon cas, à la pouillerie du sous-continent indien et à la dévastation orgiaque de sa chair qui s’affiche à pleines rues dans les corps des miséreux. Les moignons, les sourires édentés, les mouches qui grêlent la peau, les yeux rougis d’alcool, la supplique inscrite au creux de la main tendue, la mort patiente qui attend… D’abord, ça te fout la honte dans le rouge. Ça te chavire la conscience. Ça me donnait envie d’hurler. Petit à petit, ça s’installe doucement dans ta rétine, ça te surprend de moins en moins, ça ne t’émeut plus du tout. Et pourquoi puisque l’Inde elle-même n’est pas compatissante avec les siens ? Jamais. Au début, je me souviens aussi, j’étais drôlement fière d’extirper mes enfants parrainés de cette mouise qui leur collait au karma comme une malédiction. Ils flanquaient de sacrées cornes à ce mantra de traîne-misère. Les premiers mômes, c’est Murugan qui les a trouvés. Qu’est-ce qu’il était beau ! Et malin. Je lui faisais confiance. Comme à la plupart des gens qu’il me présenta. J’avais tort. A cette époque, il existait en Inde autant de choses illégales qu’aujourd’hui, mais on n’y prêtait pas la même attention. Il suffisait d’arroser les véreux à tous les étages pour jouir d’une paix coolement marchandée jusqu’au prochain racket. Murugan était l’un des leurs. Il disait aux parents qu’il emmenait leurs enfants, chez une Blanche, pour les éduquer et il demandait, en général au père qui ne savait pas lire, de signer des documents à l’entête de Children from nowhere, ou encore d’apposer l’empreinte de son pouce. Gamins abandonnés, parents décédés. Le tour était joué. Pour une famille trop collante, il avait la formule prête : ne reviens pas, parce que cela perturbe les enfants. Je n’y ai vu que du feu. Je me consacrais au parrainage. Absolument génial ce système de « tonton d’Amérique » qui permet de subvenir aux besoins basiques d’un enfant du bout du monde pour à peine le prix de deux paquets de lessive ! Les subventions, les parrainages et les dons affluaient de partout. Les roupies se multipliaient, les extorsions aussi. Pas de pots-de-vin, pas de papiers, pas de gamins.

Elle soupire. Mani, Leena et Murga lèvent la tête, attentifs au moindre de ses changements. Mais elle se contente de les dévisager.

A part leur bout de trottoir, que connaissent-ils de l’Inde ? Ont-ils conscience que leur Incredible India te bouffe comme un cancer à la sournoise ? Faire de l’humanitaire ne rapporte pas grand-chose, sinon une satisfaction égoïste qui malheureusement ne dure que le temps des illusions. Impossible de suivre l’inflation galopante des dessous-de-table. Je ne savais jamais ce que demain me réservait. Il suffisait qu’un flic, qu’un fonctionnaire, que n’importe qui avec ses petites et grandes entrées ici ou là vienne exiger son pesant de roupies pour que tout s’arrête. Arroser, arroser encore et encore. Je ne pouvais pas suivre. Mais je ne voulais pas renoncer. Parrainer plusieurs fois le même gosse a été une idée de Murugan. Une entourloupe soft mais vouée à l’échec à court terme. Impossible à gérer un tel fichier !

«  Vous connaissez le patron du restaurant Satya ? dit-elle sans s’adresser en particulier à l’un des enfants. Elle désire juste arrimer sa mémoire à quelque chose de perceptible. Des mots, sa voix ou la leur.

— John l’américain ? »

Son regard part à la dérive, se brouille d’images, s’absente. Leur réponse est sans importance. Elle se souvient. John l’américain. Un géant roux à la peau d’un blanc ivoirin, un colosse aux apparences trompeuses. Une obésité sans mollesse. Une forteresse de chair qu’il s’était peaufiné peut-être par désespoir – l’idée la séduisait, le cynisme l’horrifiait encore – une mélancolie minutieusement escamotée dans son ossature sculptée de ses multiples excès. Un type incroyablement cultivé. Gros buveur, gros mangeur, gros baiseur, bref doté d’un appétit furieux en qui il voyait la proclamation gustative de l’anarchisme rigolard dont il se réclamait. C’était vers lui qu’elle avait été cherchée une solution. Par instinct. Non seulement, il avait la réputation d’aimer les très jeunes garçons, ce qui évacuait entre eux toute possibilité des ambigüités de la séduction, mais aussi celle de posséder une habileté machiavélique à retourner les situations les plus foireuses en sa faveur. Il l’avait écouté sans l’interrompre, lui avait servi un whisky et tendu un joint.

