MAL DE POSTE


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MAL DE POSTE

Le frisé d’un cheveu raide a une secousse

le manque de naissance noeud d’aime à bras le corps

que des cendres font monter comme un choeur de soviets à l’étiage de la Volga.

 

Le pont enjambe les deux côtés mieux qu’une greffe de rien éponge des bribes égarées

 

Y a-t-il une vache dans l’avions interroge le berger en scrutant l’horizon du haut de ses échasses ? Tarabusté qu’il est de sortir l’entrain du tunnel.  L’herbe dresse l’oreille et sort le sifflet à roulettes pour obtenir un triple banc.

J’ai tiré la mer au cabestan pour la remettre à l’évent, d’un coup ta robe a soulevé un espace de lumière où j’ai vu l’escalier qui descend à L’Atlantide…

Niala-Loisobleu – 10/10/18

L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »


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L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »

Je rentre dans le ciel bleu
D’où chutent les circulations lentes
Du soleil
Que n’apprivoisent pas celles
Plombées mais galopantes
Des véhicules en proie
A de vertigineuses
Courses
Vers des horizons serrés
Par des ailleurs
Improbables
Pour un temps apparemment libéré
Du travail – mais
Qui convoie
A l’oubli de l’hier

Mais se retrouver hors des ombres
Conduit combien d’hommes
A ne rien voir
Des variations de la lumière
Qui pourraient rythmer
Pour eux
Une passe lente du temps

Serait-elle vraiment ailleurs
Et pour combien d’hommes fiers
De leur autonomie ?
Lignes de fuite pour échapper
Ne serait-ce qu’un jour de plus –
A la fixation par la vitesse aveugle
De l’intime et secrète vie
De leurs désirs

Non ! Prendre au calme soleil
Prendre à ce jeu d’ombres et de lumière
Glaner tranquillement sa durée
Ses formes en douces stries
Variables et musicales
Sur les murs
Secrets
Sur les fenêtres sorcières
Sur le macadam
Fiévreux
Sur les herses d’arbres dénudés

En saisir ainsi de l’inamovible
Règne courant immobile
Du travail :
L’univers des songes et laisser
Fluctuer le sauvage
Cours du monde

Ne pas tomber dans ce semblant imperturbable
Et obscur – d’une réalité dévolue
Au trafic
Mais l’oubli qui ne crie pas
Qui ne chante pas ? :
L’oubli de l’oubli
Fondu
Dans un soleil comateux de l’être
Il court vers les nids
Repus
Du laisser paraître

O Temps des vitesses qui ne s’accordent
Qu’avec la rotation à sens perdu
Fermé à tout horizon
De la ville !

O Temps de tous les paraîtres
Infirmes de leurs pensées oubliées
Vite – très vite !

Le trafic est là
Mais la totonomie se blesse
Dans les fractures
Insondables
Des cœurs
Ah ! Lancer son char comme en triomphe
Total de l’autonomie

Chaque course en vedette de soi-même
Chaque voyage charriant les nerfs
A bout de corps fendus
Dans l’enfer
Du mobile tendu
Par la soif
De la fuite
Sans rémission autre
Que l’infecte paradis
Du tout consommable

Et cela consume – paralyse
Pensée- Amour – Désir
Et cela tue le possible
Partir à jet continu
Éjaculer l’instant
Comme si c’était
A chaque fois
Le dernier soupir des dieux
Ne jamais entrevoir
Un ciel autre
Que dans la tempête intériorisée
De l’oubli de l’oubli
Pourtant … Ah ! Couper court à tout ce fictif
Devenu réalité et … :
Traverser l’instant
Jusque dans la fidélité
A l’éveil
Où demeure tout guetteur
De tout hasard
Constructif

Chercher cependant la chair des âmes
Comme si jamais elle ne devait
Scissionner
Et … Là – dans la présence au monde
Pourrait alors souffler
Aux lèvres
Le doux bruit
Du temps d’un baiser
Livré aux passades concrètes
Du désir demeuré
Désir

Mais trop attendre et juste vouloir
Sauter dans la jouissance
Dès que l’on vous
L’ouvre :
Cette porte – c’est se livrer
Aux promesses du trafic
Et courir tout droit
Vers la désespérance ! O Combien
Obsédante avec sa nostalgie
Des songes jamais
Réalisés que
Dans l’aboiement feutré
Du plaisir arraché
Au long désir
Pour décharner ce qui pèse :
Cette indépendance
Solaire
D’un corps demeuré corps
Dans la pensée.

Alain Minod

ENTRE POUSSE ET INDEXE


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ENTRE POUSSE ET INDEXE

L’harassement caniculaire est propre a levé la poussière

les blindés de l’araignée

en première ligne avancent sans rencontrer de résistance

L’offensive aurait pu réduire l’atelier à néant, plus rien n’ayant le moyen nécessaire entre pouce et index pour faire parler les tubes.

Amas de frises des toiles collantes

débris d’insectes

reliefs de festins de fourmis

trempé d’aisselles au front nez à nez

Amour frais comme menthe qui gante

le gris nuage n’aura jamais été aussi bleu qu’au sortir de l’hébétude d’un sommeil que le  harcèlement des mauvaises fois renouvelées a fait bâtard

T’aurais vu l’aspirateur dans son assaut que tu t’aurais cru Berlioz un matin symphonique fantastique…

Que c’en a percé un trou dans la lourdeur, nos héros sont deux moineaux qu’une pépie d’amour engluait genre oiseleur.

Vont voler, vont, vont voler…

Niala-Loisobleu – 8 Août 2018

JE DEPLACE L’AXE DE MA FENÊTRE


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JE DEPLACE L’AXE DE MA FENÊTRE

L’évanoui se dissout,

où mon regard va-t-il accrocher de quoi pouvoir tenir ?

Je vois haut, une autre altitude où quand le vent s’engouffre,  le son se met à crier allant sortir les forces supérieures du sommeil. La route ne sera plus droite, chaque virage tient la vue accrochée à lui pour s’en imprégner.

