BAC A FABLES


BAC A FABLES

 

Travers glissant

pierres de sang

tu résonnes à mes oreilles

d’un tant de cerises

ah

rouges tétins

Les blés de ton ventre frisent l’odeur du vent dans un goût de peint

au flanc du mur de la vieille maison cachée sous les plis d’un champ abandonné

qui découpe la montagne comme un besoin de grimper sur la corniche de tes hanches

Ne te peigne en tresse que raie au milieu du ruisseau

 

Niala-Loisobleu – 03/01/19

 

AU M’AIME PONTON 


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AU M’AIME PONTON

Dans l’enveloppe un battement à bout de code barres éclot , l’oreille en vrille d’une vigne partagée, deux vers transfusent, une paire d’oiseaux se déploie dans le cri chien délivré de la chaîne. De l’écorce d’une coque posée sur les tréteaux du charpentier-naval un identique sursaut parcourt la longue ligne de vertèbres centrale. Quelque déploiement en grand pavois rappelle un Tibet proche quand les trompes népalaises étendent les tissus de couleur sur la blancheur montagneuse. La pente nerveuse du bord de cabane tressaille à l’éventré du mystère tenant son secret comme vérité. Quelle correspondance évoquer pour décrire pareille émotion ? Ils sont désormais au coude à coude, plus besoin de demander, au premier regard les seins gonflent un air pur et porteur de félicités simples. Il y a de cette petite fille au mur qui tient le passage à deux mains, innocence florale sur lit de pierres émergentes au galop du torrent. La truite sauvage trace d’un éclair argenté le rayon qui portera la roue. Que de fruits pour sortir les saisons des confitures et les laisser librement pendre. Si les branches prennent la flamme au disque de feu chromatique c’est  en raison de la bassine d’ô tenue en permanence au bandé de l’arc-en-ciel. L’Atelier déambule, l’Atelier flotte, l’Atelier vacance, l’Atelier campe  à domicile. Dans le bain où ton image trempe,  se développe à venir positive au mur, une envie commune…

Niala-Loisobleu –  11/12/18

INSTANT TANNE


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INSTANT TANNE

Je te vois assise dans l’atelier

baguette d’orchestre odeur de peint

pression retenue tube bleu de cobalt

lèvres rose tyrien sur les joues d’un chrome orange au couchant

la menthe couchée par le vent

à genoux

en retenant les volets j’ai murmuré d’une voix douce

le regard tourné sur l’attente de livraison

un code barres muet en ligne fait feuille-morte

venu des îles le remuement poitrinaire de la mer roule les galets jusqu’à la falaise

les oiseaux-marins passent à bord des canots d’embruns

le nez coule d’un virus grippal

je t’aime en formes sur la toile

 

Niala-Loisobleu – 09/12/18

LES LEVRES BLEUES (Jacques Bertin)


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LES LEVRES BLEUES (Jacques Bertin)

Tes lèvres bleues, j’ai dit, comme un lagon tes lèvres peintes
Ouvrant ciel sur une prairie de nacre veinée de ruisseaux
Tes seins, j’ai dit, j’ai voulu peints méticuleusement, ô sainte
Couleur pierre et lune et marquée ton épaule avec becs d’oiseaux

Un pendentif descendant, lourd, par un fil de ton ventre
Comme à la façade du temple aussi l’homme qu’on égorgea
Rappelle-toi, et dont le sang faisait tapis sur l’aube errante
Tu le buvais, un adolescent sans visage t’observa

Des voix, milliers de voix te liaient, te lisaient malfaisante et fière
Tu retrouvais des mots sacrés perdus, germés, la nuit tournait
Sur son socle jusqu’à ce que ton prix fixé. Moi, j’en tremblais
De fièvre dans la porte sombre, à minuit sonne la lumière

Un motif aux chevaux cabrés laqué sur l’intérieur des jambes
Débridées, les cuisses je veux cueillies comme chacune un pleur
Et tu piétines, mors aux dents, ahanant, la langue violente
La danse où la haine lance. Je veux des perles de sueur

Tes poignets sont tenus à tes reins, ce château
C’est celui que l’on détruisit, la hache dans la hanche
Et ton regard dernier dans le marbre comme un couteau
Se brisa et la lame est une aile dans la campagne blanche

