LE GRAND MIDI (FRAGMENT


Aimé Césaire

 

LE GRAND MIDI (FRAGMENT)

 

Halte, halte d’auberge!
Plus outre!
Plus bas!
Halte d’auberge !
L’impatient devenir, fléchant de réveils et de fumées,

orteils sanglants se dressant en coursiers,

insurrection se lève !

Reine du vent fondu

– au cœur des fortes paix -gravier, brouhaha d’hier

reine du vent fondu mais tenace mémoire

c’est une épaule qui se gonfle

c’est une main qui se desserre

c’est une enfant qui tapote les joues de son sommeil

c’est une eau qui lèche ses babines d’eau

vers des fruits de noyés succulents,

gravier, brouhaha d’hier, reine du vent fondu…

Essaim dur.
Guerriers ivres ô mandibules caïnites éblouissements rampants, paradisiaques thaumalées jets, croisements, brûlements et dépouillements

ô poulpe

crachats des rayonnements

pollen secrètement bavant les quatre coins cardinaux

moi, moi seul, flottille nolisée

m’agrippant à moi-même

dans l’effarade de l’effrayante gueulée vermiculaire.

Seul et nu !

Les messages d’atomes frappent à même et d’incroyables baisers gargouillant leurs errances qui se délitent et des vagissements et des agonisements comme des lys perfides
éclatant dans la rosace et l’ensablement et la farouche occultation des solitudes.

Je bourlingue

à travers le lait tendre des lumières et les lichens

et les mitoses et l’épaisse myéline

et l’éozoon

et les brouillards et les mites de la chaleur hurlante.

O immense frai du jour aux yeux verts broutant des fleurs de cervelles éclatantes

l’oeil nu non sacré de la nuit récite en son opacité même le genêt de mes profondeurs et de ma haine !

Mon beau pays aux hautes rives de sésame où fume de noirceurs adolescentes la flèche de mon sang de bons sentiments !

Je bourlingue

gorge tendue à travers les mystérieux rouissements, le atolls enroulés,

les têtards à face de molosse, les levures réticentes et les délires de tonnerre bas

et la tempête sacrée des chromosomes,

gorge tendue, tête levée et l’épouvante première et les délires secrets

incendiant dans mon crâne des frénésies d’or, gorge tendue, tête levée,

à travers les patiences, les attentes, les montées, les gira-tions,

les métamorphoses, les coalescences, l’écaillement icté-rique des futurs paysages,M

gorge lourde, tête levée, tel un nageur têtu,

à travers les pluvieuses mitraillades de l’ombre

à travers le trémail virevoltant du ciel

à travers le ressac et l’embrun pépiant neuf

à travers le pertuis désemparé des peurs

tête levée

sous les pavois

dans le frisselis des naissances et des aubes !…

Le sang du monde une lèvre salée

vertement à mon oreille aiguë

sanglote

gréée de foudres

ses fenaisons marines.

O embrassements sans portulan.
Qu’importe? jaillissant palmier fontaine irrésistible, ombelle, ma hourde lourde écrase la

vase avance et

monte !

Ah ! cime ! demain flexible,

virgule d’eau, ma hourde lourde, sans chamulque, à contre-flot écrase la cime fine qui s’amenuise.

Ecume !

Je ne cherche plus : j’ai trouvé !

L’amour s’accroche aux branches

l’amour perce les narines du soleil; l’amour, d’une dent

bleue happe la blanche mer.

Je suis la colonne du matin terrassé
Je suis la flamme juste de l’écorce brûlée ; dans le bocage de mes cinq doigts toute la forêt debout rougit, oui,

rougit au-dessus des abîmes les cent mille pointes des danses impavides.

Large, ah ! plus large ! disperser au carrefour de mes reins les cavaleries frappées d’amour!

broutantes fongosités

l’abîme a soufflé la bulle vivante des collines

broutantes fongosités

élan assassiné

ne partirez-vous point ?

Suivrais-je déjà les lourds chemins bis des pluies et des

coxalgies ?
Mon amour sans pourquoi fait une roue de serpent tiède mon amour sans pourquoi fait un tour de soleil blanc mon amour aux entrailles de temps dans une désolation

brusque de sauge et de glaucome gratte sabot inquiet le bombax

de la savane sourde.

M’avancerais-je caressé déjà de soleil pâle vers les ciels

où mes crimes et le long effilochement d’herbes de mes enfers colonisés

luiront comme des oreilles trépassées dans la caverne des
Requiems ?

