DOUBLE JE


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DOUBLE JE
Dans un environnement tout blanc de gel la nudité des arbres ne rend pas le paysage hospitalier. Du
moins en réalité, parce qu’en apparence l’escroc a tout fait beau. Où qu’on regarde aussi bien la rue que les vitrines, bien que le bluff de Noël soit passé, y a des supers guirlandes à gogos. Le pas accélère, la circulation sanguine freine. Assis au bord de monstrueuses évidences d’abus d’idéal sous assistance manipulatrice d’un éleveur de couleuvres faisant son beurre auprès du fragile égaré, le comportement devient insoutenable de par son abaissement. Et le crime se met en place, en toute préméditation et orchestration, soulevant enthousiasme et adhésion de la victime plus que consentante

Je rend la fausse-fenêtre

et
la grande porte en trompe-l’oeil


laissant le bruit des chevaux sortir des pelouses synthétiques
dans un dernier sursaut d’espoir de mettre mon idéal à couvert du danger de l’abominable prédateur soutenant que croire est la dernière des choses à faire.

Hier encore quelques cheminées de fées mâtées sur le pont de mon voilier laissaient croire plus bleu qu’un catalogue de croisières du tour opère à tort. T’as les yeux dans le caniveau plein de crottes. Avec la ligne d’horizon qui rampe genre crotale en embuscade, se dire debout pour te soutenir, ferait que devenir complice du piège découvert. Elle est si basse, veule et d’une laideur adipeuse la menterie qui colle, que même sans me doigter le gosier, je dégueule. En traversée du désert, le chameau à lui tout seul tangue à faire gerber bien plus que nécessaire le bien et le mal. Vierge et catin d’un faux-m’aime sourire en un seul personnage.


Niala-Loisobleu
23 Janvier 2017

 

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Ilarie Voronca Rien n’obscurcira la beauté du monde


Ilarie Voronca

Rien n’obscurcira la beauté du monde

voronca 1926

Cette proclamation d’espoir est celle d’un recueil d’Ilarie Voronca, immense poète roumain écrivant en français.

Mais au soir du 4 avril 1946, Ilarie Voronca rentre chez lui, enfin dans sa demeure terrestre; il s’enferme dans la cuisine, prend du temps pour méticuleusement calfeutrer porte et fenêtre, en vérifie l’étanchéité. Puis posément il avale tout un tube de somnifères, lui qui ne prenait jamais ces faux amis du sommeil, boit de l’alcool par-dessus, lui qui ne buvait pas du tout, et arrache le tuyau de gaz. Sans un mot derrière lui, sans le moindre signe.

Et il attend comme il a tant attendu les clignotements de la vie. Et lui qui savait donner aux hommes les rêves d’un arbre ou d’une rivière s’en va. Ce « frère des bêtes et des choses, des livres et des villes, de l’espoir et du malheur » était par trop une conscience aux aguets, un homme de la déchirure.

Il avait 43 ans et c’était sa deuxième tentative de suicide. Être dans son corps réel ne lui suffisait plus. Il lui fallait briser la solitude, « célébrer la fin du règne de la soif ». Il le fit à sa manière désespéré de n’avoir en fait « qu’entrer dans la vie d’un autre » et non dans la sienne.

Il me faudra te quitter ombre, frère

je laisserai ces mots, ces chants inachevés (Permis de séjour, 1935)

Il avait écrit « Ulysse dans la cité » en roumain, il avait 23 ans, et Roger Vailland ébloui l’avait traduit. Maintenant son Ithaque était les fleuves de la mort auquel il avait tenu tête lors de l’occupation nazie.

Il avait tenu tête à la cage d‘écureuil de la vie de tous les jours, celle où se brisent toutes les barques de l’amour.

Sa vie, il l’avait enfermée dans ses livres comme un commentaire, comme les traces d’un autre. Ses hallucinations simples ou profondes il en avait fait de la poésie. Mais là la corde était trop tendue, le désespoir trop vivace.

Et lui qui au-dessus des toits voulait bâtir un autre ciel de chair s‘est enfermé dans lui-même. Il s’était tellement penché sur « le passage à niveau du cœur », qu’il n’aura pas voulu voir passer le train de la vie. La cage des mots se refermera sur lui et sa voix aura fait naufrage, images et biens.

(Source Esprits Nomades)

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Parce que le plus humblement qui soit, je suis de ces êtres là,

ce soir j’ai envie de dire le dégoût que ce monde mérite, tout en sachant que ceci passera au-dessus des têtes et surtout au-dessus de celles qui m’ont abusé en rigolant sans doute dans leur for intérieur. Sûres d’avoir pensé que je n’étais qu’une poire qui gobait leur imposture et en particulier leur infâme trahison.