« Fume, ça te détendra. Et pour l’amour du ciel, arrête de chialer, ça ne t’avance à rien et ça me fout les nerfs. Je ne supporte pas les gens qui pleurnichent. Mais bon Dieu, Monique, qu’est-ce que t’imaginais ? Que l’on allait te faire un triomphe pour faire la tournée des Grands Ducs avec tes bidons de lait ?

— Rien. Tout, avait-elle reniflé. Autre chose en tout cas que cette putain d’extorsion incessante.

— Ma puce, j’ai l’avantage ou l’inconvénient, cela dépend du point de vue de chacun, de vivre dans ce pays depuis plus longtemps que toi. Tu y es arrivée avec les illusions béates de ta jeunesse. Moi, avec la guerre du Vietnam aux trousses et un négoce, peu reluisant je te l’accorde, mais ô combien lucratif, celui de la drogue, le même que j’avais à San Francisco, les flics au cul en plus. Comme toi mais pour des raisons très pragmatiques, j’ai fait le Hippie trail jusqu’à Goa. Terminus entre enfer et paradis. Quel trip nudiste ! Rends-toi compte : même moi qui suis un esprit jouisseur, putain, tous ces culs à l’air, tous ces testicules mous, tous ces seins pointés au zénith, toutes ces mamelles en oreilles d’épagneul, ces fesses rebondies ou déprimées, en train de rôtir, de bummer – mendier dans mon vocabulaire – ou de s’enfiler sur la plage, ça finissait par me faire débander. Je ne me voyais pas finir en vétéran déjanté du trimard. J’ai cherché un lieu plus cosy. Pondichéry. Mais comme toi, j’étais persuadé que l’Inde nous offrait l’occasion d’effacer toutes les ardoises de nos conneries, qu’elle incarnait l’Éden de tous nos fantasmes judéo-chrétiens. On s’est fait baiser par Jésus, Krishna, Ravi Sankar, Krishnamurti et tous les Gandhi, l’original et ses photocopies et la Rolls Phantom psychédélique de John Lennon. Ajoute à cela qu’après l’assassinat de Sharon Tate, il est devenu difficile de croire aux petits oiseaux, aux fleurs et aux love-in.

— Quel rapport entre tes choix et le mien ?

— J’y viens. Pas plus que San Francisco, Amsterdam ou Katmandou, l’Inde est un paradis. Dieu et Diable y sont potes et trempent dans les mêmes eaux troubles. Le bien, le mal, je ne t’apprends rien, c’est la même foutaise éternelle. L’un n’existe pas sans l’autre. Ici plus qu’ailleurs, si tu veux parvenir à ton but, sauver quelques mômes de leur dépotoir, tu dois composer avec les deux. L’idée est que si tu es bonne comme la romaine et que tu courtises l’altruisme, il vaut mieux l’oublier tout de suite. Alors un conseil, Monique : si tu veux prospérer dans ce pays, tu n’as pas d’autre choix que d’accepter de te plonger dans son chaos.

— ça signifie ?

— Renverse la vapeur de telle sorte que ceux qui te contrôlent aujourd’hui, dépendent de toi demain. Une créance ouverte sur leur intimité. Celle dont ils subissent, le rouge au front, les turpitudes, mais pour laquelle ils sont tous prêts à se damner.

— Mais de quoi me parles-tu, John ?

