LA SAISON DES AMOURS


Paul Eluard

 

 

LA SAISON DES AMOURS

 

Par le chemin des côtes

Dans l’ombre à trois pans d’un sommeil agité

Je viens à toi la double la multiple

A toi semblable à l’ère des deltas.

Ta tête est plus petite que la mienne

La mer voisine règne avec le printemps

Sur les étés de tes formes fragiles

Et voici qu’on y brûle des fagots d’hermines.

Dans la transparence vagabonde

De ta face supérieure

Ces animaux flottants sont admirables

J’envie leur candeur leur inexpérience

Ton inexpérience sur la paille de l’eau

Trouve sans se baisser le chemin d’amour

Par le chemin des côtes
Et sans le talisman qui révèle
Tes rires à la foule des femmes
Et tes larmes à qui n’en veut pas.

Paul Eluard

IL Y A UNE TERRE QUI HALETE DANS LA GORGE


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IL Y A UNE TERRE QUI HALETE

DANS LA GORGE

 

Il y a une terre qui halète dans la gorge,
il y a un bouquet qui embaume la maison.
L’air est solide, le chemin pierreux.
Je cherche l’eau profonde et pavoisée de noir.

J’emplis de terre le crâne, je veux respirer plus haut,
je veux être la poussière de la pierre, le puits verdi de mousse ;
le temps est celui d’un jardin
où l’enfant rencontre les fourmis rouges.

Je vais jusqu’à la fin du mur chercher un nom obscur :
est-ce celui de la nuit proche, est-ce le mien ?

António Ramos Rosa, Le Cycle du cheval suivi de Accords, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 1998, page 43. Traduction du portugais par Michel Chandeigne. Préface de Robert Bréchon.

HYMNE A L’HOMME ET FEMME


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HYMNE A L’HOMME ET FEMME

 1

II dort. La voûte de son front est constellée. La nuit est son arcade sourcilière. Ses tempes comme un portail à deux vantaux S’ouvrent sur un tréfonds de bronze et
d’orgues Visage ou gouffre qui alternent selon que La lune est haute ou bien descend du côté gauche. Là est le cœur, écho qui bat. Là, le zénith Bat en
écho, tant on dirait que l’un sur l’autre Couchés, le ciel avec le sol font un seul corps. Tant on dirait, Se dit Quelqu’un qui rêve Ce dormeur-là et ce cœur double,
haut et bas. Qui rêve qu’il Se dit qu’un Autre dort. Et que Lui-même dans cet Autre en rêve un autre Tout ce long temps avant les temps où rien en Lui Ne sait encore
distinguer sommeil et veille Etre et néant. Pourtant le sein d’un rythme égal Comme le ciel s’exhausse et leur buée Se dilue en des infinis de galaxies. S’exhausse puis l’haleine
se retire De soi comme reflue la mer les yeux fermés Glauque paupière d’un regard non révélé.

Le vent se lève et se fait arbre où il se noue A soi de ses racines à la cime Et s’enchevêtre dans l’effort de s’arracher Qui casse et plaque à terre ses rafales.
L’ahan cyclone du cyclope ramescent

Dilate puis rétracte sa spirale Cet ivre ciel vertigineux virant Dans la baratte à pleine pâte où les étoiles Ne sont encore que grumeaux iridescents. Grumeaux,
caillots de quelle énorme violence Que pour être l’Être se fait en se crachant En expulsant de part en part de son essence A la fin ! ce premier instant sans rien avant Cette
hâte de tout en tout parachevant L’ubiquité intelligente dès le germe. Ainsi croît successivement total Instant Vent arbre ciel cerveau œil ouïe âme verbe
Expansion d’un Cri unique parvenant A terme ! Se criant hors de l’indéfini Où le Soi en son Vide éternel englouti A mûri de l’oubli onctueux de Soi-même Matrice dont
l’esprit n’est que la nostalgie

