CES BÛCHERONS DE SOUS LA TERRE


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CES BÛCHERONS DE SOUS LA TERRE

 

On

courait des journées entières dans les bois.
On enjambait la mer et le vent.
Comme fait

l’enfant

dont l’histoire est celle des plus vieilles pierres, le prince des chouettes qui, le soir venu,

range, dans son cartable, les chuintements de son peuple

et ses propres traces de pas.

On livrait des guerres sans merci

à des armées d’ombres dans les bois, dans les livres.

Nos prisonniers étaient jetés dans des cellules de feuillages ;

ils n’en sortiraient qu’à l’automne, dès l’annonce par les corbeaux

de l’arrivée massive des décombres.

Souvent, au temps

des brouissures, on était dehors avant que le jour ne soit sorti de sa chrysalide, et l’on se prenait les pieds dans le fil de soie de l’horizon.

Au-delà commençaient des pays de grottes, les territoires de chasse des orages, disait-on. où se lisaient dans la pierre îles histoires d’animaux fabuleux.
Le soleil y brûlait des torchons sur nos têtes.

On enjambait parfois, dès l’aube, le long fil blanc de l’horizon,

pour aller rejoindre les anciens chasseurs de lueurs, les vieux dompteurs de foudre.


Alors, assis auprès des grands troupeaux

d’étoiles,

nous partagions le feu de leurs serpes,

et gravions dans la pierre, à côté des leurs,

nos exploits de dénicheurs d’autour et de busaigle.

Je parle d’un pays

de dénicheurs de feu au centre de la terre,

de conjurations

de pioches et de chevaux aveugles dans la terre.

Je parle de porcs condamnés à la potence

par des tribunaux de quinze août.
Je parle de

grillades de grands chemins, d’hommes vêtus d’éteule

et d’arrière-saisons,

de rafales d’enfants sur l’eau des mares.

Les canards,

cous coupés, perdaient la tête en vol, et l’on courbait les arbres

au-dessus des rivières, et l’on ouvrait des précipices aux pieds du plus commun des mots.

C’était temps de jeunesse et de folle énergie.
Il faut ensuite se frotter à la parcimonie, apprendre, avec la mer,

à compter ses moutons.

On courait toute la journée parmi de hautes herbes où bruissait le silence, et l’on y débusquait le vent.

Tout nous était proche et lointain.
On lançait à l’assaut des arbres une jeunesse de sacs et de cordes.
On rouvrait dans la terre les plaies de vieilles guerres de religion.

On délimitait, tout près des étangs, des places de
Grève où les crapauds, chaque matin,

étaient sommés de s’assembler,

pour s’entendre lire, indéfiniment, leur arrêt de mort par lapidation.

On arbitrait parfois des joutes d’ormes et de buses.
D’autres fois,

on sonnait des hallalis de hannetons.
Comme fait l’enfant dont l’histoire est celle du vent, le prince des hautes herbes qui, le soir venu, franchit les horizons

sous la paupière d’une gazelle…

La vie, cependant,

plantait ses clôtures, alentour des prairies, et postait ses guetteurs…
La traque, le gibier, la vie…

La chasse à l’homme.

Je vous parle d’un âge entier.
C’était temps d’abordages.
On coulait des bateaux en plein cœur des forêts,

avec leurs cargaisons de bêtes fauves.

Armés de pain

blanc et de bois mort, on se lançait à l’assaut de remparts,

de bourrasques.
Les lions sortaient de sous les arbres, et on foulait aux pieds le terreau de leurs crinières.

J’évoque ici un âge flamboyant

où les plus beaux vitraux composaient

des feuillages au-dessus de nos têtes.
Les soirs d’été

étaient des cathédrales,

vouées à la lune et aux loups.
On avait, dans la tête, des musiques et des hurlements…

Musiques d’étoiles.

musiques de très hautes brumes.
Et les loups, les loups, dans les cheminées…

Plus tard, chevauchant à cru.

venait l’orage ; mais il nous trouvait prêts à ferrailler.

Et des hommes mouraient dans des tempêtes sous la terre,

la cendre de leurs regards, roulée dans le drap rouge du vent, étant alors portée jusqu’au bas des collines.

