IL Y EN A QUI PRIENT, IL Y EN A QUI FUIENT


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« Il y en a qui prient, il y en a qui fuient »

Il y en a qui prient, il y en a qui fuient,
Il y en a qui maudissent et d’autres réfléchissent,
Courbés sur leur silence, pour entendre le vide,
Il y en a qui confient leur panique à l’espoir,
Il y en a qui s’en foutent et s’endorment le soir
Le sourire aux lèvres.

Et d’autres qui haïssent, d’autres qui font du mal
Pour venger leur propre dénuement.
Et s’abusant eux-mêmes se figurent chanter.
Il y a tous ceux qui s’étourdissent…

Il y en a qui souffrent, silence sur leur silence,
Il en est trop qui vivent de cette souffrance.
Pardonnez-nous, mon Dieu, leur absence.
Il y en a qui tuent, il y en a tant qui meurent.

Et moi, devant cette table tranquille,
Écoutant la mort de la ville,
Écoutant le monde mourir en moi
Et mourant cette agonie du monde.

René Tavernier, paru dans Positions, 1943

Les Poètes de la Résistance

Quitte-on un jour la résistance quand on a traversé sa vie durant la guerre, l’ignominie, la dérive politique, les méfaits du capital ? Non, j’y suis depuis mon enfance et y serais encore après ma mort. Mon regard humaniste a toujours veillé, sachant que pleurer avant que le malheur arrive, a plus de chance d’arroser la paix que de la noyer dans le sang.

Aujourd’hui ce qui arrive n’est que le début d’un drame qui va sévir bien au-delà de la France, faute d’avoir coupé à la racine quand on a regardé que l’intérêt du rapport en lieu et place du prix à payer.

Niala-Loisobleu

14 Novembre 2015

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POINT DE VUE 1


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POINT DE VUE 1

Encore une journée ensoleillée, un jour à peindre, un jour à décrire.
Mon bouleau feuille sans rechigner, au travers de ses branches dans le droit fil de tout ce qu’il a déjà écrit. A l’écouter chanter, il apparaît qu’à l’encrier le ton ne serait pas passé. Vert-galant. Peau d’épices. Avec un poil de pigment tout le ciel se colore du rose de tes joues quand tu les assois sur mes lèvres. As-tu vu alors quel sourire s’étale aux mains ? Hum l’équilibre se reconnaît zygomatiquement à l’empaumé des seins. Parfaitement à l’horizontale du point du jour, c’est-à-dire à la verticale de Phébus. Un zénith sans la star en tournée. Avoir un sujet de toi dans l’écrit, dure. Puisque mon sujet n’est qu’Amour.

C’est ainsi que le cerisier en dépit du « Temps des Cerises » revient avec une constance qui rassure en ces temps volages.