Ce Cri a bien été poussé. Par Qui ? L’éther L’ignore, et la mer qui geint dans sa mâture N’entend que soi, sempiternelle. Et l’univers Préexistant et plein de
bruits confus, à peine S’il a perçu cette zébrure à ses confins. A ses confins? Le Cri est du centre : c’est l’aigle Fondant sur le zénith. Toute proportion Change
aussitôt que la hauteur est introduite. Où est la proportion depuis que l’Œil Là-haut, Se fixe Lui-même du dedans Des choses? Il y a Deux et Un, la Pensée
Émanée revenant vers ce dont elle émane : Mais c’est Quelqu’un, et non le vent qui reviendrait Sur soi par lassitude d’être. Qui est donc Ce Même différent de Soi
? Non point le monde Lequel perdure et s’abolit selon sa loi : Mais l’Être qui sortant de Soi prend conscience

Qu’il Est, et dans l’instant indivisible crée Ce Deux et Un qui Lui figure sa distance A Soi-même, son propre Amour omnicréant.

L’homme et femme est ce témoin qui manifeste Le Tout Autre et le Même inexhaustiblement. Car la totalité n’est jamais une somme Bien que deux fois deux bras suffisent à lier
Sous deux regards cintrés en un l’immensité.

Ces regards en arc-en-ciel qui se rejoignent Sont le levant et le couchant du même jour Qui flambe à n’en pas finir dans le solstice. Quelqu’un, vêtu de cuivre rouge et de
moissons Est leur soleil en eux de l’un à l’autre. Une ténèbre qui se garde inviolée Veille sous les paupières de leur âme, Autre moitié des cieux non vue
mais non brisée Scellant tout l’orbe du symbole, l’homme et femme Dont le corps unit sans soudure jour et nuit.

Jour du Grand Œuvre ! arrachement devenu chant Qui — une fois ouvert l’espace — fait silence. Silence issu de Soi et qui Se tend, S’entend Très haut, très bas :
source sous terre, souffle d’ailes. Mais pour S’entendre en toute chose jusqu’au fond Il veut qu’un autre en mots Le dise. Et à cet autre Il Se donne. Et le crée du fait de Se donner.
Avant cet autre il n’y avait rien que le monde. Cet autre qui est hors et dans, maintenant voit Le monde. S’y regarde voir. Miroir de soi. De son abîme il a su faire sa rétine De son
âme l’anneau nuptial de l’univers.

Pourtant l’anneau sera rompu. Ils seront l’homme

Et la femme. Quelqu’un (fendu Lui-Même en son milieu)

Prendra un Nom terrible pour maudire.

2

On ne parle que lorsqu’il est coupé en deux Des deux moitiés d’un fruit. Mais la substance En est la même. Qui en prend une bouchée En goûte mieux le tout que s’il le
mange. Et s’il n’en mange rien mais le contemple Sa langue en garde un goût d’éternité. Ainsi de l’homme et femme à l’origine Comme d’un fruit trop beau pour l’entamer. Un
fruit trop lisse. Deux et un comme ces songes Se rêvant en écho eux-mêmes, et leur sens Devient se dédoublant par degrés son contraire Sans qu’il cesse d’être
indivis. Quand le rêveur S’éveille, ce qu’il a créé n’est pas encore Issu de sa Pensée, et II ignore Si ciel et terre vis-à-vis sont divisés Tant est parfaite
l’étendue. Vide. Sans ride. Ses deux moitiés soudées à l’horizon. Entre désert et nuit pourtant — qui se confond Avec un roc roulé debout —
s’érige l’être. Chose indistincte, au double front. Enfouie? Issue? Conscience qui se regarde et qui s’absorbe.

Elle lui les yeux dans les yeux se contemplant S’émerveillant de ce même être différent Selon qu’il joue de la distance. Car l’immense Est la matière lumineuse du
regard S’ouvrant à soi tout immobile tout fluide

Qui sépare et rejoint ses bords comme la mer.

De l’infini à l’infini des deux natures

Le jour est un. Une l’haleine se mêlant.

Celui qui crée sans qu’il le sache et S’y surprend

A l’instant où son œuvre-fait II reprend souffle

S’étonne que monte de Lui cet infini

Pour lequel II n’a pas de nom et qui désire.

S’étonne, car sa Parole jusqu’ici

Se confondait avec le monde qu’elle nomme.

Or voici qu’une ouïe s’éveille dans l’ouïe

Un écho la suscite avant qu’il n’y résonne

Les choses se sentent glisser hors de leur nom

Et leur Nommeur échappe au Sien qu’il S’entend dire

Comme d’un autre en même temps qu’il sort de Soi.