Tous les mots que la banalité à tissé autour du quotidien me tordent sur place d’une profonde douleur. Comment peut-on aimer à côté ?

Je veux sortir parmi les pierre au dévalé d’aiguilles de peint, sous le brûlant du vol de l’aigle qui perce la bêtise de son oeil. Vieillir en pays chevalier, allongé sur le ventre d’une liseuse. On ne tire plus les volets pour laisser une place au lit à la lune.

Niala-Loisobleu – 19 Mai 2018

HYMNE AU SERPENT


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HYMNE AU SERPENT

La plaie s’ouvre d’elle-même et sa lèvre est le serpent Le dormeur la sent qui bat et sinue lente à son flanc Elle aura glissé dans l’herbe avant qu’il ouvre des yeux Encore
embués de rêve sur l’Autre délicieux

La Bête (si c’en est une) contemple l’Autre elle aussi Son regard n’est qu’un frisson qui s’étire comme si De la cuisse jusqu’au cou la peau blanche et sa peau verte Étaient les
bords presque joints de la blessure entrouverte

Sa trace où qu’il se faufile est ce pouls voluptueux Qui divise toute chose dont il forme Pentre-deux Homme et femme étant duel rien n’est un dans l’univers Mais ce pouls fend et
recoud ciel et terre sombre et clair

Le serpent cicatriciel propage partout la plaie

Car jusqu’à la fin des temps tout même sa mue le hait

Fuyant la division pour la rendre universelle

Sa fuite en est le fil d’or dans le chas de sa prunelle

2

Le Néant enroulé sur Soi c’est ce même serpent lové

Dont le regard pointé à peine est plus mince qu’un fil d’acier Prêt à fendre et ne fendant pas la ténèbre Immuable il dort à l’affût son
éternité sans durée Fixant la ligne inexistante où tant de fois va commencer Le partage de son non-être et de l’être

Tant de fois et pourtant jamais énorme oubli résiduel

Digestion de l’univers retour au Vide matriciel

Où tout pèse pour que son poids l’annihile

Nulle mémoire semble-t-il ne tient en ce triangle étroit

Posé sur de si lents anneaux qui vont se resserrant sur Soi

Vers l’unique bien qu’innombrable origine

Mais dans le noir toujours plus noir se concentre avant de darder

La force aveugle qui d’un monde au même monde s’est gardée

En attente lorsqu’il retourne à l’absence

Quand naît la femme elle est déjà toute annelée par le serpent

La fascinant l’ensommeillant d’une joie gourde de néant

Pour qu’en elle de par lui seul tout commence

Tout commence par le serpent la délivrant d’un Paradis Dont le rond en se déroulant trace le fil d’un interdit Qu’au désert l’homme cerne et fuit en mirage Le serpent
déroulé de même rampe le long de ce qu’il fuit

Comme il rampe à n’en pas finir autour des flancs de celle-ci Que ses œuvres sans cesse engrossent des âges

3

Le serpent le premier chassé Laisse sa mue aux branches. Pour cerner l’Éden interdit Il s’écorche, s’arrache, Gratte sa nostalgie. Ce qu’elle entoure n’est pas Ne fut
jamais.

Toute mémoire en est vaine. Un glaive qui flambe au zénith Le ceint d’un cercle béant Seuil sans mur ni porte. Seuil où debout de partout Font face l’homme et la femme.
Devant eux, informe, l’Ouvert. Dans leur dos, la crainte. Le Vide est leur œil pétrifié Bloc d’ambre jaune. Le Vide absolue ténuité De la mue aérienne.

Partout elle s’irise, chatoie.

Qui, à travers elle, rayonne?

Le Rien au centre du rond

Autour duquel homme et femme

Sont emprisonnés.

Que sa mue soit l’envers de ce Rien

Le serpent ne se lasse point par ses pores

D’en jouir

D’en jouir pour se fuir.

Son corps n’est que sa fuite impossible

Toujours ailleurs que soi.

N’être rien est son être.

Son être nulle part et partout

Qui jamais assez ne s’échappe

Sous les pierres, le sable, les mots

L’herbe, l’eau, les paupières, la peau.

Son être nulle part et partout

Dont l’ubiquité est la mue

Om nitransparente.

Qui peint l’autre, l’omniprésence ou le monde

En trompe-l’œil sur soi?

Qui est l’image de sa propre image

L’autre retourné?

Lequel, du reflet ou de l’être

Est le moins irréel?

L’homme et la femme errent à la fois

Dans le monde et sa mue.

Leurs paysages y sont aussi des mirages

Leurs horizons des chausse-trapes du Rien.

Si tout est tangible, même la buée

Latente du souffle,

Tout, même l’âpreté sous les pieds

Est illusoire.

Le rythme de leur haleine suffit

Pour que la mue ondule

Qui s’enfle de son vide et sinue

Comme si doublement le serpent

En elle se glissait et hors d’elle.

Tel est bien le monde issu d’eux

Chaque fois qu’ils respirent.

Mais leur souffle obéit aux anneaux

Absents obsédants qui sans cesse

Desserrent et resserrent Fétau

Qu’est tout être à lui-même.

Même les sept cieux étoiles

Sont l’exacte et trompeuse mesure

D’une liberté absolue

Que le constrictor fait accroire.

Dès le seuil du Vide, d’instinct L’homme et la femme savent Que s’effondre en eux l’univers Du seul fait qu’ils respirent. Chaque instant son abîme le suit Imperceptible
Insondable-Nulle durée ne saurait être conçue De cette suite de syncopes sans nombre Dont chacune les renfonce au néant Et avec eux le monde. Nulle durée mais le temps
d’un éon Ou le temps d’un souffle Et voici de nouveau s’éployer l’univers Mue emplie du même air qu’ils respirent. A chaque inspiration leur poitrine Se confond à nouveau
avec l’horizon Où se love l’amoureux de soi-même Autour de sa création le serpent Respirant à hauteur de leurs lèvres Leur haleine sans laquelle rien n’est Que l’oubli
avant toute origine Mue ultime du Néant en néant.

