VIE PRIVEE 35


VIE PRIVEE 35

S’éloigner de l’idée qui ne serait que dans le vent qui vente. Bien qu’en ces dérèglements météorologiques aussi bien qu’ordinaires, le vent est sans nul doute la solution respirable. Ceci suggérant ce qui touche à l’étouffement, je rejoins cette idée dans sa forme métaphorique. Mon petit Séraphin venant m’apporter son concours. Je sors du garrot et de son sens tragique. Ô poésie j’en appelle à ton recours. Désenglue-moi du discours qui en est arrivé à déborder de la page pour nous gaver de fromages. L’oiseleur et sa glu lançant son filet. Respirer qu’on ait la poitrine plate ou bombée c’est un système qui a été induit au départ de la nature puis de l’humanité, avant qu’il ait fallu inventer les Shadocks par désespoir. Que l’élève dans sa majorité, devienne allergique à l’enseignement ne fait que suivre cette tendance à parler pour endormir. Le surréalisme m’a éduqué dans son système à fermeture éclair, conte-indiquant tout lacet qui pourrait étrangler. Le mot doit être ailé, la phrase à hélices et le rythme du chapitre à vapeurs. Sinon bonjour la noyade. On peut quand même pas se faire crever les yeux, châtrer les oreilles et amputer des membres au prétexte qu’il vaut mieux s’abstenir d’entendre comme de dire. Quand je me tais c’est là que je fais l’amour le plus. Je veux pas qu’on me dérange avec un baveux qui prétend changer la justice en étant coupable de ce qu’il accuse.

Niala-Loisobleu – 14 Juin 2017

 

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LE FOUTRE ET LES ORTIES


LE FOUTRE ET LES ORTIES

 

 © Mélanie Talcott ©

Ceci est un large extrait de mon dernier livre Goodbye Gandhi qui, je l’espère, suscitera la curiosité des lecteurs, d’éventuels chroniqueurs et pourquoi pas, d’un éditeur courageux, car il est fort éloigné de ce « feel good » si tendance… Comme son titre l’indique, il se déroule en Inde et aborde des thèmes que l’on contourne, leur préférant cette Incredible India tant vantée par les Tours Operators, la publicité, certains médias et… nos idées lustrées.

Il est disponible actuellement au format numérique (toutes liseuses) sur Amazon.fr et fnac.com

 Mélanie Talcott

Des mouches de chaleur dansent devant ses yeux. Ils dorment en chien de fusil, encastrés les uns dans les autres sur des nattes. Jambes entrouvertes, bras jetés au-dessus de la tête ou mains sagement posées sur le sexe. Parfois leur corps est parcouru de tressaillements désordonnés… Elle se demande à quoi ils peuvent bien rêver et même s’ils rêvent encore à quelque chose tant tous ces millions de vies qui naissent et s’éteignent dans la promiscuité leur dénient une quelconque importance. Ils dorment tous sauf Mani, Leena et peut-être Murga, le genre d’adulte en herbe à ne dormir que d’un œil.  Elle se rappelle sans savoir trop pourquoi, avoir recopié il y a longtemps, façon Ben, sur un tableau noir une citation de Romain Rolland. S’il est un lieu de la terre où aient place tous les rêves des vivants, depuis les premiers jours où l’homme commença les songes de l’existence – c’est l’Inde. Elle se voit encore y ajouter quelques années plus tard cette réflexion qu’elle avait lue ou entendue. L’Inde ? On y reste un mois, on écrit un bouquin. Un an, on n’écrit plus que quelques articles. Au-delà, on n’écrit plus rien. Elle y avait ajouté : on s’y noie.

