J’AI LE COEUR AUSSI GRAND


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J’AI LE COEUR AUSSI GRAND

D’abord le galop des garennes

plus sauvages qu’une lampe de civet

près d’un livre pas en corps écrit

c’était lampion de la chanson de rues

le bagout du camelot vendant son sirop d’éternité

l’eau vivante du caniveau entre les jambes des quat’-saisons

bougnat sur façade

contre avaleur de couleuvre et sabreur de ragot

Les feux d’un réverbère prenant la voie fluviale

de l’éclusier

par la direction polaire de sa propre étoile

boussole de rêves boulimiques d’une géographie apprise chez Jules Ferry

entre deux éviers à faire la vaisselle

et un vers vide à remplir

sans jamais que mon coeur ne crise autrement que mis en étroitesse…

Niala-Loisobleu – 7 Décembre 2018

AU MAUDIT ROI


 AU MAUDIT ROI

Ainsi

Sa Sérénissime Altesse Emmanuel Macron

par la voix d’un ses vides-pots vient de nous faire savoir qu’il ne recevra pas les porte-paroles des Gilets-Jaunes au prétexte qu’il ne s’agit pas d’une assemblée constituée…mais pour qui se prend-t-il ce nabot assis sur le trône de la finance que les lobies se tiennent au chaud…se réservant l’exclusivité de s’adresser à cette France dont il ignore l’âme ?

Il se pourrait qu’un matin la Concorde qu’il cru bon d’interdire à la manifestation, se rappelle à lui par son nom originel de Place de Grèves à l’époque d’une certaine révolution française…

Un nom oublié me remonte aux larmes citoyennes…

Olivier Larronde
ou le dernier poète maudit

Niala-Loisobleu – 27 Novembre 2018

 

        Olivier Larronde par Nora Auric

En 1943, en passionné d’une vie non moins « bohème » que lui légua sans nul doute ses parents – une famille pourtant assez bourgeoise -, un certain Olivier Larronde, harcelé en son intériorité la plus profonde, à vif, de caractère jugé timide, cheveux au vent, débarque à Paris avec, en tête, la ferme intention, idée un peu saugrenue, très improbable, de rencontrer Jean Cocteau – son cartable de cancre buissonnier à la main où errent sûrement les prémices des pages encore vagabondes de son premiers recueil : Les barricades mystérieuses, lequel ne sera publié qu’en 1946.

         Né en 1927, il semble important de souligner de nouveau, avec grand intérêt, l’univers où le jeune homme évolue, son entourage familial, dont le cercle affectif, farfelu s’il en est, mais lettré, de bonne concistance, quasi ombilical, un phalanstère débordant de culture et d’art, se compose d’un père journaliste, que l’on dit poète, critique littéraire, ami de Claudel, entre autres, ou de Milosz, et d’une mère soit-disant « excentrique », mystique, obsédée jusqu’à la limite du fantasque, à outrance, de parapsychologie.

         Tout bascule soudainement, avec violence, un déchirement, une double blessure qui ne se refermera jamais ; plaie béante alors ouverte à la rage, à la puissance ou à la grâce des mots et du Verbe. A l’âge de quinze ans, son père meurt lors de la fameuse débacle de la seconde guerre mondiale, suivi de peu par la disparition inacceptable de sa soeur, de deux ans à peine sa cadette, tant chérie, tant adorée, sa Myriam à lui qu’il admire à l’époque, de manière fusionnelle, comme le simple, l’unique amour de sa vie. Il affirmera d’ailleurs à son sujet, au vent mauvais des regrets les plus amers : « Elle était d’une précocité prodigieuse (…) elle écrivait des poèmes (…) Toute mon enfance a été un long match pour la rattraper. Je me dopais pour essayer de grandir. »

         Le choc est irrémédiable. Une certaine littérature, dite « maudite » (désignation, ou classification sociologique, pour la forme ?, fortuite, inopinée, empruntée à même le titre de l’ouvrage « Les Poètes maudits » de Verlaine) hante ses vers, à la rime le sonnet libre, jusqu’aux frasques de ses textes tout aussi structurés que volages, parfois énigmatiques, qui caractérisent souvent son style.