Ces hommes avaient volé

à la roche le secret du feu, ils avaient libéré l’épervier de la pierre.

Ils avaient dégagé des épaves de leur gangue de tourbe, pour en faire leurs tombes, leurs maisons,

leur façon de parler, leur façon de se taire…

On les regardait passer, sur les hauteurs du vent, lestés par le poids de leurs mains.
Et toute la terre dans leurs yeux, étincelante et blanche…

On les regardait passer, mâchonnant leurs silences comme on fourgonne un feu qu’on ne veut pas aisser s’éteindre tout à fait.

Des hommes mouraient,

et la foudre roulait dans leurs veines.
Une immense chaleur dans leurs veines, comme s’ils avaient défié les volcans.

Ces hommes avaient

défriché des forêts dans la terre, abattu des arbres de houille, ils avaient creusé les soutes de grands bateaux,

avec leurs tirants d’air, leurs tirants de terre, leurs tirants d’eau.

Et nous

grimpions aux hunes de ces bateaux pour assister, au loin, à des courses d’aurochs…

Nous présidions parfois à des sacrifices de dents de lait, à des danses rituelles pour la pluie.
D’autres fois, ayant gagné la passerelle du plus haut chant de l’alouette, nous commandions à des appareillages de froments.


Or nous voyions

de grands loups blancs chasser dans les yeux de ces hommes,

ces bûcherons de sous la terre.

Et nous participions aux éléments comme marins aux déhalages.


La terre, telle exactement qu’on la voit depuis les hautes tours du vent,

étincelante et blanche.

Nous parcourions des horizons auxquels aucun dormeur n’a jamais accosté.
Nous traversions, sous la lune,

des contrées de fièvres, et nos torches étaient de pain blanc.

Nous allions dévaster — ce n’était que question de temps — ces cités efflanquées

où la misère avait planté ses symétries.

Nos cachettes

étaient sous l’écorce des arbres, comme des souvenirs de pluie, et nous lancions des grappins de bois mort

à l’abordage des grandes verdures.

C’était temps de jeunesse et d’immense irrespect.
Notre mémoire était comme l’eau de la terre,

et nous étions aux vents ce qu’est le lierre à la muraille.

Des hommes passaient, que nous connaissions,

et nous les regardions vieillir, comme s’ils n’avaient vécu que pour le mois de mai — ô leurs chevaux endimanchés ! —,

comme si rien n’avait jamais prolongé leurs gestes que quelques projections de sable

ou quelques aboiements, au loin, de chiens errants.

Nous connaissions ces hommes, et nous les regardions passer,

lestés par le poids d’ombre

de leurs paupières.
Et dans leurs mains toute la terre, au grand galop.

 

Jean-Loup Fontaine

Le silence est la chose possédant le maximum de contre-emploi


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Le silence est la chose possédant le maximum de contre-emploi

Ruban d’eau entourant les arbres aux fronts déridés, je mesure, un rassemblement demeuré après que la chasse a expurgé suffisamment de foi discutable. La longueur est égale au quart d’un seul segment multiplié par la somme enlevée du prix des efforts q’elle a coûté  afin que rien n’y surnage après le temps de cuisson dépendant du bon vouloir de la soupape. Ainsi la marche nuptiale peut être funèbre. Il faut vivre m’a dit Marthe, il faut vivre pour arriver à tuer ce qui en présente tout le contraire. On a des âges comme une taille, une épaisseur, un manque, un désastre, une fez noz. La couleur des voitures change, les accidents restent les mêmes. Je tiens ma main sur le ventre des mauvais moments, vieille histoire d’une enfant qui a du jouer à la grande à contretemps. Le silence est la chose possédant le maximum de contre-emploi. Dans l’exercice d’une prétention des hommes et des femmes font des enfants comme on va au cinéma voir un navet. En sortant y a un chiard dans l’absence de couvert en argent. C’est cendres y ont avant la crémation. Le pôvre (ça s’écrit au féminin aussi) attend d’entendre, mais voilà les chaises sont surdimensionnées, comment qu’il pourrait voir ce qui est sur les tables, elles sont deux fois plus hautes que l’assise?