On ne traverse pas ce foutu pays, il vous traverse et dès qu’on quitte ce gigantesque chaos qui fermente dans ses veines, il redevient un mirage. Ce doit être cela, le mal de l’Inde pour les Blancs, pense-t-elle. Au début, je n’y ai pas prêté attention, absorbée que j’étais par l’invisibilité de ce formidable organisme qui semble posséder une vie propre, sans autre règle que celle, précisément, de ne pas en avoir. Je ne sais pas si j’aurais pu changer le cours des choses. La vie ici semble ne tenir à rien, ni au hasard ni à la fatalité. Le bien et le mal s’entremêlent si intimement que quoique l’on fasse on en éprouve peut-être quelque fierté ou regret, mais finalement jamais de culpabilité. J’en devins amorale avec une aisance désarmante. Passés les premières épouvantes visuelles et olfactives à t’en donner le tournis, on s’habitue relativement vite, ce fut mon cas, à la pouillerie du sous-continent indien et à la dévastation orgiaque de sa chair qui s’affiche à pleines rues dans les corps des miséreux. Les moignons, les sourires édentés, les mouches qui grêlent la peau, les yeux rougis d’alcool, la supplique inscrite au creux de la main tendue, la mort patiente qui attend… D’abord, ça te fout la honte dans le rouge. Ça te chavire la conscience. Ça me donnait envie d’hurler. Petit à petit, ça s’installe doucement dans ta rétine, ça te surprend de moins en moins, ça ne t’émeut plus du tout. Et pourquoi puisque l’Inde elle-même n’est pas compatissante avec les siens ? Jamais. Au début, je me souviens aussi, j’étais drôlement fière d’extirper mes enfants parrainés de cette mouise qui leur collait au karma comme une malédiction. Ils flanquaient de sacrées cornes à ce mantra de traîne-misère. Les premiers mômes, c’est Murugan qui les a trouvés. Qu’est-ce qu’il était beau ! Et malin. Je lui faisais confiance. Comme à la plupart des gens qu’il me présenta. J’avais tort. A cette époque, il existait en Inde autant de choses illégales qu’aujourd’hui, mais on n’y prêtait pas la même attention. Il suffisait d’arroser les véreux à tous les étages pour jouir d’une paix coolement marchandée jusqu’au prochain racket. Murugan était l’un des leurs. Il disait aux parents qu’il emmenait leurs enfants, chez une Blanche, pour les éduquer et il demandait, en général au père qui ne savait pas lire, de signer des documents à l’entête de Children from nowhere, ou encore d’apposer l’empreinte de son pouce. Gamins abandonnés, parents décédés. Le tour était joué. Pour une famille trop collante, il avait la formule prête : ne reviens pas, parce que cela perturbe les enfants. Je n’y ai vu que du feu. Je me consacrais au parrainage. Absolument génial ce système de « tonton d’Amérique » qui permet de subvenir aux besoins basiques d’un enfant du bout du monde pour à peine le prix de deux paquets de lessive ! Les subventions, les parrainages et les dons affluaient de partout. Les roupies se multipliaient, les extorsions aussi. Pas de pots-de-vin, pas de papiers, pas de gamins.

Elle soupire. Mani, Leena et Murga lèvent la tête, attentifs au moindre de ses changements. Mais elle se contente de les dévisager.

A part leur bout de trottoir, que connaissent-ils de l’Inde ? Ont-ils conscience que leur Incredible India te bouffe comme un cancer à la sournoise ? Faire de l’humanitaire ne rapporte pas grand-chose, sinon une satisfaction égoïste qui malheureusement ne dure que le temps des illusions. Impossible de suivre l’inflation galopante des dessous-de-table. Je ne savais jamais ce que demain me réservait. Il suffisait qu’un flic, qu’un fonctionnaire, que n’importe qui avec ses petites et grandes entrées ici ou là vienne exiger son pesant de roupies pour que tout s’arrête. Arroser, arroser encore et encore. Je ne pouvais pas suivre. Mais je ne voulais pas renoncer. Parrainer plusieurs fois le même gosse a été une idée de Murugan. Une entourloupe soft mais vouée à l’échec à court terme. Impossible à gérer un tel fichier !

«  Vous connaissez le patron du restaurant Satya ? dit-elle sans s’adresser en particulier à l’un des enfants. Elle désire juste arrimer sa mémoire à quelque chose de perceptible. Des mots, sa voix ou la leur.

— John l’américain ? »

Son regard part à la dérive, se brouille d’images, s’absente. Leur réponse est sans importance. Elle se souvient. John l’américain. Un géant roux à la peau d’un blanc ivoirin, un colosse aux apparences trompeuses. Une obésité sans mollesse. Une forteresse de chair qu’il s’était peaufiné peut-être par désespoir – l’idée la séduisait, le cynisme l’horrifiait encore – une mélancolie minutieusement escamotée dans son ossature sculptée de ses multiples excès. Un type incroyablement cultivé. Gros buveur, gros mangeur, gros baiseur, bref doté d’un appétit furieux en qui il voyait la proclamation gustative de l’anarchisme rigolard dont il se réclamait. C’était vers lui qu’elle avait été cherchée une solution. Par instinct. Non seulement, il avait la réputation d’aimer les très jeunes garçons, ce qui évacuait entre eux toute possibilité des ambigüités de la séduction, mais aussi celle de posséder une habileté machiavélique à retourner les situations les plus foireuses en sa faveur. Il l’avait écouté sans l’interrompre, lui avait servi un whisky et tendu un joint.