O oiseau du soleil aux durs becs renaissants

fraternel minuit, seul estuaire où bouillir ma darne indifférence

j’entends le souffle des aralies,

la creuse lumière des plages,

le tisonnement des soleils marins,

et les silences

et les soirs chevelus aux ricanements noueux et sur la clapotante batterie des grenouilles l’acre persévérance nocturne !

Qui fêle ma joie ?
Qui soupire vers le jour?
Qui conspire sur la tour ?

Mon sang miaule

des cloches tintent dans mes genoux.

O l’aptère marche de l’homme dans le sable hérissée.

Demain?
Mais déjà cet aujourd’hui me fuit, s’effondre,

muette divinité que gorge une lasse noyade à travers la bonace !


Lâche, lâche soupir ! et ceinturant la nucelle

de son gargouillement, la mort, l’autre mort, lambruche

aigre et vivace! misère

Ah !
Je défaille, ce son !
Il entre par mes talons, racle mes

os, étoile rose et gris parmi le bouillonnement de mon crâne.
Arrête! j’avoue, j’avoue tout.
Je ne suis pas un
Dieu.

Cicindelle !
Cicindelle !
Cicindelle !

Lumière.
Ah ! pourquoi ce refus ?
Quel ruissellement de sang !
Sur ma face.

En épaisse glu le long de mes épaules !

Ma décrépitude à genoux sanglote éperdument.

Ding!

D’incroyables sorties se précipitent !
Sur des biseaux de voie lactée

j’accroche la fleur foudroyée en oiseau,

j’incendie aux mille et une cloches inefficaces

le puissant tocsin de mes neuves salives.

Tiédeur.

Souffle vireux.
Morsures, caïeu sanglant à travers les

névroses…
Quelque part dans le monde un tam-tam bat ma défaite,
Des tiges de lumière brute sous les machetes et dans le dérèglement tombent.

Arums d’amour

me bercerez-vous plus docile que l’agami

mes lèpres et mes ennuis ?

Tam-tams de sang

papayers de l’ombre

Mumbo-jumbo dur tipoyeur

Kolikombo dur tipoyeur

Kolikombo goutte de nuit au cœur jaune de pensée

Kolikombo aux larges yeux de cassave claire

Kolikombo milan de feu tassé dans l’oreille des années

Kolikombo

Kolikombo

Kolikombo

dans les tourbillonnants beuglements des cécropies…

Un panache de monde

tranquillement s’installe et parfile la pariade métallique dans ce boulottement d’incendie.
Pluie ! (je ne comprends pas car je n’ai point convoqué d’onde) pluie

(je ne comprends pas car je n’ai point expédié mes messages pariétaux) pluie, pluie, pluie éclatant parmi moi ses épaules électriques.


Enos ! toute ma vie trouverai-je aux statiques carrefours foisonnant aux mains pâles des tremblements et des silences ta monarchie nocturne et ta paix violacée ?
Arrière ! je suis debout ; mon pied hihane vers*tie moins plats pays !

Je marcherai plein d’une dernière et plantureuse ivresse,

mon or et mes sanglots dans mon poing couchés contre mon

coeur !

Ah ! jeter l’ancre de nos ongles nets dans la pouture du jour!

Attendre ?
Pourquoi attendre ?

le palmier à travers ses doigts s’évade comme un remords et voici le martèlement et voici le piétinement et voici le souffle vertigineux de la négation sur ma face de
steppe et de charrascal

Je pars.
Je n’arriverai point.
C’est égal, mais je pars sur la route des arrivées avec mon rire prognathe.

Je pars.
Le trisme du désespoir ne déforme point ma bouche.

Tant pis pour les corbeaux : très loin jouent les pibrochs.

Je pars, je pars.
Mer sans ailleurs, ô recreux sans départ je vous dis que je pars : dans la clarté aréneuse, vers mon

hostie vivace, se cabrent des centaures.

Je pars.
Le vent d’un museau dur fouine dans ma patience
O terre de cimaise dénuée terre grasse gorgée d’eau lourde votre jour est un chien qui jappe après une ombre.

Adieu !

Quand la terre acagnardée scalpera le soleil dans la mer violette vous trouverez mon œil fumant comme un tison.

Fournaise, rude tendresse

salut!

