LE PANAMA OU LES AVENTURES DE MES SEPT ONCLES


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LE PANAMA OU LES AVENTURES DE MES SEPT ONCLES

 
Des livres

Il y a des livres qui parlent du
Canal de
Panama
Je ne sais pas ce que disent les catalogues des bibliothèques

Et je n’écoute pas les journaux financiers
Quoique les bulletins de la
Bourse soient notre prière quotidienne

Le
Canal de
Panama est intimement lié à mon enfance…

Je jouais sous la table

Je disséquais les mouches

Ma mère me racontait les aventures de ses sept frères

De mes sept oncles

Et quand elle recevait des lettres

Ëblouissement!

Ces lettres avec les beaux timbres exotiques qui portent

les vers de
Rimbaud en exergue
Elle ne me racontait rien ce jour-là
Et je restais triste sous ma table

Cest aussi vers cette époque que j’ai lu l’histoire du tremblement de terre de
Lisbonne

Mais je crois bien

Que le crach du
Panama est d’une importance plus universelle
Car il a bouleversé mon enfance.

J’avais un beau livre d’images

Et je voyais pour la première fois

La baleine

Le gros nuage

Le morse

Le soleil

Le grand morse

L’ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes et la

mouche
La mouche
La terrible mouche


Maman, les mouches! les mouches! et les troncs d’arbres!


Dors, dors, mon enfant.
Ahasvérus est idiot

J’avais un beau livre d’images

Un grand lévrier qui s’appelait
Dourak

Une bonne anglaise

Banquier

Mon père perdit les 3/4 de sa fortune

Comme nombre d’honnêtes gens qui perdirent leur

argent dans ce crach,
Mon père
Moins bête

Perdait celui des autres,
Coups de revolver.

Ma mère pleurait

Et ce soir-la on m’envoya coucher avec la bonne anglaise

Puis au bout d’un nombre de jours bien long..

Nous avions dû déménager

Et les quelques chambres de notre petit appartement

étaient bourrées de meubles
Nous n’étions plus dans notre villa de la côte
J’étais seul des jours entiers
Parmi les meubles entassés
Je pouvais même casser de la vaisselle
Fendre les fauteuils
Démolir le piano-Puis au bout d’un nombre de jours bien long
Vint une lettre d’un de mes oncles

C’est le crach du
Panama qui fit de moi un poète!

C’est épatant

Tous ceux de ma génération sont ainsi

Jeunes gens

Qui ont subi des ricochets étranges

On ne joue plus avec des meubles

On ne joue plus avec des vieilleries

On casse toujours et partout la vaisselle

On s’embarque

On chasse les baleines

On tue les morses

On a toujours peur de la mouche tsé-tsé

Car nous n’aimons pas dormir.

L’ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes m’avaient appris à lire..

Oh cette première lettre que je déchiffrai seul et plus

grouillante que toute la création
Mon oncle disait
Je suis boucher à
Galveston
Les abattoirs sont à 6 lieues de la ville
C’est moi qui ramène les bêtes saignantes, le soir, tout

le long de la mer
Et quand je passe les pieuvres se dressent en l’air
Soleil couchant..

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Mon oncle, tu as disparu durant le cyclone de 1895

J’ai vu depuis la ville reconstruite et je me suis promené au bord de la mer où tu menais les bêtes saignantes

Il y avait une fanfare salutiste qui jouait dans un kiosque en treillage

On m’a offert une tasse de thé

On n’a jamais retrouvé ton cadavre

Et à ma vingtième année j’ai hérité de tes 400 dollars d’économie

Je possède aussi la boîte à biscuits qui te servait de reliquaire

Elle est en fer-blanc

Toute ta pauvre religion

Un bouton d’uniforme

Une pipe kabyle

Des graines de cacao

Une dizaine d’aquarelles de ta main

Et les photos des bêtes à prime, les taureaux géants que

tu tiens en laisse
Tu es en bras de chemise avec un tablier blanc

Moi aussi j’aime les animaux

Sous la table

Seul

Je joue déjà avec les chaises

Armoires portes

Fenêtres

Mobilier modern-style

Animaux préconçus

Qui trônent dans les maisons

Comme la reconstitution des bêtes antédiluviennes dans les musées

Le premier escabeau est un aurochs!