J’ai rampé dans les nefs sombrées, la forêt d’écume où deux fauves
Col mouillé contre col, poussèrent la tapisserie ouvrant
La caverne des pluies infiniment où l’or est veuf. Le temps
S’arrête en entendant ton rire qui est neuf, et d’un enfant

Je t’aime ainsi qu’un pauvre revenant des guerres saintes
La tête nue et quémandant aux fermes un peu de pain
Et chaque ferme est un trésor, c’est vrai, posé dans une main
Je t’aime ainsi. Me restent, au-dessus des fermes dorées, tes lèvres peintes

Tes lèvres bleues comme un lagon, j’ai dit, tes lèvres peintes

Jacques Bertin

Illustration: Anja, la princesse aux lèvres bleues – Huille s/toile 55×46 – Nicole Salpetrier

https://getpocket.com/a/read/2410722113

BRIBES (XVIII)


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BRIBES (XVIII)

Les mots écrits ici sont ma réponse à ceux que Barbara Auzou pose dans  sa série

« DANS L’ATELIER »

Un dialogue, une conversation continue entre NOUS,

dans l’enceinte de mon lieu de travail où elle vit.

 

Oeuvre Commune

Indissoluble

Ouverte

Créative

Exposée

 

rien qu’une oeuvre d’art accrochée à une cimaise du web

dans le but de transmettre en partage.

L’effet boomerang actuel montre que ce qu’on voulait essaimer se transforme en un plus d’épars.Rassurez-vous  ça renforce mon intime conviction…et soude plus solidement le petit groupe qui témoigne à sa manière en vivre la synthèse dans l’exactitude du but recherché. Ce ressenti de présence marquée prolonge par sa force ajoutée…

Niala-Loisobleu – 3 Décembre 2018

AU MAUDIT ROI


 AU MAUDIT ROI

Ainsi

Sa Sérénissime Altesse Emmanuel Macron

par la voix d’un ses vides-pots vient de nous faire savoir qu’il ne recevra pas les porte-paroles des Gilets-Jaunes au prétexte qu’il ne s’agit pas d’une assemblée constituée…mais pour qui se prend-t-il ce nabot assis sur le trône de la finance que les lobies se tiennent au chaud…se réservant l’exclusivité de s’adresser à cette France dont il ignore l’âme ?

Il se pourrait qu’un matin la Concorde qu’il cru bon d’interdire à la manifestation, se rappelle à lui par son nom originel de Place de Grèves à l’époque d’une certaine révolution française…

Un nom oublié me remonte aux larmes citoyennes…

Olivier Larronde
ou le dernier poète maudit

Niala-Loisobleu – 27 Novembre 2018

 

        Olivier Larronde par Nora Auric

En 1943, en passionné d’une vie non moins « bohème » que lui légua sans nul doute ses parents – une famille pourtant assez bourgeoise -, un certain Olivier Larronde, harcelé en son intériorité la plus profonde, à vif, de caractère jugé timide, cheveux au vent, débarque à Paris avec, en tête, la ferme intention, idée un peu saugrenue, très improbable, de rencontrer Jean Cocteau – son cartable de cancre buissonnier à la main où errent sûrement les prémices des pages encore vagabondes de son premiers recueil : Les barricades mystérieuses, lequel ne sera publié qu’en 1946.

         Né en 1927, il semble important de souligner de nouveau, avec grand intérêt, l’univers où le jeune homme évolue, son entourage familial, dont le cercle affectif, farfelu s’il en est, mais lettré, de bonne concistance, quasi ombilical, un phalanstère débordant de culture et d’art, se compose d’un père journaliste, que l’on dit poète, critique littéraire, ami de Claudel, entre autres, ou de Milosz, et d’une mère soit-disant « excentrique », mystique, obsédée jusqu’à la limite du fantasque, à outrance, de parapsychologie.