« Fume, ça te détendra. Et pour l’amour du ciel, arrête de chialer, ça ne t’avance à rien et ça me fout les nerfs. Je ne supporte pas les gens qui pleurnichent. Mais bon Dieu, Monique, qu’est-ce que t’imaginais ? Que l’on allait te faire un triomphe pour faire la tournée des Grands Ducs avec tes bidons de lait ?

— Rien. Tout, avait-elle reniflé. Autre chose en tout cas que cette putain d’extorsion incessante.

— Ma puce, j’ai l’avantage ou l’inconvénient, cela dépend du point de vue de chacun, de vivre dans ce pays depuis plus longtemps que toi. Tu y es arrivée avec les illusions béates de ta jeunesse. Moi, avec la guerre du Vietnam aux trousses et un négoce, peu reluisant je te l’accorde, mais ô combien lucratif, celui de la drogue, le même que j’avais à San Francisco, les flics au cul en plus. Comme toi mais pour des raisons très pragmatiques, j’ai fait le Hippie trail jusqu’à Goa. Terminus entre enfer et paradis. Quel trip nudiste ! Rends-toi compte : même moi qui suis un esprit jouisseur, putain, tous ces culs à l’air, tous ces testicules mous, tous ces seins pointés au zénith, toutes ces mamelles en oreilles d’épagneul, ces fesses rebondies ou déprimées, en train de rôtir, de bummer – mendier dans mon vocabulaire – ou de s’enfiler sur la plage, ça finissait par me faire débander. Je ne me voyais pas finir en vétéran déjanté du trimard. J’ai cherché un lieu plus cosy. Pondichéry. Mais comme toi, j’étais persuadé que l’Inde nous offrait l’occasion d’effacer toutes les ardoises de nos conneries, qu’elle incarnait l’Éden de tous nos fantasmes judéo-chrétiens. On s’est fait baiser par Jésus, Krishna, Ravi Sankar, Krishnamurti et tous les Gandhi, l’original et ses photocopies et la Rolls Phantom psychédélique de John Lennon. Ajoute à cela qu’après l’assassinat de Sharon Tate, il est devenu difficile de croire aux petits oiseaux, aux fleurs et aux love-in.

— Quel rapport entre tes choix et le mien ?

— J’y viens. Pas plus que San Francisco, Amsterdam ou Katmandou, l’Inde est un paradis. Dieu et Diable y sont potes et trempent dans les mêmes eaux troubles. Le bien, le mal, je ne t’apprends rien, c’est la même foutaise éternelle. L’un n’existe pas sans l’autre. Ici plus qu’ailleurs, si tu veux parvenir à ton but, sauver quelques mômes de leur dépotoir, tu dois composer avec les deux. L’idée est que si tu es bonne comme la romaine et que tu courtises l’altruisme, il vaut mieux l’oublier tout de suite. Alors un conseil, Monique : si tu veux prospérer dans ce pays, tu n’as pas d’autre choix que d’accepter de te plonger dans son chaos.

— ça signifie ?

— Renverse la vapeur de telle sorte que ceux qui te contrôlent aujourd’hui, dépendent de toi demain. Une créance ouverte sur leur intimité. Celle dont ils subissent, le rouge au front, les turpitudes, mais pour laquelle ils sont tous prêts à se damner.

— Mais de quoi me parles-tu, John ?