— Du foutre, Monique, du foutre. Ne me regarde pas avec cet air d’ahurie. Oui, je sais. Tu as la réputation, la rumeur chez les expatriés est une pathologie endémique, de lutiner les anges plutôt que les hommes, bref d’avoir une sexualité monacale. Ne rougis pas. Il est de notoriété quasi publique que tu es rabougrie comme une figue. Mais bon, tu as investi ta jouissance physique dans le sauvetage du monde, le bien des autres, l’humanitaire. Et sans doute entendre le mot foutre te fait blêmir les ovaires. Je t’explique, ma puce. Là, où l’homme va, le foutre va. Là où le foutre se déplace, l’homme se déplace. Exactement comme les orties. C’est une mauvaise herbe qui lui est indispensable. Il te suffit pour agrandir cette vision de songer au blé. Lui c’est un aristocrate. Pour qu’il croisse et se multiplie, il faut le bichonner artificiellement. L’ortie, elle, elle pousse partout sans, avec ou malgré l’homme, et là où il dépose ses armes. Car l’ortie aime le fer et là où il y a eu des invasions, au nom de je viens vous libérer ou vous convertir à mon Dieu, là où il y a un sabre, un fusil, un tank enterrés, il y a des orties et du foutre. »

Elle pouffe de rire. Son corps tressaute. Elle ne sent que ses poignets, la morsure des cordes et l’urine qui coule en petits jets entre ses cuisses, dégouline le long de ses jambes légèrement fléchies, et forme des petites flaques autour de ses pieds.

A force de me pisser dessus, je vais puer comme un bouc.

«  Tu crois qu’elle pleure ? chuchote Leena.

— Non, pas encore, lui répond à voix basse Mani. C’est trop tôt. Elle doit rembobiner dans sa tête tout ce qu’elle a fait. Moi, si j’étais elle, c’est ce que j’ferai. Quand on nous punit et qu’on se prend une beigne, on chiale, on renifle et on va s’asseoir dans un coin pour se faire oublier.

— Et pis on pense à la bêtise qu’on vient de faire, on se la rejoue dans la tête, on change une chose, puis une autre, même que des fois on se dit que tant qu’à se faire punir, on aurait pu la faire encore mieux, la bêtise, renchérit Leena.

— En tout cas, c’est ce qu’Anniyan aurait voulu qu’on fasse. Donner une autre chance à cette bonne femme, intervint Murga. Moi, je regrette jamais ce que je fais. Y’a toujours une raison. Bonne ou pas, je m’en fous. Mais je ne suis pas certain que la vieille en avait. Je veux dire des bonnes raisons pour faire ce qu’elle nous a fait. »

Elle voit leurs lèvres remuer, leurs corps qui avancent, reculent, s’inclinent. Elle s’en moque, elle est dans son fou rire, le foutre et les orties, dans la voix de John et son plan d’enfer. Une gorgée de whisky, une taffe. Une gorgée de whisky, une taffe.

Alexandre, Patton, Napoléon, les Français à Diên Biên Phu, le front de l’Est, les soldats de sa Gracieuse Majesté et les Américains au Vietnam… Elle les avait tous fait défiler. Une armée d’orties pataugeant martiales et en rangs serrés dans une mer de foutre. Mais elle ne voyait toujours pas où John l’américain voulait l’emmener.

« Ne te vexe pas, John… Cela fait un bon bout de temps que je n’ai pas ri comme ça ! Elle est sacrée bonne, ton herbe !   

— Réveille-toi, Monique. Je suis un homme d’affaires. Outre mon restaurant qui est une référence à Pondi, tant pour ce que l’on y mange que les rencontres que l’on y fait, des dizaines de mioches travaillent pour moi en vendant de la drogue tout le long de la côte de Coromandel, d’Anjugramam au sud jusqu’à Chennai au nord. Alors je te l’affirme, il n’y a pas un business qui ne se fasse ou se conclut sans y  inviter le foutre.

— Tu dis n’importe quoi, John ! A croire que le monde et ses arrangements se règlent à coups de reins et de shoots d’hormones.