Que reste-t-il de nos marques humaines, pourtant certaines étaient du grain qui pousse à la culture. L’humanité en proie à faire face à sa perpétuelle survie ne s’est pas ménagée le dos à bêcher la glèbe durant des siècles. Ce courage en dehors de tout ce qu’il peut avoir de matière à polémique, qu’en advient-il ? Si Victor suit les nouvelles, un de ces quatre matins, faudra pas s’étonner de voir un corrigé des Misérables naître dans les kiosques. Les fondations pourtant profondes ne résistent plus à l’ineptie la plus renversante. Nos origines passent au vide-ordures sans tri préalable. Une véritable gabgie touche au plus profond de notre source. J’en arrive à chercher l’embarcadère de notre culture, quand dans le métro du quotidien, je vois les correspondances menées à l’opposé de la direction initiale. Le retour aux guerres de religion tient le pompon. Au point que moi, le mécréant, je ne peux passer en fermant les yeux. J’ai pas été consulté pour être fait chrétien, on m’a baptisé suivant le rite qui demeure en vigueur dans le bisness religieux : pour tous nouveaux nés souscrire une assurance contre la mort. Je passe sur cette déplaisante obligation fournie par la peur. Me voici devant le fond de l’histoire. Pas besoin de se pencher à risquer de tomber pour s’apercevoir que nous sommes le fruit d’une culture judéo-chrétienne. Athée ou pas. C’est une forme de sérum de notre sang. Le hic c’est que sans qu’il ait été possible de faire une transfusion, on a laissé entrer tout doucement tout et n’importe quoi au nom de tout et surtout de rien. L’esprit de 68. Bonjour les dégâts.V’là les touche-pas-à-mon-pote qui déboulent par cargaisons entières. Je suis tolérant. Je pratique la couleur professionnellement. Même celle de la peau. Au point de lutter ouvertement pour dénoncer le danger du nouveau parti sur fond nazi. A quoi ceci rime-t-il aujourd’hui. C’est insoutenable d’être lâche, La peur pourtant y conduit. car ça contient une part de risque mortel. Je le répète je suis agnostique et j’étais tolérant. Je veux dire par là que je ne refuse pas l’existence d’un dieu s’il se montre, que c’est valable pour toutes les confessions, en vertu de quoi il m’est intolérable de devoir être soumis à accepter l’inacceptable.Aussi je vois revenir avec frayeur le danger du FN grâce aux propos provocateurs du père fondateur. Ses mots ne disent pas que des mensonges, la fille le sait trop bien, elle va par le jeu de polichinelle où ils excellent, faire en sorte d’en tirer profit. Alors pendant que je suis encore libre de pensée, je dis le plus pacifiquement possible, sans aucune haine, stop des mosquées je ne vois pas d’un bon oeil une construction au double. Je souhaite que les hommes puissent vivrent chez eux, comme ils veulent, suivant leur culture, leurs rites, leur confession, mais qu’ils vivent dans leur pays natal. L’immigration de masse ne peut être que la solution la plus mauvaise qui soit.

Je me sens léger par vocation, le quotidien avec ses frayeurs, ses crimes abominables, son inclinaison à ne retenir que la souffrance et à cultiver la peur, n’excitant que ma tendance naturelle au Beau.

Niala-Loisobleu
9 Avril 2015

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BORD D’AILES DE MER


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BORD D’AILES DE MER

Alors qu’aux voiles du sommeil, retenues par les tentacules de la pieuvre, elle n’émergeait plus qu’entre deux vagues, dans de courts instants de prise d’air vite repris par la machine du casse, j’aperçus entre deux mers un mouvement au faîte du château des cartes. Annonce d’un virement de bord. Salutaire signe qu’aux plantes des semelles la racine veille à ce que le grain ne meurt.

Une odeur apparue en premier, venue du plus loin des aisselles, reste de brousse tartinée de lionne en gestes fauves. Le point d’eau en corps bien humide et défait dedans du crocodile près dateur.

Dans les boucles des longues mèches, l’huile aux essences de pores tirait la flamme à ailes. Marque d’un rite mystique qui n’avait point besoin d’incantations barbares, mais du peigne à girafes pour retendre le coup hors de portée du Kid nappeur de narco tics.

Quand la première écume blanchit de mousse le bord de ses cils, on vit s’ouvrir les premiers embruns de partout. Ô taire fertile, combien de renaissances doit-on à tes silences au beau milieu des fausses-couches de ces bavardages creux, empreints de mesquineries proches de la calomnie que la haine fourbie de son venin.

Avant même que le premier coq chante au fond de la casserole, le fumet de l’aurore dorait la première tartine. L’orient repoussant la couverture montrait la pointe du sein du jour, ma foi plus crédible qu’un dieu bouffi n’ouvrant que sur un jour à mite.

Tressaillants depuis son ventre en rouleaux, nous fûmes portés par la perception d’une intime conviction soudaine. Un terme auto-collant se posant in situ sur la bouche dégoût du bellâtre poulpe, qui se trouva invité à rejoindre d’autres lieues sous l’amer.

