QUAND RETRANCHE


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QUAND RETRANCHE

Qu’une buée à dessiner, je t’écoute pare-brise ruisselant

de rage les essuies-glace t’ont dégrafé.

La rivière se flaque, je rame, la route s’enlise, je m’envole

cormoran pour dépasser la ligne d’horizon, mettre ma cravate, mon veston et le bas de mon pantalon au seuil de ton cri.

Un long courrier Mermoz sur l’étendue sablée, le Petit-Prince s’élève en tenant la ficelle de son ballon, Antoine est fait Saint-Exupéry sans avoir été canonisé.

Je crois venir une foi de Toi.

Quand je te prie les seins des deux mains, un autre jour se fit, ça va de soie comme l’arbre Amante produit la fraîcheur d’enfants aux yeux bridés. Ton delta est bien plus muni de bras que Civa pourtant quand tu pieuvres t’as les yeux qui salent à me faire suivre ton étier. Les huîtres verdissent aux claires et les moules grandissent aux bouchots, un esquif à fond-plat bourriche.. Sous la pierre l’algue se redresse à la montée de la marée, mon estran passe, va-et-vient l’oeil collé au coefficient de tes seins, mes balises.

Sais-tu qu’à lin je suis de toile à sac, chien fou pacifique d’une image de Gauguin luttant contre la petite-vérole des permissions de marins à découvert. Tes reins et tes pores de nacre, si je les empoigne je me sens du Bario comme un Astor débarquant rue de Lappe, plus chien qu’une baveuse de dogue allemand.

Cent ans avant, mon grand-père affalé dans son boyau canonné, en était à se forger l’idée que jamais plus il ne reverrait Marthe…

Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2018

REQUIEM DE GUERRE (Extrait)


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REQUIEM DE GUERRE (Extrait)

 

Laissez-moi vivre dans l’obscurité. Dis-je aux Dames de Compagnie.

L’obscur !

L’ami de la nuit. Notre bien à tous.

L’obscur c’est ce qui me reste lorsque j’ai payé mon Denier du culte. Il pénètre à mes côtés dans la vaste pièce. Il rompt le temps. Il en fait l’atelier de larges tranches de sommeil.

Participa-t-il et sous quelle forme à ce qui m’est arrivé ? Çà ! Je n’en peux plus de mal respirer, mal de respirer mal en respirant.

S’impose dès lors la nécessité de dire toute la vérité. Je vous demande simplement de laisser vos rêves tenir la place qui leur est due dans la pièce obscure.

Mais il est plus que temps de se mettre d’accord sur le sens que nous lui donnons. Je lui demande : Que faites-vous là ? Êtes-vous simple d’esprit ? L’esprit simple :

Celui qui ne craint pas de vivre dans

ce qui est plus sombre que le noir.

Ainsi je vais dans l’obscur, me répétant ces psaumes que, pour vous,
je viens de composer. Éloignez de moi les pensées du petit jour. C’est peut-être grâce à cela que j’ai pu tordre le coup à ce (ceux) que vous savez.

L’obscur est notre pain quotidien.

C’est la nuit, dans la matière même du rêve, que nous mesurons le mieux son poids de détresse.

/

Ce sont les mots

qui sortent de ma bouche.

Je pourrais dire qu’il

s’agit d’un bruit nocturne

ma nuit est définitivement blanche

tandis que je suis dans la terreur

née de mes cauchemars adultes et de ce qu’ils montrent de moi-même,
enfant

grand’pitié, c’est ce que je vous demande

grand’pitié !

/

Avec ivresse profonde les mots m’ont accueilli.

Il ne suffisait pas seulement de prendre la parole.

mais me tenir avec eux dans les marges du texte

fut désormais possible.

Possible également de montrer à tous

ce qui se cache dans la caverne du langage.

Voyez ô voyez ! Comme les mots tremblent

et geignent ! Orphelins qui dans le noir

cherchent une autre famille

Franck Venaille, Requiem de guerre, Mercure de France, 2017, 112 pages, 11€, pp.41 à 43 et 46

Attention mise en vente le 4 mai 2017

Franck Venaille dans Poezibao :
bio-bibliographiefiche de lecture de Pierre Jean Jouve (JM Place)« Lecture » poétique 10extrait 1fiche de lecture du livre de François Boddaert, Franck Venaille, je revendique tous les droitsextrait 2, note de lecture de Chaos (G. Guillain), extrait 3extrait 4notes sur la poésieça(par JP Dubost), Venaille, Desbordes-Valmore et Rouzeau en poche (par A. Emaz), C’est nous les modernes (par A. Emaz), ext. 5C’est à dire (A. Emaz), ext. 6ext. 7[Note de lecture] Franck Venaille, « La bataille des éperons d’or », par Antoine Emaz

APOLLO


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 Apollo

La terre se résume en eux comme l’odeur d’une fumée.