Les étoiles pourrissent dans les marais du ciel

mais j’avance plus sûr et plus secret et plus terrible que

l’étoile pourrissante.

O vol courbe de mes pas ! posez-vous dans la forêt ardente.

Et déjà les bossettes de mon front et la rose de mon pouls catapultent le
Grand
Midi.

 

Aimé Césaire

 

NEIGES


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 NEIGES

 Et puis vinrent les neiges, les premières neiges de l’absence, sur les grands lés tissés du songe et du réel ; et toute peine remise aux hommes de mémoire, il y eut une
fraîcheur de linges à nos tempes.
Et ce fut au matin, sous le sel gris de l’aube, un peu avant la sixième heure, comme en un havre de fortune, un lieu de grâce et de merci où licencier l’essaim des grandes odes
du silence.

Et toute la nuit, à notre insu, sous ce haut fait de plume, portant très haut vestige et charge d’âmes, les hautes villes de pierre ponce forées d’insectes lumineux
n’avaient cessé de croître et d’exceller, dans l’oubli de leur poids.
Et ceux-là seuls en surent quelque chose, dont la mémoire est incertaine et le récit est aberrant.
La part que prit l’esprit à ces choses insignes, nous l’ignorons.

Nul n’a surpris, nul n’a connu, au plus haut front de pierre, le premier affleurement de cette heure soyeuse, le premier attouchement de cette chose fragile et très futile, comme un
frôlement de cils.
Sur les revêtements de bronze et sur les élancements

d’acier chromé, sur les moellons de sourde porcelaine et sur les tuiles de gros verre, sur la fusée de marbre noir et sur l’éperon de métal blanc, nul n’a surpris, nul n’a
terni

cette buée d’un souffle à sa naissance, comme la première transe d’une lame mise à nu…
Il neigeait, et voici, nous en dirons merveilles: l’aube muette dans sa plume, comme une grande chouette fabuleuse en proie aux souffles de l’esprit, enflait son corps de dahlia blanc.
Et de tous les côtés il nous était prodige et fête.
Et le salut soit sur la face des terrasses, où l’Architecte, l’autre été, nous a montré des œufs d’engoulevent !

Je sais que des vaisseaux en peine dans tout ce naissain pâle poussent leur meuglement de bêtes sourdes contre la cécité des hommes et des dieux; et toute la misère du
monde appelle le pilote au large des estuaires.
Je sais qu’aux chutes des grands fleuves se nouent d’étranges alliances, entre le ciel et l’eau : de blanches noces de noctuelles, de blanches fêtes de phryganes.
Et sur les vastes gares enfumées d’aube comme des palmeraies sous verre, la nuit laiteuse engendre une fête du gui.

Et il y a aussi cette sirène des usines, un peu avant la sixième heure et la relève du matin, dans ce pays, là-haut, de très grands lacs, où les chantiers
illuminés toute la nuit tendent sur l’espalier du ciel une haute treille sidérale : mille lampes choyées des choses grèges de la neige…
De grandes nacres en croissance, de grandes nacres sans défaut méditent-elles leur réponse au plus profond des eaux ? — ô toutes choses à renaître, ô
vous toute réponse!
Et la vision enfin sans faille et sans défaut!…

neige sur les dieux de fonte et sur les aciéries cinglées de brèves liturgies; sur le mâchefer et sur l’ordure et sur l’herbage des remblais: il neige sur la fièvre et
sur l’outil des hommes

— neige plus fine — qu’au désert la graine de coriandre, neige plus fraîche qu’en avril le premier lait des jeunes bêtes…
Il neige par là-bas vers l’Ouest, sur les silos et sur les ranchs et sur les vastes plaines sans histoire enjambées de pylônes ; sur les tracés de villes à naître
et sur la cendre morte des camps levés ;

sur les hautes terres non rompues, envenimées d’acides, et sur les hordes d’abiès noirs empêtrés d’aigles barbelés, comme des trophées de guerre…
Que disiez-vous, trappeur, de vos deux mains congédiées ?
Et sur la hache du pionnier quelle inquiétante douceur a cette nuit posé la joue?…
Il neige, hors chrétienté, sur les plus jeunes ronces et sur les bêtes les plus neuves. Épouse du monde ma présence !…
Et quelque part au monde où le silence éclaire un songe de mélèze, la tristesse soulève son masque de servante.