J’enfonce les vitrines

Et j’ai jeté tout cela

La ville, en pâture à mon chien

Les images

Les livres

La bonne

Les visites

Quels rires!

Comment voulez-vous que je prépare des examens?
Vous m’avez envoyé dans tous les pensionnats d’Europe
Lycées

Gymnases

Université

Comment voulez-vous que je prépare des examens

Quand une lettre est sous la porte

J’ai vu

La belle pédagogie!

J’ai vu au cinéma le voyage qu’elle a fait

Elle a mis soixante-huit jours pour venir jusqu’à moi

Chargée de fautes d’orthographe

Mon deuxième oncle :

J’ai marié la femme qui fait le meilleur pain du district

J’habite à trois journées de mon plus proche voisin

Je suis maintenant chercheur d’or à
Alaska

Je n’ai jamais trouvé plus de 500 francs d’or dans ma

pelle
La vie non plus ne se paye pas à sa valeur!
J’ai eu trois doigts gelés
Il fait froid…

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Oh mon oncle, ma mère m’a tout dit

Tu as volé des chevaux pour t’enfuir avec tes frères

Tu t’es fait mousse à bord d’un cargo-boat

Tu t’es cassé la jambe en sautant d’un, train en marche

Et après l’hôpital, tu as été en prison pour avoir arrêté

une diligence
Et tu faisais des poésies inspirées de
Musset
San-Francisco
C’est là que tu lisais l’histoire du général
Suter qui a

conquis la
Californie aux États-Unis
Et qui, milliardaire, a été ruiné par la découverte des

mines d’or sur ses terres
Tu as longtemps chassé dans la vallée du
Sacramento

où j’ai travaillé au défrichement du sol
Mais qu’est-il arrivé

Je comprends ton orgueil

Manger le meilleur pain du district et la rivalité des

voisins 12 femmes par 1.000 kilomètres carrés
On t’a trouvé

La tête trouée d’un coup de carabine
Ta femme n’était pas là

Ta femme s’est remariée depuis avec un riche fabricant de confitures

J’ai soif

Nom de
Dieu

De nom de
Dieu

De nom de
Dieu

Je voudrais lire la
Feuille d’Avis de
Neuchâtel ou
Je

Courrier de
Pampelune
Au milieu de l’Atlantique on n’est pas plus à l’aise que

dans une salle de rédaction
Je tourne dans la cage des méridiens comme un écureuil

dans la sienne

Tiens voilà un
Russe qui a une tête sympathique
Où aller

Lui non plus ne sait où déposer son bagage

A
Léopoldville ou à la
Sedjérah près
Nazareth, chez

Mr
Junod ou chez mon vieil ami
Perl
Au
Congo en
Bessarabie à
Samoa
Je connais tous les horaires
Tous les trains et leurs correspondances
L’heure d’arrivée l’heure du départ
Tous les paquebots tous les tarifs et toutes les taxes Ça m’est égal
J’ai des adresses
Vivre de la tape

Je reviens d’Amérique à bord du
Voltumo, pour 35 francs de
New
York à
Rotterdam

C’est le baptême de la ligne

Les machines continues s’appliquent de bonnes claques

Boys

Platch

Les baquets d’eau

Un
Américain les doigts tachés d’encre bat la mesure

La télégraphie sans fil

On danse avec les genoux dans les pelures d’orange et

les boîtes de conserve vides
Une délégation est chez le capitaine
Le
Russe révolutionnaire expériences erotiques
Gaoupa

Le plus gros mot hongrois
J’accompagne une marquise napolitaine enceinte de

8 mois
C’est moi qui mène les émigrants de
Kichinef à
Hambourg
C’est en 1901 que j’ai vu la première automobile,
En panne,
Au coin d’une rue
Ce petit train que les
Soleurois appellent un fer à

repasser
Je téléphonerai à mon consul
Délivrez-moi immédiatement un billet de 3e classe
The
Uranium
Steamship