— C’est ainsi, ma belle et cela a toujours fonctionné de cette façon ! Partout, à toutes les époques et dans tous les milieux. De la Genèse aux alcôves vaticanes, des intellectuels grecs à la société machiste romaine, des Mayas aux samouraïs au Japon, des cours royales européennes aux Bacha Bazi afghans, des lupanars sans frontière aux monastères, de l’Orient à l’Occident  jusqu’à nos démocraties actuelles, le commerce de la chair masculine et féminine, pubère et impubère, a toujours fait la fortune des Etats et le bonheur dérisoire de bien des corps. Au fil du temps, il s’est ainsi créé une société parallèle, digne des meilleurs polars, secrète et honteuse, maffieuse, des mauvaises herbes nécessaires à nos sociétés et bénie par toutes nos hypocrisies. Une société très importante qui brasse énormément de pognon et fait vivre énormément de gens. Et ce ne sont ni l’humanisme, ni la liberté sexuelle, ni le peace and love qui vont y changer quoique ce soit. Au contraire, cela va peut-être même favoriser son expansion. Tout le monde gueulera comme d’habitude, mais la plupart en profitera et finira par admettre que personne n’y peut rien. Je te parle de sexe, de cul, de baise, de bijoux de famille et de chatte. Tu veux ton indépendance financière, ne dépendre ni des subventions, ni des dons et encore moins des dessous de table ? Tu veux non pas la changer, c’est une utopie, mais donner des outils pour une vie meilleure à des centaines de gamins ? Donne donc à ceux qui ont quelque chose à cacher, la came qui les fait sortir de leur tanière. Tu as vu le nombre de types qui reluquent les petits revendeurs de souvenirs, les morpions en haillons et les fillettes nattées ? Moi-même j’aime les mouflets à l’adolescence à peine entamée et j’ai toujours besoin de chair fraîche pour mon plaisir.

— Mais…

— Il n’y a aucun mais qui tienne, Monique ! Le fric que tu peux ramasser dans ce commerce bilatéral, assouvissement des fantasmes occidentaux contre le corps de crève-la-faim à la sexualité quasi intacte, est inimaginable. Alors deviens Rungis ! Arrête d’être une petite détaillante de viande qui vend du persillé. Si ce n’est pas toi qui le fais, d’autres le feront et il y a fort à parier, n’importe comment. Tu es rationnelle et méthodique. Prends-le comme un business. Tu seras surprise des tapis rouges qui se dérouleront sous tes pieds. Les bakchichs, c’est toi qui les distribueras ! Et dis-toi que tout le pognon dégueulasse que tu gagneras, te permettra d’investir dans des choses chouettes. Comme l’a dit un gars célèbre de chez toi, Danton, un mec qui s’y entendait pour faire rouler les têtes dans le panier : on ne détruit que ce qu’on remplace.

Le monde est presque arrivé à son dernier matin. Là dans les bois, que du muguet qui se les gèle. Ouah, l’emblème du bonheur comment peut-il en corps bander au naturel quand tout est devenu gonflable ? La pt’ite pillule, c’est l’indispensable vie  à gras dans c’te pénurie d’action du gonflement de sang. Pauv’ p’tit brin tes clochettes sont vides…

Oui, si j’apporte cet impressionnant témoignage c’est poussé par l’espoir qu’il contient de par son dire. On nous vend du vent, comme si nous n’étions que des paumés de la nuit sans jour. L’Inde, je connais bien, c’est beau comme sale, ça pue comme c’est les rats d’un cinéma qui baise l’innocence par derrière l’intouchable. Les fumées d’en sang d’une âme de caste qui font rêver que les enfants de riches. Tiens nos candidats y doivent avoir trop fumé, après un si longtemps de programme, tout changer en vue du poteau, ça vous interpelle pas ? Sous la tribune où ils parlent, le sabre, et le tank doivent lever le foutre et le orties de leurs envies de pouvoir.

Niala-Loisobleu – 1er Mai 2017

 

bundi02

 

MOT A MOT 3


15.08.2016 - 1 (1)

MOT A MOT 3

LES DEFROQUES DE L’ESPRIT

Dans tous les sens la réplique
mémorise des lambeaux
se revêt des travestis de l’imaginaire

Une tentative d’éradiquer les songes
afin de se révéler à soi-même

Adieu au jargon du patrimoine
pour désormais en saisir les sentences

Selon les plus récents écrits
éventer signifie aussi avertir

Allier les uns aux autres les domaines
pour découvrir l’unique issue
ouverte aux amants furtifs

Albert Ayguesparse

Le monde un soir se couche si sûr de lui qu’il se cherche au petit-jour de s’être perdu durant la nuit

Pendant que les mains plaines je labourai sans fouetter le cheval, tu minais mon chant de graines sans prévenir autrement que par des couches d’ô zones si ambigües qu’il devînt impossible de savoir quel Moi on était

Quand l’Amour se taire, dis-moi comment on peut emplir son grenier ?