II

Ce n’était pas assez que tant de mers, ce n’était pas assez que tant de terres eussent dispersé la course de nos ans.
Sur la rive nouvelle où nous halons, charge croissante, le filet de nos routes, encore fallait-il tout ce plain-chant des neiges pour nous ravir la trace de nos pas…
Par les chemins de la plus vaste terre étendrez-vous le sens et la mesure de nos ans, neiges prodigues de l’absence, neiges cruelles au cœur des femmes où s’épuise
l’attente?

Et
Celle à qui je pense entre toutes les femmes de ma race, du fond de son grand âge lève à son
Dieu sa face de douceur.
Et c’est un pur lignage qui tient sa grâce en moi. «Qu’on nous laisse tous deux à ce langage sans paroles dont vous avez l’usage, ô vous toute présence, ô vous
toute patience !
Et comme un grand
Ave de grâce sur nos pas chante tout bas le chant très pur de notre race.
Et il y a un si long temps que veille en moi cette affre de douceur…

Dame de haut parage fut votre âme muette à l’ombre de vos croix; mais chair de pauvre femme, en son grand âge, fut votre cœur vivant de femme en toutes femmes
suppliciée…
Au cœur du beau pays captif où nous brûlerons l’épine, c’est bien grande pitié des femmes de tout âge à qui le bras des hommes fit défaut.
Et qui donc vous mènera, dans ce plus grand veuvage, à vos Églises souterraines où la lampe est frugale, et l’abeille, divine ?

…Et tout ce temps de mon silence en terre lointaine, aux roses pâles des ronciers j’ai vu pâlir l’usure de vos yeux.
Et vous seule aviez grâce de ce mutisme au cœur de l’homme comme une pierre noire…
Car nos années sont terres de mouvance dont nul ne tient le fief, mais comme un grand
Ave de grâce sur nos pas nous suit au loin le chant de pur lignage ; et il y a un si long temps que veille en nous cette affre de douceur…

Neigeait-il, cette nuit, de ce côté du monde où vous joignez les mains?…
Ici, c’est bien grand bruit de chaînes par les rues, où vont courant les hommes à leur ombre.
Et l’on ne savait pas qu’il y eût encore au monde tant de chaînes, pour équiper les roues en fuite vers le jour.
Et c’est aussi grand bruit de pelles à nos portes, ô vigiles !
Les nègres de voirie vont sur les aphtes de la terre comme gens de gabelle.
Une lampe

survit au cancer de la nuit.
Et un oiseau de cendre rose, qui fut de braise tout l’été, illumine soudain les cryptes de l’hiver, comme l’Oiseau du
Phase aux
Livres d’heures de l’An
Mille… Épouse du monde ma présence, épouse du monde mon attente !
Que nous ravisse encore la frâche haleine de mensonge!…
Et la tristesse des hommes est dans les hommes, mais cette force aussi qui n’a de nom, et cette grâce, par instants, dont il faut bien qu’ils aient souri.

IV

Seul à faire le compte, du haut de cette chambre d’angle qu’environne un
Océan de neiges. —
Hôte précaire de l’instant, homme sans preuve ni témoin, détacherai-je mon lit bas comme une pirogue de sa crique?…
Ceux qui campent chaque jour plus loin du lieu de leur naissance, ceux qui tirent chaque jour leur barque sur d’autres rives, savent mieux chaque jour le cours des choses illisibles; et
remontant les fleuves vers leur source, entre les vertes apparences, ils sont gagnés soudain de cet éclat sévère où toute langue perd ses armes.

Ainsi l’homme mi-nu sur l’Océan des neiges, rompant soudain l’immense libration, poursuit un singulier dessein où les mots n’ont plus prise. Épouse du monde ma présence,
épouse du monde ma prudence!…
Et du côté des eaux premières me retournant avec le jour, comme le voyageur, à la néoménie, dont la conduite est incertaine et la démarche est aberrante,
voici que j’ai dessein d’errer parmi les plus vieilles couches du langage, parmi les plus hautes tranches phonétiques : jusqu’à des langues très lointaines, jusqu’à des
langues très entières et très parcimonieuses,

comme ces langues dravidiennes qui n’eurent pas de mots distincts pour «hier» et pour «demain».
Venez et nous suivez, qui n’avons mots à dire: nous remontons ce pur délice sans graphie où court l’antique phrase humaine; nous nous mouvons parmi de claires élisions, des
résidus d’anciens préfixes ayant perdu leur initiale, et devançant les beaux travaux de linguistique, nous nous frayons nos voies nouvelles jusqu’à ces locutions
inouïes, où l’aspiration recule au-delà des voyelles et la modulation du souffle se propage, au gré de telles labiales mi-sonores, en quête de pures finales
vocaliques.


