AVANT LE TOMBE DES ETOILES


 

EGYPTE Février 2009 123

 

AVANT LE TOMBE DES ETOILES

 

Le pot renversé vient d’atteindre l’endroit du chien, coin de flamme devant l’âtre, carreaux de sel du marais, part de terre que le feu a cuit de sa langue.

Le chandelier debout sur le manteau de la cheminée tend  sa branche à un désir d’abeille.

Un bruit sec de corde qui se brise tremble dans le ventre de la guitare, là où la lune se baigne dans la fontaine..

Ils sont rentrés perclus du labourage, écume blanche au poitrail. L’abreuvoir garde le bruit de leurs sabots dans son reflet mouvant.

On aurait dit l’immensité du Nil tirant une felouque à s’unir au soleil…

 

Niala-Loisobleu – 05/10/18

MARINE IN


MARINE IN

 

Les vases gagnent sur le sable, amarrées, le ber atteint de mal de dos penche à noyer la coque, on cherche le bout de l’amarre à la remontée de la câle. La plage pâlit, l’encre bleue a pris froid  au bord du cimetière marin, elle violace de suspension. Pourquoi mauvaise pêche le soleil ne brûle plus les écailles, les appeaux sont repartis vers leur résidence principale. Un requin a fait fuir le drapeau vert de la baignade, à l’intérieur pourtant le grand-pardon n’aurait pas du annuler sa représentation, ça décoiffe et chapeaux ronds. Vas savoir pourquoi les roses jaunes du jeté de tes cendres Petit-Frère, me galopent le douanier du chemin, ce coin Chausey médite tout haut, chante feu de bois avant de crier face au large. Les ocres se sont fondus aux grisés des hautes-herbes, quelques oyats violaceront avant l’hiver si les goudrons ne débarquent pas leur cargaison criminelle. Une maison-flottante me trotte dans les jambes.

-Comment ça va au fond, est-ce mieux qu’en surface ? Dis-moi, je veux savoir,  j’en ai besoin pour sortir le sextant le point d’amer me semble nécessaire

N-L – 02/09/18

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MARINE 1

Grotesques faciès

Gargouilles et rincements de bouche

Au tapis granulé du lapidaire le temps s’oublie

Les tonneaux d’antiques traversées flottent sur l’épopée

Que les sirènes de police assurent multirisques

Ils sont partis à la morue pêcher le St-Pierre

Espadon

Qui couleuvre sur le tertre du rétable à l’ossuaire

Non petit c’est mon frère qui va à son terme prendre les eaux

En chemin des rhumatismes

Des épaves articulent aux échouages

Les poux lient aux étrilles

Astor étire Valparaiso dans la faille du Pacifique

Aux boutons des nacres du bandonéon

Entre les cuisses d’Inès dans la Baie des Cochons

Le petit Manuel s’émancipe au passage du Tropic

A la jetée des conquistadors andes à loups

Pas loin d’un bordel de Macao

Une chemise sans pan jaunit

Ondine à quelle heure

Demande un poisson lune toujours ailleurs

Les rochers roses

Se mettent en travers du gris

Quelques pompons rouges se sont décoiffés au Cap de Bonne-Espérance

Dédicace à mon marin qui nage en Iroise

Niala-Loisobleu

14 Juin 2011

 

CHARENTE


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CHARENTE

Le drap flotte encore à la surface et se tend par la fenêtre en quête de fraîcheur
un soleil tapi dans le foyer de l’alambic s’ apprête
Où va l’eau quand elle a franchi la mer ?
Niala-Loisobleu – 20/06/18

 

 

Arrondie et pointue alternativement la barque
De soleil glissant vers la mer replonge et disparaît
Dans le ciel nuageux de
Saintonge aux replis massés
Contre des volets bleus, entre les toits de tuiles rondes.
Un désordre léger d’oiseaux cligne sur l’étendue
Exacte de labours, de prés, d’arbres qui s’accomplissent
Dans la sourde épaisseur du gris où le temps submergé
N’avance plus parmi les eaux, les herbes dévêtues. À l’horizon très bas la carrière de bleu s’effondre
Avec le sable du rivage ou se rouvre soudain,
Et le jour se déploie au-dessus des premiers villages
D’Aunis équilibrant ce poids de terre et de nuages
Qui les maintient dans la douceur de la nécessité.

Jacques Réda

SENTIER D’Ô


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SENTIER D’Ô

 

J’entends approcher l’embouchure

j’y porte mes lèvres à l’appui de mes mains

Déjà le sel tombe du vol d’oiseaux marins

l’écluse du marais ne retient que la fleur en son carreau

Tu peux sortir, le temps a cette moiteur qui en ébats colle à merveille

derrière l’épave un pilotis neuf sonne sous les trois coups de la masse

à mi-eau ton absence de maillot balise le flottement des naissains

j’y bois claire une verdeur d’huître aux prises d’air de ta coquille…

 

Niala-Loisobleu – 9 Juin 2018

Où que je vive


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Où que je vive

 

Où que je vive, je te vois
Toi, ton toit de tuiles et ta voix
Je vois des flocons, des Afriques
Le surplace de la République

Le cadran de la gare du Nord
Des mâts de bateaux, plein le port
Beaux comme des jeux de Mikado
Et un poisson rouge dans ton dos

Je vois l’oreiller de tes bras
Où que je vive, je te vois
Il était un jour plein de foi
Où que je vive, je te vois

Où que je vive, je te vois
La maison bleue qui nous tutoie
Et Venise et la tour de Pise
Le sourire de la banlieue grise

J’ vous vois Vancouver et Dakar
La musique des autocars
Sur la route de Casamance
Et des ponts d’Avignon qui dansent

Je vois l’Ardèche et Courbevoie
Où que je vive, je te vois
Il était un jour, une fois
Où que je vive, je te vois

Où que je vive, je te vois
Des pas, des rails, des convois
Des saisons, le Nil et la Seine
Le sang transparent des baleines

Je vois des caresses qui chôment
Dans le ciel fatigué des paumes
Un canal, un champ de tulipes
Et les pommes bleues de Magritte

Je vous vois, le bout de tes doigts
Où que j’habite, je te vois
Il était un jour, tant de fois
Où que je vive, je te vois

Allain Leprest