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En souvenir de tes yeux

Je baigne les miens au reflet des rivières

Ocellées de soleil

Leur courant à midi te ressemble

Dans mon regard qui m’y renvoie son image Tes deux pupilles innombrables c’est moi Éblouie de cette identité scintillante Dont l’eau fragmente et multiplie les éclats

Cette eau qui court sans cesse immobile C’est notre ubiquité sans repos De ta peau et de la mienne, laquelle Est la brise? Laquelle le flot?

Nos frissons comme soie qui ondoie Avec l’ombre et l’or des feuillages Font que glissent tout le long l’un de l’autre Indistincts dans l’étreinte nos corps

Je t’évoque de mon sexe à mes lèvres Beau torrent dont m’électrise le froid D’être nue et qu’ainsi soit nue toute chose Je deviens ta mémoire ta mue

En souvenir de ton membre

Je m’étire lascivement vers la mer

Où le ciel est à l’ancre

Dans mes plis je sens l’ancre qui bat

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Du serpent qu’ai-je connu d’autre Que ses belles phrases lovées Le venin très-subtil de son œil Plus prompt que l’intelligence

Par-dessus la douce épaule sa voix Envoûtait féminine ondulante L’ombre intime où se jouait la clarté Comme affleure le sang sous la joue

C’est ainsi qu’il couvrait au couchant Eve rose qui pâmée de caresses D’une main lui offrait son sein rond Et de l’autre me tendait une pomme

Leurs yeux qui m’attiraient dans leur nuit S’ouvraient sur mon visage en vertige L’arbre svelte où je l’avais adossée Lunaire m’étreignait au lieu d’elle

Plus mes yeux faisaient de ronds dans les siens Plus sa peau d’un blanc bleuté d’astres Exhalait ténébreux ses lointains Où nos corps miroirs béants s’embuaient

Tout en eux s’effaça du jardin Sauf sa nuque renversée dans ma paume Et ce gouffre, de son ventre à ses dents Sous l’orage carnassier de mes râles

Eve à l’ombre de ses cils étendue Sans rivages se gonflait de cyclones J’y plongeais au nadir j’ahanais J’eusse enfin sondé l’origine

Mais un spasme foudroyant fulgura Dans ma chair et sa femelle l’eau noire Par-dessus la douce épaule un regard Me mordait de ses crochets de vipère

Son poison éblouissant omniscient M’a rendu inhabitable à moi-même Divisé d’avec mon ombre à jamais Lucide incurablement sans mon âme

Le serpent n’est pourtant nulle part Sinon dans ma hantise de n’être Que l’œil mince de sa ruse à l’affût Par-dessus la douce épaule la terre

Cette ruse devenue ma raison Prend mon être caché de vitesse Pour voler ses secrets mais sans cesse Les voulant mieux connaître les tue

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Omniprésent à l’univers bien qu’y étant partout absent Mon absence est l’illusion où prend forme sa consistance Ma force y est de ne pas être en déguisant qu’elle
n’est pas Sous ce bruit d’herbe froissée qui fait croire que je me cache L’être rampant qui fuit ainsi est une ruse du serpent Serpent n’étant qu’un nom d’emprunt où
faussement prend corps

l’Idée Dont mon Autre éternel Se joue de quel rival qui tirerait De l’Un sans cesse l’univers pour empêcher qu’il Lui revienne

L’homme ignore ce Jeu divin dont il est le premier jouet Qui à la crête de l’instant est encore et n’est plus le même A chaque fois que son cœur bat il se vide et devient
néant Pour se remplir tout aussitôt d’un océan qui le submerge Cette immense marée de vie et ce néant ne font qu’un pouls L’homme par lui croit se régler au flux
béant de l’origine Auquel le monde croit que l’homme a pour devoir de le régler En rythmant à son propre sang l’infini des hauteurs marines

Qui est maître du cœur de l’homme est le régent de l’univers C’est la femme les yeux mi-clos tandis que monte et redescend L’espace bleu que gonfle au loin son haleine comme une
voile Au loin tout près car l’horizon tremble et miroite entre les cils Fermés par jeu pour que la vue rende réel ce qu’elle invente Mue du serpent ou regard d’Eve insaisissable
contour nu

Du monde exact tel qu’il se rêve en se cernant de transparence Glissant sur soi par degrés nuls soie d’un sourire s’effaçant

Ce glissement c’est moi sans moi cette absence est ma jouissance

Se rappelant le ralenti voluptueux peau contre peau

D’un double et long étirement aveugle souple sans frontières

Attouchement mouillé de sel zéphyr ténu rasant les eaux

Eve plus nue que la nuit nue s’y concentrant sous ses paupières

Pour savourer le noir parfait l’absorption de soi par Soi

Vainement si le Jeu sans fin a prévu que son doux abîme

Soit la membrane où Se conçoit et la mue d’où S’extrait le Soi

Ainsi croyant se réunir l’être se scinde se conjugue Double infini multipliant cette distance des miroirs Où ses reflets voudraient s’ouvrir d’inexistantes perspectives Toujours
plus loin perdant cherchant sa plénitude leur néant Plus va pourtant se répétant ce trompe-l’œil la Vie sans nombre Plus y résonne un Vide énorme où
l’innombrable raréfie Dans sa cohue ce qui fut Verbe et n’en est que l’écho informe S’écrasant contre un ciel absent mon Autre après avant les temps.

7

Mais voici que l’homme, Adam, parle.

Voici : sans qu’il se soit rendu compte

Qu’il s’est mis de lui-même à parler

11 cesse de suivre le fil d’une fuite

Qu’il prenait pour sa propre pensée.

Il cesse de se laisser traverser

Par la phrase à n’en plus finir qui s’écoute

Sinuer s’enchanter l’envoûter.

Il s’arrête.

Oubliant la syntaxe de la brise dans l’herbe

Il n’est plus cette hâte de se faufiler qu’a le sens

Hors des vocables dont il mue à mesure

Qu’il s’en invente d’autres, quittés

Avant d’être prononcés, traces vaines.