J’en veux pour mon argent
Le navire est à quai
Débraillé

Les sabords grand ouverts
Je quitte le bord comme on quitte une sale putain

En route

Je n’ai pas de papier pour me torcher

Et je sors

Comme le dieu
Tangaloa qui en péchant à la ligne tira

le monde hors des eaux
La dernière lettre de mon troisième oncle :
Papeete, le
Ier septembre 1887.
Ma sœur, ma très chère sœur
Je suis bouddhiste membre d’une secte politique
Je suis ici pour faire des achats de dynamite
On en vend chez les épiciers comme chez vous la chicorée
Par petits paquets

Puis je retournerai à
Bombay faire sauter les
Anglais Ça chauffe

Je ne te reverrai jamais plus…
Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Vagabondage

J’ai fait de la prison à
Marseille et l’on me ramène de

force à l’école
Toutes les voix crient ensemble
Les animaux et les pierres
C’est le muet qui a là plus belle parole
Pai été libertin et je me suis permis toutes les privautés

avec le monde

Vous qui aviez la foi pourquoi n’êtes-vous pas arrivé

à temps
A votre âge
Mon oncle

Tu étais joli garçon et tu jouais très bien du cornet à pistons

Cest ça qui t’a perdu comme on dit vulgairement

Tu aimais tant la musique que tu préféras le ronflement des bombes aux symphonies des habits noirs

Tu as travaillé avec des joyeux
Italiens à la construction d’une voie ferrée dans les environs de
Baghavapour

Boute en train

Tu étais le chef de file de tes compagnons

Ta belle humeur et ton joli talent d’orphéoniste

Tu es la coqueluche des femmes du baraquement

Comme
Moïse tu as assommé ton chef d’équipe

Tu t’es enfui

On est resté 12 ans sans aucune nouvelle de toi

Et comme
Luther un coup de foudre t’a fait croire à
Dieu

Dans ta solitude

Tu apprends le bengali et l’urlu pour apprendre à fabriquer les bombes

Tu as été en relation avec les comités secrets de
Londres

C’est à
White-Chapel que j’ai retrouvé ta trace

Tu es convict

Ta vie circoncise

Telle que

J’ai envie d’assassiner quelqu’un au boudin ou à la gaufre pour avoir l’occasion de te voir

Car je ne t’ai jamais vu

Tu dois avoir une longue cicatrice au front

Quant à mon quatrième oncle il était valet de chambre du général
Robertson qui a fait la guerre aux
Boërs
Il écrivait rarement des lettres ainsi conçues
Son
Excellence a daigné m’augmenter de 50 £
Ou
Son
Excellence emporte 48 paires de chaussures à la guerre

Ou

Je fais les ongles de
Son
Excellence tous les matins…

Mais je sais

Qu’il y avait encore quelque chose

La tristesse

Et le mal du pays.

Mon oncle
Jean, tu es le seul de mes sept oncles que j’aie

jamais vu
Tu étais rentré au pays car tu te sentais malade
Tu avais un grand coffre en cuir d’hippopotame qui était

toujours bouclé
Tu t’enfermais dans ta chambre pour te soigner
Quand je t’ai vu pour la première fois, tu dormais
Ton visage était terriblement souffrant
Une longue barbe
Tu dormais depuis 15 jours
Et comme je me penchais sur toi
Tu t’es réveillé
Tu étais fou

Tu as voulu tuer grand’mère
On t’a enfermé à l’hospice

Et c’est là que je t’ai vu pour la deuxième fois
Sanglé

Dans la camisole de force

On t’a empêché de débarquer

Tu faisais de pauvres mouvements avec tes mains

Comme si tu allais ramer

Transvaal

Vous étiez en quarantaine et les horse-guards avaient

braqué un canon sur votre navire
Pretoria

Un
Chinois faillit t’étrangler

Le
Tougéla

Lord
Robertson est mort

Retour à
Londres

La garde-robe de
Son
Excellence tombe à l’eau ce qui

te va droit au cœur
Tu es mort en
Suisse à l’asile d’aliénés de
Saint-Aubain
Ton entendement
Ton enterrement