— Du foutre, Monique, du foutre. Ne me regarde pas avec cet air d’ahurie. Oui, je sais. Tu as la réputation, la rumeur chez les expatriés est une pathologie endémique, de lutiner les anges plutôt que les hommes, bref d’avoir une sexualité monacale. Ne rougis pas. Il est de notoriété quasi publique que tu es rabougrie comme une figue. Mais bon, tu as investi ta jouissance physique dans le sauvetage du monde, le bien des autres, l’humanitaire. Et sans doute entendre le mot foutre te fait blêmir les ovaires. Je t’explique, ma puce. Là, où l’homme va, le foutre va. Là où le foutre se déplace, l’homme se déplace. Exactement comme les orties. C’est une mauvaise herbe qui lui est indispensable. Il te suffit pour agrandir cette vision de songer au blé. Lui c’est un aristocrate. Pour qu’il croisse et se multiplie, il faut le bichonner artificiellement. L’ortie, elle, elle pousse partout sans, avec ou malgré l’homme, et là où il dépose ses armes. Car l’ortie aime le fer et là où il y a eu des invasions, au nom de je viens vous libérer ou vous convertir à mon Dieu, là où il y a un sabre, un fusil, un tank enterrés, il y a des orties et du foutre. »

Elle pouffe de rire. Son corps tressaute. Elle ne sent que ses poignets, la morsure des cordes et l’urine qui coule en petits jets entre ses cuisses, dégouline le long de ses jambes légèrement fléchies, et forme des petites flaques autour de ses pieds.

A force de me pisser dessus, je vais puer comme un bouc.

«  Tu crois qu’elle pleure ? chuchote Leena.

— Non, pas encore, lui répond à voix basse Mani. C’est trop tôt. Elle doit rembobiner dans sa tête tout ce qu’elle a fait. Moi, si j’étais elle, c’est ce que j’ferai. Quand on nous punit et qu’on se prend une beigne, on chiale, on renifle et on va s’asseoir dans un coin pour se faire oublier.

— Et pis on pense à la bêtise qu’on vient de faire, on se la rejoue dans la tête, on change une chose, puis une autre, même que des fois on se dit que tant qu’à se faire punir, on aurait pu la faire encore mieux, la bêtise, renchérit Leena.

— En tout cas, c’est ce qu’Anniyan aurait voulu qu’on fasse. Donner une autre chance à cette bonne femme, intervint Murga. Moi, je regrette jamais ce que je fais. Y’a toujours une raison. Bonne ou pas, je m’en fous. Mais je ne suis pas certain que la vieille en avait. Je veux dire des bonnes raisons pour faire ce qu’elle nous a fait. »

Elle voit leurs lèvres remuer, leurs corps qui avancent, reculent, s’inclinent. Elle s’en moque, elle est dans son fou rire, le foutre et les orties, dans la voix de John et son plan d’enfer. Une gorgée de whisky, une taffe. Une gorgée de whisky, une taffe.

Alexandre, Patton, Napoléon, les Français à Diên Biên Phu, le front de l’Est, les soldats de sa Gracieuse Majesté et les Américains au Vietnam… Elle les avait tous fait défiler. Une armée d’orties pataugeant martiales et en rangs serrés dans une mer de foutre. Mais elle ne voyait toujours pas où John l’américain voulait l’emmener.

« Ne te vexe pas, John… Cela fait un bon bout de temps que je n’ai pas ri comme ça ! Elle est sacrée bonne, ton herbe !   

— Réveille-toi, Monique. Je suis un homme d’affaires. Outre mon restaurant qui est une référence à Pondi, tant pour ce que l’on y mange que les rencontres que l’on y fait, des dizaines de mioches travaillent pour moi en vendant de la drogue tout le long de la côte de Coromandel, d’Anjugramam au sud jusqu’à Chennai au nord. Alors je te l’affirme, il n’y a pas un business qui ne se fasse ou se conclut sans y  inviter le foutre.

— Tu dis n’importe quoi, John ! A croire que le monde et ses arrangements se règlent à coups de reins et de shoots d’hormones.