         Tout bascule soudainement, avec violence, un déchirement, une double blessure qui ne se refermera jamais ; plaie béante alors ouverte à la rage, à la puissance ou à la grâce des mots et du Verbe. A l’âge de quinze ans, son père meurt lors de la fameuse débacle de la seconde guerre mondiale, suivi de peu par la disparition inacceptable de sa soeur, de deux ans à peine sa cadette, tant chérie, tant adorée, sa Myriam à lui qu’il admire à l’époque, de manière fusionnelle, comme le simple, l’unique amour de sa vie. Il affirmera d’ailleurs à son sujet, au vent mauvais des regrets les plus amers : « Elle était d’une précocité prodigieuse (…) elle écrivait des poèmes (…) Toute mon enfance a été un long match pour la rattraper. Je me dopais pour essayer de grandir. »

         Le choc est irrémédiable. Une certaine littérature, dite « maudite » (désignation, ou classification sociologique, pour la forme ?, fortuite, inopinée, empruntée à même le titre de l’ouvrage « Les Poètes maudits » de Verlaine) hante ses vers, à la rime le sonnet libre, jusqu’aux frasques de ses textes tout aussi structurés que volages, parfois énigmatiques, qui caractérisent souvent son style.

        Le subtil et tendre écorché, adolescent au visage d’archange, se sent comme empoisonné, semblerait-il, tant et bien qu’il abandonne dès la 3ème son cursus scolaire, entamé chez les Frères Maristes, avouant d’un jet de poudre d’encre sulfureux à sa mère : « (…) absolument incapable d’assimiler sans vomissement ce tissus de monstruosité et de balourdise qui forment l’enseignement classique que je ne peux, ni ne veux accepter la moindre transaction avec mes convictions, mes sensations, la moindre transaction de moi-même. »

Je me dispute avec le soir fragile et casse
Casse comme une vitre et j’ai plusieurs cadavres
On me recueille, on me recolle, et on se lasse :
Je couche avec un coin de mur que mon air navre
(Cf. Les barricades mystérieuses)

        Olivier Larronde

Confié à son grand-père, à Saint-Leu, en réfugié des mots et des maux qui le torturent, il oeuvre en dilettante, croirait-on, pour lui-même avec clairvoyance, en juvénile espiègle amouraché à l’extrême d’une verve inqualifiable, d’une justesse résonnante, versifiante à souhait, jamais gratuite, novateur poète de génie qu’il est déjà – le sait-il ? -, possédant une prodigieuse érudition, acquise au gré de son acharnement à « ronsardiser » la Rose-Néant d’un Mallarmé qu’il adule. Tout y passe : Charles d’Orléans, Ronsard bien sûr, Nerval, Baudelaire, Artaud, Jean de Sponde, Maurice Scève… la liste est longue, ne désemplira pas, jusqu’à sa mort.

         Mais il n’est pas encore temps. L’histoire d’un être d’exception, dont l' »âme » s’épanche au seuil des limbes abyssinales, là où certains Albatros, maladifs pour la plupart, se brisent les ailes sur des pontons de fer, savent parfois bousculer, bouleverser, l’ordre établi par les gouvernances terrestres. C’est le cas de Larronde.

         Malgré cette timidité excessive alambiquant prestance et gestuelle, toujours de caractère, peut-être assez charmante pour émouvoir Jean Genet en personne, Olivier Larronde arrive à ses fins, rencontre Cocteau, lui laissant ses pages d’écriture. Ce dernier n’y prête d’ailleurs que peu d’attention. Tout va très vite. Genet, chez Cocteau tombe par hasard sur ces pages d’outre-ciel, ne décolère pas contre son ami, veut retrouver de suite l’auteur de ses feuilles abimées par une poétique fulgurante.

 

Rose et mon Droit

Vos froideurs froissées, héritière
Des rosées, volent une à une.
Aussi le nid du noir sans lune :
Mes toutes-puissantes paupières
Horizon libéral assiège
Moi : ce trou noir debout, colonne
Où l’ombre pensive empoisonne
Un coeur sans main, sans bras d’acier.
Archet-né sonnons plein silence !

Je crache au baiser d’air du temps
Il bruit -flèche-moi – sans parler.
Fais le jeu d’un biceps géant
Ma droiture !
Pour Qui te lance
Sans yeux dehors
Ni au-dedans.

 

Olivier Larronde

 

         On cherche. Paris… Larronde se présente de nouveau. Jean Genet est foudroyé. Le jeune homme est bien l’ange pseudo déchu d’avance qu’il avait pressenti. On demande à l’adolescent lecture de ses poèmes.