        Le subtil et tendre écorché, adolescent au visage d’archange, se sent comme empoisonné, semblerait-il, tant et bien qu’il abandonne dès la 3ème son cursus scolaire, entamé chez les Frères Maristes, avouant d’un jet de poudre d’encre sulfureux à sa mère : « (…) absolument incapable d’assimiler sans vomissement ce tissus de monstruosité et de balourdise qui forment l’enseignement classique que je ne peux, ni ne veux accepter la moindre transaction avec mes convictions, mes sensations, la moindre transaction de moi-même. »

Je me dispute avec le soir fragile et casse
Casse comme une vitre et j’ai plusieurs cadavres
On me recueille, on me recolle, et on se lasse :
Je couche avec un coin de mur que mon air navre
(Cf. Les barricades mystérieuses)

        Olivier Larronde

Confié à son grand-père, à Saint-Leu, en réfugié des mots et des maux qui le torturent, il oeuvre en dilettante, croirait-on, pour lui-même avec clairvoyance, en juvénile espiègle amouraché à l’extrême d’une verve inqualifiable, d’une justesse résonnante, versifiante à souhait, jamais gratuite, novateur poète de génie qu’il est déjà – le sait-il ? -, possédant une prodigieuse érudition, acquise au gré de son acharnement à « ronsardiser » la Rose-Néant d’un Mallarmé qu’il adule. Tout y passe : Charles d’Orléans, Ronsard bien sûr, Nerval, Baudelaire, Artaud, Jean de Sponde, Maurice Scève… la liste est longue, ne désemplira pas, jusqu’à sa mort.

         Mais il n’est pas encore temps. L’histoire d’un être d’exception, dont l' »âme » s’épanche au seuil des limbes abyssinales, là où certains Albatros, maladifs pour la plupart, se brisent les ailes sur des pontons de fer, savent parfois bousculer, bouleverser, l’ordre établi par les gouvernances terrestres. C’est le cas de Larronde.

         Malgré cette timidité excessive alambiquant prestance et gestuelle, toujours de caractère, peut-être assez charmante pour émouvoir Jean Genet en personne, Olivier Larronde arrive à ses fins, rencontre Cocteau, lui laissant ses pages d’écriture. Ce dernier n’y prête d’ailleurs que peu d’attention. Tout va très vite. Genet, chez Cocteau tombe par hasard sur ces pages d’outre-ciel, ne décolère pas contre son ami, veut retrouver de suite l’auteur de ses feuilles abimées par une poétique fulgurante.

 

Rose et mon Droit

Vos froideurs froissées, héritière
Des rosées, volent une à une.
Aussi le nid du noir sans lune :
Mes toutes-puissantes paupières
Horizon libéral assiège
Moi : ce trou noir debout, colonne
Où l’ombre pensive empoisonne
Un coeur sans main, sans bras d’acier.
Archet-né sonnons plein silence !

Je crache au baiser d’air du temps
Il bruit -flèche-moi – sans parler.
Fais le jeu d’un biceps géant
Ma droiture !
Pour Qui te lance
Sans yeux dehors
Ni au-dedans.

 

Olivier Larronde

 

         On cherche. Paris… Larronde se présente de nouveau. Jean Genet est foudroyé. Le jeune homme est bien l’ange pseudo déchu d’avance qu’il avait pressenti. On demande à l’adolescent lecture de ses poèmes.

         Pontalis, présent lors de ce qui paraît pour un Larronde ébouriffé, mal engoncé, une sorte d’exécution capitale, témoigne : « Genet demanda à Olivier Larronde de nous lire un de ses poèmes qu’il avait composé la veille ou la nuit précédente. Je revois Olivier adossé à un radiateur derrière la porte de la chambre, les boucles blondes de ses cheveux lui tombant sur les yeux, aveugle et muet (c’était un feuillage qui parlait)… Olivier Larronde était muet, il ne pouvait rien dire d’autre que les poèmes qu’il portait en lui… Olivier Larronde, était, à n’en pas douter, le dernier rejeton de l’illustre lignée des poètes maudits. » Jean Genet pleure, fond littéralement en larmes, tant il est ému…