Voici : planté droit sur ses pieds

Adam prend racine. Il parle.

D’abord il se souvient de son nom.

Il l’éprouve à l’articulation de ses tempes.

Il est la terre. Sa racine est en lui.

Il est le Rouge, le soleil enfoui

Dont la terre accouche avant l’aube

Dans un flux de sang.

La syllabe A de sa bouche

Éploie l’espace qu’ocellera le soleil :

L’homme est ouvert.

Ouvert au centre de l’écho innombrable

Comme un gong ébranlant l’horizon :

A-dame!

Marée haute du souffle à l’extrême de l’âme

Emplissant toute chose amplifiant

Le son immense du silence le monde

Puis (quand le sein touche au ciel) l’éteignant…

Du nom exprès pour elle créé.

Son souffle en elle se configure au vocable

Qui en dedans au-dehors l’a formée.

Ce qui préexistait a ce nom

N’était qu’une semblance de terre

Où le souffle deviendrait son, et le son

L’émanation vivante de l’âme

L’être même de la chose nommée.

Il se souvient d’avoir empli toute chose

Les bêtes des champs les oiseaux et les arbres Tout ce qui plonge, bondit, plane, fouit Reçoit de sa bouche à chaque instant vie et forme Avec son nom.

Lorsque ses poumons font leur plein de l’espace

Leur plèvre en capture les confins au filet

Chaque fois qu’il respire il déploie en lui-même

Les courants en spirale qui barattent les mers

La lenteur des fleuves rongeant l’os des montagnes

Les dérives d’astres au grand large des cieux

Cette double coupole de la même sphère sans borne

Tantôt gouffre de jour tantôt voûte de nuit

Et par-delà toute retombée d’étincelle

Le bloc noir de néant qui ne vacille jamais

D’écouter son souffle lui maintient en mémoire Avec l’Un centrifuge l’unicité de ses noms

Et l’inexhaustible symphonie qu’est leur nombre Où chaque vocable à tous les autres répond Comme se répondent en chacun tous les autres A l’instant où naît le
premier souffle d’Adam Qui est chaque souffle lui sortant de la bouche Quand l’ayant lui-même inspiré de ces noms Il leur réinsuffle cette unique origine Qu’il respire d’eux en
la leur insufflant

L’origine, Eve! la Vive!

Qui, d’elle ou de lui, est pour l’autre

Le premier Toi?

Leurs lèvres jointes se disent

Et scellent doublement à la fois

La syllabe que bouche à bouche ils respirent

Du fond de ce souffle indivis

Qui en chacun est Toi.

Il la nomme : Tu es! et s’étonne

D’être lui dans ses yeux.

Très belle : pour lui plus lointaine

Lorsqu’il la nomme Toi

Que tous les noms dont les mondes

A l’infini chatoient.

Il regarde sourire à ses lèvres

L’aube, ce silence entrouvert

Sur une âme à peine échappée

Si fugace et pourtant éternelle

Qu’il sait qu’il ne rejoindra qu’à la fin

Bien qu’elle, avant d’être formée

Pour jamais l’ait rejoint

Ame, ubiquité invisible

Dont Eve a les contours.

Dans les yeux de la Vivante elle est bleue

Elle enclôt tous les êtres qu’il nomme

Elle en est l’horizon.

La distance entre eux est immense

Peau contre peau.

L’huile de ces lascifs frottements

Polit l’espace courbe où s’élude

Et s’accroît l’univers.

Les mots qu’il lui murmure entre-temps

Glissent avec ses mains et ses lèvres

Sur un même épiderme fluide

Le toucher et l’ouïe.

Ce double glissement jamais las

De se fuir sur soi-même

C’est la ruse du serpent qui instruit

Adam à sa mesure.

Entre l’étendue et leur peau

Nulle différence.

Aux confins l’un de l’autre étirés

Leur regard effacé étalé

L’écume des baisers est salée

Le fleuve des caresses mêlées

Aspire à l’estuaire

Plus leurs corps se confondent et plus

Se distendent les mondes

La jouissance en est écartelée

Le soleil équarrit la chair vive

Le sang gicle au zénith

Adam crie Crie sans qu’il sache que c’est lui et quel cri

Ce qu’entend tout son être béant S’arracher avec la souche des bronches C’est le mot : Toi! Dans ses yeux aveuglés par le cri La clarté n’est caillée qu’en surface Leur
douleur suraiguë d’être en face Rompt l’éblouissement : Adam voit. Voit cette autre que lui à jamais Sa compagne, sa distante absolue Sa Nommée qui le nomme. Ce qu’il
nomme en elle, elle en lui Par-delà l’un et l’autre est leur Autre Celui dont mystiquement le serpent Les a faits l’un pour l’autre le leurre Leur ouvrant en miroir un chemin Distance de
l’infinie conscience Qui dit : Toi! Émerveillement De creuser son inexhaustible néant De l’emplir simultané de son être

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Cette courbe de l’aisselle à la hanche La coupe de cette paume levée Ce sourire s’enchantant de planer Au ciel de ces yeux bleu pervenche

Eve en est le miroir singulier

Que hante sa forme parfaite

Hors d’atteinte et pourtant si concrète

Qu’un seul trait en peindrait la beauté

Ainsi l’aube irradiant l’horizon Se rassure en voyant reflétée Dans l’éclair d’une eau argentée Sa béante perfection

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Les grands yeux ronds de la beauté cernent les cieux et l’horizon Eve regarde et c’est midi l’éternité est sa prunelle Tout jusqu’aux plus hautes marées respire au rythme de
son sein Comme la courbe des lointains épouse celle de son ventre Cette sereine bleuité perdurerait sans mouvement Hormis l’immense motion de l’Immuable sur Soi-Même N’était
dans l’herbe la coulée insaisissable du serpent Faisant passer comme un frisson de folle avoine aux jarrets d’Eve