— C’est ainsi, ma belle et cela a toujours fonctionné de cette façon ! Partout, à toutes les époques et dans tous les milieux. De la Genèse aux alcôves vaticanes, des intellectuels grecs à la société machiste romaine, des Mayas aux samouraïs au Japon, des cours royales européennes aux Bacha Bazi afghans, des lupanars sans frontière aux monastères, de l’Orient à l’Occident  jusqu’à nos démocraties actuelles, le commerce de la chair masculine et féminine, pubère et impubère, a toujours fait la fortune des Etats et le bonheur dérisoire de bien des corps. Au fil du temps, il s’est ainsi créé une société parallèle, digne des meilleurs polars, secrète et honteuse, maffieuse, des mauvaises herbes nécessaires à nos sociétés et bénie par toutes nos hypocrisies. Une société très importante qui brasse énormément de pognon et fait vivre énormément de gens. Et ce ne sont ni l’humanisme, ni la liberté sexuelle, ni le peace and love qui vont y changer quoique ce soit. Au contraire, cela va peut-être même favoriser son expansion. Tout le monde gueulera comme d’habitude, mais la plupart en profitera et finira par admettre que personne n’y peut rien. Je te parle de sexe, de cul, de baise, de bijoux de famille et de chatte. Tu veux ton indépendance financière, ne dépendre ni des subventions, ni des dons et encore moins des dessous de table ? Tu veux non pas la changer, c’est une utopie, mais donner des outils pour une vie meilleure à des centaines de gamins ? Donne donc à ceux qui ont quelque chose à cacher, la came qui les fait sortir de leur tanière. Tu as vu le nombre de types qui reluquent les petits revendeurs de souvenirs, les morpions en haillons et les fillettes nattées ? Moi-même j’aime les mouflets à l’adolescence à peine entamée et j’ai toujours besoin de chair fraîche pour mon plaisir.

— Mais…

— Il n’y a aucun mais qui tienne, Monique ! Le fric que tu peux ramasser dans ce commerce bilatéral, assouvissement des fantasmes occidentaux contre le corps de crève-la-faim à la sexualité quasi intacte, est inimaginable. Alors deviens Rungis ! Arrête d’être une petite détaillante de viande qui vend du persillé. Si ce n’est pas toi qui le fais, d’autres le feront et il y a fort à parier, n’importe comment. Tu es rationnelle et méthodique. Prends-le comme un business. Tu seras surprise des tapis rouges qui se dérouleront sous tes pieds. Les bakchichs, c’est toi qui les distribueras ! Et dis-toi que tout le pognon dégueulasse que tu gagneras, te permettra d’investir dans des choses chouettes. Comme l’a dit un gars célèbre de chez toi, Danton, un mec qui s’y entendait pour faire rouler les têtes dans le panier : on ne détruit que ce qu’on remplace.

Le monde est presque arrivé à son dernier matin. Là dans les bois, que du muguet qui se les gèle. Ouah, l’emblème du bonheur comment peut-il en corps bander au naturel quand tout est devenu gonflable ? La pt’ite pillule, c’est l’indispensable vie  à gras dans c’te pénurie d’action du gonflement de sang. Pauv’ p’tit brin tes clochettes sont vides…

Oui, si j’apporte cet impressionnant témoignage c’est poussé par l’espoir qu’il contient de par son dire. On nous vend du vent, comme si nous n’étions que des paumés de la nuit sans jour. L’Inde, je connais bien, c’est beau comme sale, ça pue comme c’est les rats d’un cinéma qui baise l’innocence par derrière l’intouchable. Les fumées d’en sang d’une âme de caste qui font rêver que les enfants de riches. Tiens nos candidats y doivent avoir trop fumé, après un si longtemps de programme, tout changer en vue du poteau, ça vous interpelle pas ? Sous la tribune où ils parlent, le sabre, et le tank doivent lever le foutre et le orties de leurs envies de pouvoir.

Niala-Loisobleu – 1er Mai 2017

 

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LE BRUISSEMENT DES ARBRES, DANS LES PAGES DE GILLES BAUDRY


LE BRUISSEMENT DES ARBRES, DANS LES PAGES DE GILLES BAUDRY – 1

Seul avec le silence bourdonnant d’abeilles
et la fenêtre en croix
sur l’absence habitée
 

le coquelicot de la lampe dans la nuit
 

seul  à traduire ce qu’on gagne
à vivre dans un lieu perdu
au bout du monde
où tout commence
 

où se penchent les ombres tutélaires
de Sérusier   de Max Jacob   de Ségalen
de Saint-Pol-Roux le Magnifique
 

seul avec tous
frère des choses
à écouter sans fin venir
les pas de Dieu
 

la plume à la fine pointe de l’âme
à mains nues
 

j’écris

 

Et cela se passe donc « où tout commence ».
Chaque poète crée chacun des mondes à chaque instant.
Quoi d’autre ?