Et

nous,
Sous le crâne épais qui tient plus d’étoiles que tout

l’espace,
Mesurons ce qui reste de terre ici, debout
Dans le rythme fondamental de la plaine sur les vallées, À moitié déjà confondus avec les graines des labours
Entre ces blocs rompus qu’on voudrait serrer comme des

têtes ;
Déjà perdus sur la route qui plonge encore par détours
Vers des vieux secrets d’arbre mort, de herse dans l’oubli

des herbes
Enfoncée — et le lourd présage encore de trois corbeaux À gauche avec le roulement des nuages dans les ornières
Où creusèrent les tombereaux.

En eux déjà le ciel recule ;
En eux s’accroît sans fin la distance, l’illusion,
Quand c’est le ciel ici qui vient encore sur les fronts
Et les murs, ses doigts bleus d’aveugle cherchant la

différence

Avec douceur, disant : comme je t’aime, comme je

t’aime,
Ecoute, est-il pour nous d’autre distance que l’amour,
Mais celle-là réelle où, comme les tours des villages,
Nous saluons au loin de toute notre stature ?
Ainsi parlait le ciel ; ainsi parle encore la terre.
Au flanc de la plaine qui s’adoucit en pentes sous les

futaies,
Les grands cassements souterrains délivrent encore des

sources,
Et les voix qui flottent le soir avec l’amitié de la brume
Touchent le cristal éternel, hantent le songe des collines.
Mais au-dessus, muet depuis toujours, l’entretien du

possible
Et du destin, comme l’arc et la flèche, se poursuit.
L’appel est tout-puissant, et notre réponse est obscure. (Cependant je suivais la route
Sous le ciel dont le bleu refuse l’abîme des astres ;
J’arrivais près du mur qui du lierre, dans la clarté,

s’élance telle une jeune fille —
Pour appeler aussi, me rappeler, et la réponse
Etait l’air immobile entre nous comme un sourire.)

Dentelle il est une Foi


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Dentelle

il est une Foi

 

Martèlement des gouttes, les arbres ploient, eau lourde…souviens-toi de Pierre et Marie

on ne meurt d’amour ici qu’en vie d’ailleurs

une plage ça se lave les pieds sans attendre Pâques

ne pas salir le sens symbolique du rapport à la lune

et pluie

y a l’Emile

et une nuits

ma folie je crois qu’elle attendait que je vienne au monde pour se faire soleil

celui qui fait parapet à l’élastique

de la petite-culotte que t’a jamais mise…histoire d’ô pas tarir les rivières de la jeunesse des marre-teint-pêcheurs

la parole tient à la mesure du silence

j’aime quand à la tombée de tes seins, le poumon du vent porte les battements de ton coeur.

 

Niala-Loisobleu – 20 Janvier 2018

 

 

 

 

LA BOÎTE A L’ÊTRE 28


 

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LA BOÎTE A L’ÊTRE 28

TANT QUE …

Le sifflement d’un avion vint aux oreilles de la tour de contrôle
il est tard Mac rentre tes mous tons
Protège lui le coeur contre les bruits des lices
les tours noient la campagne sous le manque d’attrait des chevaux vapeurs

Tant qu’un brin d’herbe résistera aux charabias
tant qu’un souffle remontera de lèvres en lèvres
tant que le vif de l’oeil allumera deux regards de la m’aime espérance
tant qu’au goudron les petits cailloux s’opposeront
tant qu’oiseau ne s’écrira pas cage
tant que le silence élèvera nos enfants hors des basses-fosses
tant que rien qu’à se voir on n’aura qu’en vie de nulle part ailleurs
tant que crottés de glèbe on roulera nos mues en un semblable cuir tanné

Tant
Tant

Tant que commencé d’un Bon Jour le soir nous aura gardé emboîtés mortaises et tenons

Tant qu’avant que les liserons s’acharnent
nous aurons pugnacé d’une irréfragable volonté de nous aimer à en mourir
nous n’aurons rien fait d’autre que vivre
comme fleur des prés
sauvagement simples
les magasins pourront vanter leurs prix singuliers
nous n’en deviendrons jamais le produit…

Niala-Loisobleu
18 Novembre 2014

TROIS ANS APRES

Tant et plus se disent encore

sans que les moins aient gagnés du terrain

N’est de Bon Jour que celui qu’on embrasse au matin

N-L – 18/11/17

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Prière au Ciel sur L’Esplanade Nue


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Prière au Ciel sur L’Esplanade Nue

DOUTE

Chang-Ti ! si pourtant cela était que tu fusses,

Haut
Ciel
Souverain,
Seigneur
Ciel au temple clair, -Qu’on dit étreignant le bol renversé de l’air
De ta majesté d’azur de jade et de fer !