Rien cependant ne bouge encore. Le clivage

Est dans la Toute-Conscience qui soudain

Dit Je, parce que l’Autre L’y provoque.

L’Autre. Cette statue plantée au bord du champ.

Je Suis, dit cette Voix énoncée du Néant.

Immuable, non existant, le Soi S’entend

Ourler des lèvres, dire l’être, son absence…

L’Un désormais dans l’Autre est en écho de Soi.

Tous deux viennent à l’être ensemble, la statue

Et la Voix. L’une par l’autre elles sont, se répondent.

La Voix dans la statue résonne, dont le creux

La dédouble : Qui parle à Qui ? A l’infini

La résonance s’amplifie et s’arrondit

Distincte et non de la Voix même. Ainsi le Vide

Qui contient cette Voix avant qu’elle ne soit

Est contenu en elle, proféré

En tout par elle afin que l’Un soit à Lui-même

L’inexhaustible nostalgie de l’incréé

L’impénétrable ubiquité de son silence.

Et son témoin cette statue. La très poignante

Douceur ovale extasiée en double cri

Bouche ouverte sur la voyelle initiale

Que tout prononce qui demeuré imprononcée.

Bouche ouverte. La pression de l’indicible

Pousse en avant l’Un vers Lui-même hors de soi

Pousse deux bouches deux visages à se joindre

A se creuser chacun dans l’autre un au-delà :

Et le cri fait céder son silence! L’extase

Du souffle partagé dans le baiser

Se mue en éblouissement de la distance

Un vent s’empare de l’espace, emplit, distend

Nomme les choses comme autant d’arrachements

Auxquels, de tout l’effort de sa structure

L’Un à la fois résiste et Se prête, créant.

Refuse et hâte ce qui naît — le temps, le monde

Qu’il expulse de Soi l’y rappelant déjà.

Car Je Suis que son propre amour force de dire

Son Verbe dont la bouche est l’origine : Je

Suis ! dans le même effort II S’articule : Tu

Es ! et de cette haleine II fait l’orbe des deux

Où vers Lui-même les soleils processionnent.

Il fait l’Ame qui Lui dit Tu dans la statue.

Ame une et double, tel Lui-même et ce qu’il crée :

C’est l’homme et femme aux deux extrêmes d’un seul être

Déployant l’univers entier à se chercher.

La tension de la Parole qui l’anime

Le fend pour y loger l’infini d’un désir

D’autant plus nu que plus d’espace le divise

De soi en cet objet auquel il veut s’unir.

Fend la statue de haut en bas zénith tranchant

Dont la lame est la verticale de l’abîme

Où tout fuit à perte de tout, pour aspirer.

O fil de la céleste épée regard tranché

En deux ! interrogeant comme l’acier l’acier.

3

Ce Cri unique cependant jamais poussé Que l’Origine se renfonce dans la gorge Dès avant le Commencement noué caillé Dans la bouche qui n’eût été que lui
crié Lui se criant afin de maintenir béante Sa plaie à chaque fois qu’elle expire itérant Ce seul et même impensable Commencement Que rien qui en soit né jamais ne
laisse naître, Ce Cri tout innocent d’être de n’être pas Obstruant obstrué dans l’absolu sans voix D’où ne sort que l’affreux raclement de ses glaires Nie d’avance la
raison d’être de la Vie Qu’elle s’arrache ou s’en retourne à ses viscères Qu’elle s’enfante ou bien se révolte au contraire De s’enfanter au lieu d’avorter contre soi De
consentir non point à mourir mais à vivre Vaine, fautive de s’exclure en la formant De l’énergie sans forme abyssale assoupie Que le Commencement sans issue asphyxie Si fort que
l’Un à Soi inhabitable y crie L’horreur d’être en dépit de Lui devenant l’Être Où son Cri qu’il ne soit jamais s’anéantit.

Cri de quelle impossible atroce délivrance

Tu ! Tu n’es pas moi. Tu es en face. Tu

As des lèvres que mes yeux mangent, et des yeux

Mangeant mes lèvres. Dévorant qui Te dévore.

Et Tu m’entends et Tu me parles et Tu crées

Ainsi entre moi-même et moi cette distance

Égale inverse que de même je Te crée.

