CHARENTE


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CHARENTE

Le drap flotte encore à la surface et se tend par la fenêtre en quête de fraîcheur
un soleil tapi dans le foyer de l’alambic s’ apprête
Où va l’eau quand elle a franchi la mer ?
Niala-Loisobleu – 20/06/18

 

 

Arrondie et pointue alternativement la barque
De soleil glissant vers la mer replonge et disparaît
Dans le ciel nuageux de
Saintonge aux replis massés
Contre des volets bleus, entre les toits de tuiles rondes.
Un désordre léger d’oiseaux cligne sur l’étendue
Exacte de labours, de prés, d’arbres qui s’accomplissent
Dans la sourde épaisseur du gris où le temps submergé
N’avance plus parmi les eaux, les herbes dévêtues. À l’horizon très bas la carrière de bleu s’effondre
Avec le sable du rivage ou se rouvre soudain,
Et le jour se déploie au-dessus des premiers villages
D’Aunis équilibrant ce poids de terre et de nuages
Qui les maintient dans la douceur de la nécessité.

Jacques Réda

SENTIER D’Ô


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SENTIER D’Ô

 

J’entends approcher l’embouchure

j’y porte mes lèvres à l’appui de mes mains

Déjà le sel tombe du vol d’oiseaux marins

l’écluse du marais ne retient que la fleur en son carreau

Tu peux sortir, le temps a cette moiteur qui en ébats colle à merveille

derrière l’épave un pilotis neuf sonne sous les trois coups de la masse

à mi-eau ton absence de maillot balise le flottement des naissains

j’y bois claire une verdeur d’huître aux prises d’air de ta coquille…

 

Niala-Loisobleu – 9 Juin 2018

Où que je vive


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Où que je vive

 

Où que je vive, je te vois
Toi, ton toit de tuiles et ta voix
Je vois des flocons, des Afriques
Le surplace de la République

Le cadran de la gare du Nord
Des mâts de bateaux, plein le port
Beaux comme des jeux de Mikado
Et un poisson rouge dans ton dos

Je vois l’oreiller de tes bras
Où que je vive, je te vois
Il était un jour plein de foi
Où que je vive, je te vois

Où que je vive, je te vois
La maison bleue qui nous tutoie
Et Venise et la tour de Pise
Le sourire de la banlieue grise

J’ vous vois Vancouver et Dakar
La musique des autocars
Sur la route de Casamance
Et des ponts d’Avignon qui dansent

Je vois l’Ardèche et Courbevoie
Où que je vive, je te vois
Il était un jour, une fois
Où que je vive, je te vois

Où que je vive, je te vois
Des pas, des rails, des convois
Des saisons, le Nil et la Seine
Le sang transparent des baleines

Je vois des caresses qui chôment
Dans le ciel fatigué des paumes
Un canal, un champ de tulipes
Et les pommes bleues de Magritte

Je vous vois, le bout de tes doigts
Où que j’habite, je te vois
Il était un jour, tant de fois
Où que je vive, je te vois

Allain Leprest

TOUT CONTE FAIT


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TOUT CONTE FAIT

 

Atténuée est la pointe des épines aux boutons des roses que ta poitrine pose. Et les jambages où la flamme brille s’ouvrent d’âtres pensées. Pierre fendue. Pierre humide, pores d’attaches.
Le chemin engoncé dans la fausse fourrure d’un brouillard animal craque sous les pieds. Les mousses capitonnent l’aboi mort du branchage.
La vie dans son drame ne serait pas privée de son peint quotidien. Seul le Tertre et ses rapins s’escamoteraient pour ne garder que le Bateau-Lavoir.  Ôtant la frime par amputation totale des bridés made in Japan..
Je suis là, de terre ferme ponté, alors que tangue ma pensée à bord d’Atelier, mon vaisseau. Les planches iodées n’ayant cure de toutes les ferrailles plantées dans les vases. Il n’y a qu’un seul pétale au trèfle des quatre feuilles qui vaille, le lobe de ta respiration – il va-et-vient au mouvement perpétuel de tes seins – ces chiens courants qui jouent à mes mains – comme des enfants qui ne peuvent pas connaître l’hypocrisie des plus de vingt ans.
Femme odeur de nacre au corail érectile, ma langue se moule à ton empreinte.

 

AVEC TON CORPS

Femme, avec ton corps
qui glisse sous le mien,
docile en la fébrile
floraison de la nuit.

Ouverte, refaite,
l’ombre tisse sur nous
ensemble
un même fruit

fait du noyau durci
qui se consume en braise.
Femme ouverte,
ouvrière de vie.

La source souterraine
qui jaillit à ma joie,
offerte, est un pieux
temple
d’humilité.

Jordi Pere Cerdà

 

Aux avirons de tes hanches, les anses vont s’inscrire sur tapis-roulant en salle d’embarquement. Sans réservation, ni première classe, par la porte dérobée aux barreurs de passage. Bien sûr que rien n’est dû au hasard. Toi et moi, c’était déjà programmé dans le brouillon de la genèse. C’est certainement pour ça qu’à de rares exceptions près, nous n’avons pas les réactions du commun. Tout dans ton corps n’ayant que creux à tiroirs secrets. Fut-il un dialogue plus écrit de silence que celui de nos rapports ? Mis à part le premier du premier jour du premier monde, je ne vois rien à signaler d’autre. C’est comme nos bouches, elles n’ont jamais eues les jambes et les bras de toit le monde. Elles sont rien d’autre qu’un passage permanent au-dessus du vide par une passerelle de tentacules tressés. C’est la réalité de l’Absolu. Rien qui ne soit autrement que contraire aux usages, tout à l’envers d’une signature au bas d’un papier d’état-civil. Une simple transfusion sanguine des poignets pour toute griffe à l’acte.
Héliportée, je te reçois marée reversée du  ROUGE ET DU NOIR barque au rivage,  alevinée rose-écaille filant d’un trait d’argent filadans l’étiage de service.

Niala-Loisobleu – 13 Décembre 2017

 

EN PASSANT PAR L’EGUILLE


 

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EN PASSANT PAR L’EGUILLE

Dans quel sens est le ciel

s’il pleut

je me fous du côté

Celui où je suis

fait

le tour de Toi

Comme un bateau

de tribord à bâbord

de la proue à la poupe

En l’absence de bruit

je n’ai entendu battre

que ta clairière

La cabane est à quai

l’odeur huître

dans sa coquille

 

Niala-Loisobleu – 5 Novembre 2017