Sortant de la conque, la nacre rose de peau retournée fit chanter le coquillage du fond de la mémoire. Un chant sauvage autour duquel les mains claquèrent au tempo du râle des guitares que l’accordéon roulait des hanches du poumon des clarinettes, haut-bois en érection…

Niala-Loisobleu

6 Avril 2015

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TA GRANDE ÎLE LUSION


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TA GRANDE ÎLE LUSION

Un sourire figé montre les dents jaunes d’un clavier que le web came

par des promesses en papier

plus jaunies qu’une carambouille dans le dos de l’innocence

Asphyxie

quand tu nous tiens

les cendriers débordent

rien que de fumées

Des corps en perspective

posent en flou artistique

Ils sont entrés aux studios de bille en cours

prendre

une chambre à l’ô tel où l’on ment

Art l’est- y ?

Plutôt gare rance

Les beaux yeux de vers nulle part tu parles d’une atmosphère

Cinéma

la vie te rattrape à la sortie

Ta belle gueule

atout des affinités d’avatar

reprend son erre

tôt ou tard

Faux-marbre avec ses faux-seins

la clairière en faux-bois a ses fenêtres donnant sur l’amer

Vue imprenable sur les mous tons et les voies

de la

Jeanne d’Arc

(rien que du bas tôt école)

le pas lasse

bée des anges construit sur la décharge à ors durs du virtuel

au point du brame des cocus

– Tu me sens dis, comme je brûle de toit ?

– Oh oui, sur une grande échelle qui fait pont peint

Le regard humain a de la poignée quand tu le serres

et sentir le cal des paupières d’un ami

ça marque d’une vraie pierre la fondation d’un édifice…

Niala-Loisobleu

12 Mars 2015

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LA NOUVELLE EVE SORT DE SON OEUF


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LA NOUVELLE EVE SORT DE SON OEUF

Ô Grand Jour de la Femme

soit loué

te voici  sortie de la vaine en fan !

C’est décidé je m’épaule en proie à démancher, décapiter, déraciner :

Popaul,

la queue, l’engin, la banane, le tuyau, la bête, le poireau, le manche, la tige, la béquille, la poutre, le teub, le zob, le zgeg, la nouille, le gourdin, le truc, le grand chauve, le joystick, la saucisse, la pine, boby, la bite, le chybre, la grosse Bertha, le dzoub, Dumbo, le nem, le braquemard…

Boucher

que je vais faire

mais boucher quoi

ta gueule Bouffi

le 9 Mars y s’ra trop tard

faut couper et dard dard

J’en pute comme un boy hard dans un chapitre des onze mille verges non de diou

en espérant qu’un hérétique ne m’accusera pas de démolir des monuments de l’histoire ceinte !

Niala-Loisobleu

8 Mars 2015

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DU FOND DES YEUX


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DU FOND DES YEUX

Tiroirs en des ordres

voeux non prononcés

juste un souvenir d’un com encens

Sur les tubes des orques

qu’y fit s’taire et haut

on a flèché label dans l’do

ça va pas du bateau

Granit rose bleu et trous de bruyère

le crépis de la lande bat l’anse embruns foncés

entre deux berniques qui tirent la gueule à la route de l’arum

Dimanche la rosière confessera sa position préférée

ave ses arts

Sur les restes d’un falot

flottent .des mouchettes

entre les étocs d’un théâtre de guère

Avant l’aube les judas auront mis une croix sur l’écueil de l’étoile du verger

Par une nuit pleine on aurait vu la lune en phase inachevée sur un coït interrompu

disait un ex druide

la serpette luisant sous le ment tôt

l’ombre de la forêt abritant des trafiquants d’y voir

Une fillette sortie hors de ses yeux

échappe mi-raculeusement à une tournante d’adeptes du new-âge

Les ondes dînent

les cailles luisent

les canes actent

les amarres hâlent l’armoricaine

les bites haient Cheun

les cochonnes aillent

l’ânesse de minuit en langue de j’expire broute sans mots dire

et si mon cul c’est du poulet souffle dans un ballon d’occis gènes

sans poser l’espoir de côté

ça couve comme l’eau rage en amas jauni

des indiens dans mon coeur

avec des plumes à écrire en corps la nature

Raoni j’aime ta couleur cas fait

tes sarbacanes et tes arbres à médecine

La colombe court au faucon

ils sont tous devenus fous

gardes-moi de nous dans ta canopée

Niala-Loisobleu

6 Mars 2015

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DROIT DANS SON ENVERS


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DROIT DANS SON ENVERS

Fugace, le décor environnant se dépêche de se maquiller. Sans doute est-ce par crainte de se montrer sous son véritable aspect, ses rues bien devant les maisons, ses ponts sur le dos des fleuves et ses magasins de souvenirs à la bonne adresse.