Et c’est là que je t’ai vu pour la troisième fois
Il neigeait
Moi, derrière ton corbillard, je me disputais avec les

croque-morts à propos de leur pourboire
Tu n’as aimé que deux choses au monde
Un cacatoès
Et les ongles roses de
Son
Excellence

Il n’y a pas d’espérance

Et il faut travailler

Les vies encloses sont les plus denses

Tissus stéganiques

Remy de
Gourmont habite au 71 de la rue des
Saints-Pères

Filagore ou seizaine

«
Séparés un homme rencontre un homme mais une montagne ne rencontre jamais une autre montagne »

Dit un proverbe hébreu

Les précipices se croisent

Pétais à
Naples

1896

Quand j’ai reçu le
Petit
Journal
Illustré

Le capitaine
Dreyfus dégradé devant l’armée

Mon cinquième oncle :

Je suis chef au
Club-Hôtel de
Chicago

Pai 400 gâte-sauces sous mes ordres

Mais je n’aime pas la cuisine des
Yankees

Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

Tunis etc.

Amitiés de la tante
Adèle

Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

Biarritz etc.

Oh mon oncle, toi seul tu n’as jamais eu le mal du pays
Nice
Londres
Buda-Pest
Bennudes
Saint-Pétersbourg

Tokio
Memphis
Tous les grands hôtels se disputent tes services
Tu es le maître

Tu as inventé nombre de plats doux qui portent ton nom
Ton art

Tu te donnes tu te vends on te mange
On ne sait jamais où tu es
Tu n’aimes pas rester en place
Il paraît que tu possèdes une
Histoire de la
Cuisine à

travers tous les âges et chez tous les peuples
En 12 vol. in-8°

Avec les portraits des plus fameux cuisiniers de l’histoire
Tu connais tous les événements
Tu as toujours été partout où il se passait quelque chose
Tu es peut-être à
Paris.
Tes menus
Sont la poésie nouvelle

Pai quitté tout cela

J’attends

La guillotine est le chef-d’œuvre de l’art plastique

Son déclic

Mouvement perpétuel

Le sang des bandits

Les chants de la lumière ébranlent les tours

Les couleurs croulent sur la ville

Affiche plus grande que toi et moi

Bouche ouverte et qui crie

Dans laquelle nous brûlons

Les trois jeunes gens ardents

Hananie
Mizaël
Azarie

Adam’s
Express
Cr

Derrière l’Opéra

Il faut jouer à saute-mouton

A la brebis qui broute

Femme-tremplin

Le beau joujou de la réclame

En route!

Siméon,
Siméon

Paris-adieux

C’est rigolo

Il y a des heures qui sonnent

Quai-d’Orsay-Saint-Nazaire !

On passe sous la
Tour
Eiffel — boucler la boucle — pour

retomber de l’autre côté du monde
Puis on continue

Les catapultes du soleil assiègent les tropiques irascibles
Riche
Péruvien propriétaire de l’exploitation du guano

d’Angamos
On lance rAcaraguan
Bananan
A l’ombre
Les mulâtres hospitaliers

J’ai passé plus d’un hiver dans ces
Des fortunées

L’oiseau-secrétaire est un éblouissement

Belles dames plantureuses

On boit des boissons glacées sur la terrasse

Un torpilleur brûle comme un cigare

Une partie de polo dans le champ d’ananas

Et les palétuviers éventent les jeunes filles studieuses

My gun

Coup de feu

Un observatoire au flanc du volcan

De gros serpents dans la rivière desséchée

Haie de cactus

Un âne claironne la queue en l’air

La petite
Indienne qui louche veut se rendre à
Buenos-

Ayres
Le musicien allemand m’emprunte ma cravache à

pommeau d’argent et une paire de gants de
Suède
Ce gros
Hollandais est géographe
On joue aux cartes en attendant le train
C’est l’anniversaire de la
Malaise
Je reçois un paquet à mon nom, 200.000 pesetas et une

lettre de mon sixième oncle :
Attends-moi à la factorerie jusqu’au printemps prochain
Amuse-toi bien bois sec et n’épargne pas les femmes
Le meilleur électuaire
Mon neveu…

