ENVOLEE


ENVOLEE

Ainsi griffée

à l’écorce encore verte

de ma chevelure

et à l’écusson de ma peau de tempête,

j’abandonne la branche-mère devenue trop dure

pour la branche-soeur offerte

à la greffe de l’œil poussant

qui cultive l’espoir dans un vaste champ

où le sang sombre est laissé au fer.

C’est l’instant nu

et le doux séjour dérobé,

la nidification secrète

et c’est à peine si l’on devine

que les oiseaux déjà habitent la racine

 s’exerçant en secret au grand saut et à l’envolée

vers de tendres bras de rameaux doubles.

Nos enfants auront l’instinct florifère que rien ne trouble

et à la flamme des fruits mûrs dansant sous le soleil

ils regarderont au bourgeon gonflé de leur bouche vermeille

se multiplier le fol amandier et la fière glycine.

Barbara Auzou

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Envolée – 2018 – Niala – Acrylique s/carton toilé 46×33

LA BOÎTE A L’ÊTRE 41 – LE JARDINIER


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 41 – LE JARDINIER

 

Les saisons passent entre les sillons creusés par les pinceaux. Palette, vaste domaine, culture proportionnée au jardin de taille humaine.Loin des mécanisations araires, qui coupent plus qu’elles ne font pousser.

Le chevalet est curieusement complice des mutations végétales qui suivent sans dessein, l’évolution de l’Oeuvre de l’artiste. L’Oeuvre étant l’ensemble de ses différentes époques.Farouchement indépendant, ce peintre là, s’est toujours tenu à l’écart des modes et de leurs dommages sur la personnalité intrinsèque.

Tu souviens-tu Alain quand tu as accouché de Niala ? Je suis père et mère, androgyne, si tu savais comme c’est puissant ce sentiment de se remplir d’une autre dimension, de la sentir se développer dans son ventre, et d’en entendre les premiers cris…tu ne me demanderais pas si je m’en souviens encore..Tu n’y comprendras sans doute rien, mais mon père après avoir conçu Alain Denèfle, sans le savoir à inséminé Niala. Jamais cette conception ne fut artificielle.Il m’en parle souvent dans nos conversations journalières. Fier d’avoir eu deux garçons avec le même. De penser que son autre fils est son frère, ça fait silence…non seulement c’est intime et incompréhensible pour les non-membres de la famille, mais surtout, c’est l’accomplissement d’un amour sans fin.

Louis me résonne de tous les bruits qu’il a semé dans mon jardin d’enfant.Debout avant le jour, et couché bien après lui, j’ai de curieuses musiques au coeur. Sa voix haute et prenante, il chantait du matin au soir, d’une voix de stentor, pas un de ces filets mignons de nos stars de la chanson actuelle. Et sans micro, en direct. Le répertoire en désordre, selon le rayon de soleil où la pluie de l’instant, selon le rebondi des fesses du modèle qui parfumait l’atelier de ses remontées dermiques, notre seul moyen de chauffage, ou de rafraîchissement, selon aussi la lutte ouvrière, les troubles de la société, la guerre en trame, la guerre, en uniforme, la guerre en deuils, la guerre en tortures, la guerre en atrocités, la guerre en hémorragie du coeur. La lutte permanente. Comme il me disait, même quand il fait beau il y toujours une grêle en embuscade. D’où ces chansons de corps de garde….on est jamais assez vigilants, m’a-t-il appris.

C’est l’arrosoir de mes sécheresses, il tombe toujours à pluie quand l’à-pic a brutalement fait un cratère dans ma rue. Louis c’est mon chaudronnier, il repousse le métal, le fait chanter en extrayant de sa froideur la chaleur de sa forge intérieure. Ses marteaux rebondissent avec joie sur mes enclumes. Comme ses mains m’ont assoupli les doigts. Le travail les a fait à sa mesure, il les a endurci de l’apparence, sans les dépouiller de leur extrême sensibilité interne. La main plante, la main transplante, la main fait lever, la main fait s’ouvrir, la main projette, elle est le signe permanent du vouloir, le seul outil que l’on doit apprendre à fabriquer soi-même, pour en connaître l’usage. On achète pas une main on la donne.

Mes mains ont traversé tant de paysages. Tant de robes de campagnes, boisées, herbues, tant de chemises et de pantalons de rues, de places et de quais de gare, de mers ou de fleuves, tant de bretelles de chemins, de boulevards, de tunnels, d’aérogares, tant de chapeaux de plages, de rivières, de lacs, qui les ont plongé nues dans leurs pavés, leurs ornières, leurs clairières, leurs bals du 14 Juillet, leurs échancrures de corsages comme de cols montagneux, que les vertiges de l’altitude, ont grisé parfois, sans faire tourner la tête à l’envers. Une tête qui tourne du bon côté c’est une vue qui s’ouvre, n’est-ce pas chère automne ?