Et ce fut au matin, sous le plus pur vocable, un beau pays sans haine ni lésine, un lieu de grâce et de merci pour la montée des sûrs présages de l’esprit; et comme un
grand
Ave de grâce sur nos pas, la grande roseraie blanche de toutes neiges à la ronde…
Fraîcheur d’ombelles, de corymbes, fraîcheur d’arille sous- la fève, ha! tant d’azyme encore aux lèvres de l’errant!…

Quelle flore nouvelle, en lieu plus libre, nous absout de la fleur et du fruit?
Quelle navette d’os aux mains des femmes de grand âge, quelle amande d’ivoire aux mains de femmes déjeune âge

nous tissera linge plus frais pour la brûlure des vivants?… Épouse du monde notre patience, épouse du monde notre attente!…
Ah! tout l’hièble du songe à même notre visage!
Et nous ravisse encore, ô monde! ta fraîche haleine de mensonge !…
Là où les fleuves encore sont guéables, là où les neiges encore sont guéables, nous passerons ce soir une âme non guéable…
Et au-delà sont les grands lés du songe, et tout ce bien fongible où l’être engage sa fortune…

Désormais cette page où plus rien ne s’inscrit.

Saint-John Perse

Monstruosité du Présent ou le Gobe-Bouche


360323Monstruosité du Présent

ou

le Gobe-Bouche

 

La spirale de mon cri s’est crashée
dans les avaloirs pernicieux du web
ma prise d’air engloutie, une autre se révèle
en ombre portée sur l’empreinte de mon haleine

Les algorithmes monstrueux me prennent en otage
le frémissement de l’aile n’a plus de liberté
Sous l’écorce la circulation de la sève est passée en souterrain. désormais Machiavel est aux manettes, la partance suggère la prise de pouvoir de mon individu en direction unique de ce qui touche au business

Chambre noire où des images crues libres sont captives
une photographie voilée cache la vérité
Plus d’étoile sur le fil conducteur
pour initier la clarté de l’instantané

Le rideau de fer avalanche
en un éclair disparaissent sons et lumières
Le fil entre terre et ciel est ancré à un corps mort nommé web
le passage en funambule de la gorge  du ravin a perdu tout balancier

Tu peux avoir des opinions ou pas, elle ne serviront qu’à te regrouper dans une catégorie sociale, aux seules fins d’exploitation sans condition puisque nous y adhérons de nous-mêmes. Guidés par un panel de fausses impressions d’ouverture.

Tu  n’es plus qu’objet ?

Oui, tout tend à nous éliminer en qualité d’être humain. Les grandes idées  des Lumières pour en arriver là, ça penche au suicide….j’aime pas. Le concept de l’Espoir peut réellement trembler sur sa base. Je reste à croire que malgré tout, il demeure l’utopie la plus nécessaire.

La nuque sous le couperet voue à nous faire les baisés du vivant

Mon naturel n’aspire en rien à cette main-mise. La fatalité ne m’a jamais fait bander.

Niala-Loisobleu
5 Janvier 2018

J’entends hennir le Cheval d’où je sors


 

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J’entends hennir

le Cheval d’où je sors

 

Chaude, la pierre d’âtre
garde ma pensée dans ses tisons

Je me tais aux braises
un brin de fumet au nez

Et laisse mes autres présences
m’exprimer moi en couleur
doigts l’un après l’autre
pour apprendre dans toutes les positions
mon esprit en ton cœur
et à libre-cours

Souviens-toi me suis-je répété en innovant par la rue donnant dans l’autre

ton esprit s’est égaré du chemin battu au premier croisement du sein et de mes paumes, ce  matin accouché de la nuit, c’était le dernier jour avant de sortir de ta mer. Et sans l’ignorer entrer dans le long voyage autour de la terre empreint d’enfance primordiale. Des chambres sous les toits  le  goût du boucané m’est venu par les suies des sudations des escaliers de service. Cette liberté que seul le travail procure, je l’ai à refaire le chemin du métier. Dire aujourd’hui la teneur du chant de l’ouvrier à l’époque où la machine n’existait pas ne dirait plus rien. Je suis riche d’en avoir appris la partition. L’argent ne passait pas avant le goût du labeur.