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Oh mon oncle, je t’ai attendu un an et tu n’es pas venn

Tu étais parti avec une compagnie d’astronomes qui allait

inspecter le ciel sur la côte occidentale de la
Patagonie

Tu leur servais d’interprète et de guide
Tes conseils
Ton expérience

Il n’y en avait pas deux comme toi pour viser l’horizon au sextant

Les instruments en équilibre

Électro-magnétiques

Dans les fjords de la
Terre de
Feu

Aux confins du monde

Vous péchiez des mousses protozoaires en dérive entre deux eaux à la lueur des poissons électriques

Vous collectionniez des aérolithes de peroxyde de fer

Un dimanche matin :

Tu vis un évêque mitre sortir des eaux

Il avait une queue de poisson et t’aspergeait de signes de croix

Tu t’es enfui dans la montagne en hurlant comme un vari blessé

La nuit même

Un ouragan détruisit le campement

Tes compagnons durent renoncer à l’espoir de te retrouver vivant

Ils emportèrent soigneusement les documents scientifiques

Et au bout de trois mois,

Les pauvres intellectuels,

Us arrivèrent un soir à un feu de gauchos où l’on

causait justement de toi
Pétais venu à ta rencontre
Tupa

La belle nature
Les étalons s’enculent 200 taureaux noirs mugissent
Tango-argentin

Bien quoi

Il n’y a donc plus de belles histoires

La
Vie des
Saints

Dos
Nachîbuechleùi von
Schuman

Cymbàlum mundi

La
Tariffa délie
Puttane di
Venegia

Navigation de
Jean
Struys,
Amsterdam », 1528

Shalom
Aleïchem

Le
Crocodile de
Saint-Martin

Strindberg a démontré que la terre n’est pas ronde

Déjà
Gavarni avait aboli la géométrie

Pampas

Disque

Les iroquoises du vent

Saupiquets

L’hélice des gemmes

Maggi

Byrrh

Daily
Chronicle

La vague est une carrière où l’orage en sculpteur abat

des blocs de taille
Quadriges d’écume qui prennent le mors aux dents
Eternellement

Depuis le commencement du monde
Je siffle
Un frissoulis de bris

Mon septième oncle

On n’a jamais su ce qu’il est devenu

On dit que je te ressemble

Je vous dédie ce poème

Monsieur
Bertrand

Vous m’avez offert des liqueurs fortes pour me prémunir contre les fièvres du canal

Vous vous êtes abonné à l’Argus de la
Presse pour recevoir toutes les coupures qui me concernent.

Dernier
Français de
Panama (il n’y en a pas 20)

Je vous dédie ce poème

Barman du
Matachine

Des milliers de
Chinois sont morts où se dresse maintenant le
Bar flamboyant

Vous distillez

Vous vous êtes enrichi en enterrant les cholériques

Envoyez-moi la photographie de la forêt de chênes-lièges qui pousse sur les 400 locomotives abandonnées par l’entreprise fi-ançaise

Cadavres-vivants

Le palmier greffé dans la banne d’une grue chargée d’orchidées

Les canons d’Aspinwall rongés par les toucans

La drague aux tortues

Les pumas qui nichent dans le gazomètre défoncé

Les écluses perforées par les poissons-scie

La tuyauterie des pompes bouchée par une colonie d’iguanes

Les trains arrêtés par l’invasion des chenilles

Et l’ancre gigantesque aux armoiries de
Louis
XV dont vous n’avez su m’expliquer la présence dans la forêt

Tous les ans vous changez les portes de votre établissement incrustées de signatures