Mon jardin est le reflet de mon âme, il y a plus de mauvaises herbes que de fleurs à vase. C’est ma seule concession à ce dieu qui serait paraît-il à son origine, j’aime pas les curés mais j’adore leurs jardins.Tout est pousse dans l’humain, je n’ai pas dit dans l’homme, là c’est un autre plan, qu’un quennal ou plusieurs n’ont toujours pas assaini. Poètes, mes fleurs, mes nourritures, où seriez-vous le mieux sinon dans mon jardin ?

Dans le jardin

Jeanne et Georges sont là. Le noir ciel orageux

Devient rose, et répand l’aurore sur leurs jeux ;

Ô beaux jours ! Le printemps auprès de moi s’empresse ;

Tout verdit ; la forêt est une enchanteresse ;

L’horizon change, ainsi qu’un décor d’opéra ;

Appelez ce doux mois du nom qu’il vous plaira,

C’est mai, c’est floréal ; c’est l’hyménée auguste

De la chose tremblante et de la chose juste,

Du nid et de l’azur, du brin d’herbe et du ciel ;

C’est l’heure où tout se sent vaguement éternel ;

C’est l’éblouissement, c’est l’espoir, c’est l’ivresse ;

La plante est une femme, et mon vers la caresse ;

C’est, grâce aux frais glaïeuls, grâce aux purs liserons,

La vengeance que nous poètes nous tirons

De cet affreux janvier, si laid ; c’est la revanche

Qu’avril contre l’hiver prend avec la pervenche ;

Courage, avril ! Courage, ô mois de mai ! Ciel bleu,

Réchauffe, resplendis, sois beau ! Bravo, bon Dieu !

Ah ! jamais la saison ne nous fait banqueroute.

L’aube passe en semant des roses sur sa route.

Flamme ! ombre ! tout est plein de ténèbres et d’yeux ;

Tout est mystérieux et tout est radieux ;

Qu’est-ce que l’alcyon cherche dans les tempêtes ?

L’amour ; l’antre et le nid ayant les mêmes fêtes,

Je ne vois pas pourquoi l’homme serait honteux

De ce que les lions pensifs ont devant eux,

De l’amour, de l’hymen sacré, de toi, nature !

Tout cachot aboutit à la même ouverture,

La vie ; et toute chaîne, à travers nos douleurs,

Commence par l’airain et finit par les fleurs.

C’est pourquoi nous avons d’abord la haine infâme,

La guerre, les tourments, les fléaux, puis la femme,

La nuit n’ayant pour but que d’amener le jour.

Dieu n’a fait l’univers que pour faire l’amour.

Toujours, comme un poète aime, comme les sages

N’ont pas deux vérités et n’ont pas deux visages,

J’ai laissé la beauté, fier et suprême attrait,

Vaincre, et faire de moi tout ce qu’elle voudrait ;

Je n’ai pas plus caché devant la femme nue

Mes transports, que devant l’étoile sous la nue

Et devant la blancheur du cygne sur les eaux.

Car dans l’azur sans fond les plus profonds oiseaux

Chantent le même chant, et ce chant, c’est la vie.

Sois puissant, je te plains ; sois aimé, je t’envie.

Victor Hugo

Sur la toile, le jour se lève, entre les doigts du jardinier. La composition en L – comme liberté, loge, largesse, lointain -a transporté le présent, hors des ténèbres. La lumière , symbole de verticalité étend son trait horizontalement sur le jardin, semant l’espérance nourricière.

Niala-Loisobleu

5 Décembre 2010

LE JARDINIER - 2010 - NIALA - Acrylique sur toile 46 x 38 003

 

 

A LA BUTEE DES ETOILES


A LA BUTEE DES ETOILES

Dans les hauts jardins de l’imagination,

je te trouverai broyant la couleur

au revers du coquelicot éphémère,

accoudé au temps et à la butée des étoiles,

à fortifier la frêle charpente de la toile

que le couteau déjà entaille de son entière passion.

Je te trouverai absorbé dans l’intervalle

entre le geste et son intention,

entre la beauté et son interrogation,

au coeur d’une lumière différée,

à la torche ressaisie sur la cécité du jour

et dans le halo d’une certaine idée de l’amour.

Dans les hauts jardins de l’imagination,

tu me trouveras au dernier quartier lunaire,

sur la balançoire obstinée qui balaie le vulgaire,

à la strate du mot et à la nuque d’un bras de mer.

Tu me trouveras au sang bleu d’un théâtre mental,

à la mouette qui se cogne à la butée des étoiles.