Tu es l’Autre. Je ne peux moi me faire à Toi.

Tu es l’Autre que moi qui suis l’Autre que Toi

Chacun autre que soi hors de prise dans l’Autre

Indissolublement en miroir affrontés

Inséparablement liés et divisés

Par une seule chair contre soi-même en guerre

S’écartelant pour se disjoindre se souder.

Plus s’aggrave dans cette chair la déchirure

Plus chacun devient contre l’Autre un moi distinct

Plus l’Autre nous devient hors de nous le Tout-Autre

L’infini d’un Désir unique ouvert sur Rien.

Qu’ainsi le distendant entre ses deux extrêmes

La violence à l’Un qui souffre en nous par nous

Réunisse dans la douleur que lui inflige

L’engouffrement dilacéré de tout en tout

A tout son Œuvre le Principe! et que le Vide

Dont II S’affecte affreusement pour tout créer

Soit ce qu’il est : l’Amour béant d’être comblé.

L’Un. L’Autre. Hors de moi tout au fond Tu es moi. Il n’est point de cellule en moi qui ne soit tienne. Pourtant nous ne nous éloignons jamais assez Pour n’être pas tentés trop
tôt de nous rejoindre. Il nous faut donc encore et encore et toujours Chacun de son côté nous tirer l’Un de l’Autre Nous faire deux sans rien en nous de différent L’Un dans
l’Autre voyant que s’y voit son image Et des yeux comme on se dévêt se découvrant Visage, épaules, sein, ventre… Le fût se fend Comme entre peau et peau fuse
l’éclair : rupture Étonnant l’être à la racine bien qu’il soit Cet arbre même qui s’innerve de sa foudre

Et sans cesser d’être un en tempête se voit Dessouché en deux sens rivaux d’un même souffle Dont les deux volontés semblent chacune avoir Mille bras pour
s’étreindre et mille pour se battre Se nouant se rompant s’emmêlant s’arrachant Communiquant de proche en proche leur tourment A toutes choses sommeillantes qui ne savent Qu’elles
sont et dont l’Être ignore qu’il les fit. Tout est soudain déraciné d’un même Cri Tout se soulève ! des scories jusqu’aux étoiles La terre et ses volcans
retournés comme un gant Tout ensemble se veut l’âme de l’ouragan Le ciel branchu aux quatre vents, l’Arbre de Science. Tout. Mais là-haut — à peine bleu — le
Vide attend.

Et tout retombe. Tout depuis toujours peut-être

Retombe avec la même force que le vent.

Les mondes se défont et se recréent sans trêve

De nébuleuses et de cendre en même temps.

Voici l’Arbre. Il est tout feuillu. 11 est sans feuilles.

L’immutabilité autour est en suspens.

Ainsi le voit sempiternel le même peintre.

L’homme et femme à présent est deux, l’Arbre au milieu.

Quelqu’un, des cieux, dit : Sois un couple. Et ils regardent

Leur sexe nu, et ils ont honte. Désormais

Ils se nomment : Moi, Toi. Homme, femme. Mais l’Autre?

Eux s’étaient divisés pour que chacun le fût

Or l’un l’autre ils se sont vus nus se sont connus

Et s’étreignant ils ont buté à leurs limites

Pourtant quand l’un vers l’autre ils ont levé les yeux

A la hauteur de leur regard brillant d’aurore

Sur la mer déployée en eux de toutes parts

Chacun a vu céder les confins de son autre

A cet emportement du grand large que rien

Ne peut mouvoir ni contenir honnis le Rien

Auprès duquel les joies du sexe à marée haute

Ne sont que des trous d’eau où les enfants s’allouent

L illusion d’un Jeu que seul à seul Dieu joue.