Entre deux eaux, j’en brasse

Voici venu l’ordre de briser mon mal de dos, d’éteindre l’acide de mon oeil et de béquiller mes jambes, mourir oui, mais à la seule condition que ce soit vivant.

Mourir mourant est si affligeant

que je le refuse

Je veux pas mettre d’issue fatale à mon idéal

Je t’aime comme je n’ai cessé

en ce qui me concerne

Niala-Loisobleu – 11 Avril 2017

23

LENTEUR IDOINE


10ef555b328b4459f3fb4674f68f014a

LENTEUR IDOINE

Il faut des jours de rien pour remplir une journée sans courir les échoppes en guise de matière de remplissage . L’embarras saisonnier de mèche avec un trop-plein de boîte à l’être, plus une pincée d’incompréhension ça peut vous gâcher l’Adam plus vite qu’un truc à l’origine reptilienne d’une histoire de paume. On va pas se laisser avaler n’arrêtait pas de me dire le soleil, prends lentement ce que la nouvelle-lune peut changer et  en voiture Simone. Alors partant au devant, je pensais qu’ aller ouvrir la cabane serait de bonne augure.

On dirait que je pense à toi Manache, chaque fois pareil, quand à cette époque printanière, j’accomplis ce rite de passage, pour laver le linge de la haine. Aragon pris à contrecarre, c’est faire comme vouloir faire l’éloge d’un BHL et de sa Barbie. T’inquiètes mon Jean, toi tu Ferrat la vérité, rien que la vérité, j’te l’jure. Le reste on s’en bat l’oeil. Lentement mais sûrement. Sur les mues des mois passés, une virginité s’étend lentement. Personne, on entend le sol respirer et sous les aisselles des troncs on peut voir des nids perler un duvet neuf. L’animal est maître du territoire, qu’il soit à poil ou à plume, la peur du colon envahisseur ne vient pas lui troubler la chanson. Autour on voit les mots devenir charnels. C’est vivant ce calme qui encourage la nature à se se montrer nue.

Cette fois le départ a un manque d’outils rituéliques, mais il ne restera pas dans l’amertume du vélo volé. J’ai vu cet après-midi venir le début d’un attendu demeuré en hypnose.Il y a du semblable à un certain parcours poétique où le loup ne mangeait que les ronces et tissait une jolie robe à la jeune fille sans tomber dans le mélo de la grand-mère. Les glands des chênes ont une pointe verte au nombril. La voix off Nous est connue. Cette lenteur comme elle part, promet bien des satisfactions d’attente.

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2017

15c2ef76b85855a468c3b082aa3d0a6b

LA BOÎTE A L’ÊTRE 12


main-header_father-nature

LA BOÎTE A L’ÊTRE 12

L’AUTRE VERSANT

Des deux, puisque côté versant il y en a toujours deux, que tu sois seul ou pas, l’un se reluit au soleil pendant que l’autre, pas forcément fainéant, a beau faire, ou il se gèle ou il pâlit de n’avoir pas de couleurs à poser dans son écriture.

Mais qu’à cela ne tienne le plus joyeux des adrets au moment où tu sautes à pieds joints dans la grosse vague qui va enchanter ton bain de mer, t’éclate en pleine poitrine et te roule au fond de l’ubac…c’est la tasse…du sable plein la gorge et les yeux, que quand tu redresses le torse, tu reconnais plus ta tête tant elle elle est cernée sous les poches et dans l’affaissement des moustaches.

C’est la vie, dans le chemin des herbes, celles que tu as choisies folles, sauvages, ignorées du soin esthétique du rasoir ou de la tondeuse, le vrai poêle toujours chaud, qui te laisse comme le sauvage, touffu du partout, généreux sans restriction ni des selles ni du mail ô

J’ai pleuré si souvent avec Grand Jacques, d’avoir, bien qu’avertis, lucides, été trahis et condamnés à perdre une confiance que porte l’innocence naturelle.

