PAR LE CHEMIN DE PEINDRE


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PAR LE CHEMIN DE PEINDRE

Peindre

donner à son âme

le droit de représentation

en tous endroits

en toutes circonstances

d’acte et de pensée

par rapport au froid et au chaud de son poil

par le lien que la sensibilité capte, rapport émotionnel

par la spontanéité du geste mu des stimuli reçus

de l’heur de son horloge interne

Devenir siamois du pigment

étreint du pinceau

buvant le médium

qui nargue le couteau

d’un désir d’empâtement

qui peut se faire vapeur d’eau pour pierre

Matière de soi

née du quelque part d’autres

Sensualité affichée

par l’érection d’une forme

donnant l’orgasme à la composition

Peintre montre-toi nu

plus déshabillé que ton modèle

Dis ton combat pour trouver

ce que ton humilité doit taire

Couleur

tu es le teint du tant

dans l’humeur de ta souffrance du peu

Peindre avec l’alphabet de son écriture

du A comme je t’aime aujourd’hui

au Z comme en corps hier à deux mains

La peur unique au ventre

la peur qui crée

la peur qui stimule d’une poussée animale

la peur qui fait surmonter sa peur inadéquate

la peur qui veut que tu la lises espoir

contre l’arrêt brutal de courant pot au noir

désarroi

un rond à remplir de jaune

souligné de bleu vertical

Miroir du ressenti

de la présence

Rien ne se délie du touché ressenti

du vent porteur la vague peut tourner soudain en dérive

changement de direction

une onde passant d’un milieu dans un autre entraîne la réfraction qui dévie…

Niala-Loisobleu – 06/09/18

UNE POUR TOUTES


UNE POUR TOUTES

 

Paul Eluard

 

 

Une ou plusieurs

L’azur couché sur l’orage

La neige sur les oiseaux

Les bruits de la peur dans les bois revêches

Une ou plusieurs

Dans les coques de glaise on a semé des corbeaux

Aux ailes fanées au bec de tremblement de terre

Ils ont cueilli les fantastiques roses rousses de l’orage

Une ou plusieurs
La collerette du soleil
L’immense fraise du soleil
Sur le goulot d’une clairière

Une ou plusieurs

Plus sensibles à leur enfance

Qu’à la pluie et au beau temps

Plus douces à connaître

Que le sommeil en pente douce

Loin de l’ennui

Une ou plusieurs

Dans des miroirs câlins

Où leur voix le matin se déchire comme un linge

Une ou plusieurs

Faites de pierre qui s’effrite

Et de plume qui s’éparpille

Faites de ronces faites de lin d’alcool d’écume

De rires de sanglots de négligences de tourments ridicules

Faites de chair et d’yeux véritables sans doute

Une ou plusieurs

Avec tous leurs défauts tous leurs mérites
Des femmes

Une ou plusieurs

Le visage ganté de lierre

Tentantes comme du pain frais

Toutes les femmes qui m’émeuvent

Parées de ce que j’ai souhaité

Parées de calme et de fraîcheur

Parées de sel d’eau de soleil

De tendresse d’audace et de mille caprices

De mille chaînes

Une ou plusieurs

Dans tous mes rêves

Une nouvelle fleur des bois

Fleur barbare aux pistils en fagot

Qui s’ouvre dans le cercle ardent de ses délires

Dans la nuit meurtrie

Une ou plusieurs

Une jeunesse à en mourir

Une jeunesse violente inquiète et saturée d’ennui

Qu’elle a partagé avec moi

Sans se soucier des autres.

 

Paul Eluard

LA BOÎTE A L’ÊTRE 36


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 36

LETTRES DE PANDORA 2

 

Bernadette Griot

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Minuit, Wellington

Ma chère Athéna,

Ce qui m’intéresse, c’est l’écart.

La distance entre deux lieux ; entre vous et moi.

L’écart entre deux êtres ou entre deux choses, dans son

apparence de rien, me paraît contenir tout l’or de notre désir, en

même temps que son ombre. Dans l’air, circule ce que le mental

projette ; on ne sait jamais d’où ça vient, et cela fait peur.

L’arrière du visage brouille le regard qui, pour se rassurer, préfère

endiguer plutôt que s’abandonner aux eaux du fleuve.

Plus que réunir, j’aimerais pouvoir traverser ce que le monde

sépare.

Mais je ne sais comment vivre cela.

Je vous interroge, Athéna, dans le silence des mots.

Pandora

 

A Barbara, quant à son genre d’écriture

Parti pour un bain de lumière, j’essaie de coordonner le mouvement de mes bras avec ceux de mes jambes. Savez-vous ce qui en blizzarde la progression ?

