ENVOLEE


ENVOLEE

Ainsi griffée

à l’écorce encore verte

de ma chevelure

et à l’écusson de ma peau de tempête,

j’abandonne la branche-mère devenue trop dure

pour la branche-soeur offerte

à la greffe de l’œil poussant

qui cultive l’espoir dans un vaste champ

où le sang sombre est laissé au fer.

C’est l’instant nu

et le doux séjour dérobé,

la nidification secrète

et c’est à peine si l’on devine

que les oiseaux déjà habitent la racine

 s’exerçant en secret au grand saut et à l’envolée

vers de tendres bras de rameaux doubles.

Nos enfants auront l’instinct florifère que rien ne trouble

et à la flamme des fruits mûrs dansant sous le soleil

ils regarderont au bourgeon gonflé de leur bouche vermeille

se multiplier le fol amandier et la fière glycine.

Barbara Auzou

P1050677

Envolée – 2018 – Niala – Acrylique s/carton toilé 46×33

A LA BUTEE DES ETOILES


A LA BUTEE DES ETOILES

Dans les hauts jardins de l’imagination,

je te trouverai broyant la couleur

au revers du coquelicot éphémère,

accoudé au temps et à la butée des étoiles,

à fortifier la frêle charpente de la toile

que le couteau déjà entaille de son entière passion.

Je te trouverai absorbé dans l’intervalle

entre le geste et son intention,

entre la beauté et son interrogation,

au coeur d’une lumière différée,

à la torche ressaisie sur la cécité du jour

et dans le halo d’une certaine idée de l’amour.

Dans les hauts jardins de l’imagination,

tu me trouveras au dernier quartier lunaire,

sur la balançoire obstinée qui balaie le vulgaire,

à la strate du mot et à la nuque d’un bras de mer.

Tu me trouveras au sang bleu d’un théâtre mental,

à la mouette qui se cogne à la butée des étoiles.

Tu me trouveras dans l’étroit du mot,

dans l’écriture du ventre et son cachot,

entre le centre et le contour,

entre le dire et son silence,

au coeur d’une partition langagière,

à la torche ressaisie sur l’éphémère

et dans le halo d’une certaine idée de l’amour.

Barbara Auzou

P1050669

A la butée des étoiles – 2018 – Niala- Acrylique s/toile 100×100

LA ST-JEAN VENUE


LA ST-JEAN VENUE

À nos robes de fumée,

 À la suie de nos visages

Et de nos corps jumelés,

Nous nous sommes reconnus

Indissociables de nos rêves de cendres

Que l’on recomposait de nos mains

Cueillant l’orpin acidulé.

Ô l’exode joyeux à la joue de la verveine,

Du millepertuis et de la citronnelle

Humectés de rosée à faire reculer

Les mauvais présages dans l’arène

Folle d’un monde consumé.

Nous reprenions des chansons païennes

Et c’était la chair d’avant le sang,

Le sel sur les paupières, le pouls à la veine

Et sur le berceau du ventre maternel

Se posaient rouges les lèvres du silence

Qui lapaient la lumière rare de l’été.

Sautant par-dessus les braises incandescentes

Comme des ciseaux de lumière au couteau de la toile,

Nous dessinions à la bouche et au bûcher,

Des bras faits pour l’amour

Comme des béquilles sur le poids tremblant des jours,

Et nous nous endormions dans le solstice de nos rires

 Et sous les étoiles.

 Barbara Auzou

P1050652 - Copie

La St-Jean, venue – 2018 – Niala – Acryliques/toile 100×100

LA MAISON D’Ô


LA MAISON D’Ô

Bien sûr qu’il fallut en découdre

Avec le ciel et ses doigts de grand ordonnateur

Pour laisser l’âme étale souffler les heures

Inconnues des pendules.

Ô la très raisonnable démesure

De rites,  de bouquets offerts,

De fruits mûrs lavés à grande eau

Et de seconde peau à l’allée jardinière

Mâchée de menthes sauvages.

Des légendes lacustres glissaient à la chevelure du large

En corps dépliés et ensoleillés d’existence,

Chevaux avides de présence

Accompagnant le temps qui passe au sable du pied nu.