Désolé de vous décevoir, ce que vous êtes je le tiens de vous seuls. Vous m’avez apporté vous-mêmes de quoi le savoir.

Nous voici au bord de la chute. Mentir est devenu un devoir, plus, une religion. La politique avec ses stars, va le démontrer dans toute sa démesure, tel un Polnareff débris.

Je ne crois pas en votre rédemption tricheurs de tous bords, je crois tant que

Rien n’obscurcira la beauté du monde

et qu’elle se chargera de vous présenter la facture.

Point de nécessité au suicide en ce qui me concerne, juste un ménage relationnel indispensable…

Niala-Loisobleu – 11 Décembre 2016

 

Sous la lumière rouge de la lune

 

L’enfant dépossédé erre nu et seul dans la rue.

Ce n’est plus un enfant maintenant. Il ne se rappelle plus

ce qu’il est venu faire dans ce quartier de la ville qui lui semble

soudain inconnu sous la lumière rouge de la lune.

Perdu entre des millions d’hommes

Leur ressemblant de plus en plus jusqu’à ne plus me reconnaître

Pouvant aussi bien vivre leur destinée qu’eux pourraient vivre la mienne

Avec la faim, le froid inscrits sur le visage

Et quelquefois l’extase hébétée d’un désir satisfait

Ce n’est pas moi qui ai su faire un outil de mon corps

Pour dresser dans la mémoire du monde ma statue

Une montagne, une mer ont suffi pour remplir mes poches

Dans les villes mon ombre a fui craintive dans les égouts

Et quand les promeneurs disaient avec respect :

Cette bâtisse est à un tel et ce carrosse

Est à un tel et ce jardin et cette vallée sont à un tel

Ce n’est pas mon nom que prononçaient leurs lèvres.

Mais moi qui n’ai jamais rien eu

Comment pourrait-on se souvenir de moi ?

 

Car pour s’en souvenir il faut palper, voir ou entendre

Et que pourrait-on voir, entendre ou palper

Sur quelqu’un qui n’a que son regard

Comme une feuille de nénuphar sur l’eau de son âme paisible.

Il y en a certes qui font des actions méritoires

Des capitaines qui conduisent des hommes au combat

Et si un seul parmi ceux-ci échappe à la mort

Il porte témoignage pour la vaillance du chef

Il y en a qui demandent des sacrifices aux foules

“Que chacun, disent-ils, fasse son devoir

Et qu’il se contente d’un salaire minime”

Ceux-là on les nomme bâtisseurs d’avenir.

Leur pouvoir est grandi non seulement des bêtes, des machines et des pierres

Mais des hommes aussi qui font partie de leur avoir.

Pour avoir une identité, il ne suffit pas

De posséder deux bras, deux jambes, deux yeux, un nez, une bouche

Il faut que quelque chose qui est en dehors de vous, vous appartienne

Une terre, une maison, une forêt, une usine

Ne serait-ce qu’une petite échoppe de cordonnier

Une écurie de courses, ce serait parfait mais il ne faut pas viser trop haut

Un troupeau de brebis ou même quelques volailles

Feraient très bien l’affaire

 

Car l’homme avec ses angoisses et ses soifs d’infini est si peu de choses

Que pour qu’il puisse susciter l’estime

Il doit s’adjoindre quelque bête ou quelque pierre inerte

S’entourer de l’autorité d’une grange ou d’une carrière de sable

Alors ceux qui le croisent voient autour de lui

Les murs de sa demeure, le souffle de ses buffles

Alors sa figure s’augmente de tout ce qu’il possède

Et les hommes s’en souviennent

Mais moi pour la gloire de qui

Ni bêtes, ni gens n’ont travaillé

Je suis passé sans laisser de traces

Nulle empreinte ne ressemble à celle de mon pas

Mes initiales ne sont gravées ni sur l’écorce des arbres

Ni sur les croupes du bétail.

 

Ah ! j’ai peut-être été entraîné dans ce passage terrestre

Comme un qui se trouve involontairement mêlé

À quelque histoire honteuse

Il valait mieux que je fusse méconnu

Que personne ne puisse dire :

“Il était comme cela !”

Non rien de particulier dans le visage

Je n’ai été ni champion de force ni chanteur, ni meneur d’hommes

Quelle chance d’être passé inaperçu

Et quand les juges chercheront les noms

Ils ne trouveront le mien ni dans les cadastres des mairies

Ni parmi les titulaires de chèques, ni parmi les porteurs de titres

Non, pas même sur une croix ou sur un morceau de pierre

Quelque part se mêlant aux blancheurs d’un ciel bas

Mes os seront pareils aux herbes arrachées.