Ceci :

l’envers du monde je le vois   j’entends
des pas de brume qui s’approchent

Gilles Baudry

Je ne suis pas de la même croyance,

pourtant

de l’absence habitée

nous sommes frères…

Nos pas vibrent au coeur des dalles d’un déambulatoire posé dans le ciel qu’un arbre caresse au gré du vent. Bateau du silence qui transporte nulle part et partout le sens des cris de l’origine humaine. Symbolique manifestation réglée sur le mouvement pendulaire des deux luminaires. Une femme au ventre ouvert me donnant l’amour à boire, pendant par l’ogive d’un vitrail sa lumière le pénètre. L’approche à l’infini. Les Maudits devenus radieux à l’intérieur du Cercle où le rayon de la couleur s’ajoute à la Roue. Monde naturel défait d’ambitieux. Le ver nettoie la tâche de vain. L’oiseau sème le noyau et les pépins. Que les doigts des racines propagent en médecine à l’écart des laboratoires de la chimie du fric. C’est quoi faire l’amour si ce n’est avant tout la fusion platonique de qui l’orgasme charnel pourra naître après que les âmes se seront mises à nu. Couleur d’une eau dont la source est ailleurs que dans les packs du commerce. Cette ornière, empreinte que nous suivons et répétons, à son point de départ dans les gènes de la première caverne. Rupestre BD qui créa la Poésie dans la sauvage proximité des monstres qui devait séparer et confondre à jamais l’Homme et la Bête. Lucide, je laisse aux regards perdus la cohorte des banderoles partisanes. Nous avons choisis d’aimer, dans le pire pour le meilleur.

Niala-Loisobleu – 27 Avril 2017

henri rousseau soir de carnaval via connaissancedesarts.com

(Soir de carnaval – Peinture d’Henri Rousseau)

L’Appel de l’Oiseau (Promesse)


L’Appel de l’Oiseau (Promesse)

à l’eau à l’eau à l’eau


à l’un une main tient le rang
route de cendre courbe le temps
contre bec écrasé
pas de fuite
enroulé en cercle
sous la peau repliée
tu es dedans

les gouttes à la renverse
l’œil sous la nuit
le blanc à côté
le temps blanc
temps balance silence
ascendance ta bouche
je n’existe plus
mains en rang
cendre du temps
contre fuite versée
dedans l’accroc
tu es dedans
ligne contre courte
sous la peau repliée
à l’eau à l’eau à l’eau
enroulée sous le bec
silence à l’eau renversé

rythme de l’eau
d’un pas l’eau
vent d’une main
sous l’aile la route
où l’œil est cendre
courbe le temps
je suis un ligne
je cherche contre
bec écrasé
pas de fuite une sphère
un cercle enroulé
se repliant sous la peau
pas de fuite tu es dedans
temps de l’accroc
se renverse les gouttes
à goutte de l’air
et l’œil d’un nuit
sous la courbe à coté
le temps blanc
silence rythme ascendant
je n’existe pas
sans ta bouche

Philippe Vallet

Alexandre de Riquer - L_appel de l_oiseau via colourthysoul.tumblr.com

De l’arbre tu

l’écorce tend l’oreille

gravé le coeur saigne

d’un noir geai-bleu

faisant absence

A l’horizon de tes épaules

je remonte

au tombé de tes seins

mano a mano

Lourds, lourds, lourds

je m’y balance

retenu par tes cordes d’aisselles fleuries

je ne suis plus qu’une spirale

que ton ventre ascensionnel

dresse

à la crête humide du cri

Niala-Loisobleu -22 Avril 2017

(L’appel de l’oiseau – Peinture d’Alexandre de Riquer)

Devant la mer, un soir


Devant la mer, un soir

Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,
Nous rêvions… toi, câline et d’amour amollie,
Tu regardais, bercée au cœur de ton amant,
Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance ;
Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,
Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,
Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme
Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,
Et je posais, comme une extase, par instants,
Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants !

Des arbres parfumés encensaient la terrasse,
Et la mer, comme un monstre apaisé par ta grâce,
La mer jusqu’à tes pieds allongeait son velours,
La mer…

… Tu te taisais ; sous tes beaux cheveux lourds
Ta tête à l’abandon, lasse, s’était penchée,
Et l’indéfinissable douceur épanchée
À travers le ciel tiède et le parfum amer
De la grève noyait ton cœur d’une autre mer,

Si bien que, lentement, sur ta main pâle et chaude
Une larme tomba de tes yeux d’émeraude.
Pauvre, comme une enfant tu te mis à pleurer,
Souffrante de n’avoir nul mot à proférer.