L’air que son souffle évente seul remue avec la graminée La paix qui rend l’âme sans bords le frôlement sur la cheville Sont une même impression liant le centre et
l’infini Nulle pensée ne trouble encore cette Présence indivisible Que forme ensemble avec l’azur Eve sans ombre orée des temps Ni aucun mot ne définit ce que naissante avec
l’espace Contient la femme où l’univers se mire en la réfléchissant Leur double et même étonnement méridien s’y faisant face

La tige tant soit peu frémit Eve distingue une fraîcheur

Le serpent vient de déranger d’un jeu de cils l’ordre des mondes

Eve n’est plus cette immobile où de Soi-Même Se conçoit

L’Etre dans la perfection une et sans nombre de ses formes

Un fruit peut-être l’a tentée ou c’est Adam à son côté

Qui lui enseigne (à ce qu’il croit) un vocable pour chaque chose

Dans ses yeux glauques va rester comme un reflet d’éternité

L’éclair d’une eau ou d’une peau enfuie sitôt que devinée

Mère des hommes et des cieux Eve très lente les mûrit Pleine d’eux elle l’est d’abord d’une sagesse qui les porte Dont elle-même ne sait rien bien qu’elle en soit toute
formée Et qu’en tenant les yeux baissés elle en irrigue sa matrice Jusqu’aux confins de cette nuit qui doit clore tous les éons Pourtant même les yeux fermés à ces
confins soudain fulgure La mue en cercle du serpent qui les protège du néant Et circonscrit le lieu sans lieu de l’impensable géniture

10

Le serpent (peut-être) provoque-t-il Dieu? Provoque-t-il, induit-il à paraître Cela qui est en Soi ? A paraître, à Se faire Pensée A Se dire Je?

La genèse (peut-être) n’est-elle Qu’un rêve de la Présence absolue Détournée sans sortir de Soi-même De l’unicité sans issue?

Et que peut rêver la Présence

Hormis son Paradis?

Sans un pli du vide, sans rien

Qui dérange d’aucun souffle le Rien

Une infinitésimale césure

Dans le Soi contemplant son Néant

A créé le hiatus, la lumière.

L’ouverture qui de Néant en Néant

Engouffre le Dedans.

Pourtant le rêve ne sort pas de Soi-même

Il est rond et parfait.

Tout gravite autour de son centre

Qui rayonne en tout point.

Tout point est la pupille d’un œil

Dont l’iris est l’espace

Et tout œil voit le Tout.

Mais aucun ne contemple le Même

Identiquement.

Infini en nombre est le Même

Tel que tout regard le captant

Capte le captant tous les autres

Qui s’y captent aussi.

Tout regard captant et capté

Est une âme étoilée

Que tout regard étoile.

Chacun de ses points d’or scintillants

Est le rêve d’un rêve

Qui rêve qu’il se rêve

Scintillant de points d’or.

La Vie : cette immense rétine

Close sur soi.

Un Paradis sans paupière

Se donnant pour firmament

Son intime ravissement

Rêve en rond d’ubiquité

Que peuple infini l’Unique

Jouant sans Se diviser

A peupler son ubiquité.

Regard qui cerne et discerne

De sa multitude d’yeux

Partout épars, rassemblés

En sa pure fixité.

Fixité des yeux de la femme Centrés sur le fruit. Comme si de tout ce rêve de rêves Le vortex, l’innombrable regard Barattant dans son midi tous les autres

S’était enfin posé.

La femme dont le regard est vertige

Se raidit pour le visser dans ce fruit

Qu’elle tient à grand effort dans sa main

A distance d’elle.

Et plus son intensité s’alourdit

Plus se tend dans l’effort la distance,

Plus le fruit dans la paume est présent

Et le regard.

Ainsi toute la scène des mondes

Se joue dans la clairière d’un œil.

Celui apparemment de la femme

Écarquillé sur le fruit.

Œil très seul, incommensurablement attentif

A s’ouvrir par la vue l’invisible,

Comme à Soi le Sans Fond.

Le Sans Fond attiré par Soi Se contemple

Qui rêve en cette même femme qui voit

Ce Rêve rêver en Soi qu’il commence

De sortir de Soi.

Celle dont la blancheur brutale oblitère

Sa pénombre méridienne, l’Éden

Et dont la rigidité aveuglante

Sidère de son geste blanc le ciel blanc,

Se rêve rêvée statue, non vivante

Pour que seul, convoité, refoulé

Hors du Rêve à bras tendu dans le Vide

Le fruit périlleusement soit réel.

Telle, fixe au centre de l’œil, est la scène.

Mais la scène — qu’un Seul joue en trois rôles

Étant femme, fruit et Regard —

Est tout autre dans ce même œil qu’elle rive.

En cet oeil. S’y écarquillant sur Soi-même

C’est le Soi globe oculaire de Soi

Qui S’irrite de l’opacité de son cerne.

Il Se sent qui S’exorbite, investi

Par son gouffre lové sur Soi en spirale.

Son absence à tout rompre le ceint

De son propre Dehors sans limite

D’où Quelqu’un dans ce rond figé va surgir

Qui force le dénouement de la scène

Et lui donne son Sens

Provoqué insondablement à créer

Par son gouffre constrictor qui L’enserre

Le Sans Fond Se sertit océan

Œil d’écume sitôt éteint qu’il scintille

Qui sitôt se reforme et qui brille

Dans l’orbite du Néant matriciel

Comme y luit pupille verte la femme.

Femme n’étant d’abord qu’un regard

Entre guêpe, gazelle, lézard.

Mais sous l’arbre, y soupesant la rondeur

Du fruit qu’elle conforme à sa paume

C’est du monde que son œil est lourd, et déjà

Son ventre à l’équateur palpite sous ses doigts.