4

Le Jeu cosmique ! Dieu Se le joue à Soi-Même S’y joue Soi-Même S’y perdant pour S’y chercher. Joue seul à seul avec ses images humaines Qu’il S’est formées pour
émerger de l’Incréé Et face à face seul à seul S’imaginer. Cet homme et femme non disjoint par le milieu Bien qu’en double mirage amoureux de son Autre Lové
étroitement sur soi, serpent noueux Ne se quitte jamais de ses deux paires d’yeux. C’est là pour Dieu son infini tournant en cercle Cet androgyne où le Tout Autre
incarcéré Mime en un corps l’ahan tout-puissant de disjoindre De son néant scellé de toute éternité L’Être ! disjonction qu’accomplissent ensemble Indistincts
dans ce difficile accouchement L’homme et femme, le monde et Dieu, l’Un et Soi-même Et qui en somme au sein du Vide n’est qu’un Jeu Chacun des Trois le sachant bien. Qu’il gagne ou perde
Il sait d’avance qu’il s’y perd au fond de soi Qui est le centre. Là se tient — peut-être — l’Autre.

L’hymne célèbre la triade et l’unité Qu’entre leurs rôles sans la rompre elle partage. Puissance et Conscience à l’œuvre ne sont qu’Un Sans borne mais borné,
changeant et qui ne change Ne cessant dans l’oubli sans rive d’effacer Toute figure que Soi-même II S’est tracée.

De ces figures l’homme et femme est la plus haute

Passion de Soi-même en deux sexes conjoints

Qui toujours à nouveau se distancent, s’attirent

Et dont l’étreinte sous le voile du désir

Fait rutiler en lieu d’univers cette cendre

L’illusion que tient ensemble le plaisir.

L’hymne célèbre auprès d’un puits l’homme et la femme

Un feu de jambes et de bras dans le désert.

Demain leurs cendres seront froides. Mais la route

Les mènera le soir auprès d’un autre puits.

Là, de leurs corps, ils se feront un feu. Le même.

La même cendre jalonnant dans le fini

L’anéantissement sans fin des créatures

Et leur expansion sans fin dans l’infini

Où tout prend source et vient se perdre en un seul puits

Juste à l’instant où l’homme y va puiser l’eau pure

Trop tard! des yeux qu’il a troublés d’avoir joui.

L’hymne ambiguë, qui chante-t-elle qui jouit?

Jouir. L’être pour l’immuable est-il un spasme?

Dans l’espace d’un instant nul l’éternité

Tel un homme frappé de soleil rêve-t-elle

En syncope sans s’interrompre un cycle entier?

Quand deux regards s’embuent l’un de l’autre en vertige

Leur vue est la brume sans bords enveloppant

Un monde à l’aube avant qu’y brille une pupille

Qui en fasse émerger la forme, vaguement.

L’hymne des lèvres qui confondent leur haleine

Est buée de paroles belles dont le sens

S’exhale avec l’odeur des prés, l’âme des choses.

Comprendre vient après l’éveil, et peu à peu.

L’hymne ainsi au sortir du rêve se dévoile

(En creux ou en relief suivant l’ombre) ses mots

Qui dénomment ou s’interrogent en symboles.

Serait-ce la raison de célébrer : Qu’un Dit

Naquît de l’univers que lui-même il fit naître Comme du songe issu lui reviendrait l’esprit? Que la statue née de l’absolu comme en rêve Lustrale sans cesser de baigner
dans sa nuit Fût génitrice mâle et femelle de mondes S’cteignant dans son propre sein sitôt formés Chacun n’étant conçu que pour inséminer La
mémoire à n’en pas finir de la statue Dévoreuse des temps qu’elle feint d’enfanter?

Non, mettre fin. Y mettre fin ! Rompre le charme

De ce double regard en vertige ébloui

Qui ne rencontre insondablement que soi-même

S’embuant de son vide où il s’évanouit

Le temps de ce demi-réveil, une autre vie !

Ce regard qui de vie en vie reste identique

Indifférent aux univers dont il s’emplit

Jamais les mêmes comme autant d’ébauches vaines

L’une après l’autre en un clin d’oeil anéanties.

Rompre l’enchantement androgyne! Qu’advienne

Enfin le monde sans retour, définitif!

Et que s’y lève du tréfonds entre homme et femme

Ce grand dégoût qui à la crête du plaisir

Déferle, les sauvant juste au bord de l’extase

Pour qu’ils ne soient jamais tentés de s’éblouir

L’un l’autre et que tout ne commence et recommence

Sans fin de ce désir absolu : s’abolir,

Qui frappe les amants comme la foudre et croît

De vie en vie d’être le même qui foudroie.

