ESPACE ONIRIQUE


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ESPACE ONIRIQUE

La voix prise entre couloir et pièce d’à côté surveille la porte en retenant son volume, pourtant elle ne pense qu’à l’envie de s’exprimer librement. Cet endroit est un placard qui empêche de rejoindre le coin de cabane que la campagne tient sans laisse.

Quelques pas  pour sortir  rejoindre les oiseaux qui chantent sans attendre une autorisation. La nuit semble avoir à se partager entre le permis et l’interdit.

Les matins où la voiture n’est pas impatiente de vous emmener aux taches quotidiennes, tempèrent la vitesse du vent et le froid des courses contre la montre. Chaque instant peut donner plus de concentration, l’endroit où l’on va sans besoin d’ouvrir les yeux sort des virages dangereux.

Il y a cette façon bien à soi de regarder le mur d’en face qui fait apparaître un long couloir ouvert.

Dehors la mer à deux pas se balance.

Des femmes en robe à traîne longent la voie ferrée, la Petite-Fille sort du sarcophage  ouvert sur le quai. Il fait une ligne vive d’eau qui coule  au creux de la main.

Illustration: Paul Delvaux

Niala-Loisobleu – 23 Octobre 2018

CLARTES TERRESTRES


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CLARTES TERRESTRES

Et encore une autre lumière

Le nombre en augmente toujours

Autant d’étoiles que de jours

J’attends
Que passe là derrière
La voix qui monte la première

Le monde regarde à son tour
Le soleil pourrait disparaître
Un astre nouveau vient de naître

Éclairant le ciel
Un œil immense artificiel
Qui regarde passer les autres
Avec plus de curiosité
Sur le visage inquiet qui change

Un éclair d’électricité

Pierre Reverdy

 

Sur les grands carreaux de mes lunettes elle a écrit qu’aucune bataille n’a val. J’ai tremblé, pareille métaphore trouve rarement ici le moyen de franchir la barrière de l’enclos. Au bout du temps que le silence a pris pour la relire en boucle, je me suis senti comme aile mouillée du martin-pêcheur dans l’amorce du piqué (sans éclaboussures comme un plongeon des tours de La Rochelle, un jour que l’arbitre ne se serait pas nommé Richelieu). En corps ému c’est ainsi que je franchis la goutte qui a que trop d’urée en mon jardin. Aïe mamita la douleur…Je m’enduis de ton soleil, rayon-reine-ouvrière il me ruche royal ! Nous n’étions plus qu’à vol d’oiseau, quand nous vîmes le sel s’étendre en cône pour que les oisillons apprennent à faire de la varappe afin de pouvoir se faire le Mont-St-Michel par toutes les faces. Comme quoi dans la connerie humaine qui cherche trouve un endroit où en sortir…

N-L  15/06/18

 

 

LA BOÎTE A l’ÊTRE 39 – Yves Bonnefoy: « L’inachèvement est ce qui caractérise la poésie »


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 39

 

Yves Bonnefoy: « L’inachèvement est ce qui caractérise la poésie »

On dit
Que des barques paraissent dans le ciel
Et que, de quelques-unes,
La longue chaîne de l’ancre peut descendre
Vers notre terre furtive.
L’ancre cherche sur nos prairies, parmi nos arbres,
Le lieu où s’arrimer,
Mais bientôt un désir de là-haut l’arrache,
Le navire d’ailleurs ne veut pas d’ici,
Il a son horizon dans un autre rêve.

Les livres d’Yves Bonnefoy se succèdent, et il est difficile de n’y pas reconnaître cette grande voix, dans sa permanence et les changements qu’imposent les années. Quand le poète excelle, alors le poème se nourrit de sa propre atmosphère légendaire, que chaque vers, chaque groupe de mots enrichit de certitudes, de doutes, de notations à la fois attendues et surprenantes. Bonnefoy prend des précautions pour dire des choses simples, en précipite de plus complexes, poussant devant lui un flot énergique et doux, où l’on reconnaît sa matière dans ses métamorphoses :

 

Il advient, toutefois,
Que l’ancre soit, dirait-on, lourde inusuellement,
Et traîne presque au sol et froisse les arbres,
On l’aurait vue se prendre à une porte d’église,
Sous le cintre où s’efface notre espoir,
Et quelqu’un de cet autre monde fût descendu,
Gauchement, le long de la chaîne tendue, violente,
Pour délivrer son ciel de notre nuit…

Cette Longue chaîne de l’ancre, dont proviennent ces deux extraits, offre la plus belle séquence de vers du recueil. Quant à la prose, on vantera l’éclat de L’Amérique : cette façon de se laisser surprendre par le récit, qui se mue en méditation, avec superposition d’une scène parallèle, imprimée antérieurement dans la mémoire (pure rêverie ?), seul Bonnefoy nous procure de telles émotions dans le moderne poème en prose. Mais c’est au prix d’une surveillance du rythme et du style dont ne témoignent pas au même titre toutes les pièces ici réunies. Un recueil ainsi fait n’est pas forcément un livre : aux inédits s’adjoignent ici, en plus grand nombre, des ensembles parus de 2001 à 2007, dont l’hétérogénéité est patente. Qu’importe :

Et voici qu’un enfant essaie de revenir en arrière, malgré l’étroitesse de la voie – vers qui ? Il se heurte aux autres, eux si requis par la difficulté d’aller de l’avant et de retenir leurs ballons qu’ils ne le voient même pas. Je le prends par le bras, je le retiens. « Où vas-tu ? » lui dis-je. Il lève vers moi deux yeux agrandis par une pensée dont jamais je ne saurai rien. Et je lui ai demandé encore : « Comment t’appeles-tu ? » Mais sans répondre, et me regardant toujours, de ses yeux pensifs, il secoue la tête.

