Les ongles en deuil


 Les ongles en deuil

 

Ses cernes noirs accrochés au-dessus des lunules ne percent pas l’aube de sa porte soudée par sa rouille originelle.

L’accessoire ne peut inventer une innocence de toute pièce. Marche à ton ombre bipolaire, ton long cortège d’illusions n’a rien à gratter.

Il y a des fleurs qui  ne couronnent qu’un mortuaire

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2017

 

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Lueur Parapsychique


 

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Lueur Parapsychique

D’un soleil de Mardi-Gras à la pluie des gouttières

Mes arcades sourcillent et peinent à se tenir hors de l’eau

Les heures se sont à nouveau mises en panne sèche

Comme un bateau privé de ses jambes au flux de l’élan d’un estran plein

Teintes d’un fragment d’espoir lavées par le changement de vent

Vains redeviennent les instants palpables qui perçaient l’absence

Veilleuse involontaire de la relation inerte

Mon intuition se retrouve seule à parler clair

Dans le noir où se terre la vérité muselée par les murs du non-dit.

Niala-Loisobleu – 2 Mars 2017

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LA BOÎTE A L’ÊTRE 12


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 12

L’AUTRE VERSANT

Des deux, puisque côté versant il y en a toujours deux, que tu sois seul ou pas, l’un se reluit au soleil pendant que l’autre, pas forcément fainéant, a beau faire, ou il se gèle ou il pâlit de n’avoir pas de couleurs à poser dans son écriture.

Mais qu’à cela ne tienne le plus joyeux des adrets au moment où tu sautes à pieds joints dans la grosse vague qui va enchanter ton bain de mer, t’éclate en pleine poitrine et te roule au fond de l’ubac…c’est la tasse…du sable plein la gorge et les yeux, que quand tu redresses le torse, tu reconnais plus ta tête tant elle elle est cernée sous les poches et dans l’affaissement des moustaches.

C’est la vie, dans le chemin des herbes, celles que tu as choisies folles, sauvages, ignorées du soin esthétique du rasoir ou de la tondeuse, le vrai poêle toujours chaud, qui te laisse comme le sauvage, touffu du partout, généreux sans restriction ni des selles ni du mail ô

J’ai pleuré si souvent avec Grand Jacques, d’avoir, bien qu’avertis, lucides, été trahis et condamnés à perdre une confiance que porte l’innocence naturelle.

Assommés on se retrouve ko debout au milieu de sa joie d’aimer vivre.en aimant aimer.

On n’a plus qu’à ramasser quelques penailles d’un quotidien indifférent, pour les fourrer dans une cheminée vers son ailleurs, en allumant son feu d’aller mourir ce monde-là…

Niala-Loisobleu -20 Septembre 2014

Ce matin en ouvrant son poste, il a trouvé dans sa boîte un faire-part de quarante haine disant les maux qui tuent. N’oublies jamais que je t’aime avait aile dit en sautant librement sur sa branche, toi tu n’es pas un oiseleur, tu m’enlèves toute peur.

N-L – 08/02/17

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DOUBLE JE


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DOUBLE JE
Dans un environnement tout blanc de gel la nudité des arbres ne rend pas le paysage hospitalier. Du
moins en réalité, parce qu’en apparence l’escroc a tout fait beau. Où qu’on regarde aussi bien la rue que les vitrines, bien que le bluff de Noël soit passé, y a des supers guirlandes à gogos. Le pas accélère, la circulation sanguine freine. Assis au bord de monstrueuses évidences d’abus d’idéal sous assistance manipulatrice d’un éleveur de couleuvres faisant son beurre auprès du fragile égaré, le comportement devient insoutenable de par son abaissement. Et le crime se met en place, en toute préméditation et orchestration, soulevant enthousiasme et adhésion de la victime plus que consentante

Je rend la fausse-fenêtre

et
la grande porte en trompe-l’oeil


laissant le bruit des chevaux sortir des pelouses synthétiques
dans un dernier sursaut d’espoir de mettre mon idéal à couvert du danger de l’abominable prédateur soutenant que croire est la dernière des choses à faire.