Véritablement, si tu tiens ce qu’on proclame : Étant, voyant tout et partout, et jusque sur
Le toit du
Grand
Vide, encerclant comme d’un mur
L’Étlicr spirale profondément dur et pur. —

Quel dépouillement !
Quel prosternement du haut
De l’orbe où mon front règne au séjour de tes sages,
Sur la triple dalle arrondie à ton image ;
Quelle humilité rabaisserait mon visage ;

Quelle nudité me relèverait vers toi.
Quelle exoraison gronderait, pleine de foudre.
Du bas de ces lieux où. tournant parmi la poudre
Je suis le pivot de la meule qui va moudre.

RÉSOLUTION

Il le faut ainsi ô
Sans-être, que tu sois.
Ne détrompe pas.
Ne te résous pas en boue.

Ne disparais point.
Ne transparais point.
Ne joue
Ni confonds jamais le seul à toi qui se voue.

Sans doute et sans fin, évoquant ta certitude,
Feignant de savoir, je frappe trois fois sur trois.
Je ris de respect.
Criant ma fièvre aux abois
Je sonne bien fort l’espoir et les désarrois.

Sans peur, nu de cœur, noyé de lumière et d’eau
Je lève à deux mains mon appel et mes caresses :
Manifestement il faut que lu m’apparaisses :
Ton
Ciel n’est pas vain, ni tes clartés menteresses.

Vois : je t’attendris : je me tiens seul à la ronde.
Portant mon élan, t’appelant du bout du monde,
Jetant tout mon poids dans l’inversé que je sonde
Comme le plongeur d’un pôle vertigineux.

CONTEMPLATION

Tu es, tout d’un coup : voici tout ce que tu es :
Ton essence vraie et ta multiple hypostase :
Tes noms ; tes tributs ; l’orbe que ton orbe écrase :
Contemplation qui se résout en extase :

Tu es lourd de science et plus léger que fumée.
Pénétrant et fin comme esprit et les échos.
Tu es riche d’ans : ô
Premier né du
Chaos.
Tu sais discerner l’imbécile et le héros.

Glacial.
Confortant.
Divine.
Divinateur.
Un.
Exorbitant.
Contemplé.
Contemplateur.
En qui tout s’anime.
En qui tout revient et meurt.
Entendu.
Nombreux.
Parfum, musique et couleur.

Double.
Dôme et
Dieu.
Temple formé de ta voûte.
Triple,
Centuplé du lieu des
Dix-mille routes.
Père soucieux de tous les êtres qu’envoûte
Ton globe parfait profondément dur et beau.

ATTISEMENT

Si beau, si parfait à l’opposé de l’humain
Que je suis encor, — que nulle de mes paroles
N’atteindra jamais la neuvième des
Coupoles
Ni l’espace bas où les lourds génies s’envolent.

Plus haut.
Piétinons l’esplanade ordonnancée !
Portons haut le
Nombre et les justes tourbillons. Être ignons le cercle : happons l’azur : assaillons
Plus haut ? sans espoir : il n’y a pas de rayons !

Pour aide voici : les neufs brasiers nous affleurent :
Voici les trois monts et le renouveau des heures :
Recommencement : forte vie intérieure…
Comme eux flamboyons ! dévorons les chairs et sangs !

II faut s’attiser ; grésiller ; brûler au rouge ;

Pénétrer son cœur du pie de profondes gouges :
Les feux verticaux à travers quoi le
Ciel bouge
Portent au niveau de l’horizon plein des vents.

EXTASE

Suis-je ici vraiment ?
Suis-je parvenu si haut ?
Paix grande cl naïve et splendeur avant-dernière.
Touchant au chaos où le
Ciel qui plus n’espère
Se referme et bat comme une ronde paupière.

Comme le noyé affleurant l’autre surface
Mon front nouveau-né vogue sur les horizons.
Je pénètre et vois.
Je participe aux raisons.
Je tiens l’empyrée, et j’ai le
Ciel pour maisons.

Je jouis à plein bord.
De tous mes esprits.
J’irrite
Mes sens élargis au delà des sens, plus vite
Que l’esprit, que l’air.
Je me répands sans limites,
J’étends les deux bras : je touche aux deux bouts du
Temps.

MÉDIATION

Voici la rançon et la
Médiation rude ;
Tombe le torrent des pleurs et des gratitudes ;
Le
Ciel renversé pleut sur moi sa plénitude
Toute l’abondance a cataracte sur moi.

Vertige alourdi de chairs et de sangs terrestres.
Inanité de voler si haut sans appât :
Vautour pris au bleu; agonisant sans trépas;
Couper les liens ? un géant n’oserait pas.


Et puis tout s’écoule, et puis tout est clos et morne.
Le jaune reprend.
Je suis à genoux.
A plat
Ventre, les yeux lourds, les yeux vides sans éclats.
L’esprit épuisé, le cœur essoufflé d’un glas.


Véritablement il a été que tu fusses,

Chang-Ti
Souverain,
Seigneur
Ciel au
Temple clair,
Qu’on dit étreignant le bol renversé de l’air
De ta majesté d’azur de jade et de fer.

Victor Segalen