Assommés on se retrouve ko debout au milieu de sa joie d’aimer vivre.en aimant aimer.

On n’a plus qu’à ramasser quelques penailles d’un quotidien indifférent, pour les fourrer dans une cheminée vers son ailleurs, en allumant son feu d’aller mourir ce monde-là…

Niala-Loisobleu -20 Septembre 2014

Ce matin en ouvrant son poste, il a trouvé dans sa boîte un faire-part de quarante haine disant les maux qui tuent. N’oublies jamais que je t’aime avait aile dit en sautant librement sur sa branche, toi tu n’es pas un oiseleur, tu m’enlèves toute peur.

N-L – 08/02/17

benoit-courti-photographie-15

 

A SEL QUE J’AIME


A SEL QUE J’AIME

J’ai des patins dans la langue à roulettes

un tricycle branché patinette

Comme une membrane mes tempes battent macadam

un vasistas percé au plafond des nuits noires

Mitres cheminées aux zincs des percolateurs

ça fume du toi à moi

Un panier d’oeufs durs

une odeur viandox

de la cendre froide

sur le tapis d’un disque de der

autour d’une table de bise trot

mes lèvres te courent après la soupe à l’oignon

des forts des halles

aux douves de Pierrefonds

Le paysage sur l’impérial Prosper

plat comme un Mérimée

comme disait le père Hugo

A hauteur démesurée

j’me dis des pensées ramenées à leur juste proportion

Notre-Dame où est le bon son de cloches

Si Viollet-le-Duc avait pas trouvé du gypse sur tes murs

aurait-il redonné un accent autour de Carcassonne

c’est une bonne question

où ce que j’aime dans la pierre c’est la maladie d’amour

avec cette brune heure de ses cheveux blancs

puis l’âge ça embellit par l’authentique resté intact

m’aime agrandi que je crois

bien sûr faut pas laisser mourir la vie

seulement faut pas confondre retendre l’appeau

avec chasser l’âme au profit de l’apparence

Le paraître ça me fait comme un don qui schoote en touche

au lieu de se foutre à poils

porté par une élévation verticale

Un jeune homme préoccupé par l’existence se cogne à tous les carrefours du sacré

d’où viens-je pas facile à vivre

et quand on se prénomme Piscine

j’te dis pas la profondeur du grand bain

surtout quand t’en arrive à t’embarquer avec un tigre du bain gale

Ceux qui savent tout c’est vrai ça n’existe pas

l’Ô dit sait macache rien de bon

Faites pas attention

quand j’parle en faisant semblant d’être tout seuL

c’est que j’suis avec quelqu’un très proche

Comme cette nuit

où j’ai revu enchanté

L’Odyssée de Pi

pas eu peur

et c’était pas du cinéma trop beau pour être vrai.

Niala-Loisobleu – 19 Janvier 2017

frog-1367440_1280

 

Vents divers…


Vents divers…

 

Quand au chavire tout, le même jour change de tenue plusieurs fois entre les heurts d’un vent déménageur, se tenir debout dans l’idée demande une conviction d’un autre tant.

Un temps périt…

La nature humaine est ainsi faite. Elle a ses saisons où l’attirance est solidement ancrée, puis les moi émoi où faut passer un ravin soudainement apparu. Sur un pont de singe qui vous vide l’estomac tellement ça balance.

A qui la faute ?

Bah, je laisse les prédicateurs savants dans l’art de profiter du moment de faiblesse idoine, se faire leurs courses. Un être humain qui souffre (les motifs sont tellement nombreux…) c’est une sensibilité exposée au pire. Prise par l’impératif de sortir du sinistre. La peur n’est pas le visage du vil que la littérature dispense. Moi je crois que c’est le premier sentiment qui arrive à la naissance et qui reste jusqu’à la mort.

La peur elle est le témoin du bien et du mal.

On ne vit pas sans elle, on vit avec ailes.

Ce que je mords de mes dents tellement j’y tiens, peut se relâcher l’instant d’une carie qu’il faut soigner. Ce qui n’a rien à voir avec l’os auquel je tiens.

Je n’oublie rien de ce qui me fait chien.

Niala-Loisobleu – 22 Novembre 2014

 

carcassonne-chien