LA BOÎTE A L’ÊTRE 41 – LE JARDINIER


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 41 – LE JARDINIER

 

Les saisons passent entre les sillons creusés par les pinceaux. Palette, vaste domaine, culture proportionnée au jardin de taille humaine.Loin des mécanisations araires, qui coupent plus qu’elles ne font pousser.

Le chevalet est curieusement complice des mutations végétales qui suivent sans dessein, l’évolution de l’Oeuvre de l’artiste. L’Oeuvre étant l’ensemble de ses différentes époques.Farouchement indépendant, ce peintre là, s’est toujours tenu à l’écart des modes et de leurs dommages sur la personnalité intrinsèque.

Tu souviens-tu Alain quand tu as accouché de Niala ? Je suis père et mère, androgyne, si tu savais comme c’est puissant ce sentiment de se remplir d’une autre dimension, de la sentir se développer dans son ventre, et d’en entendre les premiers cris…tu ne me demanderais pas si je m’en souviens encore..Tu n’y comprendras sans doute rien, mais mon père après avoir conçu Alain Denèfle, sans le savoir à inséminé Niala. Jamais cette conception ne fut artificielle.Il m’en parle souvent dans nos conversations journalières. Fier d’avoir eu deux garçons avec le même. De penser que son autre fils est son frère, ça fait silence…non seulement c’est intime et incompréhensible pour les non-membres de la famille, mais surtout, c’est l’accomplissement d’un amour sans fin.

Louis me résonne de tous les bruits qu’il a semé dans mon jardin d’enfant.Debout avant le jour, et couché bien après lui, j’ai de curieuses musiques au coeur. Sa voix haute et prenante, il chantait du matin au soir, d’une voix de stentor, pas un de ces filets mignons de nos stars de la chanson actuelle. Et sans micro, en direct. Le répertoire en désordre, selon le rayon de soleil où la pluie de l’instant, selon le rebondi des fesses du modèle qui parfumait l’atelier de ses remontées dermiques, notre seul moyen de chauffage, ou de rafraîchissement, selon aussi la lutte ouvrière, les troubles de la société, la guerre en trame, la guerre, en uniforme, la guerre en deuils, la guerre en tortures, la guerre en atrocités, la guerre en hémorragie du coeur. La lutte permanente. Comme il me disait, même quand il fait beau il y toujours une grêle en embuscade. D’où ces chansons de corps de garde….on est jamais assez vigilants, m’a-t-il appris.

C’est l’arrosoir de mes sécheresses, il tombe toujours à pluie quand l’à-pic a brutalement fait un cratère dans ma rue. Louis c’est mon chaudronnier, il repousse le métal, le fait chanter en extrayant de sa froideur la chaleur de sa forge intérieure. Ses marteaux rebondissent avec joie sur mes enclumes. Comme ses mains m’ont assoupli les doigts. Le travail les a fait à sa mesure, il les a endurci de l’apparence, sans les dépouiller de leur extrême sensibilité interne. La main plante, la main transplante, la main fait lever, la main fait s’ouvrir, la main projette, elle est le signe permanent du vouloir, le seul outil que l’on doit apprendre à fabriquer soi-même, pour en connaître l’usage. On achète pas une main on la donne.

Mes mains ont traversé tant de paysages. Tant de robes de campagnes, boisées, herbues, tant de chemises et de pantalons de rues, de places et de quais de gare, de mers ou de fleuves, tant de bretelles de chemins, de boulevards, de tunnels, d’aérogares, tant de chapeaux de plages, de rivières, de lacs, qui les ont plongé nues dans leurs pavés, leurs ornières, leurs clairières, leurs bals du 14 Juillet, leurs échancrures de corsages comme de cols montagneux, que les vertiges de l’altitude, ont grisé parfois, sans faire tourner la tête à l’envers. Une tête qui tourne du bon côté c’est une vue qui s’ouvre, n’est-ce pas chère automne ?

Mon jardin est le reflet de mon âme, il y a plus de mauvaises herbes que de fleurs à vase. C’est ma seule concession à ce dieu qui serait paraît-il à son origine, j’aime pas les curés mais j’adore leurs jardins.Tout est pousse dans l’humain, je n’ai pas dit dans l’homme, là c’est un autre plan, qu’un quennal ou plusieurs n’ont toujours pas assaini. Poètes, mes fleurs, mes nourritures, où seriez-vous le mieux sinon dans mon jardin ?

