BRIBES (XIV)


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BRIBES (XIV)

Poitrine d’une flamme qui tremble au moment où gonfle le jabot je défais le premier bouton

enfle la pensée

prête à l’envol

juste un éclat de tes dents mordra mon attente

tirant des ailes à se sentir serrés

Rassurée ?

La rougeur de ta gorge tient les battants de l’espace à ouvrir, renvoie la jalousie quérir l’ombre saine…

Niala-Loisobleu – 30 Novembre 2018

 

L’atelier te transforme à l’instant où tu t’y glisses


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L’atelier te transforme

à l’instant où tu t’y glisses

 

Parle-moi couleur, dis leur forme quand elles t’entrent au ventre

Ici les murs sont une seule et grande ouverture. Je te laisse le dire. Je me tais, ta voix disant dans ses différentes polices de caractères, ses intonations, ses apparitions multiples, furtive, insidieuse, un râpé de velours aux soies positionnées du derme, concise, en tirade, un herbier sans que jamais tu épingles les papillons au liège de tes conjugaisons. Intime refuge, c’est une sensation d’absence de danger, que la peur qui te monte parfois aux cordes vocales finit par rasséréner.

Comme si ta joue se voulait fleur au vase, ton visage penche d’un côté sur la tige du cou, un Modigliani qui ovalise le carré de ton caractère.

Et tout autour, passé nos limites, l’obscurantisme ne laisse aucune illusion à se faire. Il se complaît dans son expression opaque. Pesant au point d’interrompre la respiration, trop lourd, pesant, comme le laid qui croit utile de se vanter.

L’atelier te transforme à l’instant où tu t’y glisses.

Ce qu’il faut dire pour faire semblant se jette à la poubelle. Volubile, tu ne peux plus cacher ce qui te tord les tripes. Et pourtant tu es assise sur ton tapis, « ta niche », silencieuse et gardienne, l’oeil sur son axe pivotant.Tu propulses, irradie, le blanc court aux villages à flanc de montagne, le rose d’un lierre-géranium à l’assaut des cheveux de la sévillane arrivant sur son cheval andalou. Tu grattes du sabot, les cornes frappant pour que s’ouvre la porte du torril, devançant la sonnerie de la trompette de l’arène. Tu es ce soir de lune où la plage s’allume de plusieurs feux, gitans rassemblés autour des roulottes ayant détaché leur chevaux, les chiens sont endormis, le monde s’est isolé là où tout est possible. On a le corps à demi dans la mer et on marche enlacés, le long d’un flamenco qui perce l’indifférence.

Continues, dis du corps, du buste, des seins castagnettes, des vertèbres fébriles, des fesses tempo, des jambes et des cuisses vierges en procession. Aux étoiles qui font l’univers habitable, joins ton irrépressible besoin d’aimer, donne le ton, avoue, confie, jette, lance, demande, donne il a y a du poil aux pinceaux et du fil au couteau, la pâte est souple, charnelle elle volute de tes odeurs, tout autour les fleurs se pulpent, les branches se feuillent d’oiseaux, l’herbe absorbe la douleur des jours sans, l’utopie enfin trouve droit de cité, dis-leur tout !!!

Niala-Loisobleu – 09/11/18

NOUS AVONS


NOUS AVONS

René Char

 

Notre parole, en archipel, vous offre, après la douleur et le désastre, des fraises qu’elle rapporte des landes de la mort, ainsi que ses doigts chauds de les avoir
cherchées.

Tyrannies sans delta. que midi jamais n’illumine, pour vous nous sommes le jour vieilli; mais vous ignorez que nous sommes aussi l’œil vorace, bien que voilé, de l’origine.

Faire un poème, c’est prendre possession d’un au-delà nuptial qui se trouve bien dans cette vie, très rattaché à elle, et cependant à proximité des urnes de
la mort.

Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes et dans l’orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour
nous.

Si l’angoisse qui nous évide abandonnait sa grotte glacée, si l’amante dans notre cœur arrêtait la pluie de fourmis, le Chant reprendrait.

Dans le chaos d’une avalanche, deux pierres s’épou-sant au bond purent s’aimer nues dans l’espace. L’eau de neige qui les engloutit s’étonna de leur mousse ardente.

L’homme fut sûrement le vœu le plus fou des ténèbres; c’est pourquoi nous sommes ténébreux, envieux et fous sous le puissant soleil.

Une terre qui était belle a commencé son agonie, sous le regard de ses sœurs voltigeantes, en présence de ses fils insensés.