Désir d’être Un, parfaite nostalgie de Soi

Entre-deux d’une jalousie indivisible

Brisés enfin, exorcisés! Ils sont bien deux

Et non un seul qui crient entre eux cette distance

Dont Dieu jalonne irréversibles les séquences

Y fondant son éternité dans la durée

Au point de S’y vider de tout ce qu’il y crée.

L’homme et la femme s’engouffrant ainsi l’un l’autre

Ont Dieu pour horizon de leur inimitié.

Leur double écho qui s’ouvre en eux la nuit des mondes

En un ferraillement de regards et d’épées

Fait d’elle un face à face immense une mêlée

Semant de ses éclats d’acier les voies lactées,

Un corps à corps où l’énergie originelle

De jouissance en jouissance approfondit

La chair béante dont l’esprit est l’appétit

Jusqu’à épuisement de l’homme dans la femme

Jusqu’à perte de Dieu en Dieu même abîmé

Dans l’extase de leur Néant parachevé.

 

Pierre Emmanuel

L’aigü de ton existence


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 L’aigü de ton existence

Une table de bistro, ronds humides que le marbre veine. Cas rare. Le maillet fait écrire le ciseau en mots codés, des oiseaux piroguent sur des bi-plans de la grande guerre qu’un Baron Rouge passe au travers

Ton sein bat le blanc d’eux en n’ai-je ?

La paille te porte plus loin que l’ascèse électrique en dehors des barreaux du château d’If. Tu me dis c’est quoi la mortaise, je te réponds le tenon.

Oh t’écries-tu d’un élan de reins, tenon, tenons-nous bien plus loin que le baiser du dernier souffle, ta bouche me semble toujours l’épaule sur laquelle je peux compter. Ce pique de barbe que le ventre reproduit en jardin secret tire lyre , minou petit chiffon-rose remonte l’iode par son ria où un noeud coulant cherche la petite-mort par strangulation

C’est la d’une que j’préfère à la conjugaison du glissé quand l’oyat ravaudeur de pores, se laine de mes mains. Je te décerne le caillou dans la poche.

Niala-Loisobleu – 12 Mars 2018

Femmes sur la Plage – Constellation


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 Femmes sur la Plage – Constellation

Le sable dit au liège : «

Comme le lit de sa plus belle nuit je moule ses formes qui suspendent en leur centre la navette de la mer.
Je la flatte comme un chat, à la démembrer vers tous ses pôles.
Je la tourne vers l’ambre, d’où fusent en tous sens les
Broadways électriques.
Je la prends comme la balle au bond, je l’étends sur un fil. j’évapore jusqu’à la dernière bulle ses lingeries et, de ses membres jetés, je lui fais faire la roue de la
seule ivresse d’être. »
Et le liège dit au sable : «
Je suis la palette de son grain, je creuse le même vertige à la caresse.
Je l’abîme et je la sublime, ainsi les yeux mi-clos jusqu’à l’effigie de la déité immémoriale au long du sillage des pierres levées et je vaux ce que pour son
amant, la première fois qu’elle s’abandonne, elle pèse dans ses bras. »

 André Breton
Illustration Peinture sans titre – Dora Maar
https://www.youtube.com/watch?v=1B2tXs8CX6I
Comme un pirate revenu à Vallières, le jour me débarque en arrière. C’est matin à St-Georges-de-Didonne, avant que je ne fasse le Ras d’Eau à Royan avec le précieux coquillage emporté dans mes bagages. Beaucoup sont depuis morts, mais ceux qui s’en souviennent  n’ont pas quitté la chaleur du sable. Il est un autre jour, Paris s’endort, les boulangers vont pouvoir dormir. Du sable de l’estuaire un piano monte.  Les chemins de vélo sont toujours une surprise. Breton a tout dit: « Je suis la palette de mon grain ». Mon Coeur ta caresse est à marée. D’écume j’ai les yeux qui Boris de tes seins. Un voleur de bicyclette en 2017 a perturbé la voix de la cabane, mais ce n’est pas en dissimulant le phare que l’on éteint la lumière. Les allumettes traversent ma mémoire intacte. Pas besoin de les gratter. Ce que l’on aime se mène à terme. C’est vrai que je suis de ces hommes capables d’enfanter. Mon bonheur est d’être jardinier.
Niala-Loisobleu – 7 Janvier 2018
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LA BOÎTE A L’ÊTRE 16


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 16

Les lumières de notre temps sont là, cuistres

et nous sommes pourtant les pis Loti…d’un univers qui se prend le tourbillon

par la pointe des pieds…

Pierre Loti, à la cabane,  je suis à deux pas de sa maison, un musée de voyage au sein de l’extraordinaire, quand c’était pas tellement plus propre, mais qu’il y avait encore un moyen de s’envoyer en l’air de la façon qu’on pouvait préférer à telle autre.