Or, dans le même instant, à travers les espaces
Les étoiles tombaient, on eût dit, comme lasses,
Et je sentis mon coeur, tout mon cœur fondre en moi
Devant le ciel mourant qui pleurait comme toi…

C’était devant la mer, un beau soir d’Italie,
Un soir de volupté suprême, où tout s’oublie,
Ô Ange de faiblesse et de mélancolie.

Albert Samain (Recueil : Le chariot d’or (1900))

Un moment que la chandelle éteinte, garde son impression pérenne quelque part en elle. Le premier de PROMESSE revint allumé d’absence, j’ai repeins une heure en corps mais en dehors des lunettes du serpent à sornettes. Habité d’un sentiment de complicité en demande, seul égaré dans le dédale versatile du dernier qui passe. Double je contraire à l’engagement. Je suis entier., comme la mer.

Niala-Loisobleu – 21 Avril 2017

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MOT A MOT 5


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MOT A MOT 5

LE LANGAGE DES FOUILLES

Déchues les divinités muettes
veillent de désespoir en désespoir

À détecter le langage des fouilles
de part en part s’insinuent les soupçons

Qui osera encore lire dans la main
les lignes mal déchiffrées des désastres

Pour refaire la somme des preuves
s’impose à coup sûr la divination

Albert Ayguesparse

Sur la piste refroidie des plis d’un drap débat, je renifle. Les flairs du mâle ? Pourquoi pas, y a pas de mâle en moi au sens premier de l’équité refusée. Avant d’être j’ai l’intime souvenir d’avoir été conçu par là où je suis sorti. Une puissante nuance qui devait marquer à jamais mon concept de la Femme en un partage des deux genres me choisissant androgyne. L’humain que l’animal a dévoilé en moi est strictement lié à une évolution que le dressage n’a jamais abordé. Ma liberté de pensée est innée. D’abord la notion de respect, là pour induire le sens de ce qui va suivre: aimer. Les divinités s’expriment. Réduire une femme à un trou n’est pas seulement offensant, c’est métaphysiquement insane. Je laisse de côté l’aspect poétique de cette monstruosité qui fait entièrement défaut.

Les arbres font l’ola sans besoin de se déguiser en plumeau cul. Branches porteuses charpentant la canopée, ils font chambre d’hôtes aux oiseaux sans gîte à la noix. Le regard que les circonstances du contact m’amène à poser est dénué de soupçon en première intention. Brel l’a chanté dans la douleur. Mais on peut être mécréant et penser qu’on ne peut enfanter autrement.

J’ose lire les lignes dans la main. Ce qui non seulement me porte à faire l’état des lieux mais aussi avancer les travaux de génie-civil de jetée des ponts. Il pleut berges errent, se lamentent les épaves à la dérive… Je n’aurais pas perdu de tant à vivre indifférent. Mon enfance de l’Art m’a mis sur la voie.

“Enfance de l’art”

Les mots s’écoulent. Sans strophes. Sans mesure. Sans syntaxe parfois, tel un collage de membres de phrases reflétant l’espèce de confusion mi-rêvée, mi-réelle du couple. Pas de ponctuation non plus, aucune virgule — à peine un point au vers six, pour suspendre le poème avant la mer, les larmes, le lait, l’eau des lèvres. Ces liquides sont quelque peu coquins, qui renvoient — discrètement mais clairement — au plaisir. Et ce plaisir, goûté en pleine nature ensoleillée (les oliviers et les collines suggèrent un tableau méridional), au réveil, alors que les rêves traînent encore sur les yeux, achève de confondre la femme aimée avec le paysage (un peu à la façon de « La magie noire » de René Magritte [1945]). Puis contraste à l’avant-dernier vers : irruption d’un bel alexandrin, un vrai, au rythme symétrique 3’ 6” 9’ 12, agrémenté d’un jeu d’allitérations en [k], très minérales, qui rompt justement avec la fluidité des lignes précédentes. Pour signifier, après une césure rocailleuse au dernier vers (l’accentuation du « qui » en césure est, en effet, renforcée par les allitérations sourdes et gutturales de l’alexandrin ; point d’enjambement donc), cette pointe de jouissance traversant le corps jusqu’à la bouche — dernier mot du poème aux phonèmes longs, chuintés, sensuels.

Enfance de l’art

(La Rosée sur les Mains d’Albert AYGUESPARSE [1900 – 1996])

.Niala-Loisobleu – 14 Avril 2017

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