         Qu’est-ce donc qu’un « maudit » ? Classification. Oubli. Méandres de la littérature. Existence avortée… Archiver, de poète en poète, trier d’auteur en auteur celui qui sut cependant par sa nature, peut-être, par son vécu et son passé, se forger autre qu’une « âme », dépassant – c’est à débattre – le sens du sens des choses, notre environnement, le quotidien de notre quotidien, redonnant toujours, à chaque lecture, de la force au silence caché derrière les mots, comme s’il y avait une réponse secrète lorsqu’on écoute le vent se plaindre des saisons.

         Epiléptique avéré, aux prises avec l’alcool et l’opium, tenté de répondre sans doute au malaise d’un siècle qui surbanise à revers d’une humanité sans cesse en mouvement, son propre passé, sa destinée hors norme, Olivier Larronde nous quitte physiquement le 31 Mars 1965, à l’âge de 38 ans. L’Albatros s’est brûlé les ailes, maladroit d’être ce qu’il était, piteusement relégué aux oubliettes des bibliothèques insalubres qui s’empoussièrent d’aligner, par inadvertance – ce qui est à espérer, l’inadvertance -, l’abondance d’une curieuse hégémonie par trop souvent normative, lors que certains se défendaient d’en mourir trop vite, vivant parmi les vivants.

         Comparé abusivement à un style rimbaldien, névralgique et nervalien de surcroît, Olivier Larronde jette ses cendres fécondes, enterré au cimetière de Samoreau, en Seine-et-Marne, à quelques allées de la tombe de Mallarmé dont il était un fervant fidèle. Rien voilà l’ordre (un anagrame), publié en 1959, sera illustré, immortalisé, par 31 dessins de Giacometti.

François Reibel

 

Olivier Larronde

 

 

 

 

 

Dessin d’André Beaurepaire avec un quatrain improvisé d’Olivier Larronde LImages 1

Les Temples foudroyés (février 1945) – Encre de Chine sur papier.  

 

 

Plaque sur la tombe d'Olivier Larronde

 

 

Oeuvres d’Olivier Larronde

Rien voilà l’ordre, illustré de 31 dessins d’Alberto Giacometti, L’Arbalète / Barbezat, 1959
L’Arbre à lettres, L’Arbalète, Décines, 1966
Les Barricades mystérieuses, L’Arbalète, Décines, 1990
L’Ivraie en ordre : poèmes et textes retrouvés, Textes réunis par Jean-Pierre Lacloche avec le concours de Patrick Mauriès, Le Promeneur, Paris 2002
Oeuvres poétiques complètes, Le Promeneur, Paris 2002

NOUS


NOUS

J’ai changé d’appui et de chemin

pour une hirondelle pressentie multiple

qui mesurait le jour sur un autre bord

cherchant le flux égal à ce qui fuit

débarrassée enfin du tablier d’usage.

Et je suis remonté nu dans l’image.

Je me souviens de tout et ma main

dessine la courbe lente de mon fleuve d’or.

Du paradoxe de connaître la rondeur infinie

qui creuse pourtant l’inconnu encore.

J’ai allumé la lampe sur le sein de l’heure fébrile

brisé la faïence rompu le pain façonné l’argile

de nos existences qui prenaient les contours très fins de l’éternité

suspendues à des globes lourds et graciles.

Il dort derrière la barrière protectrice de nos cils

des années de soleils tendus vers des jardins transfigurés

qui se balancent dans la lumière de leurs tiges mêlées.

 

 

Barbara Auzou

 

 

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NOUS

2018 – NIALA

Acrylique s/toile 81×65

Collection de l’Artiste

LES SOLEILS VERS 1


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LES SOLEILS VERS 1

 

 

Le seul rythme, végétal

De nos souffles chèrement gagnés

Et des ailes poussées à nos sandales,

Nous pouvons oeuvrer à l’aurore.