Au réverbère de ses renaissances,

L’enfant s’endormait au ballon du soleil

Epousant son arrondi intime

Et il lui donnait des noms maritimes

Qu’il accrochait comme des drapeaux d’envie

Sur chacun des pilotis

De la maison d’Ô.

Barbara Auzou

P1050649

 La Maison d’Ô – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 65×54

CLEMATITE L’HERBE AUX GUEUX


CLEMATITE

L’HERBE AUX GUEUX

Sur les ruines

D’un sol ancien,

Nous arrachions à pleines mains

Le papier à fleurs au plâtre des murs

Et démêlions patiemment

Les cheveux de la vierge

Tressés dans le questionnement

D’une nuit qui ment.

Comme il aura fallu veiller

Sur l’enfant que nous étions,

La main à ses mots

À ses buvards, à ses brouillons,

Sa présence envahissante

Et sa ligne s’enroulant à nos corps verticaux.

Nous ne savions pas alors la complicité des trains

Et la dissémination des graines qui voyagent

De gare en gare au fil d’un temps qui fait notre jardin.

Une lignée de mots rares fleuris sur un matin sauvage

Escalade follement le romarin.

La couleur s’exhale et nous l’aimons pour ses silences,

Sa frange de sable froissée aux doigts des saisons.

Pourpre, la patience de la clématite.

Pourpre, le souvenir d’un Nous qui nous habite.

Pourpre notre immobilité merveilleuse

Au secret de tous les herbiers que nous accrochons

Aux murs de briques comme des veilleuses.

Barbara  Auzou

P1050645

 Clématite – L’Herbe aux Gueux – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100

 

LA MEMOIRE DES MUSES 9


LA MEMOIRE DES MUSES 9

 

Le monde s’écroulait chagrin

Dans ses doutes jaunes.

Et la persistance de ses papiers de suie

Qui pavaient des lendemains

Au tamis d’un tapis tissé brun

Laissait le corps fragmenté et la gorge aphone

A la râpe sèche de son lin.

Tant de saisons noyées dans le lit d’anciennes sources

Masse de sang arrêtée à la veine paresseuse du temps.

Ondulations

Et vertiges verts du souvenir

Accrochés aux toits du monde comme du linge de maison.

Dans ce trop peu de ciel

Il fallut bien consentir

A perdre

Pour regagner

Des matins clairs foulés

A la bride des sabots de printemps

Battant la mesure au jardin surpris

Si avide d’éternel.

Et qu’opposer à l’asphyxie

Sinon la secrète alliance

La paupière d’écume à la hanche

Et l’étreinte rapprochée du redouté sablier

Au ventre d’un matin sur territoire conquis ?

Et le vivant règne sur le vécu

Comme un défi

Que le vent bat joyeusement.

Barbara Auzou

p1050218

La Mémoire des Muses 9 – 2016 – Niala – Acrylique s/toile 41×27

Le Soi trouvé au Jardin


Le Soi trouvé au Jardin

 

La chanson qui nous chante

a des accents de vertes fêtes,

des doigts artisans qui lui donnent terre

et des refrains de menthe

à la corde et à la cambrure offertes.

La chanson qui nous chante

a fait provision d’automne.

Elle a établi son abri, sa cabane,

sa carrière silencieuse et aimante

à la craie oubliée et profane

et à l’écurie des hommes.

La chanson qui nous chante

a volé ses mots à la force du vent ému

aux lilas et aux pavots que tout contente

et à la fraîcheur d’un sol de pieds nus.

Devenus arbres sans contraintes

droits et à la sève joyeuse

nous dansons sous des ciels qui voyagent

dévêtus sans hâte aux paravents des nuages

et sans la moindre crainte,

nous tendons loin des mains travailleuses.

Devenus herbes folles et sans âge

sur l’aile nubile d’un air blond

nous nous rêvons et nous nous contons,

la nuque apaisée sur les genoux d’un jardin sauvage

qui veille, tutélaire, sur l’éclatement fécond de la figue

et sur le sanglot grave et profond d’un retour à soi

que désormais tout irrigue.

 Barbara Auzou

P1050638

Le Soi trouvé au Jardin – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100