Ilarie Voronca

 

 

LE CIMETIERE DES ELEPHANTS


LE CIMETIERE DES ELEPHANTS

 C’est pas perdu puisque tu m’aimes
Un peu moins fort, un peu quand même
J’suis ta solution sans problème
Gadget évident
Mais toi maintenant
Tu veux plus en jouer
Faut m’garder et m’emporter
J’suis pas périssable
J’suis bon à consommer
Te presse pas tu as tout l’temps
D’m’emm’ner au cimetière des éléphants
Faut m’garder et m’emporter
J’prendrai pas trop d’place
Promis, craché, juré
Quand j’serai vieux, j’te f »rai le plan
D’chercher le cim’tière des éléphants
Y a des souvenirs quand on les jette
Qui r’viennent sans faute dans les maux d’tête
Faut pas qu’je pleure pour qu’tu m’regrettes
Côté sentiment, j’suis pas pire qu’avant
Faut m’garder et m’emporter
Je sais qu’j’ai plus l’droit au crédit renouv’lé
J’suis dans l’safari partant
Mourir au cimetière des éléphants
Faut m’garder et m’emporter
J’suis pas périssable
J’suis bon à consommer
Te presse pas tu as tout l’temps
D’m’emm’ner au cim’tière des éléphants

A taire, la parole relève l’en-tête du papier à lettre…


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A taire, la parole relève l’en-tête

du papier à lettre…

 

Quand tout s’éteint
que les ombres glissent des murs et s’aplatissent le long des plinthes
il y a ces feuilles mortes qui marchent sur les vitres
leurs paumes tournées vers l’intérieur

la fillette qui a troué la nuit de son doigt translucide
les prend pour des mariés et leur jette des poignées de riz
qui retombent du côté opposé à la pluie
tricotant un habit chaud pour le jardin si pauvre.

Vénus Khoury-Ghata (Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004, p. 85)

La porte dérobée surgit des caches du receleur. Gonds en avant, les clefs dix pas en arrière. Le fabuleux dont se pare habituellement le mystère commun est bien sûr un fac-simili chargé de semer le trouble alors que tout est limpide.

Je que coi. Couac qu’on en dise ça dénote un défaut dans le kiosque à musique. Quand un dur d’ô raye refuse de s’appareiller, et que l’autre lobe en touche, sortir le carton tout rouge de son coeur fait plus des faits qu’un relanceur de balles en rôle en Garros.

L’Amour n’a pas la tête de l’emploi pour jouer les soubrettes. Aux mots lierres il tend le cou pour parler la m’aime langue, un point c’est tout.

Parle-moi de Nous, Toi que j’Aime.

Niala-Loisobleu – 21 Septembre 2016

 

 

 

 

 

DES PAS DANS LA NEIGE


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DES PAS DANS LA NEIGE

 

Au loin des yeux cyprès du coeur

il neige sur le Sud où mon hors se fait proche

le soleil se fait plus bas

de n’avoir jamais compté

mes pas

fait que ce matin, je m’aperçois que ce qu’ils ont planté fond dans la cavité de mes élucubrations stériles. Plantes de couleurs amoureuses non comestibles dans ce monde-ci.

Je n’aurais…

voici le passé qui repointe…

Tout ce à quoi je n’ai fait que croire n’aura fait que des soubresauts dans l’intermittence convenant au besoin des autres. Il me reste des reliefs décharnés d’une femme que j’ai aimé et d’un avis de décès d’une Autre enveloppé dans un silence qui serait  devenu avilissant pendant que je ne le pensais que pouvant être noble.

Fondante trace

tout glisse

Et à la veille je suis au mur à me dire

au dernier tableau

que mon pinceau va devoir pleurer de s’être trompé

sommé

de ne plus pouvoir échapper à ce qu’il n’aurait pas voulu reconnaître

que rien ne tient

de folie comme de raison

Niala-Loisobleu – 15 Septembre 2016

 

De mes Peintures Noires à Mon Outre-Mer


De mes Peintures Noires

à

Mon Outre-Mer

Où les poings qui se desserrent

confient aux  ongles la plaie profonde de pleurer tout le sang qui reste

C’est long un  désert de 47 ans à traverser

J’ai cherché mes trois fils dans un couloir éteint

A l’autre bout

le dernier enfant d’un de  mes enfants dit à ses parents:

Pour mes 18 ans

le seul cadeau que je demande c’est mon arrière-grand-père présent…

Les jours d’Août en devenant Septembre me coupent les jambes, hier soir j’a lâché la rambarde. C’est suffocant 47 étages à descendre en chute libre.Tout défile supersonique et impossibilité de courir comme dans le ralenti du cauchemar  de quand j’étais tout môme…Je tourne et roule, m’affale, lâche tout en vomi, en me tirant la tripe d’un cri du fond de la gorge dans l’affaissement des épaules repoussant orgueil, vanité, colère, douleurs, injustice et tout le toutim d’une rancune qui n’a jamais été et qu’il faut absolument empêcher de montrer sa sale gueule. Taisez-vous les diseurs de conscience, allez vendre votre méchanceté ailleurs. L’amour c’est comme un gène qui prend son tant qu’il veut pour ressortir des profondeurs.

Ma voix cherche un morceau d’épave où se raccrocher, combien de temps je me suis avalé la tasse de mes larmes, que j’en suffoquais à rien pouvoir ni dire ni écrire.

Juste une histoire d’amour qui gonfle ses lettres à la loupe, cette foi est là qui zoom, vas-y mon Alain pleure sans le cacher.Arrache de ton dos le mal de ton oeil et la rage de dents. Aime, aime, aime et peins-le bleu, laisse Goya à Fuentès étaler sa misère au Prado, reviens, l’Amour t’attends plus Bleu que Bleu comme jamais.  !

Niala-Loisobleu – 3 Septembre 2016

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Ah la Musique, la Musique !


    Marco 3.

Ah la Musique, la Musique !

 

Je voulais que mes doigts de poupée pénètrent dans les touches. Je ne voulais pas effleurer le clavier comme une araignée. Je voulais m’enfoncer, me clouer, me fixer, me pétrifier. Je voulais entrer dans le clavier pour entrer à l’intérieur de la musique pour avoir une patrie. Mais la musique bougeait, se pressait. Quand un refrain reprenait, alors seulement s’animait en moi l’espoir que quelque chose comme une gare s’établirait ; je veux dire : un point de départ ferme et sûr ; un lieu depuis lequel partir, depuis le lieu, vers le lieu, en union et fusion avec le lieu. Mais le refrain était trop bref, de sorte que je ne pouvais pas fonder une gare puisque je n’avais qu’un train un peu sorti des rails, qui se contorsionnait et se distordait.

     Alors j’abandonnai la musique et ses trahisons parce que la musique était toujours plus haut ou plus bas, mai non au centre, dans le lieu de la rencontre et de la fusion.

(Toi qui fus ma seule patrie, où te chercher ?

     Peut-être dans ce poème que j’écris peu à peu.)

Alejandra Pizarnik, extrait de « Figures du pressentiment », in l’Enfer musical (1971), Œuvre poétique, traduction de Silvia Baron Supervielle, Actes Sud, 2005,

 

Le bruit des aiguillages va et vient. Les petites gares que sont-elles devenues ? Sales des pas perdus ou consigne de voyageur sang bagages ? Je n’ai jamais regardé le panneau horaire des départs, guidé d’instinct vers celui  des arrivées. Peut-être faut-il chercher là la réponse aux trains demeurés fantômes. Restés en cours de route, coincés dans une nuit sans bout. Ces navires partis lourds vers l’Absolu, cales pleines de promesses, qui passent inévitablement par le Triangle des Bermudes.

Avoir toujours tenu les siennes ne croyez pas que ça allège la tare. Il y a au centre même du bonheur des poids morts qui vous gueusent l’envol avec toujours un retour à la case prison. Pourtant ce n’est pas d’avoir vanté le bleu à tort. Je l’ai, plus pugnace qu’une couleur indélébile. Seulement il peut arriver qu’il soit tagué contre sa volonté. Se trouvant recouvert par un dessein parasite.

Ah la musique, la musique c’est bien là que tout s’embrouille. L’instrument se prend les pieds dans le tapis. Devenant dans l’esprit du joueur un jeu de chaises musicales. Le fond se retrouve le cul par terre au profit de la forme qui fonce sans scrupules se poser les meules n’importe où.

Je me souviens avoir appris à évider le sureau. Certainement par inadvertance à tout calcul de formation musicale. C’était au bord de mon premier ruisseau pour accompagner au flûtiau le petit moulin propulsant ce bateau en papier sur lequel il faut croire que je dérive encore. Comme un enfant d’Marie qui s’est cru au ciel.

Niala-Loisobleu – 15 Août 2016

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