Bordel on dirait un ban…Le silence comment peut-il être destructeur, t’arrêtes pas de dire que c’est l’expression du beau ?

Bon, je vais pas insister, c’est pareil que l’histoire du pantalon c’est toujours une culotte mais mis à l’envers tu te casses la gueule.

J’ai senti le durcissement de son ventre s’assouplir. La main droite avait gagné sa hanche, la gauche sortait du nombril quand elle sentit le poil frémir. La première vague laissa la blancheur de son écume. Le soleil qui s’était évadé de la pluie fit naître le sel.

-Ne retire plus jamais ta main me dit-elle je suis bien avec ailes… Tu vas peindre ?

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2018

 

Lopin Clopant 2


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Lopin Clopant 2

 

Il est vrai que le ressenti d’hier portait bien son germe. Ce ne sont pas les sceptiques qui pourront en faire annuler l’impression, en dehors de ce qui est télécommandé par un tireur de ficelles, ils sont hermétiques à tout. Les siècles ont suffisamment démontré cette vérité pour sortir du doute. L’Homme est fils de taupe ou de lynx. Le reste est bâtard. Je ne sais pas le nom de l’instrument qui donne tant de possibilité au vent. Sans doute y en a-t-il plusieurs en un seul. La bouche à air est parolière du muet comme de l’écrit. En dehors des cas dont je suis, qui s’accordent à reconnaître la multiplicité des endroits qui parlent dans un corps, personne n’y entrave le premier signe. Chacun d’eux à sa sonorité. Mon oreille plaquée à ton aisselle ne me barbe pas, j’ai tout ce qu’il faut comme poils à barbe. En revanche la conque de ton bas-ventre me laisse accroché comme une encre-flottante s’étant assurée une protection contre la venue de la tempête. Les messages captés-là, l’emportent, me ramènent, me posent au mouillage, me font repartir en cabotage, puis à nouveau droit sur une hauturière destination.Traversé d’éclairs de couleurs fulgurants, venus de poissons aux écailles de néons, tes émetteurs deviennent une fête de rue comme il y en avait au Moyen-Âge avant que l’automobile ait pourri l’air de ses chevaux-vapeurs. Tu sais les grandes trompes des hérauts, enrubannées d’oriflammes, eh ben je les retrouve chatoyant tout comme annonciateurs quand sautant du lit tu lâches les chiens de ta poitrine.. Il y a dans l’amour un spectacle antique qui tient du drame comme des jeux olympiques. Mis en gradins je te jure sans mentir que tu es l’arène à Toi toute seule.

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2017

CE NE SONT PLUS CES SILENCES STERILES


 

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CE NE SONT PLUS CES SILENCES STERILES

 

Ne reste plus suspendu aux crochets d’étal que le poids accablant de l’odeur lourde des eaux mortes que des murs avaient suées. Sans clous remettre les toiles de l’horizontale attente à la verticale de la chanson de geste. Appareille, nulle ressemblance restera en place. Ce ne sont plus des silences de cons plaisances qui peupleront les bassins de mouillage.On ne retient pas l’air de la musique qui veut s’écrire. Le bateau était debout bien avant que le sable ne se mouille. Un accordéon replié n’a qu’un souffle prêt à danser. Quand pris de scorbut du manque le marin se penche aux pores de sa Belle, il croque à pulpe que veux-tu dans sa pensée charnue. Dans tes cheveux-nid un village fait accueil par la mue de ton visage, joues en tête de chenal.