Sous l’acclamation d’un vent qui décoiffe, reste en jupe je t’en supplie, voir tes cuisses me donne plus de vie que les envolées fermées du pantalon dans les guêtres parachutistes.

Niala-Loisobleu – 11 Décembre 2017

Bruits de Bidet


 

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Bruits de Bidet

Tirant un trait sans règle, j’ai carrelé la page blanche de mon chant opératoire, le coquelicot dans la marge et le bleuet en tête de chapitre, j’en conclus que mon cheval laboure mieux que le chef de gare. La SNCF rencontre un vrai problème d’abstinence. Mais pour sa dame reste le troisième home. Rien n’est jamais cithare pour qui se lève t’ô. Au train où nous z’hâlons c’est pas demain qu’on s’ra arrivés quelque part.. Hétre ou ne pas hêtre c’est Dubois mort qui fantasme sur son identité. La transe sexualité reste le problème du féminisme. Ou le genre unique des mâles baisés. Le mariage pour tousse peut-il remplacer le vaccin anti-grippe de l’Autre ? Grande question. La poubelle girl du Lido, peut-elle évacuer la montée des zoos de la lagouine ? Comme dit Marie ma p’tite-fille, j’aime mieux laver ma ria que son aber à scion. Le polichinelle est toujours à l’affût du tiroir. Merde c’est que des questions, de vivre. En réalité, ce qu’on peut entendre comme conneries en une seule journée trouble l’immaculée conception.

Niala-Loisobleu – 29 Septembre 2017

A IDEELLE EN DEDICACE SUR SON TRAVAIL H. HESSE


042 Daniel Merriam Higher Octave

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) 30.01.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Gallimard

Paul Celan, René Char : Correspondance (1954-1968), octobre 2015, édition établie, présentée et annotée par Bertrand Badiou, 336 pages, 28 €

Edition: Gallimard

Paul Celan, René Char : Correspondance (1954-1968)

 

« Si tu n’espères pas, tu ne rencontreras pas l’inespéré », Héraclite

 

L’échange entre René Char et Paul Celan semble aller de soi. Celui du poète du maquis de Provence avec le poète juif d’Europe orientale qui, contrairement à ses parents, ne subira que les camps de travail roumains et échappera à la machine d’extermination nazie. Tous deux connurent la clandestinité, la disparition de proches, le sentiment de l’imminence de la mort. Les poèmes de Celan sont nés dans les camps, hanté de n’avoir pas pu sauver ses parents assassinés par les nazis en Ukraine. Ils constituent le socle de toute son écriture quand s’ébauchent la correspondance des deux hommes, et ses textes sont quasiment inconnus en France.

Bien qu’ils ne fussent ni de la même langue ni du même monde ni du même âge, cette correspondance rapproche deux écrivains aux tempéraments différents, façonnés au plus profond d’une pierre brute, l’âme d’une blessure sans retour et qui pousse les hommes à côtoyer les tréfonds de l’inacceptable :

« De tout ce qui est écrit, je ne lis que ce que quelqu’un écrit avec son sang. Écris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit », Ainsi parlait Zarathoustra, partie I, chapitre Lire et écrire, Friedrich Nietzsche.

Mais, les poètes ne sont à la hauteur de leur vision que si dire le monde, la poésie, coïncide avec le fruit du silence. La possibilité de laisser à l’aboiement de la vie, le témoignage de l’autre, rebelle et solitaire ; d’un monde, celui des contradictions, trempé pour toujours dans la parole des multiples épreuves.

Une parole en action en somme, où parfois agir consiste à ne pas agir, où parfois la parole se donne le pouvoir de tuer la mort, comme pour clamer peut-être dans ce non-retour des âmes, dans les méandres et les ravines sanglantes du siècle, le murmure des corps privés de leur propre mort.

Double composante, dans l’écriture des deux auteurs, celle de l’érotisme est essentielle dans les offices du renouvellement de la parole littéraire. Leurs relations avec les femmes, tiennent une place importante et partagent tous deux la même exigence sur leurs arts : « Ils congédient l’expérience vécue dans le sens où ils ne se destinent qu’à véhiculer sa forme métamorphosée ».

