COMME LE BLEU SE FAIT INTENSE


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COMME LE BLEU SE FAIT INTENSE

 

Le pavé froid tend sa joue

à travers les barreaux de sa cage le quotidien va choisir de s’évader.

Dans les pages du jardin secret, l’insecte balade son encre sans relâche, est-il si petit qu’on arrive parfois à ne plus le voir ?

C’est vrai que sa vocation peu exhibitionniste l’oblige à cacher, pourtant croyez-moi, plus nu tu mourrais.

Je pense que l’âme est vaste au point d’avoir choisir d’habiter le corps afin de pouvoir rester dans l’étriqué visible. Modestie oblige.

Septembre est  bien dans sa peau, je veux dire la peau de l’âme car elle en a une et bien plus charnue qu’on l’imagine. Ce mois est humble, voilà pourquoi il lui sied. On voit les pampres sur le bord d’éclater, la treille déleste ses feuilles pour tenir le grain le plus longtemps possible afin que dans les jours à venir les pieds puissent le fouler. Jaillira le sang de la vigne, l’ivresse joyeuse venant à bout du vain.

Comme le bleu se fait intense

Ô ma Muse, je te trempe aux feuilles de mes toiles pour que tu peignes, seins offerts à ma soif de la troisième dimension du non-dit, ce mot qui crie retenu, lisible comme les gravures de pierre d’une obélisque jaillie du Nil, axe solaire s’il en est dans les bras du Sphinx, gardien imperturbable du fil des cataractes, grand maître de l’estuaire, pierre fendue de la Lumière…

Niala-Loisobleu – 07/09/18

OISEAUX, FLEURS ET FRUITS


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OISEAUX, FLEURS ET FRUITS

Une paille très haut dans l’aube

ce léger souffle à ras de terre :

qu’est-ce qui passe ainsi d’un corps à l’autre?

Une source échappée au bercail des montagnes,

un tison?

On n’entend pas d’oiseaux parmi ces pierres seulement, très loin, des marteaux

Toute fleur n’est que de la
Huit qui feint de s’être rapprochée

Mais là d’où son parfum s’élève je ne puis espérer entrer c’est pourquoi tant il me trouble et me fait si longtemps veiller devant cette porte fermée

Toute couleur, toute vie naît d’où le regard s’arrête

Ce monde n’est que la crête d’un invisible incendie

Je marche

dans un jardin de braises fraîches

sous leur abri de feuilles

un charbon ardent sur la bouche

Ce qui brûle en déchirant l’air rose ou par brusque arrachement ou par constant éioignement

En grandissant la nuit

la montagne sur ses deux pentes

nourrit deux sources de pleurs

Tout à la fin de la nuit quand ce souffle s’est élevé une bougie d’abord a défailli

Avant les premiers oiseaux

qui peut encore veiller?

Le vent le sait, qui traverse les fleuves

Cette flamme, ou larme inversée : une obole pour le passeur

Une aigrette rose à l’horizon un parcours de feu

et dans l’assemblée des chênes la huppe étouffant son nom

Feux avides, voix cachées courses et soupirs

L’œil :

une source qui abonde

Mais d’où venue?

De plus loin que le plus loin

de plus bas que le plus bas

Je crois que j’ai bu l’autre monde

Qu’est-ce que le regard?

Un dard plus aigu que la langue la course d’un excès à l’autre du plus profond au plus lointain du plus sombre au plus pur

un rapace

Ah! l’idylle encore une fois qui remonte du fond des prés avec ses bergers naïfs

pour rien qu’une coupe embuée où la bouche ne peut pas boire pour rien qu’une grappe fraîche brillant plus haut que
Vénus !

Je ne veux plus me poser voler a la vitesse du temps

croire ainsi un instant mon attente immobile.

 

Philippe Jaccottet

 

LE RAI BLEU


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LE RAI BLEU

 

Au bas des jambes le chien allongé sur le courant d’air hermétise le regard de travers

Une pensée odorifèrante suit la fissure

Le lézard a laissé sa queue accrochée à la porte en signe de ne pas vouloir être dérangé

La pleine-lune répand l’estran en ondulant de la croupe comme un percheron dételé se rendant  à l’abreuvoir

Niala-Loisobleu – 16/06/18

 

 

 

 

CLARTES TERRESTRES


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CLARTES TERRESTRES

Et encore une autre lumière

Le nombre en augmente toujours

Autant d’étoiles que de jours

J’attends
Que passe là derrière
La voix qui monte la première

Le monde regarde à son tour
Le soleil pourrait disparaître
Un astre nouveau vient de naître

Éclairant le ciel
Un œil immense artificiel
Qui regarde passer les autres
Avec plus de curiosité
Sur le visage inquiet qui change

Un éclair d’électricité

Pierre Reverdy

 

Sur les grands carreaux de mes lunettes elle a écrit qu’aucune bataille n’a val. J’ai tremblé, pareille métaphore trouve rarement ici le moyen de franchir la barrière de l’enclos. Au bout du temps que le silence a pris pour la relire en boucle, je me suis senti comme aile mouillée du martin-pêcheur dans l’amorce du piqué (sans éclaboussures comme un plongeon des tours de La Rochelle, un jour que l’arbitre ne se serait pas nommé Richelieu). En corps ému c’est ainsi que je franchis la goutte qui a que trop d’urée en mon jardin. Aïe mamita la douleur…Je m’enduis de ton soleil, rayon-reine-ouvrière il me ruche royal ! Nous n’étions plus qu’à vol d’oiseau, quand nous vîmes le sel s’étendre en cône pour que les oisillons apprennent à faire de la varappe afin de pouvoir se faire le Mont-St-Michel par toutes les faces. Comme quoi dans la connerie humaine qui cherche trouve un endroit où en sortir…

N-L  15/06/18

 

 

A MA PREMIERE VUE


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A MA PREMIERE VUE

 

Je reste dans la perspective du réveil, non pas sortir de cette teneur d’illusion qui fait une réalité à partir d’une basse d’envol avérée

J’ai vu dans le froid du soleil retiré, denser par la chaleur d’une pensée à qui j’ai donné un nom, sans recevoir de non en réponse

Si je savais comment d’où je viens réellement, je m’aurais accepté cartésien, peut-être, mais voilà, je rêve aussitôt après être sorti de ma nuit, tant qu’à choisir pourquoi aller vers le pire, le bon du bonnet, le bon du bonnet, me répète en boucle le tunnel du métro matinal de mon adolescence. Je le prenais à Pyramides, c’est de là que j’ai des siècles qui contemplent…

Ce qui vient de l’amour tant ça humanise la barbarie terrestre que ça incline à panser positif

Et puis j’ai soif de ses seins dès le réveil, pas un enfant ne se méprend sur ce signe…

 

Niala-Loisobleu – 10 Février 2018