Ravadja-la-Moukere…disait l’enseigne en façade des maisons-closes ouvertes.

Une sacré différence avec l’interdiction officielle d’aujourd’hui de bordel et de tapinage. Alors qu’on vit en plein dedans, plus que jamais sans le dire, genre Tartarin de tare à con, coin cardinal pour jeu interdit, en l’absence de pureté. La compagnie de jésuites ça te dit ?

Voilà un mot qui vous a un p’tit air (proche-oriental de danseuse du ventre). Sans doute à cause de cette proximité de son avec le « moukère » arabe, d’ailleurs lui-même venu du mujer (la femme) espagnol. Bref, sous ce masque, musume (prononcez « moussoumé », et nous écrivons « mousmé ») est bien japonais. La mousmé japonaise, littéralement, c’est la femme bien, convenable. Et qu’est-ce qu’une femme bien et convenable ? Mais c’est bien sûr, une jeune fille, avec un regard ingénu si possible. Curieux alors que ce terme un brin vieilli chez nous ait pu désigner une fille facile, comme l’on dit. Il semble que l’argot des cambrioleurs nippons fit de musume un synonyme de magasin, d’entrepôt. Est-ce parce que les entrepôts étaient peints d’un blanc virginal ?

Source: http://correcteurs.blog.lemonde.fr

Je sors regardant ni en l’erre, ni en dessous de la ceinture, me disant que si je rencontre l’île bien qu’on soit quel n’importe des jours, je dirai chouette c’est Vendredi !

Ce monde est si pestilentiel que pas un déodorant ne pourrait en repeindre l’odeur. La merde c’est supportable, c’est humain, alors que rien n’y ressemble sur cette foutue planète au demeurant féminine au possible. Un esprit de contradiction incroyable. Donc comme je suis, sans vouloir changer ma personnalité libertaire, je vomis le fruit dont on a maquillé le goût pour en vendre plus et se faire des couilles en or avec. Je sais les coins qui restent. Oh c’est pas sur un stade, dans une gare, un aéroport, un forum politique où les reins gémîssent de ne plus pouvoir se charger de miction impossible. Rien qui fasse qu’un spot publicitaire pour une arnaque légalisée comme un Président d’opérette encharpé voudrait faire.

Niala-Loisobleu – 11 Juin 2016

Féminisme, tu parles d’une révolution…quand je pense à la Beauté de la Femme par ses différences avec nous, je suis pris de hauts-le-coeur en la voyant vouloir se faire hommasse. C’est la race humaine qui s’éloigne un peu plus de son noyau originel. Il fallait évoluer ensemble, puisque en le faisant toujours séparément faut vraiment avoir les yeux bouchés pour croire à l’unité.

Aujourd’hui je suis toujours d’avant-garde en te considérant mon égale. Touche pas à mes propos, n’en déforme rien, te servir de ce que j’écris pour un usage personnel, rendu contraire à son étique me ferait user de mon droit de propriété artistique couvert par l’A.D.A.G.P..

Niala-Loisobleu 11 Juin 2017

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FEMME, JE N’AI QUE DE TOI


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FEMME, JE N’AI QUE DE TOI

Que reste-t-il du matelas associé aux vertèbres lorsqu’il retenait en corps la douceur des pieds, qui avaient mis la veille dans un réveil où les routes ne se suivent qu’en allant du m’aime pas.

La carte d’yeux, dépliée sur les genoux, me montrait d’instinct le chemin à se faire par la fenêtre de demain. Le gris du ciel allait mieux au quotidien, qu’à notre univers, où neige, vent, verglas restaient étrangers aux rayons traçant la voie, telles des aiguilles de miel soufflées par la ruche.