Pris dans le déroulement de nos désirs, dans l’effort mis à les mener à bien, nous ne voyons pas toujours arriver le moment où, dans le confort du bien-être, le vent a tourné. On continue d’avancer sur une lancée qui n’est plus exactement à la bonne heure. La vie c’est sans doute encore plus instable que le temps. La vie on a ce défaut impardonnable à son égard, d’oublier qu’avant toute chose, en tout premier lieu c’est nous. Le tort étant de compter toujours sur les autres pour nommer le responsable de ce qui va pas.. Alors t’imagines comme ça devient « énorme compliqué » quand tu t’arrêtes à compter le nombre de personnes qu’un seul de nos projets met en cause. Hein tu vois ? Non j’suis pas sûr, car objectivement je me dois de reconnaître que j’erre plus souvent que je m’en tire. C’est que le Bien et le Mal, sont en tout, c’est les jumeaux infernaux de toute notre odyssée. Ils nous collent au train comme des morpions qui, en pleine possession de leurs moyens, ne sauraient s’accrocher à nous.

Je me suis approché de la fenêtre pour regarder comment le paysage m’apparaissait ce jour. Ben côté maisons, déjà j’ai vu que je voyais cabane par goût, et j’ai compris que je voulais entendre le sel chanter sans que le vent soit contraire au piment. Je n’en voulais plus de cette fadeur qui squatte sans scrupules. En tournant le dos je découvris que j’avais scié les barreaux de l’échelle au lieu de ceux de la cage. Comment avais-je pu faire une si grande erreur ? Il me fallut avoir le courage de me laver les yeux. C’est dur à brosser l’illusion, ça tartre et pas vraiment à la crème. Et une fois de plus arriva le foutu dosage, mais bordel de diou ya donc plus d’apothicaires aptes à évangéliser le parcours sans masquer la vérité ?

Le bruit des pierres qu’on casse me transperça l’abdomen. Quand on décapite une statue à la t^te d’une civilisation, en fait c’est toute l’humanité qu’on vide. L’Histoire Humaine c’est que de la tripe, rien d’autre.

Mais quand il n’y en a plus faut pas demander à l’espoir d’avoir de la moelle.

Tout se pétrifie.

Et ce qui se pétrifie c’est de la fausse pierre avenir..

Niala-Loisobleu

1er Mars 2015

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LEVITERAI-JE ?


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LEVITERAI-JE ?

La question se posant de savoir si je me la sors ou si je me la rentre, toute mon éducation est mise au pied d’un mur plus empreint à la lamentation qu’à la réjouissance d’appartenir à la race humaine.

Autour de moi les bateaux vont et viennent sans plus avoir le moindre pilote à la passerelle. Je passerai rapidement sur l’assèchement de mon païs, qui n’a plus que des zoos artificiels pour naviguer, où comble d’insanité on détruit toutes espèces à l’inverse du rôle fondamental de tout parc de conservation reproductive.

Le phénomène de néantisation touche l’ensemble de la planète, les plus au fait s’occupant principalement de foutre la merde dans le système de base élémentaire, une forme de sabotage des organes moteurs. Arriver, par incapacité de se faire reluire en cinoche, à envoyer Cotillard aux Philippines bordel c’est le seul moyen laïque de reconnaître le port du fou l’art. Mais ça demeurerait risible si au fond de lui-même, le roi faits néant ne se prenait pas pour l’Histoire en entrant dans le jeu pervers d’une fin programmée.

L’Homme traîne avec lui le pire de ses microbes, les grandes épidémies l’ont bien mis en exergue, il est sa propre peste et que quoi qui passe ou advienne, il se la soigne pas de peur de la perdre.

