LA VOIX


LA VOIX

Qui chante là quand toute voix se tait?
Qui chante avec cette voix sourde et pure un si beau chant?
Serait-ce hors de la ville, à
Robinson, dans un jardin couvert de neige?
Ou est-ce là tout près, quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât?
Ne soyons pas impatients de le savoir puisque le jour n’est pas autrement précédé par l’invisible oiseau.
Mais faisons seulement silence.
Une voix monte, et comme un vent de mars aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte?
Nul ne le sait.
Mais seul peut entendre le cœur qui ne cherche la possession ni la victoire.

Philippe Jaccottet

 

MES JETS BLEUS 1


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MES JETS BLEUS 1

Par résonance  charnelle de l’espace ramené  sous le pied, le miroir se pave du tain d’un désir à repousser l’angoisse et mord à pleines dents les spectres diurnes et nocturnes des ronciers d’une résignation tarissante qui finit par dévorer le doit faire en bonne conscience

le jour s’arrache

l’arbre a trop d’ombre se nomme

livrant son essence

bouche hurlante

Elle se veut là,  Lumière

tranchée palliant aux peurs incendiaires par l’attraction orbitale de l’offrande, ruisselante de sève, à implorer la tige ligneuse en greffe à son porte-écusson

L’oeil brille déjà des sécrétions arborescentes de jeux d’eaux qui convient à se rendre

Je crache à tomber bleu en ton corps, tes venelles devenues mes villages aux maisons blanches ô perchées

Percée, je t’ensouche de cet arbre hors d’âge, cabane d’un oiseau

N-L – 12 Février 2018

 

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Illustrations de Niala – Détails d’ébauches – 12/02/2018

 

 

 

 

Egypte parabole


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Egypte parabole

 

Descente de la grande pyramide, remplir le flacon du sable, ma pensée demeure étendue. Il faut s’arcbouter, plier le dos, obscure lumière quand vas-tu surgir ? Les marches à la verticale  descendent vers l’éternité. Qui a dit que le ciel était en haut ? La longue coque felouque un mât dressé, pierre debout des colonnes immenses posant l’oeil au fronton du temple. Immense ? Mot étrange définissant peut-être l’amour survivant à des millénaires. Une légende peuplée des cris de râles dans le drapé du Nil où s’étire l’avalé. Les grains roulent, agités d’un désir de germer aux alluvions.

Transe percée du caillou

que ma langue suce en allers-et-retours

comme un cache où se tient l’émoi

Par les rétroviseurs filent la bobine en boucle, Le pare-brise devant remue les eaux-vives, le chant des cataractes monte des larmes d’une caravane de chameaux ordinaires. Palmeraie, les yeux marchandent la fraîcheur dans le souk du jour qu’il est. On est quoi au fond ? Rien. Ce rien de soi avec lequel on survit pour tisser son univers. Le piquant d’étoiles d’un rêve qui ne fut pas volé. Girofle et safran sur le fil du courant, le sillage bandelette la mémoire pour momifier les séquences mortes d’une existence dérangée par des contre-volontés, étrangères aux nôtres. L’humide tient la Source Bleue étrangement vivante au coeur du désert. Nous avons deux vies, celle qu’on nous impose et que nous refusons de reconnaître comme étant conforme à notre choix intime. En fait nous ne vivons pas ailleurs qu’à l’intérieur de notre creux. Le spirituel évent où demeure notre souffle, qui n’a rien d’un organe au sens terre-à-taire de l’anti-poésie. Ici-bas, on l’appelle aussi la folie. J’y suis totalement allié né.

Niala-Loisobleu – 7 Juillet 2017

LA BOÎTE AU L’ÊTRE 4


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LA BOÎTE AU L’ÊTRE 4

A LINE PAR COURS POETIQUE

Avant de frissonner d’hiver,
des derniers rayons d’un été au soir des ânes,
la forêt sortit une essence d’arbres du placard
ne sachant parler que l’enfant

Bien avant
ils avaient commencé par connaître la peur au vagissement natal
mais à quoi cela importerait-il de savoir pourquoi certains s’en souviennent
et pourquoi d’autres grandiront tout à côté de cette empreinte ?

Les arbres qui font des parcours de conversations en ne parlant que l’enfant
s’en sont lavés le premier jardin pour s’éviter de devoir culpabiliser jusqu’au delà de la vie

Toutes les feuilles n’étant pas tombées

il était possible de noter au passage certaines fantaisies sans que l’incongru ne s’interpose
comme dans chaque prise de parole des grands

A la souplesse des branches on en voyait immédiatement la différence
pas de bois raide aux fruits moralisateurs
mais des oiseaux pleins de soleils de toutes les couleurs
aux mouvements d’Elle
et cerise sur le gâteau
le chevalier sur son cheval
allant d’un repas de l’ogre à la chambre de la mariée
sans que le serpent rendit toute digestion impossible

Line
sortie d’un autre monde
comme un de mes dessins qui griffonne avant d’attendre la question
et colorie pour éviter les fausses réponses,
en se tenant du fruit naturel
ces églantines que l’horticulteur n’a pas trafiqué en rose trompeur
allait bien à ma main
toute belette
et porteuse d’une assurance que le mystère poursuivait son existence

Aujourd’hui
Line
elle a 9 ans
j’ai rien à lui offrir d’autre qu’une humide trainée de joues
qui lui rappellera peut-être qu’au bois nous avons marché
en ne regardant que les glands dont le ventre se perforait d’une pousse
comme pour ne retenir que ce qui n’était qu’amour.

Niala-Loisobleu
18 Décembre 2014

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