Dans le jardin

Jeanne et Georges sont là. Le noir ciel orageux

Devient rose, et répand l’aurore sur leurs jeux ;

Ô beaux jours ! Le printemps auprès de moi s’empresse ;

Tout verdit ; la forêt est une enchanteresse ;

L’horizon change, ainsi qu’un décor d’opéra ;

Appelez ce doux mois du nom qu’il vous plaira,

C’est mai, c’est floréal ; c’est l’hyménée auguste

De la chose tremblante et de la chose juste,

Du nid et de l’azur, du brin d’herbe et du ciel ;

C’est l’heure où tout se sent vaguement éternel ;

C’est l’éblouissement, c’est l’espoir, c’est l’ivresse ;

La plante est une femme, et mon vers la caresse ;

C’est, grâce aux frais glaïeuls, grâce aux purs liserons,

La vengeance que nous poètes nous tirons

De cet affreux janvier, si laid ; c’est la revanche

Qu’avril contre l’hiver prend avec la pervenche ;

Courage, avril ! Courage, ô mois de mai ! Ciel bleu,

Réchauffe, resplendis, sois beau ! Bravo, bon Dieu !

Ah ! jamais la saison ne nous fait banqueroute.

L’aube passe en semant des roses sur sa route.

Flamme ! ombre ! tout est plein de ténèbres et d’yeux ;

Tout est mystérieux et tout est radieux ;

Qu’est-ce que l’alcyon cherche dans les tempêtes ?

L’amour ; l’antre et le nid ayant les mêmes fêtes,

Je ne vois pas pourquoi l’homme serait honteux

De ce que les lions pensifs ont devant eux,

De l’amour, de l’hymen sacré, de toi, nature !

Tout cachot aboutit à la même ouverture,

La vie ; et toute chaîne, à travers nos douleurs,

Commence par l’airain et finit par les fleurs.

C’est pourquoi nous avons d’abord la haine infâme,

La guerre, les tourments, les fléaux, puis la femme,

La nuit n’ayant pour but que d’amener le jour.

Dieu n’a fait l’univers que pour faire l’amour.

Toujours, comme un poète aime, comme les sages

N’ont pas deux vérités et n’ont pas deux visages,

J’ai laissé la beauté, fier et suprême attrait,

Vaincre, et faire de moi tout ce qu’elle voudrait ;

Je n’ai pas plus caché devant la femme nue

Mes transports, que devant l’étoile sous la nue

Et devant la blancheur du cygne sur les eaux.

Car dans l’azur sans fond les plus profonds oiseaux

Chantent le même chant, et ce chant, c’est la vie.

Sois puissant, je te plains ; sois aimé, je t’envie.

Victor Hugo

Sur la toile, le jour se lève, entre les doigts du jardinier. La composition en L – comme liberté, loge, largesse, lointain -a transporté le présent, hors des ténèbres. La lumière , symbole de verticalité étend son trait horizontalement sur le jardin, semant l’espérance nourricière.

Niala-Loisobleu

5 Décembre 2010

LE JARDINIER - 2010 - NIALA - Acrylique sur toile 46 x 38 003

 

 

INDEFINISSABLE MYSTERE


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INDEFINISSABLE MYSTERE

A la tombée des reins, quand les tâches de manoeuvres méritent la rasade à dépoussiérer le sec, qu’il pleuve ou pas, j’ouvre l’enveloppe d’une condition rêvée.

Les plus gros cailloux juchés à grimpe-moi si t’oses se sont dressés au-dessus du défi des chevaliers de l’autoroute.

J’ai entendu le coq de bruyère sortir du dessous d’un buisson aromatique en déployant son parfum de l’éventail de sa queue. Plus loin des dindons pendaient du glouglou au-dessus du tastevin  comme si la vigne qui s’étirait à flanc de colline avait déjà tiré le pressoir aux pieds nus. Car comme elle me chatouillait la plante le moins que je puisse dire c’est que ce poème de Juillet était plus que prémonitoire. D’aucuns n’auraient pas hésité à nommer ça une publications de bans.

Etrange comme il n’y a pas de distance infranchissable. La notion de tant est insaisissable. L’amour est plus métaphysique que la plus grande des marieuses. Le soir il arrive qu’il dise debout c’est l’heur.

Niala-Loisobleu – 14 Mai 2018

CHUTE SUR LES BORDS DU TEMPS


CHUTE SUR LES BORDS DU TEMPS

L’oiseau du jour a dévoré les horizons, les horizons qu’on a cousus avec des fils d’azur et de beau temps, d’aveux et de prisons.