Malgré les efforts des fabricants de vaccin, ce ne sera pas la grippe qui sera le péril de cet hiver. Non il y a beaucoup plus efficace en matière de destruction totale. Il y a le monstre barbare qui ne trouvant pas la décapitation humaine assez florissante a décidé de s’en prendre à l’Histoire des Civilisations.

Malheur à celui qui touche à la pierre, elle est la trace indestructible de l’existence humaine.

Niala-Loisobleu

27 Février 2015

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LA GUERRE SAINTE


LA GUERRE SAINTE

Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème, mais ce sera sur une vraie guerre.

Ce ne sera pas un vrai poème, parce que le vrai poète, s’il était ici, et si le bruit se répandait parmi la foule qu’il allât parler – alors un grand silence se ferait, un lourd silence d’abord se gonflerait, un silence gros de mille tonnerres.
Visible, nous le verrions, le poète et voyant, il nous verrait ; et nous pâlirions dans nos pauvres ombres, nous lui en voudrions d’être si réel, nous les malingres, nous les gênés, nous les tout-chose.
Il serait ici, plein à craquer des multitudes des ennemis qu’il contient – car il les contient, et les contente quand il veut – incandescent de douleur et de sacrée tranquille comme un artificier, dans le grand silence il ouvrirait un petit robinet, le tous petit robinet du moulin à paroles, et par là nous lâcherait un poème, un tel poème qu’on en deviendrait vert.
Ce que je vais faire ne sera pas un vrai poème poétique de poète, car si le mot « guerre » était dit dans un vrai poème – alors la guerre, la vraie guerre dont parlerait le vrai poète, la guerre sans merci, la guerre sans compromis s’allumerait définitivement dans le dedans de nos coeurs.
Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses.
Mais ce ne sera pas non plus discours philosophique. Car pour être philosophe, pour aimer la vérité plus que soi-même, il faut être mort à l’erreur, il faut avoir tué les traîtres complaisances du rêve et de l’illusion commode. Et cela, c’est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des traîtres à démasquer.
Et ce ne sera pas non plus oeuvre de science. Car pour être un savant, pour voir et aimer voir les choses telles qu’elles sont, il faut être soi-même, et aimer se voir, tel qu’on est. Il faut avoir brisé les miroirs menteurs, il faut avoir tué d’un regard impitoyable les fantômes insinuants. Et cela, c’est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des masques à arracher.
Et ce ne sera pas non plus un chant enthousiaste. Car l’enthousiasme est stable quand le dieu s’est dressé, quand les ennemis ne sont plus que des forces sans formes, quand le tintamarre de guerre tinte à tout casser, et la guerre est à peine commencée, nous n’avons pas encore jeté au feu notre literie.
Ce ne sera pas non plus une invocation magique, car le magicien demande à son dieu « Fais ce qui me plaît », et il refuse de faire la guerre à son pire ennemi, si l’ennemi lui plaît et pourtant ce ne sera pas davantage une prière de croyant, car le croyant demande à son Dieu: « Fais ce que tu veux », et pour cela il a dû mettre le fer et le feu dans les entrailles de son plus cher ennemi, – ce qui est le fait de la guerre, et la guerre est à peine commencée.
Ce sera un peu de tout cela, un peu d’espoir et d’effort vers tout cela, et ce sera aussi un peu un appel aux armes. Un appel que le jeu des échos pourra me renvoyer, et que peut-être d’autres entendront.
Vous devinez maintenant de quelle guerre je veux parler.