Dès lors le firmament et son œil Auront même rayon, même centre Même stellaire abîme de nuit. Ce regard de ténèbre azurée En lequel tout autre
s’absorbe Est le trou tourbillonnant fasciné

Que creuse la vue du fruit dans la femme Caverne à l’écho sans nombre du Soi. Le Soi résonne, S’y engouffre, l’engouffre Il ocelle ce Néant membraneux Dont la femme
L’enveloppe, dont Lui Est en elle qui L’ignore le dôme Où le Soi rêvant rêvé Se conçoit Né du fruit en façon de Plérome Sans que rien sorte en
rêve de Soi

Mais, rêvé, ce désir devient femme Devient faille d’où le serpent fuit de Soi. Cela glisse sur tout son corps et ondoie De l’épaule à ses reins en caresses
Écailleuses s’étirant en frissons Qui d’horreur en jouissance anticipent Ce séisme : Que le Soi mette bas…

A hauteur de ses yeux de ses lèvres Que n’effleure que subreptice le dard Du triangle turquoise où très mince S’illumine le tranchant d’un regard. Ce triangle nonchalant se
balance L’enchante s’enchante d’elle à la fois Beau cobra se vrillant à son bras Il s’allonge vers le fruit, le contourne Se dérobe derrière, subtil Il feint qu’il soit le
fruit, et le fil De ses yeux dans la chair savoureuse L’avant-goût de la morsure à venir

Mais tandis que sort de Soi le serpent S’annelant autour de Soi tel un gouffre

Où S’avale et Se digère le Soi, Le Soi lutte hélas trop tard dans la femme Contre Soi qui la séduisant S’est séduit Lutte contre le serpent qui féconde Dans
l’œil vide de la femme le fruit : (Qu’il n’y ait jamais rien qu’un seul Rêve Où l’Être avorte avant d’être rêvé Où le fruit reste à jamais loin des
lèvres Où les dents soient à jamais déchaussées Par la terreur que ne les tente la pulpe Que la femme prend pour sa bouche qui luit Affamée de sa propre chair dans
le fruit…)

Spasme céleste, épars ! Ressort du Soi bandé

Sur Soi qui n’en peut plus de S’étouffer, et saute !

Détente du serpent qui surplombe, foudroie!

Trois en un dans l’éclair : serpent, fruit, femme. Qui

Mêle suc, sang, venin? Qui est mangé? Qui mange?

Qui ? Personne. L’éclair est si prompt qu’il n’est pas.

Le serpent en se parcourant s’électrocute.

Tout, un instant, n’est rien que la taie de l’Œil blanc

Tout, rien. Entre rêve et réel. Le point aveugle.

N’étaient les lèvres et la vulve lourdement

Béantes, rouges, double trace de la foudre

La scène serait vide et neutre : un arbre gris

Un dur soleil réverbéré par le mutisme.

Mais la femme aux deux plaies obscènes fait saillie

Avidement, l’Etre n’étant que par ceci

Que l’une et l’autre, avant que rien ne sache encore,

Mangent. Le fruit? Jamais cet arbre n’eut de fruit.

Seul est réel l’espace cru de l’origine

Œil énorme contre le sien, qu’elle fascine.

Et la boule de feu qu’elle mange c’est l’Œil

Du serpent concentré sur la fente de l’Etre, Forçant le Soi d’en désirer être mangé Afin qu’il S’y conçoive et qu’il S’en fasse naître Univers! issu de la
femme et du serpent…

Et, dans l’instant même, s’éveille

Par les yeux de la femme dardant

Leur feu depuis le centre impensable,

Le premier jour.

Le temps, dès avant l’aube, est en marche.

L’Être n’étant plus rêvé

Commence l’apprentissage de vivre

En dehors de Soi.

La Terre est donc, avec ce qui la peuple

Nageant, rampant, ambulant et volant

Tout ce qui pousse, porte fleur, fructifie

Qui existe par elle, vivant.

Avec elle inconcevablement d’autres Terres

S’éloignent à l’infini d’un Néant

Qui Se pense en même temps qu’il S’abîme

Vers son centre insondé.

A la droite de la femme qui voit

Cet éloignement sans mesure

Se tient l’homme, donnant à leur vue

Forme et proportion.

Tous deux ils seraient perdus dans l’abîme

Qui pense l’univers

Si du fond de son Inexistence abyssale

La Pensée ne formait de Soi Se pensant

Terrible, le Seigneur.

Terrible, le Seigneur!

En rendant homme et femme conscients

D’être abyssalement homme et femme

Il les ouvre l’un à l’autre en abîme

Qui les engouffre en Lui.

Entre eux, au-dessus d’eux, autour d’eux

Il propage son gouffre.

Inlassable il multiplie la distance

Entre l’homme et sa pensée qui le fuit

Inexhaustible II féconde la femme

A l’égal de la matrice étoilée.

Sa Colère est cette distance

Son Amour est ce dôme de nuit.

Car le Seigneur est Un.

Et tout l’œuvre de ce couple discord

L’un couvant en germe le centre

L’autre en étant chassé,

Est d’en faire la preuve.

De faire de l’Ouvert sans limite

La sphère dont chaque point soit aussi

Le germe d’un nouveau monde qui s’ouvre

Vers le centre l’irradiant hors de Lui

En chacun des rayons de la sphère Se glisse le serpent.

 

Pierre Emmanuel

FORÊT SECONDE


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 FORÊT SECONDE

S’il restait un fleuve à franchir, si la solitude du passeur n’était pas tout à fait la folie, si le brusque étranglement de ma voix ne trahissait que le vertige de ma force
à son midi, tu ne m’échapperais plus, sanglier, en te multipliant, beauté, en éclatant de rire, et la forêt qui suffoque à te détenir sans partage,
accueillerait le vent, s’ouvrirait à la rude et radieuse alchimie de la seconde nuit. Car la liente des rossignols ne jalonne encore qu’un layon où l’enfer peut surgir, mais c’est le
bon chemin. Et c’est le seul indice qui fortifie l’attente de nos lèvres. Scintillante invective et dôme de fraîcheur, le feu qui vient à vous n’est plus
désespéré.
Jacques Dupin
Illustration: Niala – Détail d’oeuvre en cours au 14 Février 2018

J’m’ai souviens-dit


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J’m’ai souviens-dit

– En vie de changer le NIL des choses ?