Hier encore quelques cheminées de fées mâtées sur le pont de mon voilier laissaient croire plus bleu qu’un catalogue de croisières du tour opère à tort. T’as les yeux dans le caniveau plein de crottes. Avec la ligne d’horizon qui rampe genre crotale en embuscade, se dire debout pour te soutenir, ferait que devenir complice du piège découvert. Elle est si basse, veule et d’une laideur adipeuse la menterie qui colle, que même sans me doigter le gosier, je dégueule. En traversée du désert, le chameau à lui tout seul tangue à faire gerber bien plus que nécessaire le bien et le mal. Vierge et catin d’un faux-m’aime sourire en un seul personnage.


Niala-Loisobleu
23 Janvier 2017

 

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LE CONFLUENT


LE CONFLUENT

Encore ourlé de poussière d’étoiles et d’herbes de comètes joueuses, mon air ne voyait pas de raisons impérieuses à changer le fond de sa vision. C’est un tort, me dit le voisin. Du moins si l’on reconnaît le résultat sans tricher avec les conclusions, qu’il ajoute. J’aquiesce en partie. L’oiseau qui dirige l’aubade du matin a les yeux verts de prose, quelques orangés vibratiles aux mouches du paradis, une huppe chrome de lune qui balance des idées folles à la tristesse du Monsieur-je-sais-tout. Sorti d’un seul cri de la spirale de l’escalier de service, l’élan vrillé s’est propulsé hors des limites du bienséant depuis tant et tant d’années que le constat d’échec ne peut être dissimulé. La vie est une tricheuse impénitente qui réunit autour de sa table bien plus de partenaires qu’elle ne l’avoue. Les victimes sont de vrais coupables. La partie commence toujours sur le m’aime schéma. Un ou une incomprise du quotidien lance son filet et tu tombes dedans

De l’eau jusqu’à la racine des écailles, sous le cuir factice d’une âme appeau de fleur. Enroulée en volutes la sève est érectile quand tes lèvres pompent les vents, fanons en grand pavois sur un ventre à écoutille ouverte. Les nageoires dorsales de ses cuisses sautillent trampoline brasse papillon quand ses yeux gourmands ouvrent l’écluse aux regards transhumants. Une nouvelle arnaque aux sentiments mise sur écoute.

Les cataractes fourmillent de crocodiles depuis la plus Haute-Antiquité. Abou-Simbel le montre avec sa gueule grande-ouverte. Tout a été noyé sous les eaux du Nil, exception faite de la tromperie insubmersible vice humain. L’ours brun en cette matière en est le Maître incontesté. Des Tsars n’a-t-il pas inventé le Communisme pour se dépasser dans l’abus ? C’est vrai que vouloir faire rougir les coeurs de l’armée russe serait mission impossible. On a tous en nous les maux menteurs de l’Internationale sans devoir passer par le tombeau de Lénine.

Ouf s’enfiler deux doigts dans la gorge ça fait du bien. Comme vouloir se faire maigrir de sa saloperie avant de reconnaître d’où elle  provient. Une sorte d’écluse le gosier, pour le rab laid à vomir. Parce que derrière la lâcheté le courage est là. Question de choix. Comme pour tout. La faute à la machine à vapeur faut laisser ça à un candidat aux futures élections présidentielles. Je reste, ne quitte pas le foyer. Le feu qui brûle en moi ne pollue pas, il assainit, ranimant la feuille qui s’enroule sur sa propre asphyxie, comme d’un arbre abandonné au bois mort. La déchéance venant de ses racines c’est qu’une affaire strictement personnelle. Comme un fleuve se coupant le confluent sous prétexte d’une rive privée d’ô.

