LA VACHE DE LA FORÊT


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LA VACHE DE LA FORÊT

Elle est tendue en arrière
Et le regard même arqué,
Elle souffle sur le fleuve
Comme pour le supprimer.
Ces planches jointes qui flottent
Est-ce fait pour une vache
Colorée par l’herbe haute,
Aimant à mêler son ombre
A l’ombre de la forêt?
Sur la boue vive elle glisse
Et tombe pattes en l’air.

Alors vite on les attache

Et l’on en fait un bouquet,

On en fait un bouquet âpre

D’une lanière noué,

Tandis qu’on tire sa queue,

Refuge de volonté;

Puis on traîne dans la barque

Ce sac essoufflé à cornes,

Aux yeux noirs coupés de blanche

Angoisse par le milieu.

Çà et là dans le canot
La vache quittait la terre;
Dans le petit jour glissant,
Les pagayeurs pagayèrent.

Aux flancs noirs du paquebot
Qui sécrète du destin,
Le canot enfin s’amarre.
A une haute poulie
On attache par les pattes
La vache qu’on n’oublie pas,
Harcelée par cent regards
Qui la piquent comme taons.

Puis l’on hisse par degrés
L’animal presque à l’envers,
Le ventre plein d’infortune,
La corne prise un instant
Entre barque et paquebot
Craquant comme une noix sèche.

Sur le pont voici la vache
Suspectée par un bœuf noir
Immobile dans un coin
Qu’il clôture de sa bouse.

Près de lui elle s’affale
Une corne sur l’oreille
Et voudrait se redresser,
Mais son arrière-train glisse
De soi-même abandonné,
Et n’ayant à ruminer
Que le pont tondu à ras
Elle attend le lendemain.

Tout le jour le bœuf lécha
Un sac troué de farine;
La vache le voyait bien.

Vint enfin le lendemain
Avec son pis plein de peines.
Près du bœuf qui regardait,
Luisaient au soleil nouveau,
Entre des morceaux de jour,
Seuls deux grands quartiers de
Côtes vues par le dedans.
La tête écorcbée mauvaise,
De dix rouges différents,
Près d’un cœur de boucherie,
Et, formant un petit tas,
Le cuir loin de tout le reste,
Douloureux d’indépendance,
Fumant à maigres bouffées.

 

Jules Supervielle

T’AURAS DU BOUT D’UN


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T’AURAS DU BOUT D’UN

La nuit un court instant m’a tiré du lit, je me suis pas pour autant levé tard. Au couché les rames savaient pas trop où aller. L’arrêt en pleine campagne, dans un coin sans besoin de gare, au milieu de la nature se suffisait pleinement pour y retrouver son identité. Son réverbère lunaire, m’a reconnu sans fouiller dans mes papiers.

Le terrain dénivelé, sans voisin, mais par moments trop fréquenté par les cigales, incline de hauts-pins que le vent ouvre en parasols. Du vent d’autan plus. Le bois flotté de la plage, vient de lui, posé sur une fleur de sel. Les pierres abritent le glissement de tant de choses fortes, que la vipère s’en sort dans un compromis reconnaissant le besoin du naturel. Le brûlé d’une illumination d’idées reste aux tords partagés des ceps de l’accent local. La robe du relief adouci, recouvre la chair de fruits rouges où la cendre de bûcher maintient l’allumé au palais.

Sous la voûte le plafond se veut bas, il en demeure un chaud qui pousse au déshabille. L’idée nue est majeure. L’abri des dunes la dissimule au défilé troupier d’un mémorial Bastille. Mon arc de centaure en triomphe et Concorde. Ma musique n’est pas militaire j’aurais le bout d’un paisible bonheur sans m’engager en légion étrangère…quoi que la Poésie….