Tu me trouveras dans l’étroit du mot,

dans l’écriture du ventre et son cachot,

entre le centre et le contour,

entre le dire et son silence,

au coeur d’une partition langagière,

à la torche ressaisie sur l’éphémère

et dans le halo d’une certaine idée de l’amour.

Barbara Auzou

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A la butée des étoiles – 2018 – Niala- Acrylique s/toile 100×100

LA ST-JEAN VENUE


LA ST-JEAN VENUE

À nos robes de fumée,

 À la suie de nos visages

Et de nos corps jumelés,

Nous nous sommes reconnus

Indissociables de nos rêves de cendres

Que l’on recomposait de nos mains

Cueillant l’orpin acidulé.

Ô l’exode joyeux à la joue de la verveine,

Du millepertuis et de la citronnelle

Humectés de rosée à faire reculer

Les mauvais présages dans l’arène

Folle d’un monde consumé.

Nous reprenions des chansons païennes

Et c’était la chair d’avant le sang,

Le sel sur les paupières, le pouls à la veine

Et sur le berceau du ventre maternel

Se posaient rouges les lèvres du silence

Qui lapaient la lumière rare de l’été.

Sautant par-dessus les braises incandescentes

Comme des ciseaux de lumière au couteau de la toile,

Nous dessinions à la bouche et au bûcher,

Des bras faits pour l’amour

Comme des béquilles sur le poids tremblant des jours,

Et nous nous endormions dans le solstice de nos rires

 Et sous les étoiles.

 Barbara Auzou

P1050652 - Copie

La St-Jean, venue – 2018 – Niala – Acryliques/toile 100×100

L’ADDUCTION S.V.P.


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L’ADDUCTION S.V.P.

D’un morceau d’eau

pétri

j’ai tiré une pierre

pour une campagne en grande partie

baignée de sueur rénale

Les gens s’enfuyaient en criant il est fou – moment idéal pour construire tranquille – sans obligation de commencer par mettre une frontière. Juste un caniveau pour l’adduction.

Maculée conception, l’opinion fit un tub qui s’avéra impropre à vouloir étendre mon réseau. Je suis bon à rien dans ce cloaque.

– C’est quoi votre statut me demanda un attardé ?

Lui dire que je suis peintre eut paru pédant, ajouter et poète aurait fait pire que le refroidissement du gulf-stream. On ne peut vouloir refaire le monde que si on projette de faire carrière en politique. Le plus menteur est adulé un court moment et élu pour tous pouvoirs sauf un tant.

Et je m’abstiens de dire mon attachement à l’Absolu.

C’est ainsi qu’avec mes doigts de faits je polis les mots crus sans rien châtrer de nos fonctions organiques. C’est pur et pas bio.

La virginité n’a pas encore été comprise…

Illustration: Peinture de Fernando Botero

N-L – 25/06/18

 

 SORTIE DE FEU


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 SORTIE DE FEU

Le jour est levé depuis des heures, comme le jardin je n’en ressens pourtant rien de dynamique. L’insecte est enfoui dans un état-d’esprit proche de l’homme. Serait-il devenu bête lui aussi ? Cette nuit de célébration de la St-Jean m’a éteint le feu intérieur qui s’étaitt allumé dans mon travail de la journée. Si fort, intense, joie, transport un état de peinture extrême. Porté par ce qui conduit au dépassement par le pouvoir créatif. La poésie avait pris une certaine avance sur le moyen pictural. C’est ce que j’ai ressenti tout au long, j’ai travaillé sous la dicté, transcrivant l’image des mots que je recevais. La magie a si bien opéré que le soir la réalité est arrivée vulgaire et brutale, avec LE BRUIT pour unique et dévorante présence, massacrant au sens premier le sens , la profondeur…Je suis resté sobre, hors des libations générales, allant me coucher la tête brisée sans attendre l’allumage du feu. Certainement  un réflexe de sauvetage d’un rite outragé. Pourtant ce matin je n’arrive pas à sortir d’une épouvantable gueule de bois.

Niala-Loisobleu – 24 Juin 2018

 

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Estran demandé ?


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Estran demandé ?

 

 

Mains levier, je désenlise l’esprit de l’idée

nos outils de déviance fabriquent des objets

à partir d’une fonction organique

Je peins à poils, de la martre acrobate et du pore épique

je peins de mon cœur à la rage du couteau

de mon âme qui a bu et mon oreille qui voit de la main gauche

jamais sèche la toile claque comme au lavoir

l’idée que de foi la Muse humidifie s’étale en dehors de la vue, de mer et d’écume
pont vertébré et cales d’amphores, seins en prou, guettant que taire, 
assise dans l’espace porté du tapis envoyant son volant d’embruns…

Niala-Loisobleu – 23/06/18