Ecoutes tes pieds te dire comme je les sens, noués autour de moi, pareil à ce que tes cuisses voulaient cette nuit à leur façon de me tenir à toi. Chaudes, surtout là, où le moelleux du coussin est gonflé d’un accueil enveloppant. Je les sentais bien tes bras, pousser ton bas-ventre en cache-nez, tu avais comme une peur, que j’attrape froid, que tes seins s’en sont mêlés. En commençant par dilater, pour que leurs bouts s’allongent. Ton front en me donnant de ton nez jusqu’aux glissades de ta langue qui me courait d’un bord à l’autre. Quoi d’autre, aurais-tu pu vouloir être puisque de ton aveu tu m’as dit: « Je suis Femme ».

L’élastique de ton en vie démentant la peur du vide, nous n’étions plus que cette cavité où le torrent chante. Toi Femme et moi l’homme et l’enfant, les deux piles et le tablier du pont sur l’infini. Une autre pudeur ? Certes car peu ont compris que nos audaces corporelles n’étaient que la pureté d’un fort sentiment. La fonte des genres en un seul. Ajoutée aux autres, mais différente. Mais si ressemblante à ta manière de te cacher à mes yeux tout en me tirant au fond de ton secret pour que je te vois toute ouverte.Fendue entre les poils épais où émerge la fleur roulée sur son bourgeon. Gluante de suc.

Femme, ne me repousse plus jamais de ce lieu sacré, entends-tu ? Me surpris-je à prononcer par le premier tour de clef donné à l’heur du tant. Rien hormis ce qui se fait naturellement ne porte la vie plus loin. Le monde va a sa perte en poussant ses manifestations du paraître sans qu’elles portent l’accent intime de la conviction personnelle. Il n’y a pa besoin de chapelle pour avoir la dévotion d’aimer.Le compas de tes jambes, sur ma planche a tracé les arcs des pas rapprochant, dont la première empreinte se posa il y a des années. Je te vois païen au choeur d’une autre église, aurorée de cette lumière montée cherchée à la pente abrupte. Ton visage chéri est si beau, si épanoui que mes doigts ne cessent d’en peigner la lumière.

Je t’aime Femme, creuset du seul air respirable à la pérennité de la race humaine. Redonne force à l’homme.

Niala-Loisobleu – 6 Juin 2017

 

L’AQUEUX DU CHAT 1


L’AQUEUX DU CHAT 1

 

De pieds-nageoires remontant la tension

ses seins au bout de mon souffle pompaient une myriade de poissons par traction

Cet oeil qui reste vif dans le bassin de ses tuileries ne demande qu’à ouvrir son four

tant d’émoi granule ses taches de rousseur,

que d’argile je la saisis à deux mains sur mon tour

pour la pétrir d’un bonheur céramique

Fleur d’entre-cuisses cannibale, l’alarme érigeant l’antenne avale

me voici uni, jambiste, comme un cirque de pékin qui a sorti sa canne de l’amarre

Ô Femme ma seconde nature surréalisée, tu m’es Muse.

Niala-Loisobleu – 1er Juin 2017

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PHILIPPINE


Philippine,
mon esprit tonnelle ne combine pas avec la chicane qui voudrait gendarmer l’humeur à sa guise et faire des deux genres un seul dominant
Ce que ta poitrine déboutonnée peut avoir de bleu en ses bouts rose bistre grainé par sucions est incompatible
aux desseins armés du pistolet à tracer la courbe en cloque
d’un tir à bout portant
La nacre rose qui me trace un parfum de dentelles écartées, pointant cette larme
envolée de l’haleine du taillis touffu du jardin fleuri de ton ventre
voilà simplement ce qui me tente à jardiner en dehors d’une reproduction animale
Le bzzzzzzzzzzz du bout de doigts butine au point de jaillir en gelée royale
Tiré par ton libre orgasme
tu crieras de tous tes reins, du roulis de tes hanches, du jeté de tes seins aux tétins roides, du séisme de tes fesses en crevasse…
sinon
je devrais me priver de jouir que comme un porc sans attache à ta qualité primordiale
totalement méconnue de mon cocorico.
Ô Femme…mon Egale, mon Autre …Jouissons d’un seul cri !!!
 
Niala-Loisobleu – 20 Novembre 2016
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