Niala-Loisobleu – 14 Juillet 2018

CES COULEURS INDICIBLES


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CES COULEURS INDICIBLES

Aux marques noires laissées en cerne

cherche vert

tu reconnaîtras mes yeux

et si je bistre un ciel trop lourd pour ses jambes

c’est pour élever le germe qu’il porte

Les petits cheveux de frise

ne ferment pas le chemin

ils piaffent comme de jeunes poulains

que leur jeune herbe nourrit en les dressant sur leurs pattes arrières…

Niala-Loisobleu – 5 Juillet 2018

 

EN VOL


NIALA L'OISEAU BLEU- 2010 - Acrylique sur toile 46 X 38 008

EN VOL

L’orage en roulant sur la Chaume n’a pas fait peur aux oiseaux. Heureusement pour eux c’est que de la nature, normal, pas comme cet acharnement que mettent le hommes à multiplier les moyens de les détruire. Il y a quelques années le jardin regorgeait d’oiseaux, les hirondelles nichaient, les merles colonisaient, sans que ça dérange la présence de rouges-queues au gros ventre, puis les mésanges jaunes et les rouges-gorges se livraient à des joutes de voltiges aérienne avec toute la famille moineaux.

Aujourd’hui je déplore leur raréfaction sans discrimination de sortes…

Il y a un puissant symbole de liberté attaché à leur présence. Ils sont la raison de l’arbre d’être fou en permanence.

L’ordre du grand désordre avance plus dangereux que l’ont été les guerres de religio et la force atomique dans l’explosion nucléaire. La poésie comment fera-t-elle pour se déplacer si nous n’avons plus les vecteurs du rêve dans la libre-pensée ?

L’amour est sans nul doute une de leur représentation les plus manifestes. De ma branche où je vois venir cette clairière pour la parade, mon sang ne fait qu’un tour. Je sens la réaction chimique traverser mon organisme, des couleurs de tous éclats copulent et gonflent les seins de l’espérance. La pierre a ses hauteurs. Des feux y ont été mis pour détruire un certain état d’esprit. Le mécréant que je suis n’a que faire d’un dieu, d’ailleurs s’il y en avait un, il ne pourrait accepter son oeuvre.

Là derrière mon regard, toi qui sens mes yeux te chercher, prends-en l’entité, baigne-toi le corps dedans, frotte-toi le ventre contre et plonges y ta langue et tes mains, tu peux tout caresser, je n’ai qu’en vie de la garder pour la partager avec toi comme un oiseau fait avec l’air.

Niala-Loisobleu – 23/05/18

POURTANT JE M’ÉLÈVE


POURTANT JE M’ÉLÈVE

Maya Angelou

 

Vous pouvez me rabaisser pour l’histoire
Avec vos mensonges amers et tordus,
Vous pouvez me traîner dans la boue
Mais comme la poussière, je m’élève pourtant,

Mon insolence vous met-elle en colère?
Pourquoi vous drapez-vous de tristesse
De me voir marcher comme si j’avais des puits
De pétrole pompant dans ma salle à manger?

Comme de simples lunes et de simples soleils,
Avec la certitude des marées
Comme de simples espoirs jaillissants,
Je m’élève pourtant.

Voulez-vous me voir brisée?
La tête et les yeux baissés?
Les épaules tombantes comme des larmes.
Affaiblie par mes pleurs émouvants.

Es-ce mon dédain qui vous blesse?
Ne prenez-vous pas affreusement mal
De me voir rire comme si j’avais des mines
d’or creusant dans mon potager?

Vous pouvez m’abattre de vos paroles,
Me découper avec vos yeux,
Me tuer de toute votre haine,
Mais comme l’air, je m’élève pourtant.

Ma sensualité vous met-elle en colère?
Cela vous surprend-il vraiment
De me voir danser comme si j’avais des
Diamants, à la jointure de mes cuisses?

Hors des cabanes honteuses de l’histoire
Je m’élève
Surgissant d’un passé enraciné de douleur
Je m’élève
Je suis un océan noir, bondissant et large,
Jaillissant et gonflant je tiens dans la marée.
En laissant derrière moi des nuits de terreur et de peur
Je m’élève
Vers une aube merveilleusement claire
Je m’élève
Emportant les présents que mes ancêtres m’ont donnés,
Je suis le rêve et l’espérance de l’esclave.
Je m’élève
Je m’élève
Je m’élève !

Maya Angelou