Sur la hanche nue de la métaphore,

La main sonne juste

Et ponctue à peine le séjour vibrant du buste

Erigé dans la couleur tremblée.

Oeuvrons encore dans l’intervalle

et aux coupes versées

Dans le grand chantier du matin.

La main sonne juste encore

Et sans emphase

Au secret du tableau

A la peau de la phrase.

Oeuvrons comme on persévère

Et au front lustré de l’entente

Comme des enfants peut-être

Faisons commerce de lumière

De mots et de menthe:

Un lâché de soleils vers

Le geste de renaître.

Barbara Auzou

 

 

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Les soleils vers 1 (Nouvelle série)

2018 – Niala

Acrylique s/toile 65×54 – cadre

850,00 € (encadré)

https://wordpress.com/view/alainnialablog.com

UN CHEMIN


UN CHEMIN

La lecture prend la couleur qui habite derrière le regard de chacun. La poésie y ajoute celle de l’esprit plus qu’en tout autre écrit.

La peinture présente les mêmes caractéristiques dès lors qu’elle n’est pas photographique du sujet qu’elle  a choisi.

On reconnait un poète à sa peinture comme un peintre à son écriture, ils ont une sensibilité commune faisant appel à une forme d’espoir permanent que d’aucuns trouvent insensé mais que leur lucidité aborde dans un absolu qui en fait diffèrer la forme.

Pour ma part depuis mon association avec Barbara Auzou, je sais la parallèle entre l’image écrite sur les mots et les mots mis sur l’image menant à cet absolu., bien des chemins parcourus m’ont conduit à celui-ci pour que je puis aujourd’hui le considérer comme majeur.

Niala-Loisobleu – 17 Novembre 2018

UN CHEMIN

 

Jean Tardieu

 

 

Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas

Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas

Je tremble de nommer les choses car chacune prend vie et meurt à l’instant même où je l’écris.

Moi-même je m’efface comme les choses que je dis dans un fort tumulte de bruits, de cris.

Jean Tardieu

NOTRE JARDIN BLEU 8


NOTRE JARDIN BLEU 8

 

 

Tout perdure et reste peuplé

d’attente au poplité

que l’on ouvre avec une douceur émue

devisant encore sur le prix du blé,

le destin tremblant des mots d’or

et la couleur flouée de l’absolu.

Rouges au bleu pareilles

nos fondations comme des cabanes érigées

sur le grand loisir des pleines journées

et des grands soleils peuplés d’oiseaux féconds

que je devine à la pomme de leur chant picorant alertés

le pain chaud et rond de ta blonde poitrine.

Comme on bâtit  et comme on reste

nous faisons des champs à nos pieds

nos objets rares, nos objets neufs, nos émoluments terrestres.

Il y a un goût de sel fin et d’éternel

sur les fleurs poussées dans le jardin de l’amour

et le genou ouvrier à terre, on signe le pacte

comme un siècle d’homme en quelques jours

apaise la joue fardée et la bête alarmée de nos actes.

Barbara Auzou

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Notre jardin bleu 8 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 73×60, encadré.

NOTRE JARDIN BLEU 7


 

NOTRE JARDIN BLEU 7

Ce que tu sais

Du monde

Et de l’abominable

Que tu me tais

Le grand coq de la lucidité

Me l’a chanté affable

Au seuil d’un matin comme une ronde

Improvisée sur l’obscur sillon

De la nuit des grands poissons

Morts en l’absence de soleil.

Alors, viens , dansons

Fais-moi bleue pareille

Et investie d’un pas convalescent

A épuiser la route de vœux brûlants.

Donne- moi des oiseaux à renaître

Qui coupent court à la rumeur des fenêtres

Trop ouvertes sur un monde si aigri

Et contre l’indécence

Qui suinte à la cuisse blanche de la jalousie

Vois encore comme on danse

Et comme encore on a surpris

Le grand pavot qui somnolait dans la poisse des fleurs.

Comme on défroisse les peurs

Dansons.

Comme on demeure debout sur des terres d’angoisse

Dansons.

Rien ne devance la couleur.

Barbara Auzou

 

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Notre jardin bleu 7 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×50