BRIBES (VI)


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BRIBES (VI)

 

La pluie a fini par mettre le soleil sur un arc coloré

toutes mines cassées le cortège d’un défilé de majorettes a levé la jambe

sans commentaires

Nous

étions dans la partie cachée de notre présence sans failles, chauds comme on lit d’une bassinoire

et ses petits soleils…

 

Niala-Loisobleu – 24 Novembre 2018

GUEULE DE VOIR


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GUEULE DE VOIR

 

Les chemins sauvages ont du mal a garder leurs baies ouvertes et les petits lapins se tiennent dans  la méfiance, l’intrus montrant une arrogance de plus en plus forte

 J’ai les yeux qui me tiennent la tête au fond du seau ce matin, 40 ans d’amitié ça se fête. Mais au brouillard des paupières collées se perce le rai de joie de savoir que c’est ça qui compte. Une marque d’amour ne saigne pas quand elle rit.

Vais y aller doucement, commencer par me brosser le papier buvard qui colle aux dents. Puis sous la douche tes seins ruisselants me cascaderont loin des demandeurs de quelque chose qu’ils peuvent pas trouver seuls.

L’Atelier j’irais vite, il tient en lui cet autre jour qui attend de sortir faire pisser sa joie.

Comme je t’aime…

Niala-Loisobleu – 21 Octobre 2018

LES PREMIERES GOUTTES


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LES PREMIERES GOUTTES

 

Le chien n’a pas interrompu son rêve, on le voit par moment tressaillir, tu vas prendre la route, déchirer de tes phares l’espace encore sec, il ne va pas le rester bien longtemps, on sent venir l’humide. Le vent déjà porte à porte les premières gouttes, sur le chemin l’herbe clapote sous les pieds, toute dressée de joie. L’oiseau trempe son bec et fait toilette dans la cuvette d’un pétale rose…

Niala-Loisobleu – 11/10/1

VÉGÉTATION

La pluie ne forme pas les seuls traits d’union entre le sol et les cieux : il en existe d’une autre sorte, moins intermittents et beaucoup mieux tramés, dont le vent si fort qu’il l’agite

n’emporte pas le tissu. S’il réussit parfois dans une certaine saison à en détacher peu de choses, qu’il s’efforce alors de réduire dans son tourbillon, l’on s’aperçoit
à la fin du compte qu’il n’a rien dissipé du tout.

A y regarder de plus près, l’on se trouve alors à l’une des mille portes d’un immense laboratoire, hérissé d’appareils hydrauliques multiformes, tous beaucoup plus
compliqués que les simples colonnes de la pluie et doués d’une originale perfection : tous à la fois cornues, filtres, siphons, alambics.

Ce sont ces appareils que la pluie rencontre justement d’abord, avant d’atteindre le sol. Ils la reçoivent dans une quantité de petits bols, disposés en foule à tous les
niveaux d’une plus ou moins grande profondeur, et qui se déversent les uns dans les autres jusqu’à ceux du degré le plus bas, par qui la terre enfin est directement
ramoitie.

Ainsi ralentissent-ils l’ondée à leur façon, et en gardent-ils longtemps l’humeur et le bénéfice au sol après la disparition du météore. A eux seuls
appartient le pouvoir de faire briller au soleil les formes de la pluie, autrement dit d’exposer sous le point de vue de la joie les raisons aussi religieusement admises, qu’elles furent par la
tristesse précipitamment formulées. Curieuse occupation, énigmatiques caractères.

Ils grandissent en stature à mesure que la pluie tombe; mais avec plus de régularité, plus de discrétion; et, par une sorte de force acquise, même alors qu’elle ne
tombe plus. Enfin, l’on retrouve encore de l’eau dans certaines ampoules qu’ils forment et qu’ils portent avec une rougissante affectation, que l’on appelle leurs fruits.

Telle est, semble-t-il, la fonction physique de cette espèce de tapisserie à trois dimensions à laquelle on a donné le nom de végétation pour d’autres
caractères qu’elle présente et en particulier pour la sorte de vie qui l’anime… Mais j’ai voulu d’abord insister sur ce point : bien que la faculté de réaliser leur propre
synthèse et de se produire sans qu’on les en prie (voire entre les pavés de la Sorbonne), apparente les appareils végétatifs aux animaux, c’est-à-dire à toutes
sortes de vagabonds, néanmoins en beaucoup d’endroits à demeure ils forment un tissu, et ce tissu appartient au monde comme l’une de ses assises.

Francis Ponge

 

Pêche au tramail


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Pêche au tramail

N’avoir d’appartenance qu’au bord de ce qui appareille
tient levé sous les rafales de la dérision
souffle et aspire entre mortes-saisons et promesses d’ivrognes
étreint l’espoir pour seule lanterne
réanime le trait du mot rayé de l’écriture,  le ton franc de la couleur essuyée au coin de l’oeil, privé de jouissance par le cerne
J’ai des croquis de voyages à mettre à l’eau
l’oeuvre reste toujours affaire de chantier
je les vois d’un bistre sanguine aux phalanges de mes mains fouisseuses…
Niala-Loisobleu – 14 Février 2018

A MA PREMIERE VUE


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A MA PREMIERE VUE

 

Je reste dans la perspective du réveil, non pas sortir de cette teneur d’illusion qui fait une réalité à partir d’une basse d’envol avérée

J’ai vu dans le froid du soleil retiré, denser par la chaleur d’une pensée à qui j’ai donné un nom, sans recevoir de non en réponse