Tous ceux qui passèrent chez vous

Ces 32 portes quel témoignage

Langues vivantes de ce sacré canal que vous chérissez tant

Ce matin est le premier jour du monde

Isthme

D’où l’on voit simultanément tous les astres du ciel

et toutes les formes de la végétation

Préexcellence des montagnes équatoriales

Zone unique
Il y a encore le vapeur de l’Amidon
Paterson
Les initiales en couleurs de l’Adantic-Pacific
Tea-Trust
Le
Los
Angeles limited qui part à 10 h 02 pour arriver le troisième jour et qui est le seul train au monde avec wagon-coiffeur
Le
Trunk les éclipses et les petites voitures d’enfants
Pour vous apprendre à épeler l’A
B
C de la vie sous la

férule des sirènes en partance
Toyo
Kisen
Kaïsha
J’ai du pain et du fromage
Un col propre
La poésie date d’aujourd’hui

La voie lactée autour du cou
Les deux hémisphères sur les yeux
A toute vitesse
II n’y a plus de pannes
Si j’avais le temps de faire quelques économies je prendrais part au rallye aérien
J’ai réservé ma place dans le premier train qui passera

le tunnel sous la
Manche
Je suis le premier aviateur qui traverse l’Atlantique en

monocoque 900 millions

Terre
Terre
Eaux
Océans
Ciels
J’ai le mal du pays

Je suis tous les visages et j’ai peur des boîtes aux lettres
Les villes sont des ventres
Je ne suis plus les voies
Lignes

Câbles

Canaux

Ni les ponts suspendus !

Soleils lunes étoiles

Mondes apocalyptiques

Vous avez encore tous un beau rôle à jouer

Un siphon éternue

Les cancans littéraires vont leur train

Tout bas

A la
Rotonde

Comme tout au fond d’un verre

J’ATTENDS

Je voudrais être la cinquième roue du char

Orage

Midi i quatorze heures

Rien et partout

 

Blaise Cendrars

 

 

Tout ce qui canal peut se faire du Midi

du Nord

ou de l’ESt

et offrir ses tentes au feu de quand, je m’en bats l’oeil

Ouest si tu vis en hermaphrodite au fond de ta coquille…

 

N-L – 25/02/18


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 20

NOCTURNE EN PLEIN JOUR

La chaleur descendue en dessous de zéro, monte. Les rues sans bonnets toussent portes closes, brrrr les affiches décollent la goutte au nez des murs. Qu’il fait froid au café, au pouce, on ne voit plus le moindre couple d’un canard couper la rivière en dérive. La désinformation peine à tisonner sous la cendre, un ersatz de braise, d’ici à ce que le rédacteur du courrier du coeur infarctuse il n’y a qu’un tout petit fusible.

Nocturne en plein jour

Quand dorment les soleils sous nos humbles manteaux

Dans l’univers obscur qui forme notre corps,

Les nerfs qui voient en nous ce que nos yeux ignorent

Nous précèdent au fond de notre chair plus lente,

Ils peuplent nos lointains de leurs herbes luisantes

Arrachant à la chair de tremblantes aurores.

C’est le monde où l’espace est fait de notre sang.

Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants

Ont du mal à voler près du cœur qui les mène

Et ne peuvent s’en éloigner qu’en périssant

Car c’est en nous que sont les plus cruelles plaines

Où l’on périt de soif près de fausses Fontaines.

Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,

Les uns parlant parfois à l’oreille des autres.

Jules Supervielle (Extrait de La fable du monde)

Les 29 coups ont sonnés derrière ton entretien de la moto et de l’arbre mon vieux Coluche. Malédiction ou bon choix ? On se demande si t’aurais pas eu la prémonition angoissante du visionnaire de l’à venir de la machine infernale à broyer dans laquelle tu s’rais corps et bien passé…aspiré par un rire se retournant contre son auteur ? L’ire au nid, couve. L’indécence sort du chapeau.

Mais dam, un pet foireux, dans cette absurde comédie, pourquoi pas, on est pas à un dessous merdeux près.Au point que je pense que ça permet au fromager de laisser croire qu’il est aux manettes. Curieux cette façon d’être partout sauf à bord du France, pour diriger le pays. A moins que ce nom ait été repeint sur l’épave du Titanic ? (*)

J’ai gardé ma fenêtre ouverte, m’aime si dehors y a que du froid, de l’absence et de l’ingratitude, la chaleur qui sort de chez moi vaut mieux que des bonnes paroles.

