QUAND RETRANCHE


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QUAND RETRANCHE

Qu’une buée à dessiner, je t’écoute pare-brise ruisselant

de rage les essuies-glace t’ont dégrafé.

La rivière se flaque, je rame, la route s’enlise, je m’envole

cormoran pour dépasser la ligne d’horizon, mettre ma cravate, mon veston et le bas de mon pantalon au seuil de ton cri.

Un long courrier Mermoz sur l’étendue sablée, le Petit-Prince s’élève en tenant la ficelle de son ballon, Antoine est fait Saint-Exupéry sans avoir été canonisé.

Je crois venir une foi de Toi.

Quand je te prie les seins des deux mains, un autre jour se fit, ça va de soie comme l’arbre Amante produit la fraîcheur d’enfants aux yeux bridés. Ton delta est bien plus muni de bras que Civa pourtant quand tu pieuvres t’as les yeux qui salent à me faire suivre ton étier. Les huîtres verdissent aux claires et les moules grandissent aux bouchots, un esquif à fond-plat bourriche.. Sous la pierre l’algue se redresse à la montée de la marée, mon estran passe, va-et-vient l’oeil collé au coefficient de tes seins, mes balises.

Sais-tu qu’à lin je suis de toile à sac, chien fou pacifique d’une image de Gauguin luttant contre la petite-vérole des permissions de marins à découvert. Tes reins et tes pores de nacre, si je les empoigne je me sens du Bario comme un Astor débarquant rue de Lappe, plus chien qu’une baveuse de dogue allemand.

Cent ans avant, mon grand-père affalé dans son boyau canonné, en était à se forger l’idée que jamais plus il ne reverrait Marthe…

Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2018

LA BOÎTE A l’ÊTRE 39 – Yves Bonnefoy: « L’inachèvement est ce qui caractérise la poésie »


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 39

 

Yves Bonnefoy: « L’inachèvement est ce qui caractérise la poésie »

On dit
Que des barques paraissent dans le ciel
Et que, de quelques-unes,
La longue chaîne de l’ancre peut descendre
Vers notre terre furtive.
L’ancre cherche sur nos prairies, parmi nos arbres,
Le lieu où s’arrimer,
Mais bientôt un désir de là-haut l’arrache,
Le navire d’ailleurs ne veut pas d’ici,
Il a son horizon dans un autre rêve.

Les livres d’Yves Bonnefoy se succèdent, et il est difficile de n’y pas reconnaître cette grande voix, dans sa permanence et les changements qu’imposent les années. Quand le poète excelle, alors le poème se nourrit de sa propre atmosphère légendaire, que chaque vers, chaque groupe de mots enrichit de certitudes, de doutes, de notations à la fois attendues et surprenantes. Bonnefoy prend des précautions pour dire des choses simples, en précipite de plus complexes, poussant devant lui un flot énergique et doux, où l’on reconnaît sa matière dans ses métamorphoses :

 

Il advient, toutefois,
Que l’ancre soit, dirait-on, lourde inusuellement,
Et traîne presque au sol et froisse les arbres,
On l’aurait vue se prendre à une porte d’église,
Sous le cintre où s’efface notre espoir,
Et quelqu’un de cet autre monde fût descendu,
Gauchement, le long de la chaîne tendue, violente,
Pour délivrer son ciel de notre nuit…

Cette Longue chaîne de l’ancre, dont proviennent ces deux extraits, offre la plus belle séquence de vers du recueil. Quant à la prose, on vantera l’éclat de L’Amérique : cette façon de se laisser surprendre par le récit, qui se mue en méditation, avec superposition d’une scène parallèle, imprimée antérieurement dans la mémoire (pure rêverie ?), seul Bonnefoy nous procure de telles émotions dans le moderne poème en prose. Mais c’est au prix d’une surveillance du rythme et du style dont ne témoignent pas au même titre toutes les pièces ici réunies. Un recueil ainsi fait n’est pas forcément un livre : aux inédits s’adjoignent ici, en plus grand nombre, des ensembles parus de 2001 à 2007, dont l’hétérogénéité est patente. Qu’importe :

Et voici qu’un enfant essaie de revenir en arrière, malgré l’étroitesse de la voie – vers qui ? Il se heurte aux autres, eux si requis par la difficulté d’aller de l’avant et de retenir leurs ballons qu’ils ne le voient même pas. Je le prends par le bras, je le retiens. « Où vas-tu ? » lui dis-je. Il lève vers moi deux yeux agrandis par une pensée dont jamais je ne saurai rien. Et je lui ai demandé encore : « Comment t’appeles-tu ? » Mais sans répondre, et me regardant toujours, de ses yeux pensifs, il secoue la tête.

Comme ces barques du ciel citées plus haut, ce qui passe et s’interdit entre l’homme d’âge et l’enfant qu’il fut est le thème insistant, profond, de cette grande période qu’on a vue commençant avec Là où retombe la flèche… Lui fait écho le trouble du poète devant sa propre écriture :

Je défroissai mes notes… je n’y découvris aucun sens. Des mots, mais dont la pensée s’était retirée.