– P’t’être ben, à force de vent se voir derrière, peut porter à réfléchir. Quand c’est la guerre, au fond du trou d’l’ô bu, le merle ictère jaunit la pensée, en s’efforçant de se voir en paix

J’m’ai souviens-dit

c’était y a pas si longtemps, le tant des « Arbres Bleus et des Jardins Soleil»…j’m’en pique un rappel…

A peine levé j’entendis un bruit insolite traverser ma pensée. Non cette fois ce n’était pas la Générale des Eaux qui se rejouait Austerlitz en défonçant la chaussée, tuyau de plomb sabre au clair. Alors les voisins sont absents, c’est donc pas eux qui se crêpent pour un chant de leur chignon. Un petit détail attira soudain mon attention. Dans l’entrée le duffel-coat n’était plus là, à sa place un chapeau de paille sans moufle ni passe-montagne, regardait une paire de sandales posée en dessous d’une chemise à fleurs étalant ses manches bien au-delà du parterre. Des violets pris à bras d’ocres rouges coulaient à plein verts, comme une bacchanale qui se serait sentie soif de changement. Au point qu’en photo l’arbre se fit voir en côté-femme, le tronc à la motte de chez nous. Fendue à point. Même la tapisserie semble délavée, la fenêtre se prend dans le rebord du balcon, tellement pressée de voir la boîte-à-l’être s’ouvrir.

Reconnaissant plus rien au passé, elle lève la tête au présent-futur.

Non je ne rêve pas dit-elle, ça se saurait si j’avais fait entrer une armoire dans le tas de cartons où mes affaires transitent. On me l’aurait dit, si des peintres avaient labouré la cour et repeint la cave en grenier, quand même j’ai conscience d’être chez moi en même temps que je suis sûr d’être prêt à sortir de l’inhabitable.

. J’ai vu passer des gens célèbres en compagnie de petits enfants la mémoire grande ouverte. J’ai entendu une très forte émotion ébranler l’escalier en montant dans le train qui me ramenait de la mer, où je laissais la cabane au ponton des voiles qui se lèveraient sur un nouveau cap. J’ai senti que les mauvaises odeurs de friture du poste se mettaient à bronzer sous un vent chargé d’iode. Puis par transparence, sans qu’elle s’ouvre, la grande porte m’a montré des étendues de campagne douces, si protectrices avec leurs arbres forts, que ma main s’est posée sur la béquille, un pied a suivi l’autre, je suis passé de l’autre côté de mes peurs.

Toute la nature est prise dune frénésie si calme, que je me sens porté par un printemps magique. Me voici devant mes « Arbres Bleus et mes Jardins Soleil ».

Mon Pt’tit-Gars, comme à peindre je peux vivre sans m’inventer de faux-prétextes, c’est si beau l’Univers vu d’en haut!

Bien mal à quai ne profite jamais.

Plutôt que les oh de hurle-vent qui sinistrosent les futaies, en cassant les bras des arbres qui ne demandaient qu’à bien faire, j’ai choisi l’ache pour me dire céleri qui met la peau au feu. Et d’un mouvement de largage, la grand-voile, a poussé plus loin que le nez du vague , le sommet de la hune en ordonnant à l’édito de se réduire la grosseur de l’horreur en titre.

Quoi qu’il arrive, après que j’aurai mourri, je m’endormirai plus tranquille d’avoir d’un autre bleu nouveau, repeint le ciel. Je refais à zéro le site niala-galeries.com et ouvre chantier  à partir de l’adresse zoizobleu@gmail.com.

Niala-Loisobleu – 3 Février 2018

 

Lopin Clopant 1


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Lopin Clopant 1

 

Le grand sillage en v de plumes déployées tranche en terres, jaunes et ocres la morosité de l’endroit. Quelle bouche stérile mordrait l’arpent en attente. Voici que le collier bleu-vert des oies fait chanter son plumage. Du plomb fondu d’un ciel sans vitrail, perce une entrée d’air. De la motte qui tressaille un tremblement attire l’attention des pilotis en sommeil. On dirait une épure en couches, prête à ériger ses pierres. Les membres de levage se dégourdissent les doigts sans que le moindre signal de frayeur ne se lise dans le tapis des oiseaux. Que pourrait-il y avoir dans le bruit de poitrine  des roches brunes, si ce n’était le décapage des suies anciennes ? On dit qu’une race humaine est passée par là, il y a bien longtemps. Je crois que l’espoir qu’il faut toujours conserver par devers soi pourrait vouloir matérialiser en cet instant, la reprise du vouloir vivre. En tout cas, ça y ressemble fort. Des signes de feu sortent des stigmates du monde enfoui. Des battements de dextres sur des peaux animales viennent jeter des envolées de chevelures  mises en mouvement continu par des sauts de croupes montées sur jambes. Tandis que le renversement des nuques actionne des tournoiements de seins. Tellement enragés qu’il est loisible de les entendre aboyer. Une manifestation à faire ressurgir le regard de la conscience du fin fond des limbes.

Niala-Loisobleu – 28 Novembre 2017

 

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JOIE


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JOIE

Ce jour où je naquis, le voici de nouveau là, revenu. Peut m’importe le nombre de fois, c’est seulement la foi qu’il a, qui compte. Et elle demeure pour le 84 ème rallumage des feux

qui se fête encore dans la joie !

Pour la dire comment trouver mieux que de m’adresser à René Char ? Impossible, il m’accompagne depuis si longtemps de sa Lumière.

La fenêtre est grande ouverte sur ce qu’il reste à faire, c’est plus que dire, c’est le travail des mains, leurs caresses comme leurs griffes, qui donne à croire que la Vie c’est du bonheur à bâtir, l’Amour jamais ne meurt !

Niala-Loisobleu – 24 Novembre 2017

 

Joie

 
Comme tendrement rit la terre quand la neige s’éveille sur elle!

Jour sur jour, gisante embrassée, elle pleure et rit.
Le feu qui la fuyait l’épouse, à peine a disparu la neige.