Niala-Loisobleu – 28 Novembre 2013

  • Hollande était aux manettes quand j’avais écrit cet article. Je m’étais pas trompé en pensant à l’époque, qu’avec lui on pouvait aller qu’au pire. Maintenant on a Jupiter…ouah, à nous, on coule à pique !

On écrase l’humain au point de ne plus lui laisser le minimum de conscience de la place où il est. Il divague, éreinté d’avoir nagé sans voir la côte approcher. La fatigue du désemparé va bien au-delà du physique. Le bulbe paralysé gèle tous les organes. Mais heureusement il ne perd rien de son âme. Il a juste du mal à vivre avec dans ce foutoir de pressoir de merde.

Niala-Loisobleu – 30 Juillet 2017

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Dormeuse – Tamara de Tempicka

LE M’AIME LIEN


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LE M’AIME LIEN

 

Si bien imité que tout ne pouvait que sembler vrai. Dans son écrin d’été, l’ombre du refuge en tendant les battements de ses cils ne pouvait que mordre. Hameçonnage, quand tu nous fais le coup du bouchon qui plonge, ferrer devient un réflexe incontournable. On devrait dire pour parler net du récipiendaire du message.! un con tournable (à volonté). Mais alors les belles histoires de rencontres internet n’auraient plus droit d’asile. Ce droit qu’on gaspille sans réserve puisqu’il illustre hautement l’emploi des mots utilisés aujourd’hui à contresens.

N’empêche qu’un ciel bleu, dans de l’herbe verte, elle-même au bord d’une rivière, poissonneuse, sans lézard, avec des fruits juteux qui se balancent au bout des branches, que les arbres en fleurissent à embaumer. Parce que l’embaumage est considéré comme une première nécessité. Faut soigner l’emballage. Paquet cadeau oblige. La farce est à base de pores. On a laissé l’odeur des échauffements corporels, pour faire plus vrai. Les lèvres ont l’élasticité du grand saut dans le vide. Vas- y rentre, pousse, oui je te sens, ça me transperce de ce que j’attendais depuis si longtemps, après toi y a plus d’avant. Je vois clair, enfin…

D’un Meme Lien

par René Char
Atome égaré, arbrisseau, Tu grandis, j’ai droit de parcours. A l’enseigne du pré qui boit, Peu instruits nous goûtions, enfants De pures clartés matinales. L’amour qui prophétisa Convie le feu à tout reprendre. O fruit envolé de l’érable Ton futur est un autrefois. Tes ailes sont flammes défuntes, Leur morfil amère rosée. Vient la pluie de résurrection ! Nous vivons, nous, de ce loisir. Lune et soleil, frein ou fouet, Dans un ordre halluciné.
L’Amour utilisé comme une contrefaçon ne trompe que les paumés des petits-matins. Les caniveaux du vomis n’ont rien du ru qui fait sauter la truite. C’est que du poisson à l’oeil torve à la nageoire flasque et indirectionnelle.Le mur est au coin de la rue. Dans le bouleversement climatique, les us et coutumes suivent. Seulement la vraie nature, elle, elle se refuse au maquillage. Les épouvantails sont fait pour faire fuir les oiseaux. Mai les oiseaux y savent qu’on ne peut rien attendre du bois mort pour se poser.
Niala-Loisobleu – 12 Juillet 2017

MOUVEMENT D’AIR


MOUVEMENT D’AIR

Si près qu’on soit n’est jamais aussi loin

Toujours

Que deux mains coupées d’hier

Aujourd’hui

Niala-Loisobleu – 4 Avril 2017

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Notre Mouvement

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses
Le jour est paresseux mais la nuit est active
Un bol d’air à midi la nuit le filtre et l’use
La nuit ne laisse pas de poussière sur nous

Mais cet écho qui roule tout le long du jour
Cet écho hors du temps d’angoisse ou de caresses
Cet enchaînement brut des mondes insipides
Et des mondes sensibles son soleil est double

Sommes-nous près ou loin de notre conscience
Où sont nos bornes nos racines notre but

