COMME LE V


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COMME LE V

Le fond du jardin repousse sa limite à cogner en plein Levant

Des charpentiers rabotent les étais en installant des serons

là où on a scié les pilotis des cabanes

Quelques poissons-volants stoppent les accrocs du tant en dérapage contrôlé

La colline aux oiseaux s’est refait la frange avec des chants pignons

Plus de caravanes qui trépassent

Mais des chiens à tête d’homme qui aboient

Rue Jacob

les grandes échelles laissent cabot le tabouret

en l’île d’Elle pas d’exil possible

Des isthmes ma aile

Des plafonds réhaussés

Des orques de bar barrissent

Et toujours la main de ma soeur

La création du Monde

Le Gustave sans courbette

Et du poil à sa zoute

Une splendeur

Mon Arbre de Vie

est planté dans la cabine du Paradiso

Le dernier fusil dort enfin au fond de la rétine de Caïn

Quoi en corps demande un étourneau: juste une fiente sur le bon oeil du borgne

Niala-Loisobleu – 7 Mai 2018

 

ODE MARITIME


ODE MARITIME -  PESSOA

 

ODE MARITIME

À Santa Rita Pintor

Seul, sur le quai désert, en ce matin d’été,
Je regarde du côté de la « barre », je regarde l’Indéfini,
Je regarde, et j’ai plaisir à voir,
petit, noir et clair, un paquebot qui entre.
Il apparaît au loin, net et classique à sa manière,
Laissant derrière lui dans l’air distant la lisière vaine de sa fumée.
Il entre, et le matin entre avec lui, et sur le fleuve,
Ici et là, s’éveille la vie maritime,
Des voiles se tendent, des remorqueurs avancent,
De frêles embarcations jaillissent de derrière les bateaux du port.
Il y a une vague brise,
Mais mon âme est avec ce que je vois le moins,
Avec le paquebot qui entre,
parce qu’il est avec la Distance, avec le Matin,
Avec l’essence maritime de cette heure,
Avec la douceur douloureuse qui monte en moi comme une nausée,
Comme un début de mal de mer, mais dans l’esprit.
Je  regarde  de  loin  le  paquebot  avec  une  grande  indépendance d’âme,
et au fond de moi commence à tourner un volant, lentement.
Les paquebots qui le matin passent la « barre »
Charrient devant mes yeux
Le mystère joyeux et triste des arrivées et des départs.
Ils charrient des souvenirs de quais lointains et d’autres moments
D’une autre façon de la même humanité en d’autres ports.
Tout abordage, tout largage des amarres,
Est – je le sens en moi comme mon propre sang –
Inconsciemment symbolique, terriblement
Menaçant de significations métaphysiques
Qui perturbent en moi celui que j’ai été…
Ah, le quai est tout entier une mélancolie de pierre !
et lorsque le navire se sépare du quai,
et qu’il devient soudain manifeste qu’un espace s’est ouvert
entre navire et quai,
Il me vient, j’ignore pourquoi, une angoisse récente,
Une brume de sentiments de tristesse
Qui brille au soleil de mes pelouses d’angoisse
Comme la première fenêtre où frappe le petit jour,
et m’enveloppe comme le souvenir d’un autre
Qui serait mystérieusement mien.
Ah, qui sait, qui sait
Si je ne suis point déjà parti, autrefois, avant moi-même,
D’un quai ; si je n’ai point déjà quitté, navire au soleil
Oblique de l’aurore,
Une autre espèce de port ?
Qui sait, avant l’heure
Du monde extérieur tel que je le vois
rayonner pour moi,
Si je n’ai point déjà quitté un grand quai rempli de peu de monde,
Une grande cité à demi éveillée,
Une énorme cité commerciale, développée, apoplectique,
Si tant est que cela fût possible hors de l’Espace et du Temps ?
Un quai, oui, un quai en quelque sorte matériel,
réel, visible en tant que tel, réellement quai,
Le Quai Absolu dont le modèle inconsciemment imité,
Insensiblement évoqué,
Guide nos constructions, à nous les hommes,
Nos quais dans nos ports,
Nos quais de pierre actuelle sur de l’eau véritable,
S’avérant, une fois construits,
Choses-réelles, Choses-esprit, entités d’Âme-pierre,
À certains moments-nôtres d’un sentiment-racine
Lorsque dans le monde extérieur s’ouvre comme une porte,
Et, sans que rien ne change,
Tout se révèle divers.
Ah, le Grand Quai dont nous partîmes en Navires­Nation !
Le Grand Quai Antérieur, éternel et divin !
De quel port ?
Sur quelles eaux ?
Et pourquoi est-ce que je pense cela ?
Grand Quai comme les autres, mais Unique.
Plein comme eux de la rumeur des silences de l’aube
Qui éclate avec le jour dans un fracas de grues
Et d’arrivées de trains de marchandises
Sous le nuage noir, occasionnel, léger
De la fumée des cheminées d’usines,
Venant noircir son sol obscur et luisant de poussière de charbon
Comme l’ombre d’un nuage qui se déplace sur une eau sombre.
Ah ! Aux heures couleur de silence et d’angoisse,
Quelle essentialité de mystère et de sens,
Figés en divine extase-révélation,
Ne serait un pont entre chacun des quais et le Quai !

FERNANDO PESSOA

ÁLVARO De CAMPOS

L’EPOQUE 2018 – ET DANS LES YEUX DE CEUX QUI DANSENT


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L’EPOQUE 2018 – ET DANS LES YEUX DE CEUX QUI DANSENT

 

Quand je vis la voiture s’arrêter devant l’atelier, je précédai la sonnerie de la grille d’une coudée d’intuition.