Sur le nez d’une ville,

la tête cachée sous un cercle d’aiguilles d’or

– est-ce pour clouer sous le charme de son plumage

le secret multicolore des paysages ! —

il gonfle son ventre de nostalgie.

Qu’il était doux de rire du sort

ainsi qu’un homme dont le vin a bu le crâne

en se baignant dans les seins voilés d’écume

Va-t-il rouler au pied du temps

l’oiseau du jour, l’oiseau tout velu de couleurs

l’oiseau prodigue comme le printemps !

Il glisse ses paupières

comme pour fermer à son regret toute sortie.

Quelques minutes ont coupé de l’arbre son cœur : il doit rouler le long des pentes.

Son sang d’aigle vaincu, son sang noir,

a coulé sur la terre

comme les bouches muettes de la mort sur les cimetières.

 

Lucien Becker

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 Quelques pas, oh à peine moins d’une botte, le frémissement était palpable, A la manière de se hâter on voyait que les fourmis étaient en grand nettoyage de printemps. La chambre, fenêtre ouverte, avait la ruelle palpitante contre un clos pour mûrir les baisers sur la claie des seins. Le tronc sur la console des cuisses s’étant débarrassé de la franc-comtoise, ce qui balançait était loin d’hésiter. Les draps en sentant le changement d’horaire avaient une odeur de fumée d’entrain. Longue histoire, l’oiseau descendit de sa branche, transpercé d’émotion. Titubant sous le coup, il posa son pinceau, sans lâcher la phrase qu’il peignait, allant même jusqu’à s’y mettre en parenthèse. L’air sans devenir étouffant perdant de son soutien, le feutré du billard laissa le bleu à boules venir à la rescousse. Juste un bruit de projecteur et le rayon de l’image, la vie en arrière se projetait sur le mur. Ronde de femmes, formes Braque, pensée Demoiselles d’Avignon, les hautes-pierres des carrières des Baux bougeaient sous les mouvements d’Orphée. Poésie en aigu, l’ombre en combat avec la lumière. Trier et mettre cartes sur tables. Remonter la hausse, le viseur cligne de l’oeil, regarde que la cible. L’aigreur est dans les inévitables erreurs du labyrinthe. Cette femme pourquoi est-elle disproportionnée de taille, celles-ci en deviennent naines, quoique arrivant à dépasser les hommes qui détonnent dans le parcours. Un pincement remonte de l’aine jusqu’à la saignée du cou. Quelle douleur. Une histoire inordinaire traverse le commun. Séisme dans la chambre des endormis ? Non cycle rénovateur, on remet le train fantôme dans le tunnel et on casse le tartre dans la rivière. Un cheval hennit, la croisade s’amuse avec un enregistrement d’une illumination de gardienne de moutons. La transparence en découvrant la partie intime écarte la faiseuse d’anges, il y aura naissance sans interruption du Mickey.
Niala-Loisobleu – 25 Mars 2018

ENTRAIN CORAIL


 

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ENTRAIN CORAIL

Juste ciel accorde

ton archet aux couleurs du Temps

un peu de musique de trottoir en bonnet dans ses oreilles

remettrait assez de roulement dans les billes de ma marelle

Mon carré de craie s’attache aux doigts des falaises dans une image d’Etretat

Monet-Monet

on dirait la guitare d’une étape de St-Jacques par la porte basse d’un autre trip

comme quand il y avait des couloirs aux grandes lignes des voyages de noces à Venise

et des couchettes dans les trains de marchandises

Toi émoi au coeur d’une meule en fils de soupe à l’oignon…

 

Niala-Loisobleu – 31/01/18

 

 

Isthme à ailes Prophétie


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Isthme à ailes Prophétie

Aux cris d’une longue écharpe d’oiseaux blancs, le bleu de la mer se fit plus pressant. Je crois que d’aller précéder la larme, lui a donné cette virginité que seul le large possède. Elles se balançaient de leurs rondeurs multicolores les balises du cap. Seule Niki de Saint Phalle pouvait les avoir sorti du noir de l’incommunicabilité. La tête au feuillage, les pieds dans la racine, en matière de safran tu ne peux pas espérer mieux. Ce bois qui fait le flotté, imagine-le d’un zest de mangrove et d’une pointe de corail, tu pourras alors toucher une autre approche du mystère. La dérive des incontables nous a donné la frigidité des veillées. La chanson de geste amputée des troubadours  se mit en quête de l’autre courtoisie. Roulée d’estran la mousse légère se fit écume. L’ astérie sortit de la nuit des myriades de consonnes et de voyelles en phrases musicales. Un conteur au piano, le grand pavois s’allume, les jupes remontent et les corps tanguent. Sur le né d’un phoque pas de balle, sur le ban pas d’home non plus. Il reste la substance, elle sait le bon emploi de la rareté.

