QUAND LE VENT FORCE LES FENÊTRES


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QUAND LE VENT FORCE LES FENÊTRES

Quand le vent force les fenêtres,

annoncé par tant de portes, tant de forêts battantes,

et que le soir passe sa tête

dans ce qui reste, immobile et défiguré,

Quand la rue s’accroche aux lumières qui, d’un seul coup, tirent à elles tout le ciel, lourdes du feu qui s’écoule des carreaux, étranges prisonniers au long des
villes,

il faut dominer l’amour, le dénuder

du sang qui en fait une soif sans remède,

le jeter aux gueules du sexe

comme un vivant qui s’éveille en plein incendie,

il faut oublier les mots trop tendres

qui tremblent dans la bouche comme des feuilles

et, crispé sur la chair comme les racines autour de la terre,

il faut fermer la femme à la clarté du jour.

Dans la ville, que le soir rassemble en hâte autour des murs, autour des lampes livides, la pluie tombe, transpercée de vent et le monde comme un tunnel rampe dans la nuit.

 

Lucien Becker

Bleu ouvert en deux lèvres.


Bleu ouvert en deux lèvres.

L’Improbable (Extrait)

Quand nous avons à défier l’absence d’un être, le temps qui nous a dupé, le gouffre qui se creuse au cœur même de la présence, ou de l’entente, que sais-je, c’est à la parole que nous venons comme à un lieu préservé. Le mot est l’âme de ce qu’il nomme, nous semble-t-il, son âme toujours intacte. Et s’il dissipe dans son objet le temps, l’espace, ces catégories de notre dépossession, s’il l’allège de sa matière, c’est sans porter atteinte à son essence précieuse et pour le rendre à notre désir.

Yves Bonnefoy

L’Indélébile

Le mensonge de la petite culotte absente cogne à la fenêtre de l’incantation de ses seins gros, forçant le décolleté d’une robe aux boutons ne tenant plus qu’à un fil. Ce fil du rasoir sur lequel je dus traverser l’image que ses mains impudiques m’ouvraient en me forçant à voir les crevasses où je péris de manque aujourd’hui. Les camisoles depuis n’ont rien détachées de la piqûre des milliers d’aiguilles qui me labourent toujours de leurs éperons. Puissant est le coup de la cravache qui veut passer le poteau d’arrivée. Mes reins se jettent, l’âme à percer. Excitée la voie se dresse sur la pointe des geysers. De la canalisation crevée un marécage nous colle. Chansons de vase qui s’extirpe en chuintements de la botte quand elle soulève son pas. C’est un bateau aux voiles à l’envergure albatros grand écart qui m’avale. Toute sa colonne vertébrale me ricoche, une vertèbre à près l’autre. Les mots qui dépossèdent en se déclarant protecteurs sont-ils comme ces chiens d’un coït sauvage qui ne peuvent plus se décoller que sous le jet du seau d’eau glacée? La rue n’a pas gommée le caniveau de son trottoir. Restent les charrettes des quatre-saisons. Jardin potager d’une lubricité que ne connaissent que les amours totales de l’esprit dans le corps. Allègement des mauvaises graisses qui fondent en subtiles essences ciels et tiennent le désir allumé. L’éternité fauve des peaux résistant aux mégissiers

Je te suis le m’aime,  à la parole qui était déjà acte à la première syllabe. Bleu ouvert en deux lèvres.

 Niala-Loisobleu – 15 Février 2017

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Les rues de la nuit sont blanches autour de ton corps de Femme


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Les rues de la nuit sont blanches

autour de ton corps de Femme

 

Les néons des sex-shop ont des secousses permanentes, glissades tangos, ruades bossa-novas, où les croupes valsent et s’emboîtent. Le malheur noie sa solitude dans les verres grossissant d’un bonheur bref donné par des femmes réduites à l’état d’objet-marchand d’un avilissant statut de la Femme. J’ai connu, en voulant savoir, tout ce qui tourne autour de ce commerce juteux (mot on ne peut plus juste dans l’usage de notre langue donnant plusieurs sens au même mot).  Le pied de La Butte, à Pigalle en a fait ses halles comme un cochon. Le temps qui passe entre perruque et rimmel, vide et éponge. Paris canaille, pari mutuel, un travello fait le trottoir en jouant à la môme Piaf, la goualante des pauvres gens.