Je n’ai pas de partage avec la cynique attitude qui assure qu’on se noie à la première goutte d’ô. Et qui surnage avec assurance en se mettant des brassards de police secours.

C’est dans les petites lignes que sont tendus les rêts.

– Non Madame, rien chez-moi ne laisse croire que je suis oiseleur…

Réunir NOUS…sans toucher à ce qui fait notre MOI

et je ne crois en rien d’autre…

Niala-Loisobleu – 9 Novembre 2016/ 20 Avril 2018

 

 

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FORÊT SECONDE


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 FORÊT SECONDE

S’il restait un fleuve à franchir, si la solitude du passeur n’était pas tout à fait la folie, si le brusque étranglement de ma voix ne trahissait que le vertige de ma force
à son midi, tu ne m’échapperais plus, sanglier, en te multipliant, beauté, en éclatant de rire, et la forêt qui suffoque à te détenir sans partage,
accueillerait le vent, s’ouvrirait à la rude et radieuse alchimie de la seconde nuit. Car la liente des rossignols ne jalonne encore qu’un layon où l’enfer peut surgir, mais c’est le
bon chemin. Et c’est le seul indice qui fortifie l’attente de nos lèvres. Scintillante invective et dôme de fraîcheur, le feu qui vient à vous n’est plus
désespéré.
Jacques Dupin
Illustration: Niala – Détail d’oeuvre en cours au 14 Février 2018

Mîme de Rien


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Mîme de Rien

 

Sont-elles cousues de sève

rivées de lumière

batelées d’ambroisie

pulsées d’aube

molletées sans guêtres

dentelées tels un pouls ?

Je ne sais

à part que dans la coulée du grain

mes pensées se saisissant de mes mains, vont du sablier  au large sans découdre la chair autour de l’os

tirant les soufflets de l’accordéon dans les branchies de l’arbre à prières

sur le volet de ton existence unique parmi les zombies

Le bruit a quitté le son de conduite au premier méandre sortant de la ligne médiane de ton humidité

pendant que s’installe un amortissement qui bouche l’instrument réactif au profit de ce glissement de slow que ta poitrine guide en pas de deux métronome

tes ô vers

de leur haleine hormonale, restent seuls à s’adresser à mes gonades

dans ce désert mis en vitrine, qu’un soleil devenu fruit d’un rapt, glacifie

te voilà en corps pleinement oasis.

 

Niala-Loisobleu – 19 Janvier 2018

 

Le long des Quais 10


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Le long des Quais 10

 

Ras d’eau, si hors sec m’était conté, un plan se serait eureka écrié ! De boueux, les eaux en folie se gargarisent. Là où t’as sourcé de toutes tes lèvres, mon fleuve, ma rivière, un trouble-fête a du cracher son jus de chique. Retardant le matinal départ au journal, ce matin j’ai voulu faire durer le rêve. Mettant les canards à l’oeuvre pour reconstituer la scène. Juste ce qu’il faut d’humide de ta rosée, de manière à pouvoir passer la lisière du sous-bois à bicyclette. T’aurais été à l’origine des coups de pieds du caillou dans ma poche, que tu n’aurais pas pu me signaler plus clairement ton désir de parler. J’ai pas attendu d’être descendu de vélo pour ce faire. En roulant j’te dis pas ce que les langues peuvent arriver à se dire, tu n’en ignores rien. Les fenêtres de la clairière étaient ouvertes. Dans le cercle des arbres ça faisait comme un anneau d’aura. Extraordinaire ce que ça me remue. C’est tellement plus beau quand ça n’appartient à rien de ce qui se montre partout et que pour couronner le tout on se pose pas la question de savoir d’où ça vient. Autant il peut y avoir des coups de sonnette inutiles, qu’on passe son temps à dire « ya personne », autant un simple lien avec le bon endroit fait l’effet contraire. Mais je rabâche, je t’ai dit tout ça très souvent. Excuse-moi, ça faisait longtemps. Tes cheveux n’ont pas vieilli, et le vers de tes yeux montre bien que je suis pas dans l’égarement. Si j’ai peint ? Bien sûr, en ne pleurant pas assez, je te l’accorde, cette période ne m’étant prodigue en émotions. Je n’ai rien dérangé dans le garde-manger d’amour. Pas plus que je me suis dit chouette on approche des soldes. D’abord je n’ai pas plus envie de me reculotter qu’avant et les grandes opérations commerciales me font plus gerber qu’auparavant. Non, j’ai eu des pensées moins frivoles que celles qu’on nous bourre dans le crâne. Je t’ai emmené partout dans mon jardin fantastique. C’est réconfortant de la voir grandir. Même en hiver il a du feu dans peau. Voilà bien le seul enfant que j’ai fait qui n’a jamais failli. Toutes ses promesses, il les a tenu. Rien qui n’ait pu avoir un dessein de m’entraîner dans une embuscade aux sentiments. Simple et le rester, c’est le seul moyen de tenir parole en tout.