Des autres guerre – de celles que l’on subit – je ne parlerai pas. Si j’en parlais, ce serait de la littérature ordinaire, un substitut, un à-défaut, une excuse. Comme il m’est arrivé d’employer le mot « terrible » alors que je n’avais pas la chair de poule. Comme j’ai employé l’expression « crever de faim » alors que je n’en étais pas arrivé à voler aux étalages. Comme j’ai parlé de folie avant d’avoir tenté de regarder l’infini par le trou de la serrure. Comme j’ai parlé de mort, avant d’avoir senti ma langue prendre le goût de sel de l’irréparable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes. Comme certains parlent d’amour, qui n’aiment que l’ombre d’eux-mêmes. Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour rien le plus petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux. Comme c’est notre grande maladie de parler pour ne rien voir.
Ce serait un substitut impuissant, comme des vieillards et des malades parlent volontiers des coups que donnent ou reçoivent les jeunes gens bien portants.
Ai-je donc le droit de parler de cette autre guerre – celle qu’on ne subit pas seulement alors qu’elle n’est peut-être pas irrémédiablement allumée en moi ? Alors que j’en suis encore aux escarmouches ? Certes, j’en ai rarement le droit. Mais « rarement le droit », cela veut dire aussi « quelquefois le devoir » et surtout « le besoin », car je n’aurai jamais trop d’alliés.
J’essaierai donc de parler de la guerre sainte.
Puisse-t-elle éclater d’une façon irréparable Elle s’allume bien, de temps en temps, ce n’est jamais pour très longtemps. Au premier semblant de victoire, je m’admire triompher, et je fais le généreux, et je pactise avec l’ennemi. Il y a des traîtres dans la maison, mais ils ont des mines d’amis, ce serait si déplaisant de les démasquer! Ils ont leur place au coin du feu, leurs fauteuils et leurs pantoufles, et ils viennent quand je somnole, en m’offrant un compliment, une histoire palpitante ou drôle, des fleurs et des friandises, et parfois un beau chapeau à plumes. Ils parlent à la première personne, c’est ma voix que je crois entendre, c’est ma voix que je crois émettre : « je suis …, je sais … , Je veux…, qui me crient « Ne nous crève pas, nous sommes du même sang ! », pustules qui pleurnichent : « Nous sommes ton seul bien, ton seul ornement, continue donc à nous nourrir, il ne t’en coûte pas tellement ! ».
Et ils sont nombreux, et ils sont charmants, ils sont pitoyables, ils sont arrogants, ils font du chantage, ils se coalisent mais ces barbares ne respectent rien – rien de vrai, je veux dire, car devant tout le reste, ils sont tire-bouchonnés de respect. C’est grâce à eux que je fais figure, ce sont eux qui occupent la place et tiennent les clefs de l’armoire aux masques. Ils me disent « Nous t’habillons sans nous, comment te présenterais-tu dans le beau monde ? » -Oh plutôt aller nu comme une larve !
Pour combattre ces armées, je n’ai qu’une toute petite épée, à peine visible à l’oeil nu, coupante comme un rasoir, c’est vrai, et très meurtrière. Mais si petite vraiment, que je la perds à chaque instant. Je ne sais jamais où je l’ai fourrée. Et quand je l’ai retrouvée, alors je la trouve lourde à porter, et difficile à manier, ma meurtrière petite épée.
Moi, je sais dire à peine quelques mots, et encore ce sont plutôt des vagissements, tandis qu’eux, ils savent même écrire. Il y en a toujours un dans ma bouche, qui guette mes paroles quand je voudrais parler. Il les écoute, garde tout pour lui, et parle à ma place, avec les mêmes mots – mais son immonde accent. Et c’est grâce à lui qu’on me considère, et qu’on me trouve intelligent. (Mais ceux qui savent ne s’y trompent pas : puissai-je entendre ceux qui savent !)
Ces fantômes me volent tout. Après cela, ils ont beau jeu de m’apitoyer « Nous te protégeons, nous t’exprimons, nous te faisons valoir. Et tu veux nous assassiner! Mais c’est toi-même que tu déchires, quand tu nous rabroues, quand tu nous tapes méchamment sur notre sensible nez, à nous tes bons amis. »
Et la sale pitié, avec ses tiédeurs, vient m’affaiblir. Contre vous, fantômes, toute la lumière! Que j’allume la lampe, et vous vous tairez. Que j’ouvre un oeil, et vous disparaîtrez. Car vous êtes du vide sculpté, du néant grimé. Contre vous, la guerre à outrance. Nulle pitié, nulle tolérance. Un seul droit: le droit du plus être.
