SOLEIL ETEINT


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SOLEIL ETEINT

 

A l’heure lisse les oiseaux en papiers se sont froissés les zèles aux carreaux des cahiers à spirales. En marge d’une considération conforme à la réalité, d’autres impressions  sont venues sournoisement modifier le sentiment. De modèle l’oiso se voit montrer du doigt. A la tienne et tienne. Le marronnier pris d’assaut par le faux gilet-jaune voit sa grille de protection  servir de bélier pour la casse sur un mur fourbe, autour du matelas et de l’armoire à glace en barricade des mariés de la Commune, un gamin de Paris est brûlé pour sorcellerie. Les lacets défaits, le remorqueur du Quai aux Fleurs, sort le poète du printemps. Transatlantlque torpillé, j’irai revoir ma Normandie aux croix blanches. La nuit est tombée avec un cri sinistre. La manivelle des caméras pédale en piqué. As-tu déjà laissé ta pensée se promener dans le chant brûlé d’Oradour-sur-Glane ? Rue des Rosiers, la fleuriste a baissé le rideau. Un bruit de bottes traversant les Ardennes, coud les étoiles de la haine à l’orée des poitrines. Je réhabite un wagon à Drancy, si tu savais petit l’atrocité que contient la rayure au costume tu réfléchirais à deux fois avant de pousser la porte du tatoueur. Dimanche dernier au Pathé de campagne, un film d’horreur m’a noirci le blanc. des enfants qui s’aiment Le soleil joue à la roulette russe. Fais trois noeuds à ton mouchoir, et n’oublies pas qu’ils ont été des millions à vouloir mourir pour le bonheur des autres. Me remonte en haut-le coeur ce terrifiant poème concluant qu’il n’y a pas d’amours heureuses

Niala-Loisobleu – 9 Décembre 2018

JE MOURRAI D’UN CANCER DE LA COLONNE VERTÉBRALE


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JE

MOURRAI D’UN CANCER

DE LA

COLONNE VERTÉBRALE

Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale

Ça sera par un soir horrible

Clair, chaud, parfumé, sensuel

Je mourrai d’un pourrissement

De certaines cellules peu connues

Je mourrai d’une jambe arrachée

Par un rat géant jailli d’un trou géant

Je mourrai de cent coupures

Le ciel sera tombé sur moi

Ça se brise comme une vitre lourde

Je mourrai d’un éclat de voix

Crevant mes oreilles

Je mourrai de blessures sourdes

Infligées à deux heures du matin

Par des tueurs indécis et chauves

Je mourrai sans m’apercevoir

Que je meurs, je mourrai

Enseveli sous les ruines sèches

De mille mètres de coton écroulé

Je mourrai noyé dans l’huile de vidange

Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes

Et, juste après, par des bêtes différentes

Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge

Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir

Je mourrai peut-être sans m’en faire

Du vernis à ongles aux doigts de pied

Et des larmes plein les mains

Et des larmes plein les mains

Je mourrai quand on décollera

Mes paupières sous un soleil enragé

Quand on me dira lentement

Des méchancetés à l’oreille

Je mourrai de voir torturer des enfants

Et des hommes étonnés et blêmes

Je mourrai rongé vivant

Par des vers, je mourrai les

Mains attachées sous une cascade

Je mourrai brûlé dans un incendie triste

Je mourrai un peu, beaucoup,

Sans passion, mais avec intérêt

Et puis quand tout sera fini
Je mourrai.

 

Boris Vian