Niala-Loisobleu – 6 Janvier 2018

 

Lopin Clopan 4


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Lopin Clopan 4

Etais-tu sortie pour te promener dans mon Paname ? Cette nuit mon ventre s’est soudain mis à taper du pied dans ses mains. Le coin du Musée Rodin dressait ses arbres si haut, que j’ai pensé qu’il voulait donner une autre idée de la sensibilité aux touristes. La Tour Eiffel derrière un mur ? Bah.. j’aime pas les murs qui cachent ce qui est à voir ? Surtout pas l’âme de Camille ! Je sais, tu me l’as raconté depuis, la lune s’était glissée sous tes paupières closes, frottant ton nez de terre molle et toute humide. La tournette valsait, entre tes mains. Alors par l’échelle de corde qui nous relie aux autres et nous conduit à visiter les différentes pièces de nos planètes, tu es descendue , tremper tes pieds dans la rosée. En faisant quelques pas légers, ton corps, que la transparence de la brume laissait voir, s’est envolé au choeur d’un chant enclos. A peine avais-tu commencé à léviter que le ciseau poussé par le maillet, te rentra dans la veine. Ma Muse tu m’as fait les mains ouvrières. Elles ont aux phalanges tous les pouls de tes vibrations. Elles savent les anses de tes hanches mieux que celles des périlleux mouillages. Au roc l’encre accroche le sens de nos pas à l’amble. Mon moi de Novembre s’apprête à passer le tropique de Décembre avec succès.

Niala-Loisobleu – 30 Novembre 2017

Lopin Clopan 3


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Lopin Clopan 3

 

Comme il se rappelle, ce temps  où il s’élançait dans une autre jungle, le bambou devenu rotin pour se faire lien avec le lointain, sofa de son subconscient. Les jambes relevées ont rejoint la table de l’écarté. Plus besoin de lustre, on éteint tout alentour, la voûte céleste a le bon éclairage. Elle n’a pas que la blancheur de sa pureté, la fleur a le don de bouger l’immobile en déplaçant des volutes de parfums  différents. Le sol s’est mis au mouvement marin. C’est vrai que le feu à tomettes embarque au-delà du froid ces amphores aux huiles que le fruit de l’olivier a confondu aux pampres des collines en un nectar divin. Nous avons donné l’hospitalité aux  tendres étreintes. L’expression corporelle sait confirmer le prononcé des paroles. Souviens-Toi, les glycines qui tombaient du dais de lit comme elles t’allaient bien au teint. Dans la palette qui avait pris place dans mes délires, des chevaux sauvages jouaient avec les flamants roses d’un étang. Un groupe de noirs taureaux venu des oliveraies d’Estemadure faisait reculer les poseurs d’embûches de la corne. Un enfant qui s’était caché sous ta robe n’a pas pu retenir son rire jusqu’à trois. On lui a donné son p’tit-frère et sa p’tite-soeur pour qu’ils jouent ensemble. Et depuis tes seins n’ont cessé de se développer. Il reste que c’est ainsi que ce que je connais le mieux de Toi, c’est ce que le monde en ignore.

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2017

Pierre d’Appui


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Pierre d’Appui

 

Des pierres qui ont moussu en roulant

Bordent debout des entrées de regards

 

Aux plaies de la terre le vent frotte sa langue

Pendant que les aiguilles de la pendule majeure ricochent d’une rive à l’autre

 

Quand blanchi des larmes du fruit généalogique le bois grise

Le hoquet d’un ninnin joue au bilboquet sur la grande chaise de l’arbitre

 

Les roues à aube amarrées au ponton du jour s’inscrivent au rôle

Aux pieds d’un tango qui s’étire du Bario avant que le couple se désemboîte

 

Es-tu encore en passe de lointain avant de revenir sanguine à la branche ?

La clef de voûte grince par le trou de mes mains agitées d’envies en déséquilibre.

 

Niala-Loisobleu – 12 Octobre 2017

 

VIE PRIVEE 39


VIE PRIVEE 39

L’enfant-Lumière sent venir l’amour

sans livre de bord

sans notice de montage

hors d’emploi du temps

en toute absence de tant de cuisson

Sa force vient du vide

la mémoire du silence

les marteaux forgent la roue primordiale

du

Centre du Cercle

J’étais sur le marché

tu m’as entendu

au carrefour d’échanges

te parlant à voie haute

pour te dire

« Si je sors tes seins, c’est pour t’été et t’être »

pas pour l’étalage

« Oh oui je le sais bien, vite, viens ! « 

Niala-Loisobleu – 23 Juin 2017

 

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