Niala-Loisobleu – 17 Novembre 2017

 

 

Je suis un trou de pigeonnier dans le mur de la Vie


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Je suis un trou de pigeonnier

dans le mur de la Vie

 

Bordant la côte et sans amarre, regarder derrière sa carte entre ciel et mer pour comprendre où continuer. L’émotion tient la plus large part. Croisant les regards avec les mots que les tableaux ont fait sortir des murs.

Rien à dire, tout à porter. Ensemencé du grain venu de loin, de tout près, d’ailleurs, pour lever au m’aime endroit.

Le premier tableau tire un si long train d’oeuvres, qu’aucune force motrice autre que l’Amour n’aurait pu le faire avancer à travers des chants, des cris, des sourires et des larmes à la jetée des estrans.

Les premiers visiteurs. On se revoit de si loin, vivants au-dessus d’un moment mis en consigne. Comme de près, neuf, nouveau mais sans question se demandant d’où il vient.

L’Homme n’est que le vivant de ce qu’il préserve en lui, une peinture à venir, en attente dans un univers en sommeil.  Je suis un trou de pigeonnier dans le mur de la vie.

Niala-Loisobleu – 5 Novembre 2017

 

LA BOÎTE AU L’ÊTRE 23


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LA BOÎTE AU L’ÊTRE 23

 

PARCOURS POETIQUES MOSNAC 2014 – 4

La table est dressée, tout autour les arbres se mettent à chanter
Au pied du promontoire
les fourmis sont aux fourneaux
Un levé d’odeurs
alléchantes
ondule les cheveux des branches

Les tasses
en avons-nous bues….souviens-tu tant ?
Derrière un tronc il y parfois pire que l’obole à donner
Le coeur cogne au coing des haches

Ces ombres ont beau vouloir étendre leurs prises
me voici au seuil de la cabane
Le gros arbre s’est ouvert le bas-ventre
accoucherait-il d’espérance
qu’il ne s’y prendrait mieux
de son vagin réconcilié avec lui-même
l’utérus germe
les sèves qui porteront le cri de la vie au plus loin

J’ai mouché les flammes des girouettes
trop d’étincelles font artifice de leur bois
en galbant le mollet du jambage
pour dire vois ce que j’ai pour toit sous le manteau
Antre entre donc en moi
je suis la sorcière de ton bûcher

La mer partie de l’autre marée
vient à grands seaux laver l’impureté
Du balai
maudite sirène
ton chant naufrageur ne lanterne que le malheur
Je me jette aux écumes pour changer mes jours de destination

La clairière vient d’ouvrir son dôme
un bain de soleil descend
pour m’indiquer la route
le ban publié
fait annonce
il y aura mariage entre la
Poésie et l’Absolu
Le Chevalier, hérault porte la nouvelle sans recours avoir aux anges

L’Araignée silencieuse
omniprésente
ne s’est en rien laissée distraire
Les mythes du monde sont sans dents contre sa toile
Tu peux la maudire comme autant que tu voudras
elle s’en fout
Elle tisse
tirant de l’au-delà un temporel où l’éternité se retrouve

Nous avons du feu pour tous les hivers
la forêt nous couvre de ses flammes chaleureuses
la ressource de l’amour est naturelle
ce que tu coupes repousse en corps plus fort

Niala-Loisobleu
16 Septembre 2014

La trace en corps saignante, impossible de se perdre en ce Dimanche réconcilié avec le paysage. Il m’a suffit d’entrer dans l’estuaire pour ôter des façades la partie fausse de leur architecture. Aux trumeaux le miroir est d’un tain qui dissipe l’ambiguïté du doute contaminé. Quant aux tables saillantes de la pierre, j’ai senti que les colonnes les laissaient parler en raison de leur connaissance du silence. Paix d’une joie simple qui vous prend par l’intérieur. Bonheur macéré dans la confiance. Un Autre matin est à poindre. Sans que les torpilleurs d’une escadre pirate puissent en gâter la pulpe. Il n’y a de vent que celui qui a appris le dessein du sillage en ayant su garder le premier signe de la voix.

Niala-Loisobleu – 7 Août 2017

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