Qui sait comme ses filles de joie sont respectueuses. J’affirme que la plupart sont moins garces que celles dit-honnêtes ?

En son temps, j’ai voulu m’instruire de ces pratiques comme j’ai voulu apprendre tout ce  qui fait l’Homme. Ma quête humaniste.

Femme, tu sortis en tête d’affiche de mon respect.

Le printemps fait déjà frémir la terre, la nature est en mouvement, elle envoie les premiers signes d’un retour de sa libido.

Mes pensées sont devant mes yeux comme pour dégourdir mes doigts du sommeil hivernal. Le couloir éteint ses lanternes et déroule lentement ses ailes, grandes lèvres des premières fleurs du balcon, il est au bord de l’air libre. Premiers papillons prenant délicatement les bords de tes épaules, pour descendre lentement le tissu recouvrant ta peau. Son grain où je dessine, où je peins, exhale tes intentions.

Tu veux rejoindre l’amour dans tout ce qu’il a de purificateur. C’est de mon côté le m’aime envol que j’ai pris en partant à ta rencontre. Le rendez-vous du rite sacré où le cérémonial de l’union blanche et pure se répète au fil du temps.

Niala-Loisobleu – 1er Février 2017

 

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MOTS D’AURORE


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MOTS D’AURORE

Cherchant mes mains

sous tes draps

j’ai trouvé le porte-plume que j’avais en tête

dans l’odeur de croissant de ton corps chaud

d’une nuit allumée d’ étoiles

où tu ne cessas de me dire allo

de mots bercés par des mouvements d’ailes

ne revenant pas sur le sens du mouvement de tes lèvres

piqué dans la clarté de ton regard

tamponné par tout le poids de tes seins

Niala-Loisobleu – 21 Octobre 2017

A L’ECOUTE


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A L’ECOUTE

Je suis sorti longer le bord de tes questions, on voit souvent mieux la forme d’un mot en en faisant le tour. Tirant le sens de ton interrogation sur le dessin d’un simple tracé mis à terre, fait apprécier son élévation future. En faisant émerger les points faibles. Le rayon des arcs ouvre clairement le poids, au point de savoir comment faire le chapiteau. Architecture d’une phrase de fond ne s’attardant pas aux fioritures et autres attributs de balcons.On ne t’a pas appris à aimer, me disais-tu tandis qu’à l’écoute du mouvement de tes pores je voyais chaque hématome laissé en place par erreur d’aiguillage. Personne n’a vu vrai, c’est dire la blancheur qui demeure en Toi. L’Originel n’a laissé partir qu’un substitut à sa place au cours d’un pseudo cérémonial initiatique. L’enfant n’a pas fait quitter les lieux à son innocence. D’où l’idée de n’avoir pas été instruit. Reste une femme toujours entre deux portes. La pure et vraie en attente de la franchir, l’autre ce zombie qui a fait le voyage juste pour ne pas faire mentir la comédie des hommes initiateurs et qui cherche, a peur, se retient, s’exclue.. Au cardinal qui tient la voie dans ses mains, tant d’autres éléments moins visibles ont leur mot à dire. Toujours la loi du plus fort. Sauf que le plus fort n’est pas celui qui s’autoproclame .

Qui nous a dit sur les deux qu’elle est la bonne oreille, le bon oeil, la main heureuse ?

Cette voix que l’on écoute pas. Qui dérange. La voix du déménageur…

Niala-Loisobleu – 18 Janvier 2017