         Pontalis, présent lors de ce qui paraît pour un Larronde ébouriffé, mal engoncé, une sorte d’exécution capitale, témoigne : « Genet demanda à Olivier Larronde de nous lire un de ses poèmes qu’il avait composé la veille ou la nuit précédente. Je revois Olivier adossé à un radiateur derrière la porte de la chambre, les boucles blondes de ses cheveux lui tombant sur les yeux, aveugle et muet (c’était un feuillage qui parlait)… Olivier Larronde était muet, il ne pouvait rien dire d’autre que les poèmes qu’il portait en lui… Olivier Larronde, était, à n’en pas douter, le dernier rejeton de l’illustre lignée des poètes maudits. » Jean Genet pleure, fond littéralement en larmes, tant il est ému…

         Qu’est-ce donc qu’un « maudit » ? Classification. Oubli. Méandres de la littérature. Existence avortée… Archiver, de poète en poète, trier d’auteur en auteur celui qui sut cependant par sa nature, peut-être, par son vécu et son passé, se forger autre qu’une « âme », dépassant – c’est à débattre – le sens du sens des choses, notre environnement, le quotidien de notre quotidien, redonnant toujours, à chaque lecture, de la force au silence caché derrière les mots, comme s’il y avait une réponse secrète lorsqu’on écoute le vent se plaindre des saisons.

         Epiléptique avéré, aux prises avec l’alcool et l’opium, tenté de répondre sans doute au malaise d’un siècle qui surbanise à revers d’une humanité sans cesse en mouvement, son propre passé, sa destinée hors norme, Olivier Larronde nous quitte physiquement le 31 Mars 1965, à l’âge de 38 ans. L’Albatros s’est brûlé les ailes, maladroit d’être ce qu’il était, piteusement relégué aux oubliettes des bibliothèques insalubres qui s’empoussièrent d’aligner, par inadvertance – ce qui est à espérer, l’inadvertance -, l’abondance d’une curieuse hégémonie par trop souvent normative, lors que certains se défendaient d’en mourir trop vite, vivant parmi les vivants.

         Comparé abusivement à un style rimbaldien, névralgique et nervalien de surcroît, Olivier Larronde jette ses cendres fécondes, enterré au cimetière de Samoreau, en Seine-et-Marne, à quelques allées de la tombe de Mallarmé dont il était un fervant fidèle. Rien voilà l’ordre (un anagrame), publié en 1959, sera illustré, immortalisé, par 31 dessins de Giacometti.

François Reibel

 

Olivier Larronde

 

 

 

 

 

Dessin d’André Beaurepaire avec un quatrain improvisé d’Olivier Larronde LImages 1

Les Temples foudroyés (février 1945) – Encre de Chine sur papier.  

 

 

Plaque sur la tombe d'Olivier Larronde

 

 

Oeuvres d’Olivier Larronde

Rien voilà l’ordre, illustré de 31 dessins d’Alberto Giacometti, L’Arbalète / Barbezat, 1959
L’Arbre à lettres, L’Arbalète, Décines, 1966
Les Barricades mystérieuses, L’Arbalète, Décines, 1990
L’Ivraie en ordre : poèmes et textes retrouvés, Textes réunis par Jean-Pierre Lacloche avec le concours de Patrick Mauriès, Le Promeneur, Paris 2002
Oeuvres poétiques complètes, Le Promeneur, Paris 2002

NOUS


NOUS

J’ai changé d’appui et de chemin

pour une hirondelle pressentie multiple

qui mesurait le jour sur un autre bord

cherchant le flux égal à ce qui fuit

débarrassée enfin du tablier d’usage.

Et je suis remonté nu dans l’image.

Je me souviens de tout et ma main

dessine la courbe lente de mon fleuve d’or.

Du paradoxe de connaître la rondeur infinie

qui creuse pourtant l’inconnu encore.

J’ai allumé la lampe sur le sein de l’heure fébrile

brisé la faïence rompu le pain façonné l’argile

de nos existences qui prenaient les contours très fins de l’éternité

suspendues à des globes lourds et graciles.

Il dort derrière la barrière protectrice de nos cils

des années de soleils tendus vers des jardins transfigurés

qui se balancent dans la lumière de leurs tiges mêlées.

 

 

Barbara Auzou

 

 

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NOUS

2018 – NIALA

Acrylique s/toile 81×65

Collection de l’Artiste