*

Nous avons en nous d’immenses étendues que nous n’arriverons jamais à talonner; mais elles sont utiles à l’âpreté de nos climats, propices à notre éveil comme
à nos perditions.

Comment rejeter dans les ténèbres notre cœur antérieur et son droit de retour?

La poésie est ce fruit que nous serrons, mûri, avec liesse, dans notre main au même moment qu’il nous apparaît, d’avenir incertain, sur la tige givrée, dans le calice
de la fleur.

Poésie, unique montée des hommes, que le soleil des morts ne peut assombrir dans l’infini parfait et burlesque.

Un mystère plus fort que leur malédiction innocentant leur cœur, ils plantèrent un arbre dans le Temps, s’endormirent au pied, et le Temps se fit aimant.

 

René Char

ROSEURS AURORALES


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ROSEURS AURORALES

La nature travestie , trahit le mensonge des jambes qui restent hors du tapis de la marelle. Butées de la voie empêchant d’hâler éclore. Le mal se confond plus souvent au bien dans un indicible profil. Je demande à mon tain de conduire à l’intérieur de mon image. Ne plus donner au tant perdu la majeure partie. Se défaire du passé. Mes yeux fatiguent à rester calés sur un point fixe. Dépasser l’aube, l’hiver permanent, le  brouillard qui pend en stalactites sur la corde linge. L’instant mort-né n’est que Jeûne. J’ai faim. Le jardin s’ébroue avec le chien, la cheminée enfile ses bottes, l’herbe mouillée indique l’estuaire, la montagne est derrière, devant c’est le large. Sous les pieds d’ici ma tête à l’envers de là, ne peut laisser mon coeur figer l’endroit de tout le bleu que fait la tonsure de la forêt en clairière. Un chat se glisse par la chatière en montrant le chiffon rose dans ses moustaches. Au moment où la colline a levé les bras la vallée a placé ses tertres de chaque côté du banc. Feuillées hôtes j’arrive.

Niala-Loisobleu – 13 Avril 2018

S……E


 

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S……E

 

Ouvrir l’Atelier dans un gris de ciel sans portes place une impression molle

il est clair que lorsque je l’ai fermé, bien qu’il faisait nuit noire, trouver la clef fut on ne peut plus facile vu la lumière qu’elle tenait en ailes

pas utile de puiser dans le souvenir, juste trouver le vitrail du rayon en complétant la formule magique

S……E

 

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2018

 

Le Facteur sonne-il toujours ?


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Le Facteur sonne-il toujours ?

Fébrile passage,les jambes d’un escalier mécanique n’ayant pu obtenir l’autorisation de chausser un temps qui est hors des marches forcées, faut voir la gueule qui tire. A croire que j’ai pris une salve dans la hanche droite, suis bloqué…

Seulement du mouvement pas de l’élan, s’écrie mon phare pointé

C’est vrai qu’il est tendu vers la Vallée qu’il fouille de son trait lumineux..

 

Niala-Loisobleu – 07/03/18

QUAND LA POCHE TEND SON CAILLOU


 

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QUAND LA POCHE

TEND SON CAILLOU

 

Passerelle

tremblement du ballant

un singe peut aussi faire le pont

quand il ne reste plus de branches aux arbres

Dans les fougères à l’abri

la fraîcheur se tient tapie

un autre monde vît

au-dessus des affaires

nu intègre râle

bien à l’écart

Les fourmis se promènent sans culottes

les papillons sont topless

et sans chaussettes vont bon train les mille-pattes

comme les abeilles

qui jamais

bien que passant des montagnes

ne mettent de cache col

Un monde ailleurs

où le plus rien prospère

Reste toujours une fleur

que les boutonnières ignorent par bonheur

Vase au marais

ne cage jamais

les grenouilles sautent comme des lapines

sans glas pied

D’entre l’ajonc et l’iris

plus d’un nez d’air a pu fuir l’ô rayé

libre

à travers seins

et la couette des pores

que les soies et les martres m’aiment

au bout d’un manche nageant dans le bleu

poils

toilent

les mâts t’las pour tout sortir des lies

Gypse d’ongles sans vernis

l’étoc granite ses paumes

lieu où bar nagent à côté des aquariums

ronds comme des poissons-lunes

qu’un zinc a fait Petit-Prince un jour ou l’Antoine exaspéré des hommes

a choisi de les rejoindre au plus profond de l’ô

S’il est un voeu

qui serait-ce en deux hors de Toi ma Muse ?

Niala-Loisobleu – 15 Janvier 2018