De très belles pages.

Jean-Marie Perret.

 

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LA MORPHOLOGIE DE LA METAMORPHOSE


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LA MORPHOLOGIE DE LA METAMORPHOSE

C’est avec une flûte

c’est avec le flux fluet de la flûte

que le fou oui c’est avec un fouet mou

que le fou foule et affole la mort de

La mort de la mort de

c’est l’eau c’est l’or c’est l’orge

c’est l’orgie des os

c’est l’orgie des os dans la fosse molle

où les morts flous flottent dessus

comme des flots

Le fou est ce faux phosphore qui coule

phosphore qui cloue la peau du feu

aux eaux aux flots de la porte

alors que la mort de la mort

de la mort morte et folle

n’est que le lot le logis de la faute

qui fausse la logique de loup doux

de la forme

de la forme en forme de mot en forme de mort

en forme de phosphore mort

qui flotte au-dessus de la fausse forme

c’est le loup du faux cette forme

le faux loup qui fait qui ferme

les fausses portes

qui coule sous la fausse faute

et qui fout qui fout qui fouette

la peau d’eau de la mort

La mort la mort morte en faux en forme de flot qui flotte au cou de la forme eau forte et phosphore doux âme molle de l’effort de l’or de l’or mou de l’amorphe

La logique de l’amorphe fouette et foule l’analogie folle elle la fouette dans sa fausse loge qui est en or comme en or comme l’horloge qui orne le logis d’un mort

Mais le mort le mot d’or d’ordre

le mot le mot d’or d’ordre

de la mort de la mort

c’est mordre c’est mordre les bornes de la

forme et fondre son beau four dans le corps de la

femme

Feu mèche et fouet

la femme fourchette le refus du monde

flamme qui monte haut très

très haut et en or

hors de l’horloge très elle se montre

hors de l’horloge des formes très

et hors du mètre

qui ferme et qui borne les ondes

Tache molle aimée et mince mince et mauve sur un faux fond or orange et oblong

La mort longe le mélange des formes

mais le mort le faux mort le mot

le métamort faux

fausse la métamort fausse et amorphe

il fausse la métamorphose de la mort

la morphologie de la mort folle et amorphe

la morphologie longue longue et amorphe

mort folle de la faute

faux fouet de l’effort qui flotte

reflux d’une horloge qui s’écroule et remonte

fausse métamorphose d’une vraie porte en or

et de l’or en faux phosphore

flou comme les flots du cou

et rond comme un mètre long long

comme un mètre de trois mètres blonds

fou qui montre au clou une fausse orange folle

et au loup le faux logis de la flûte

morphologie de la folle de la follement aimée

de la bien-aimée affolante

dans sa peau affolante

la fausse fourchette affolante du phosphore

analogique et c’est ainsi que la mort est bien morte elle est bien morte la mort la mort folle la morphologie de la la morphologie de la métamorphose de

l’orgie la morphologie de la métamorphose de.

Ghérasim Luca

VOL A VOILE


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VOL A VOILE

 

Sa corde dans le saut, elle chantonnait au matin, petite fille remise au bon âge.

Le vert des étendues céréalières faisait rouler des ondulations jaunes dans la montée qui précède la récolte, curieusement accompagnée de cette odeur de terre ouverte que le soc au labour fait monter. En spirale ascendante les cormorans montaient en flèche pour mieux piquer au fond le lieu de pêche qu’ils voyaient grand ouvert sous leur ventre.

Et alentour tout dormait encore de cette incompatibilité qui désunit l’huile de l’eau.

Quand le nuage se disloqua dans les yeux de l’azur, des arbres dressaient leurs cimes sur la portée des guitares. Voix de chair sensuelle, la vie reprenait au refrain.

Au travers de ses mèches elle vit son front relayer le solaire du cadran, chanson de geste, quelques mots sautillants troubadours sur les tréteaux d’un théâtre ambulant gardé par les chiens du désir. Le jour gonflant la corolle de sa robe, elle se se laissa porté par les vents ascendants.

Niala-Loisobleu – 21/05/18

L’ANNONCE AVANCEE


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L’ANNONCE AVANCEE

Je ne prends que le tremblement de la pierre que tu as fendu

sur ma tête, dans les poils blancs de ma barbe, une migration d’oiseaux entre Mékong et Nil étire une longue veillée au pied de l’âtre, les virages cathares semblent prendre les Corbières en étreinte pour garder l’intime d’un exceptionnel événement.

Un enfant aux instincts plus intacts qu’un surdoué, déploie le gauche de sa parole en des gestes précis. Comme si venu du coeur du mystère une pierre dressée devait être placée en borne annonciatrice d’une révélation.

Le tremblement s’est fiché à l’intérieur de mon domaine respiratoire. Le pouls qui me bat le poignet en appelle à l’union. Les oiseaux tiennent le silence d’un espace qui prend position autour de leur formation volante.

L’ébahi a été gentiment reconduit à la lisière du bas-pays.