Mais maintenant, c’est une autre chanson. Ils se sentent repérés. Alors, ils font les conciliants. « En effet, c’est toi le maître. Mais qu’est-ce qu’un maître sans serviteurs ? Garde-nous à nos modestes places, nous promettons de t’aider. Tiens, par exemple : figures-toi que tu veuilles écrire un poème. Comment ferais-tu sans nous ? »
Oui, rebelles, un jour je vous remettrai à vos places. Je vous courberai sous mon joug, je vous nourrirai de foin, et vous étrillerai chaque matin. Mais tant que vous sucerez mon sang et volerez ma parole, oh! plutôt jamais n’écrire de poèmes !
Voyez la paix qu’on me propose. Fermer les yeux pour ne pas voir le crime. S’agiter du matin au soir pour ne pas voir la mort toujours béante. Se croire victorieux avant d’avoir lutté. Paix de mensonge! S’accommoder de ses lâchetés, puisque tout le monde s’en accommode. Paix de vaincus Un peu de crasse, un peu d’ivrognerie, un peu de blasphème, sous des mots d’esprit, un peu de mascarade, dont on fait vertu, un peu de paresse et de rêverie, et même beaucoup si l’on est artiste, un peu de tout cela, avec, autour, toute une boutique de confiserie de belles paroles, voilà la paix qu’on me propose. Paix de vendus! Et pour sauvegarder cette paix honteuse, on ferait tout, on ferait la guerre à son semblable. Car il existe une vieille et sûre recette pour conserver toujours la paix en soi: c’est d’accuser toujours les autres. Paix de trahison !
Vous savez maintenant que je veux parler de la guerre sainte.
Celui qui a déclaré cette guerre en lui, il est en paix avec ses semblables, et, bien qu’il soit tout entier le champ de la plus violente bataille, au-dedans du dedans de lui-même règne une paix plus active que toutes les guerres. Et plus règne la paix au- dedans du dedans, dans le silence et la solitude centrale, plus fait rage la guerre contre le tumulte des mensonges et l’innombrable illusion.
Dans ce vaste silence bardé de cris de guerre, caché du dehors par le fuyant mirage du temps, l’éternel vainqueur entend les voix d’autres silences. Seul, ayant dissous l’illusion de n’être pas seul, seul, il n’est plus seul à être seul. Mais je suis séparé de lui par ces armées de fantômes que je dois anéantir. Puissè-je un jour m’installer dans cette citadelle Sur les remparts, que je sois déchiré jusqu’à l’os, pour que le tumulte n’entre pas la chambre royale !
« Mais tuerai-je ? » demande Ardjouna le guerrier. « Paiera-je le tribut à César ? » demande un autre. – tue, est-il répondu, si tu es un tueur. Tu n’as pas le choix. Mais si tes mains se rougissent du sang des ennemis, n’en laisses pas une goutte éclabousser la chambre royale, où attend le vainqueur immobile. – Paie, est-il répondu, mais ne laisse pas César jeter un seul coup d’oeil sur le trésor royal.
Et moi qui n’ai pas d’autre arme, dans le monde de César, que la parole, moi qui n’ai d’autre monnaie, dans le monde de César, que des mots, parlerai-je ?
Je parlerai pour m’appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres que j’ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions, jusqu’au jour où une paix cuirassée de tonnerre règnera dans la chambre de l’éternel vainqueur.
Et parce que j’ai employé le mot de guerre, et que ce mot de guerre n’est plus aujourd’hui un simple bruit que les gens instruits font avec leurs bouches, parce que c’est maintenant un mot sérieux et lourd de sens, on saura que je parle sérieusement et que ce ne sont pas de vains bruits que je fais avec ma bouche.

René Daumal. [Printemps 1940]

Dédicace au génie t’heurt de la 3°
qui ressort le vieil argument justicier
et insère un lieu sacré de l’horreur de la guerre
dans une campagne de persuasion obsessionnellement démentielle

Non à la guerre Président !

Loisobleu
4 Septembre 2013

Voilà je me suis répété sans penser que je l’avais dit assez

Niala-Loisobleu
26 Septembre 2014