La correspondance de Paul Celan et René Char, publiée aux éditions Gallimard et présentée par Bertrand Badiou, est comme un album photo de famille : « Morceaux de sommeil, coins poussés dans le nulle part : nous restons égaux à nous-mêmes, l’étoile ronde manœuvrée, alentour, nous approuve», Paul Celan à René Char. Seuls, les poèmes suffisent, car c’est avec la vie qu’ils s’écrivent et constituent pour eux-mêmes la seule biographie acceptable.

C’est donc à travers un filtre complémentaire, celui de la correspondance des deux auteurs, enrichi des échanges épistolaires de René Char avec Gisèle Celan-Lestrange à la mort de Paul Celan, et d’un appendice chronologique largement documenté, que l’ouvrage complète notre compréhension de leur relation complexe, tant du point de vue de la création que de leurs relations personnelles, de leur amitié. Et ce malgré l’affaire Goll, les crises et les hospitalisations de Celan.

1959 est l’année de la première grave crise entre les deux hommes.

« René Char ! Je voudrais vous dire, en ce moment, qui est celui de votre peine, quelle est ma peine. Le temps s’acharne contre ceux qui osent être humains – c’est le temps de l’anti-humain. Vivants, nous sommes morts, nous aussi. Il n’y a pas de ciel de Provence ; il y a la terre, béante et sans hospitalité ; il n’y a qu’elle. Point de consolation, point de mots. La pensée – c’est une affaire des dents. Un mot simple que j’écris : cœur. Un chemin simple celui-là. René Char, il y a ce chemin-là, c’est le seul, ne le quittez pas.

Ai-je le droit de vous dire ceci ? Je ne sais. Je vous le dis. Ajoutez-y un mot ou un silence.

Je vous adresse ces mots – qui sont des mots – après la mort d’Albert Camus. Soyez vrai, toujours », Paul Celan à René Char, le 6 janvier 1960.

Une annotation dans un agenda, inscrite sur le papier jauni du temps, une dernière rencontre entre les deux hommes le 21 novembre 1967, mais on ne sait rien de ce probable rendez-vous. René Char fait un dernier envoi de lettre en octobre 1968, mais nulle trace de réponse à cet ultime envoi.

Il faudra attendre la disparition du poète en avril 1970 pour que René Char sorte de son silence. Ou, comme le souligne Bertrand Badiou dans la préface que Char, au début de 1974, confiera à Gisèle Celan-Lestrange, l’unique version connue d’une pensée pour Paul Celan, écrite au lendemain de sa mort et qui préfigure celle écrite le jour de la mort de Heidegger, le 26 mai 1976 :

Sans date – Les matinaux, de René Char à Paul Celan : « Le vrai secours vient dans le vague ».

 

D’où vient cette pensée muette ?

 

Une critique,

dans l’intervalle des empreintes

laissées au souffle,

sur le sable brun et mouillé du rivage ?

 

Un embrun qui dis-cerne

L’éphémère dans l’inconnu

du Monde qui habite

Le cœur des hommes !

 

Une respiration qui sans cesse

fait vivre le flux des marées,

écume

de l’existence !

 

Laissez-vous porter par le rythme des correspondances,

avançant peu à peu sur le sol du silence.

À chacun sa parole,

langues des songes…

 

Article écrit par Marc Michiels pour Le Mot & la Chose

http://www.lemotlachose.com/

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L’écriture reste l’eau qui nous sert à survivre dans ce monde pris de sécheresse. Le très intéressant travail entamé par Idéelle sur le thème « CORRESPONDANCE » m’incite à glisser ce trait d’union, qui avec d’autres auteurs et une époque ayant eu à traiter de l’holocauste fait un lien vers Hesse. Montrant la toile qui se tisse entre les esprits.