Comme ces barques du ciel citées plus haut, ce qui passe et s’interdit entre l’homme d’âge et l’enfant qu’il fut est le thème insistant, profond, de cette grande période qu’on a vue commençant avec Là où retombe la flèche… Lui fait écho le trouble du poète devant sa propre écriture :

Je défroissai mes notes… je n’y découvris aucun sens. Des mots, mais dont la pensée s’était retirée.

De très belles pages.

Jean-Marie Perret.

 

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ROSEURS AURORALES


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ROSEURS AURORALES

La nature travestie , trahit le mensonge des jambes qui restent hors du tapis de la marelle. Butées de la voie empêchant d’hâler éclore. Le mal se confond plus souvent au bien dans un indicible profil. Je demande à mon tain de conduire à l’intérieur de mon image. Ne plus donner au tant perdu la majeure partie. Se défaire du passé. Mes yeux fatiguent à rester calés sur un point fixe. Dépasser l’aube, l’hiver permanent, le  brouillard qui pend en stalactites sur la corde linge. L’instant mort-né n’est que Jeûne. J’ai faim. Le jardin s’ébroue avec le chien, la cheminée enfile ses bottes, l’herbe mouillée indique l’estuaire, la montagne est derrière, devant c’est le large. Sous les pieds d’ici ma tête à l’envers de là, ne peut laisser mon coeur figer l’endroit de tout le bleu que fait la tonsure de la forêt en clairière. Un chat se glisse par la chatière en montrant le chiffon rose dans ses moustaches. Au moment où la colline a levé les bras la vallée a placé ses tertres de chaque côté du banc. Feuillées hôtes j’arrive.

Niala-Loisobleu – 13 Avril 2018

S……E


 

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S……E

 

Ouvrir l’Atelier dans un gris de ciel sans portes place une impression molle

il est clair que lorsque je l’ai fermé, bien qu’il faisait nuit noire, trouver la clef fut on ne peut plus facile vu la lumière qu’elle tenait en ailes

pas utile de puiser dans le souvenir, juste trouver le vitrail du rayon en complétant la formule magique

S……E

 

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2018

 

Le long des Quais 10


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Le long des Quais 10

 

Ras d’eau, si hors sec m’était conté, un plan se serait eureka écrié ! De boueux, les eaux en folie se gargarisent. Là où t’as sourcé de toutes tes lèvres, mon fleuve, ma rivière, un trouble-fête a du cracher son jus de chique. Retardant le matinal départ au journal, ce matin j’ai voulu faire durer le rêve. Mettant les canards à l’oeuvre pour reconstituer la scène. Juste ce qu’il faut d’humide de ta rosée, de manière à pouvoir passer la lisière du sous-bois à bicyclette. T’aurais été à l’origine des coups de pieds du caillou dans ma poche, que tu n’aurais pas pu me signaler plus clairement ton désir de parler. J’ai pas attendu d’être descendu de vélo pour ce faire. En roulant j’te dis pas ce que les langues peuvent arriver à se dire, tu n’en ignores rien. Les fenêtres de la clairière étaient ouvertes. Dans le cercle des arbres ça faisait comme un anneau d’aura. Extraordinaire ce que ça me remue. C’est tellement plus beau quand ça n’appartient à rien de ce qui se montre partout et que pour couronner le tout on se pose pas la question de savoir d’où ça vient. Autant il peut y avoir des coups de sonnette inutiles, qu’on passe son temps à dire « ya personne », autant un simple lien avec le bon endroit fait l’effet contraire. Mais je rabâche, je t’ai dit tout ça très souvent. Excuse-moi, ça faisait longtemps. Tes cheveux n’ont pas vieilli, et le vers de tes yeux montre bien que je suis pas dans l’égarement. Si j’ai peint ? Bien sûr, en ne pleurant pas assez, je te l’accorde, cette période ne m’étant prodigue en émotions. Je n’ai rien dérangé dans le garde-manger d’amour. Pas plus que je me suis dit chouette on approche des soldes. D’abord je n’ai pas plus envie de me reculotter qu’avant et les grandes opérations commerciales me font plus gerber qu’auparavant. Non, j’ai eu des pensées moins frivoles que celles qu’on nous bourre dans le crâne. Je t’ai emmené partout dans mon jardin fantastique. C’est réconfortant de la voir grandir. Même en hiver il a du feu dans peau. Voilà bien le seul enfant que j’ai fait qui n’a jamais failli. Toutes ses promesses, il les a tenu. Rien qui n’ait pu avoir un dessein de m’entraîner dans une embuscade aux sentiments. Simple et le rester, c’est le seul moyen de tenir parole en tout.

Niala-Loisobleu – 6 Janvier 2018

 

Tu as dans le buste l’âme du violon


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 Tu as dans le buste l’âme du violon

 

De ces pas trop courts, restera à l’étendue les traces d’une suite griffonnée de nappes en nappes des tables de passage. Si ce qu’ils n’osent dire est vrai nous n’avons rien à craindre. Notre moulin à eau est à l’étiage. Les gros nuages écrasés sous la meule en pierre ne feront pas de tort à la récolte. Ce n’est pas la marche solitaire qui peut nuire à la vision globale.

Tu as dans le buste l’âme du violon que l »archet déplace en fonction du refus.

Le tempo de ta poitrine en tapant du bout du sein, scande la promesse de ne jamais céder à la facilité. Laissant le sur-place des fuites aux images pieuses. Du calcaire la craie extraira les marelles pour  apprendre aux enfants à monter au tableau. Il n’y a pas de contre-poison en dehors de la poésie.

Niala-Loisobleu – 25 Novembre 2017