 

« Costesoulane attendait les perdreaux et c’est la mort qui vint. Et la mort qui était pour les perdreaux servit pour lui. Et les perdreaux qui devaient être froids et l’œil voilé à l’heure où le soleil se couche, ce soir étaient encore chauds et vifs, et leur sang qui devait rougir le gravier bleu de la forêt était encore tapi dans la ténèbre de leurs veines et courait sous la peau à chaque coup pressé de ces cœurs serrés comme des poings de colère. Mais les pierres eurent leur part de sang rouge, celui de Costesoulane, parce qu’il était dit et écrit qu’en ce jour le sacrifice du sang devait s’accomplir dans ce lieu désert de notre terre, sous un ciel mourant, et dans le souffle d’un vent qui a vu bien d’autres drames. Costesoulane vida sur les pierres toute la chaleur de ses veines, son sang venu de l’obscurité de son cœur et comme surpris de tant de lumière et de tant d’espace, coulait doucement sur la roche et serpentait comme un voyageur de hasard — il s’accrochait aux fils de l’herbe, aux brindilles du thym, il descendait dans les creux entre les pierres et il fumait doucement et l’air en était tremblant. Costesoulane attendait les perdreaux et il ne savait pas pourquoi il était là, couché sur le ventre, avec cette tendresse qui lui faisait regarder de si près et avec tant de patience les herbes, les pierres et un trou de fourmis. »

Max Rouquette, extrait de La mòrt de Còstesolana (Vert Paradis I)[/i]

 

Le tilleul déployé sur la Chaume ignorera la tasse. Il renage à remonter sans endormir à bord du Gulf Stream, les deux continences atlantiques.

Chaume sans éteules hérissée de bois mort au regain tend le cou

Les eaux sales emportent en exode les files de jardins blessés aux tombes des déchetteries. J’ai tuilé ma chaumière sans que la moindre fumée me donne le nom d’une absente.

Après les trois coups, le rideau bloqué par une extinction de voie – impasse l’autre perd – oeuvrez pour le retour de migration du champ marin des oiseaux blancs au bleu du matin retrouvé.

Je m’enfourche en sel tout au long de sa ligne de flottaison. La vague retournée entre terre et ciel s’avale la matière du sablier. Je cours.

Niala-Loisobleu –  10 Juin 2016

 

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EN SORTANT D’UNE CERTAINE PEINTURE


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EN SORTANT DU TABLEAU

Me brisant, la chute décrypta en un instant des jours de course au sac. Que les oiseaux en devenaient noirs.. Boum.Tant pis pour la toile, en la perçant c’est comme repartir tapis volant.Un trou? La meurtrière à lumière peut-être ?

Du haut des tours le panorama entre dans le moindre détail. Du crénelé de soi-même défilent les chapitres.. Questions labourées, l’automne se blottit le semis aux plus fertiles. La réponse lève. Dans l’ocre terre percent de minuscules points vers.

Arrêter. Ne plus peindre, écrire d’abord. Vox je t’écoute sans brouillon. Lettres capitales. Epitre. Heures riches ?

 Le feuillage éclairé – 2

La voix était d’ironie pure dans les arbres,
de distance et de mort,
de descellement d’aubes loin de nous
Dans un lieu refusé. Et notre port
était de glaise noire. Nul vaisseau
n’y avait jamais fait le signe de lumière,
tout commençait avec ce chant d’aube cruelle,
un espoir qui délivre, une pauvreté.
C’était comme en labour de terre difficile
l’instant nu, déchiré
où l’on sent que le fer trouve le coeur de l’ombre
et invente la mort sous un ciel qui change.»

Yves Bonnefoy,

(Le chant de sauvegarde, extrait de Hier régnant désert)

Avec timidité le sourire se remet en marche. Sur les pierres le son de l’écume blanchit les passages. On dirait que le soleil avale les carreaux. Il manque la rage, la vague s’est faite étale. Temps mort. Je me regarde de face. Quel baume mettre à la douleur ? Les maux débusqués demandent l’attention. Convalescence. Le cheval ira en alpage, l’air d’altitude de lui redonner confiance en lui-même. D’oublier de guérir les autres. Se porter à la partie accessible du graal. Ulysse, rappelles-moi…

Reste du feu sous la cendre. L’âtre n’a pas refroidi ses pierres. La crémaillère tend les bras et la table allonge son bois. Du bleu ramure de l’intérieur. La saison d’automne fait ses coupes avant la vendange. Le printemps ne monte que de la chute des feuilles

Niala-Loisobleu

18 Septembre 2015

Johnny Palacios Hidalgo 1970 - Peruvian Surrealist painter - Tutt'Art@ (1)

https://www.youtube.com/watch?v=KTtZhaDZfyk