Niala-Loisobleu – 4 Juin 2017

MEMOIRE SANS VISAGES


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MEMOIRE SANS VISAGES

En pile ou en détails, comme des bras co-liés, dans le ruban par lequel les mots à la suite se retiennent, alors que glisse la clef qui garde le t’aime  d’actualité. Le rose tourne aux contorsions des lianes qui balancent entre-deux zoos. Bel animal sauvage que la cage matte aux cris. Un reste d’odeur fauve exhale de temps à autre l’idée qu’on en a gardé ou l’image qu’on s’en fait. La notice donnant deux options d’emploi selon la conviction et le doute qu’on peut avoir devant soi. La voix geint et rit, attendant la preuve que seul l’écho porte en lui.Des cailloux, trouver  le moyen de aire la part entre ceux qu’on a posé et ceux que l’on a reçu. L’amour quand il danse sur le fil rouge a le flou de la vapeur et la fascination de l’arbre en fleurs. Que conclure de l’absence ? A moins de revenir au début trier le faux du vrai, le vide en grandissant n’éclaire qu’en clair-obscur. Lueur des bougies, sur la blancheur où les ombres grandissent. Nous voici à la fin de l’hiver, le pont est déjà en vue, comment sera la rivière à l’embarcadère pour l’autre bout de la nuit ? Quelque soit la situation, l’herbe tremble toujours de la même émotion végétale. Peut-être devrais-je entendre avec mon oeil qui habite l’inconnu, en remontant l’ombilic que la vague fait aller-et-venir ?

Niala-Loisobleu – 17 Février 2017

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L’ATELIER


L’ATELIER

L’air

le feu vont

où l’eau les porte

Séparées les mers ont le m’aime sel.

Dis-moi la parole de ton creux, je te chanterai l’aria de l’Homme et de la Femme, ce fruit du Seul Jardin.

Ce baiser qui t’arrive – nos bouches en langue universelle –  n’a que mains tenant le premier écho de la pierre. Remuement charnel de nôtre avance posant sa part d’éternité en parole d’humanité.

N-L – Les symptômes de l’Unité – 22/11/16

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NOCTURNE EN PLEIN JOUR


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NOCTURNE EN PLEIN JOUR

Nocturne en plein jour

Quand dorment les soleils sous nos humbles manteaux

Dans l’univers obscur qui forme notre corps,

Les nerfs qui voient en nous ce que nos yeux ignorent

Nous précèdent au fond de notre chair plus lente,

Ils peuplent nos lointains de leurs herbes luisantes

Arrachant à la chair de tremblantes aurores.

C’est le monde où l’espace est fait de notre sang.

Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants

Ont du mal à voler près du cœur qui les mène

Et ne peuvent s’en éloigner qu’en périssant

Car c’est en nous que sont les plus cruelles plaines

Où l’on périt de soif près de fausses Fontaines.

Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,

Les uns parlant parfois à l’oreille des autres.

Jules Supervielle

(Extrait de La fable du monde)

 

Les 29 coups ont si bien sonnés derrière ton entretien de la moto et de l’arbre mon vieux Coluche que ça fait déjà 30 ans. Malédiction ou bon choix ? On se demande si t’aurais pas eu la prémonition angoissante du visionnaire de l’à venir de la machine infernale à broyer dans laquelle tu s’rais corps et bien passé…aspiré par un rire se retournant contre son auteur ? L’ire au nid, couve. L’indécence sort du chapeau.

Mais dam, dans cette absurde comédie, pourquoi pas, on est pas à un dessous merdeux près.Au point que je pense que ça permet au fromager de laisser croire qu’il est aux manettes. Curieux cette façon d’être partout sauf à bord du France, pour diriger le pays. A moins que ce nom ait été repeint sur l’épave du Titanic?

Je t’interdis de manifester…

J’ai gardé ma fenêtre ouverte, m’aime si dehors y a que du froid, de l’absence et de l’ingratitude, la chaleur qui sort de chez moi vaut mieux que des bonnes paroles à mauvais sorts.M’aime plus plus divine, la comédie, dieu est mort.

En écoutant le ramier de plus près j’ai eu vent d’un pet. Ah l’odeur c’est ce qui peut en corps nous sauver. A condition d’avoir du né. Evidemment on rapproche du départ annuel de la grande ruée vers l’hors. Paris qu’étouffe, Paris gavé de couleuvres, Paris qui n’en peux plus de pas savoir si il doit comment manifester, merde Paris veut partir en con j’ai payé.Aux Portes, les quat’roues dans les starting-bloks c’est la lutte pour la pool position. Ici on s’apprête à foutre des protections sur les plages. Faut préserver les pinèdes et les monuments d’herbe verte, le papier gras arrive ! Gare ta gueule à la récré belle province, v’là les casseurs.

Brixit, une nouvelle version estivale de la Madrague, BB veut se refaire les nichons.Sortir en restant, to be or not to be, l’anglais n’aime que les avantages pas les inconvénients.

Niala-Loisobleu – 23 Juin 2016

 

The Witch's Garden