Le long plaisir pourtant de nos métamorphoses
Squelettes s’animant dans les murs pourrissants
Les rendez-vous donnés aux formes insensées
À la chair ingénieuse aux aveugles voyants

Les rendez-vous donnés par la face au profil
Par la souffrance à la santé par la lumière
À la forêt par la montagne à la vallée
Par la mine à la fleur par la perle au soleil

Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre
Nous naissons de partout nous sommes sans limites

Paul Eluard

in Le dur désir de durer, 1946, Œuvres complètes t.II © Gallimard, La Pléiade, p.83

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L’Habit-Polaire/Je ne peux changer le monde, mais Moi si


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L’Habit-Polaire/Je ne peux changer

le monde, mais Moi si

 

Côté temps rien à voir avec mon tant qu’il est. Les fenêtres battent du volet, un vent à décorner le chant du coq remplace la rengaine du fier-à-bras par un long psaume, je crois que la nature fait une crise d’épilepsie. Quelque chose de terne ici, laisse place aux jeux pervers.Je n’attends plus rien de l’extérieur. Du vent, du vent, du vent et rien que du vent c’est le minable leitmotiv des médias auxquels la nature humaine s’est convertie.

Je n’ai pas à chercher loin, le temps en ayant pas manqué de me faire languir, n’a pu me vider la mémoire vive. Ce que mon creux d’âme héberge est inaltérable. Le grain se met en germe quand les bulldozers  se la jouent Amazonie.

Toi la soeur Anne des Mirages tu peux rentrer te foutre à l’abri, cherche pas, une de tes versatiles visions j’en ai ma claque de r’euh virements, mets-toi les où je pense, ton tant est passé. Le bi-polaire ça me fait pas la correspondance avec ce que je mets dans l’essence ciel de mon espoir.

Je ne peux changer le monde, mais Moi si.

Niala-Loisobleu – 6 Mars 2017

 

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Lueur Parapsychique


 

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Lueur Parapsychique

D’un soleil de Mardi-Gras à la pluie des gouttières

Mes arcades sourcillent et peinent à se tenir hors de l’eau

Les heures se sont à nouveau mises en panne sèche

Comme un bateau privé de ses jambes au flux de l’élan d’un estran plein

Teintes d’un fragment d’espoir lavées par le changement de vent

Vains redeviennent les instants palpables qui perçaient l’absence

Veilleuse involontaire de la relation inerte

Mon intuition se retrouve seule à parler clair

Dans le noir où se terre la vérité muselée par les murs du non-dit.

Niala-Loisobleu – 2 Mars 2017

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Non, je sors, la résignation me répugne.


Non, je sors, la résignation me répugne.

Comme cette pierre

 

Ma face a été battue et rougie
Mais elle se maintient silencieuse et comme cette
pierre
Ses meurtrissures révèlent une histoire qui la garde
Et ma face
où elle avait pressenti je ne sais quelles
paroles
S’était penchée sur ses lèvres mais elle s’est
souvenue
Qu’elle était taillée pour le vent brutal
Car l’interdit fut jeté
Sur ma face dévorée de larmes
Jacques Prevel
Recueil : « Poèmes pour toute mémoire »
Plus j’ai fait ma porte large, plus le chemin a été rétréci malgré moi. Cherchant à étouffer la  lumière pour mieux la glisser dans l’asthme du tunnel. Ce cheval dont je fais à moitié partie, mi-homme, mi-animal se retrouverait  alors le faire déchaussé de l’amble voulue. L’écharpe, emblème blanche , infinité des possibles, obstruant soudain la confiance à ce qui m’est clair. Pas vouloir retenir que l’amour peut aussi vous dévorer les yeux par imposture.Ce ne serait rien d’amour dont on parlerait
Simulacre de l’inconscient incontrôlable, voltes-faces en constant aller-retour
en but de conduire à la résignation ?
Aimer est ma nature avec laquelle je ne peux tricher
Non, je sors, la résignation me répugne.
« Pour la main désarmée devant l’arme qui bouge…Requiem… »
Niala-Loisobleu – 3 Novembre 2016
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