Niala- Loisobleu – 13 Mai 2018

 

CANTONNIER, S’IL TE PLAÎT ROUVRE L’EAU DANS LE CANIVEAU


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CANTONNIER, S’IL TE PLAÎT ROUVRE L’EAU DANS LE CANIVEAU

 

L’esprit s’est trouvé dévié par de mauvais chemins. Dans un ensemble modeste, si simple, mais vrai, des plans inaptes ont tenté de laisser croire à des embellissements auxquels les moyens réels ne donnaient pas accès. Connue au départ la clarté qui les caractérise ne présentait rien qui pouvait s’opposer au vouloir mener à bien. Un escalier déroulant sa richesse en double-révolution, ça mène  à l’inverse du but accessible par l’échelle de meunier initiale.

La vie que j’ai commence’ s’est présentée sous forme d’un grand fleuve navigable….pourtant ce n’était que le simple caniveau de la rue de Verneuil que nous les gosses on a fait Mékong, sans rein savoir du symbole que nous constituions à partir d’un jeu d’enfants.

Comme quoi quand on a une Marguerite quelque part on en tirera un fantastique réel

La vie avec sa langue à l’accent de poussière elle me donnait des soifs de nuits entières. Quelques bois et des cordes, avec les chiens, quand les roulottes se tapissaient aux creux des cris, l’oeil noir, entre les cuisses des carrefours, clignait de feux jamais éteints en direction de la Lumière. Que des gosses dépenaillés, sales jusqu’au blanc des dents, tiraient au bord de la rivière. Fil d’une eau claire. Les trottoirs sont au milieu des chaussées, entre les ornières, caniveaux rigoles par où le défi s’écoule.

Le palier des âges garde derrière la porte de chaque chambre des soupirs de toutes sortes sous les couvertures. La sueur froide du cauchemar infantile est sous les tapis, avec l’incapacité de courir.

Viemort

Oh ! J’ai couché

dans des draps étrangers sur la terre sur la neige.

J’ai forniqué

C’était bien. Oui

C’était bien – c’est ce que je me dis

car il est écrit dans le Livre que chaque femme doit être aimée

trois fois en trois jours

C’est alors que j’ai couché en grande hâte

trois fois en un été

ou bien tous les trois et tous les dix ans

avec ces grands hommes sentant l’homme

j’ai léché le sel sur leurs lèvres j’ai léché le sel

dans leur sang

à la place de l’eau je leur ai donné des larmes

Oh ! Je les ai choisis. Je les ai aimés. Je les ai goûtés.

Je les ai goûtés comme seule la mort

deux ou trois fois dans la vie

nous traque nous teste nous lèche nous goûte

Oh ! La limite. Les éléments purs

Je les ai eus non pas à mes pieds mais en moi

Comme seule ton autre putain mon Dieu

nous a

hommes et femmes ensemble soudain

sur la langue entre les dents dans la bouche

Comme seule ton autre putain mon Dieu

nous a

dans son utérus

et nous jette pêle-mêle hommes et femmes

dans le pré dehors dans le monde

Maria Petreu

 

Les cris de l’amour qui les pousse en premier ? Nos géniteurs ou notre venue au monde ? C’est ainsi, rien à faire, l’indistinct se mêlera sans cesse du début jusqu’à la fin.

Il y a dans la langue française trop de confusion possible, le sens des mots variant sans que la phonétique mette en garde, pour échapper à l’erreur de l’oreille et de l’oeil au cours de ces rencontres habitant les étages du parcours.

Toi, à qui je m’adresse d’un regard planté dans le tien, je ne peux me renier du soleil attendu que tu m’as mis au matin d’un jour qui nous a depuis sortis du quotidien. Entre ci et là, bien des mains ont tripoté mes viscères, mais pour rien faire. Sans que le monde où nous étions nés de cette unicité particulière ce soit précipité la tête la première pour hâter la rencontre et lui donner un air de mirage. Mais en nous sortant du néant, aurions -nous du dire que nous n’avions quand même que toujours de la malchance ? Je ne crois pas. L’amour terrestre veut toujours qu’on lui donne le plus beau. Mais le plus beau c’est quoi d’autre que ce que nous sommes capables d’engendrer d’abord et de mener, de pétrir, de porter, de sublimer quand la pire souffrance nous atteint au physique au moment précis où l’Absolu dont ont l’a voulu est menacé par l’ordinaire ?

C’est que certaines réalités peuvent légitimement paraître notre droit, notre vouloir vivre avant tout.

Une certaine pensée me vient pour répondre à cela: Celles et ceux qui dans leurs courts instants de pensée accordée, allongés sur la planche des dortoirs, dans le froid glacial, le corps meurtri, ne sachant pas si dès que l’aube viendrait si le crématoire, la chambre à gaz, la corde d’une potence devant les musiciens, les coups de bâton, la morsure des chiens, la maladie, l’extrême faiblesse n’en feraient pas leur dernier jour…et ils choisissaient de croire encore à la vie.

Niala-Loisobleu – 5 Avril 2018

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