Bonjour je viens du passé, me dit le visiteur inconnu.

J’étais ami des ……… que vous avez bien connu, vous avez fait tant d’expositions ensemble, leur fille a posé pour vous, vous souvenez-vous ?

Ils sont morts tous les trois.

Dans mes yeux embués qui se retournent en arrière, devant moi les voici qui remontent, clairs et toujours joyeux. Amateurs d’Art, mécènes ce couple fut au premier rang de mes créations de salons internationaux. Leur fille en figure de proue….

Et plus de trente ans après, encore là, me voici repartant comme si c’était la première fois….en tant d’aime avec Barbara Auzou.

C’est un signe je crois.

 

Niala-Loisobleu – C’est vrai ça vient d’arriver le 23/04/18 à 14 heures.

 

 

 ET DANS LES YEUX DE CEUX QUI DANSENT

 

La lumière incendie ce qu’il reste d’absence
La couleur de l’instant se confond à demain
Je n’entends plus qu’un arbre au dessus de tes danses
Un sapin décoré de tes ongles sanguins
Entamons la chanson des enfants et des morts
Tout est beau tout est laid je ne sais plus rien dire
Peut-être un peu trop con pour accepter le pire
Le meilleur millénaire est celui où l’on dort

Je rêve seul dans les ruelles
Au seuil d’un vieux soleil tombant
Ce n’est pas que la vie est belle
Mais elle en a tout l’air pourtant
Je sors à peine de mes pleurs
Mes jérémiades musicales
L’eau fraîche a le goût du bonheur
Il n’y a rien de plus normal
Dire qu’il faudra que je meure

Je salue les passants d’un sanglot de fatigue
Sous le vent du sommeil aucun d’eux ne m’entend
Je me soûle en rêvant tout au bout de la digue
Je ne sais qui je suis je ne sais qui j’attends
Les fantômes fardés de mes fruits de mémoire
Se dessinent sans bruit sur les boucles de l’eau
Il ne manquerait plus qu’un oiseau vienne boire
Au cylindre de feu qui me sert de goulot

Les pianos s’accordent tout seuls
Les voix s’élancent du comptoir
Les lunes font ce qu’elles veulent
Le délire fait le trottoir
Faudra-t-il que la nuit s’avance
Jusqu’au midi du lendemain
Pour que le ciel auquel je pense
Trouve sa place dans mes mains
Et dans les yeux de ceux qui dansent

Pourquoi faut-il toujours que les matins s’écroulent
Au fil de ma spirale idiote et sans pitié
Au fond de mon cerveau j’ai des pierres qui roulent
Je ne suis plus très loin de ton château d’acier
La porte de tes seins m’accable de reproches
La porte de tes seins se ferme sur mes doigts
L’air chaud ne trompe pas je te sens tu approches
Pourvu que mon soleil soit resté dans ta voix
Et dans les yeux de ceux qui dansent

L.L.P – Louis Lucien Pascal

 

NAISSANCE AVENIR


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NAISSANCE AVENIR

De l’oeil resté à l’humide de ta fenêtre

je sens le brise-bise  dévoiler l’horizon

Ce bruit de cheval allant à la forge

ventile à faire soufflet n’est pas jouer

A l’abreuvoir, sous les tuiles

le tant clair gargouille de source

naissance avenir

Les algues au rythme

vont andantes sans modération.

Niala-Loisobleu – 23 Avril 2018

 

LA BOÎTE A L’ÊTRE 37 – BON JOUR ALORS


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 37

BON JOUR ALORS

Des chemins d’eau sortent aussi bien des crues que des tarissements

le caillou ne trempe pas toujours au sel

et l’humide peut se cacher derrière la ligne de flottaison

non embusqué

juste le temps qu’il lui faut de sourdre à nouveau

A l’étiage mes pinceaux et moi

on a planté notre atelier-jardin

des iris au liseré du palier

quelques canards plus amoureux que jamais

et des ondes en ronds excentriques

Au vent

quand le temps est au souffle

la toile de lin bande des quatre coins

quelque nouvelle histoire d’amour

d’un jour de vie ajouté à la suite des autres

Ne sommes-nous pas la suite de nous ?

Bien sûr que si

et m’aime sans savoir écrire

Certains ont avec la craie leur langage

d’autres trouvent à tremper leurs mots aux éclairs des orages

plus enclins à faire tonner le ton

beaucoup se taisent à l’abri d’un pied de mur

monté en pierres de suspension

C’est ainsi qu’aux almanachs des sentiers on voit des oiseaux de toutes les couleurs

ils font le jour la semaine et les mois

chacun tout seul ou tous ensemble comme un kaléidoscope.

qui tourne en toupie

au son d’un orgue de barbarie

que des enfants percent pour y accrocher leurs rondes

Je suis enfant père

je suis le buisson la forêt et le désert

je suis la femme mère de mes landes et chemins douaniers

senteurs bruyères de mauves parfums où vient le sébum des racines

je suis rien qui sert je suis tout ce qui serre

Mes doigts braillent l’alphabet de ton émotionnel partage

lisant pore après pore le chemin de tes attentes

sans idées tordues

sans dessein indécent

que de la folie d’aimer

naïvement

infiniment

parce mon air à moi c’est de te respirer uniquement

Bon Jour alors !

Niala-Loisobleu

24 Octobre 2014

 

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