S’il te faut repartir, prends appui contre une maison sèche.
N’aie point souci de l’arbre grâce auquel, de très loin, tu la reconnaîtras.
Ses propres fruits le désaltéreront.

Levé avant son sens, un mot nous éveille, nous prodigue la clarté du jour, un mot qui n’a pas rivé.

Espace couleur de pomme.
Espace, brûlant compo-

tier.

Aujourd’hui est un
Jouve.
Demain verra son bond.

Mets-toi à la place des dieux et regarde-toi.
Une seule fois en naissant échangé, corps sarclé où l’usure échoue, tu es plus invisible qu’eux.
Et tu te répètes moins.

La terre a des mains, la lune n’en a pas.
La terre est meurtrière, la lune désolée.

La liberté c’est ensuite le vide, un vide à désespérément recenser.
Après, chers emmurés éminentis-simes, c’est la forte odeur de votre dénouement.
Comment vous surprendrait-elle?

Faut-il l’aimer ce nu altérant, lustre d’une vérité au caur sec, au sang convulsif!

Avenir déjà raturé!
Monde plaintif!

Quand le masque de l’homme s’applique au visage de terre, elle a les yeux crevés.

Sommes-nous hors de nos gonds pour toujours?
Repeints d’une beauté sauve?

J’aurais pu prendre la nature comme partenaire et danser avec elle à tous les bals.
Je l’aimais.
Mais deux ne s’épousent pas aux vendanges.

Mon amour préférait le fruit à son fantôme.
J’unissais l’un à l’autre, insoumis et courbé.

Trois cent soixante-cinq nuits sans les jours, bien massives, c’est ce que je souhaite aux kaîsseurs de la nuit.

Ils vont nous faire souffrir, mais nous les ferons souffrir.
Il faudrait dire à l’or qui roule : «
Venge-toi. »
Au temps qui désunit : «
Serai-je avec qui j’aime?
O, ne pas qu’entrevoir! »

Sont venus des tranche-montagnes qui n’ont que ce que leurs yeux saisissent pour eux.
Individus prompts à terroriser.

N’émonde pas la flamme, n’écourte pas la braise en son printemps.
Les migrations, par les nuits froides, ne s’arrêteraient pas à ta vue.

Nous éprouvons les insomnies du
Niagara et cherchons des terres émues, des terres propres à émouvoir une nature à nouveau enragée.

Le peintre de
Lascaux,
Giotto,
Van
Eyck,
Uccello,
Fouquet,
Mantegna,
Cranach,
Carpaccio,
Georges de
La
Tour,
Poussin,
Rembrandt, laines de mon nid rocheux.

Nos orages nous sont essentiels.
Dans l’ordre des douleurs la société n’est pas fatalement fautive, malgré ses étroites places, ses murs, leur écroulement et leur restauration alternés.

On ne peut se mesurer avec l’image qu’autrui se fait de nous, l’analogie bientôt se perdrait.

Nous passerons de la mort imaginée aux roseaux de la mort vécue nûment.
La vie, par abrasion, se distrait à travers nous.

La mort ne se trouve ni en deçà, ni au-delà.
Elle est à côté, industrieuse, infime.

Je suis né et j’ai grandi parmi des contraires tangibles à tout moment, malgré leurs exactions spacieuses et les coups qu’ils se portaient.
Je courus les gares.

Cœur luisant n’éclaire pas que sa propre nuit.
Il redresse le peu agile épi.

Il en est qui laissent des poisons, d’autres des remèdes.
Difficiles à déchiffrer.
Il faut goûter.

Le oui, le non immédiats, c’est salubre en dépit des corrections qui vont suivre.

Au séjour supérieur, nul invité, nul partage : l’urne fondamentale.
L’éclair trace le présent, en balafre le jardin, poursuit, sans assaillir, son extension, ne cessera de paraître comme d’avoir été.

Les favorisés de l’instant n’ont pas vécu comme nous avons osé vivre, sans crainte du voilement de notre imagi’ nation, par tendresse d’imagination.

Nous ne sommes tués que par la vie.
La mort est l’hôte.
Elle délivre la maison de son enclos et la pousse à l’orée du bois.

Soleil jouvenceau, je te vois ; mais là où tu n’es plus.

Qui croit renouvelable l’énigme, la devient.
Escaladant librement l’érosion béante, tantôt lumineux, tantôt obscur, savoir sans fonder sera sa loi.
Loi qu’il observera mais qui aura raison de lui; fondation dont il ne voudra pas mais qu’il mettra en œuvre.

On doit sans cesse en revenir à l’érosion.
La douleur contre la perfection.

René Char

Ce jour ne fut pas la Nuit


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Ce jour ne fut  pas la Nuit

Pas un instant n’a pris deuil. Ce jour, bien que maintes fois parcouru, n’a rien eu à enterrer. Il faut dire qu’il avait perdu gros bien avant la fermeture de la cabane. Les années d’une vie montent parfois trop haut, mais à côté. Les hommes sont irremplaçables pour faire le vide, sauf en disparaissant. Mais où sont-ils les hommes, je ne parle pas de cette hybridité qui en fait office. Ne parle-t-on pas d’un mirage ? Les traces laissées sont le reste d’un film qui fait plus de sorties que d’entrées. Des montagnes furent taillées pour dresser des façades à l’Humanité. D’un souffle haineux le barbare fait exploser des millénaires. Là où l’Amour a engendré la Voie on fait un cimetière. Dans l’inculte de la nécropole. Ephémère éternité du corps se prétendant Esprit. Si le soleil s’use peut-être cela vient-il de la lune rendue veuve par une civilisation disparue. La lumière froide en entrant dans les veines de la terre fait fondre le contact. Quelque part j’irais au fond de ma poche sortir le caillou, avant qu’il ne soit trop tard pour entendre le frémissement de l’eau migrer les bébés avec les cigognes. Le signal de fumée éteint, .

Niala-Loisobleu – 1er Novembre 2017