Niala-Loisobleu – 16 Janvier 2017

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Chambre Noire du Rêveur


Chambre Noire du Rêveur

Comme les mots mentis

laissent le miroir sans teint

de la chambre claire

les couleurs

sont sorties opaques

de la transparence

aux draps sales

Niala-Loisobleu – 4 Janvier 2017

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La nuit de décembre

LE POÈTE

Du temps que j’étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu’au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d’un arbre vint s’asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d’une main,
De l’autre un bouquet d’églantine.
Il me fit un salut d’ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l’âge où l’on croit à l’amour,
J’étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s’asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D’une main il montrait les cieux,
Et de l’autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu’un soupir,
Et s’évanouit comme un rêve.

A l’âge où l’on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s’asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit ;
J’étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s’asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d’épine ;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m’en suis si bien souvenu,
Que je l’ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C’est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J’ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J’ai voulu m’exiler de France ;
Lorsqu’impatient de marcher,
J’ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d’une espérance ;

A Pise, au pied de l’Apennin ;
A Cologne, en face du Rhin ;
A Nice, au penchant des vallées ;
A Florence, au fond des palais ;
A Brigues, dans les vieux chalets ;
Au sein des Alpes désolées ;

A Gênes, sous les citronniers ;
A Vevey, sous les verts pommiers ;
Au Havre, devant l’Atlantique ;
A Venise, à l’affreux Lido,
Où vient sur l’herbe d’un tombeau
Mourir la pâle Adriatique ;

Partout où, sous ces vastes cieux,
J’ai lassé mon coeur et mes yeux,
Saignant d’une éternelle plaie ;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M’a promené sur une claie ;

Partout où, sans cesse altéré
De la soif d’un monde ignoré,
J’ai suivi l’ombre de mes songes ;
Partout où, sans avoir vécu,
J’ai revu ce que j’avais vu,
La face humaine et ses mensonges ;

Partout où, le long des chemins,
J’ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme ;
Partout où j’ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuder mon âme ;

Partout où j’ai voulu dormir,
Partout où j’ai voulu mourir,
Partout où j’ai touché la terre,
Sur ma route est venu s’asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j’aime la Providence.
Ta douleur même est soeur de ma souffrance ;
Elle ressemble à l’Amitié.

Qui donc es-tu ? – Tu n’es pas mon bon ange,
Jamais tu ne viens m’avertir.
Tu vois mes maux (c’est une chose étrange !)
Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches dans ma voie,
Et je ne saurais t’appeler.
Qui donc es-tu, si c’est Dieu qui t’envoie ?
Tu me souris sans partager ma joie,
Tu me plains sans me consoler !

Ce soir encor je t’ai vu m’apparaître.
C’était par une triste nuit.
L’aile des vents battait à ma fenêtre ;
J’étais seul, courbé sur mon lit.
J’y regardais une place chérie,
Tiède encor d’un baiser brûlant ;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d’amour.
Tout ce passé me criait à l’oreille
Ses éternels serments d’un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main :
Larmes du coeur par le coeur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !

J’enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu’ici-bas ce qui dure,
C’est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d’oubli.
De tous côtés j’y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,
Mon pauvre amour enseveli.

J’allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J’allais le rendre, et, n’y pouvant pas croire,
En pleurant j’en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t’en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n’aimais pas ?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures ;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien ! adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce coeur de glace
Emportez l’orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m’avez fait.

Partez, partez ! la Nature immortelle
N’a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée ;
Qui vous perd n’a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée ; –
Eternel Dieu ! toi que j’ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m’aimes-tu ?

Mais tout à coup j’ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j’ai vu passer une ombre ;
Elle vient s’asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j’aperçois dans ce miroir ?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n’a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l’ombre où j’ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu’as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n’apparais qu’au jour des pleurs ?

LA VISION

– Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l’ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j’aime, je ne sais pas
De quel côté s’en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère ;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.

Le ciel m’a confié ton coeur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Alfred de Musset