Si je savais comment d’où je viens réellement, je m’aurais accepté cartésien, peut-être, mais voilà, je rêve aussitôt après être sorti de ma nuit, tant qu’à choisir pourquoi aller vers le pire, le bon du bonnet, le bon du bonnet, me répète en boucle le tunnel du métro matinal de mon adolescence. Je le prenais à Pyramides, c’est de là que j’ai des siècles qui contemplent…

Ce qui vient de l’amour tant ça humanise la barbarie terrestre que ça incline à panser positif

Et puis j’ai soif de ses seins dès le réveil, pas un enfant ne se méprend sur ce signe…

 

Niala-Loisobleu – 10 Février 2018

ENTRE L’ÂME ET L’ENCRE


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ENTRE L’ÂME ET L’ENCRE

Bonnes gens, voulez vous savoir
Où se trouve le bonheur du soir
Je sais ! Je sais ! Polissons !
Il est, moi je vous dis que non
Le bonheur, j’en ai fait mon devoir
Et je veux sage, vous le faire savoir

Et je trempe mon âme, dans l’encre
Encre de mes mots qui vous ancre
Dans les étoiles, de la nuit, ô merveilles
Car je sais que là, on les surveille, les veille
On bonifie leur beauté, pour éviter chancre
Quand entre l’âme et l’encre, on les échancrent

Voilà pourquoi chaque jours mon esprit
Jette à votre lecture, l’encre de son plus beau dit
L’amitié là, n’est plus à désespérer
Un lien de poésie que l’on noue à satiété
Pour ne plus oublier, que nos yeux réjouis
Flirtent avec leur bonheur, toujours hardi

O ma passion, toi poésie laisse-moi
Toujours venir voyager, sous leur toit
La délicatesse, la finesse, la gentillesse
Est leur caractère, comme grande noblesse
Vous n’aurez d’yeux, que pour avoir émoi
Du beau, encore plus beau, signe de leur bonne foi
Alors fouillez, fouillez là, le bonheur offre sa joie.

François Creteau

J’m’ai souviens-dit


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J’m’ai souviens-dit

– En vie de changer le NIL des choses ?

– P’t’être ben, à force de vent se voir derrière, peut porter à réfléchir. Quand c’est la guerre, au fond du trou d’l’ô bu, le merle ictère jaunit la pensée, en s’efforçant de se voir en paix

J’m’ai souviens-dit

c’était y a pas si longtemps, le tant des « Arbres Bleus et des Jardins Soleil»…j’m’en pique un rappel…

A peine levé j’entendis un bruit insolite traverser ma pensée. Non cette fois ce n’était pas la Générale des Eaux qui se rejouait Austerlitz en défonçant la chaussée, tuyau de plomb sabre au clair. Alors les voisins sont absents, c’est donc pas eux qui se crêpent pour un chant de leur chignon. Un petit détail attira soudain mon attention. Dans l’entrée le duffel-coat n’était plus là, à sa place un chapeau de paille sans moufle ni passe-montagne, regardait une paire de sandales posée en dessous d’une chemise à fleurs étalant ses manches bien au-delà du parterre. Des violets pris à bras d’ocres rouges coulaient à plein verts, comme une bacchanale qui se serait sentie soif de changement. Au point qu’en photo l’arbre se fit voir en côté-femme, le tronc à la motte de chez nous. Fendue à point. Même la tapisserie semble délavée, la fenêtre se prend dans le rebord du balcon, tellement pressée de voir la boîte-à-l’être s’ouvrir.

Reconnaissant plus rien au passé, elle lève la tête au présent-futur.

Non je ne rêve pas dit-elle, ça se saurait si j’avais fait entrer une armoire dans le tas de cartons où mes affaires transitent. On me l’aurait dit, si des peintres avaient labouré la cour et repeint la cave en grenier, quand même j’ai conscience d’être chez moi en même temps que je suis sûr d’être prêt à sortir de l’inhabitable.

. J’ai vu passer des gens célèbres en compagnie de petits enfants la mémoire grande ouverte. J’ai entendu une très forte émotion ébranler l’escalier en montant dans le train qui me ramenait de la mer, où je laissais la cabane au ponton des voiles qui se lèveraient sur un nouveau cap. J’ai senti que les mauvaises odeurs de friture du poste se mettaient à bronzer sous un vent chargé d’iode. Puis par transparence, sans qu’elle s’ouvre, la grande porte m’a montré des étendues de campagne douces, si protectrices avec leurs arbres forts, que ma main s’est posée sur la béquille, un pied a suivi l’autre, je suis passé de l’autre côté de mes peurs.

Toute la nature est prise dune frénésie si calme, que je me sens porté par un printemps magique. Me voici devant mes « Arbres Bleus et mes Jardins Soleil ».

Mon Pt’tit-Gars, comme à peindre je peux vivre sans m’inventer de faux-prétextes, c’est si beau l’Univers vu d’en haut!

Bien mal à quai ne profite jamais.

Plutôt que les oh de hurle-vent qui sinistrosent les futaies, en cassant les bras des arbres qui ne demandaient qu’à bien faire, j’ai choisi l’ache pour me dire céleri qui met la peau au feu. Et d’un mouvement de largage, la grand-voile, a poussé plus loin que le nez du vague , le sommet de la hune en ordonnant à l’édito de se réduire la grosseur de l’horreur en titre.

Quoi qu’il arrive, après que j’aurai mourri, je m’endormirai plus tranquille d’avoir d’un autre bleu nouveau, repeint le ciel. Je refais à zéro le site niala-galeries.com et ouvre chantier  à partir de l’adresse zoizobleu@gmail.com.

Niala-Loisobleu – 3 Février 2018