UN CHAMP D’ÎLES


muse

UN CHAMP D’ÎLES

Tourmentes, feu marin, étendues sans pitié : ce sont les hautes marges des houilles, parfois le vent qui tout doux avive tout doux surprend le cœur et l’empanache ; ce sont
meutes du vent qui dévoient des mains, vers la coulpe et l’accomplissement du gravier. Ces cavaliers s’éprennent d’une liane, l’entendant croître par le ciel jusqu’aux ultimes
étoiles ! O de ce langage qu’est toute pierre pourvue de chair et la levant par-dessus elle, de ce langage violent et doucement obscur qu’est la racine douée de chair et la poussant
par-dessous elle, voici l’épure. Ce n’est point chaleur du mot qui étincelle, mais peuplades de mains sous la peau : l’attentat massif de la corolle à ses bords d’étang
rose, et la montée des folluaires, et la chute meuble des paradisiers. Quel peut être ce cri, cet éclat de vitres dans la voix ! — que de cette chambre où vous voici
lovée aux voilures de vie, soudain le jour s’en aille, déflorant, vers ce langage qui se perd, et puis se prend ? Il établit en l’île vos mains atteintes de nuit. Sous les
sombres frondaisons de la peau frêle vous avancez votre sourire comme un oiseau des bords de mer; c’est l’éclat de votre silence, c’est la prose tranquille de vos mains qui font
lumière de ce monde, le conquièrent entre ses haies.

Voici le recommencement de cette argile au chaud du cœur, qui bouge ; un présent d’îles qui s’accordent, ô vous ! parmi elles rêvant votre visage (belle, si belle). Nul
ne peut dire si c’est la houle des chemins remontant la douleur, ou si, de cette nuit de solitudes et de marées, c’est pur asile qui s’étoile en un silex. Nul ne peut voir ni toucher
ce mi-jour, toucher le jour avec les mains de la douceur. Il s’établit un vent de chevaux roux et d’altitudes. Solidement, comme un qui enfonce dans la terre son bras, à coups de
masse. Mais une élégance aussi d’abeilles muées, le vent les vêt de ses tendresses. O ce regard qui de l’un à l’autre hésite et s’amasse ! Vous, échappée
le long des grèves du jour, bord plus aisé que d’une mare celui dont l’arbre tente le tour, en vain. Et lui ne craignant pas de dire « je » dans l’embrasure, pour être
là échevelant l’attente. O la patience qui fleure, indécise et cependant ferme et douce, voyez si c’est l’aurore fourvoyée dans cette chambre ? Ou l’accord des
désastres parmi la houle des chemins ? Et cette argile qui à nouveau bouge et gravit son propre corps, l’avez-vous allumée, l’avez-vous ? Ou bien c’est le soleil entrant encore
dans cette chambre qui seul a mis dans vos yeux ce parfum triste de l’enfance ? O vous, dans ce champ d’îles parfaisant le souvenir et l’espoir, contraires fleurs.

Ce jour ! — où, égalant la Montagne plus proche qu’un nœud de lampes à votre front, il vous leva en lui par-dessus les neiges, vous aérant d’un gros discours
d’opales, de sensitives. Une patience a grandi dans l’absence, de lui blessé par l’absence et la présence d’une autre voix, non la vôtre, et de vous, qui chavirez vos tours de
désespoir, purifiant l’autre (et non pas lui) de vos douceurs. Depuis ce jour, la lumière a avancé d’un pas terrible, la terre est un passé de névadas, un Haut Plateau
d’errements sur leurs quilles. Cette argile à nouveau remue ! Serait-ce que l’oiseau guide le ciel vers une source ? Serait-ce, très-lointaine, l’embarquement des rives de la neige
vers une foule incendiée ? Ou le cœur, est-ce le cœur, agité comme une gare de populations végétales, qui fume sur la ville sa suée de terres, son ressac
tumultueux ? Nul n’avoue, nul ne peut, que cette enfance soit la vielle d’un bivouac. Lui ne craint plus le sentiment (de dire « je » dans cette terre), mais l’emblave et l’ensemence.
Et vous à peine devinant tout ce remous d’éroiles et de lierres, profuse en ce langage, indifférente et soudain calme dans le fruit, faites mystère ainsi que lui de ce
silence où bruit la ville. Pour atteindre à votre jour (comme on attente à la douleur, lui brûlant jusqu’à ses étoiles), voici l’argile commuée, ce fruit
bougé, l’effraie douce du langage. Fureurs à nu, lances de l’air, forêts ô multitude ! que vient ravir la foi de vous, dans ce champ d’îles non inventées.

De ce travail cependant, vous êtes absente. Absente qui êtes là, comme une baie ! Vous vous levez, et l’on croit voir le souffle soudain de l’air qui prend forme et défie la
volée lourde du regard (belle, si belle). Absente qui êtes toute présence ! Quand vous marchez sur l’horizon, le sang qui marche dans la terre enfin repose et devient source
à la limite des halliers. Vous souriez si gravement que cette eau-là revient vers vous ; et cette source a débridé l’éternité de la lumière. O vous absente de
ce travail, mais vous y êtes seulement. Durant que vous dormez dans cette plaine, le souvenir encourt les tournoiements de l’arbre, et plus haut son sang. Toute prose devient feuille et
accumule dans l’obscur ses éblouies. Faites-le feuille de vos mains, faites-le prose de l’obscur, et l’ébloui de vos brisures. O vous présente à ce travail, pourtant
n’est-ce pas vous qui pleurez dans la plaine l’enracinement de votre solitude, vous ignorez par là-bas dans le feuillage ce labeur des mutations et des légendes, l’effraie
torturée du langage, la vague qui unit à la terre son mot de mer, et l’appétit du demeurant parmi ce feu ! — faites-le flamboyance de l’indécis, que soit le cœur
une présence de clartés (nul ne l’avoue). Voyez la démesure et la mesure, foyers sans fin, dans cet accord de l’horizon. Quand vous marchez sur l’horizon, la chambre ici
désassemblée redit son eau, votre créance. Le désir s’en est allé où va le feu souffrir, et où, où, où ?… Grave, vous souriez de ce désir,
l’embuez d’espaces sans frein. O absente qui êtes là. Alors il pousse ses champs vers l’ensablure, le mot lourd. — Et où encore ? il le demande.

Que tout ce lieu soit muet comme un poème sans vergers, ou que cet arbre hésite au bord de vous, cherchant l’oiseau de son regard sur vous brodé, la nef des arbres hauts sur la
hauteur, et l’ogive tressée d’ombre pour vos ployures, — toute splendeur est-elle pas muette ? Comme un poème hésite au bord de l’eau, tâte du pied guette le gué
mire le ciel dans ses brouillards sans gué, sans gué ! comme un poème de mâtures crie sa voile et ses huniers, — ainsi demeure-t-il à la frontière de vous,
maraudeur d’un autre pays, une pierre à son front comme un signe d’ancienneté. Qui tarde à dire l’indicible, il s’établit dans l’aube. Celui que trouble l’opacité,
celui qui devine l’enfance, il grandit dans l’assurance de sa voix, la maladresse de ses pieds, — le moindre vent le fait faillir. Que dirait-il, que vous sachiez, et quoi encore, que
vous ne sachiez pas, ô immensité sur les labours ? A jamais la fibre de votre regard étranger à la fibre de son regard, à jamais. L’herbe où vous baignerez,
enfant

promise aux plénitudes de la terre, en vain sur ses racines

tente-t-il de l’élever. (Ou bien resterez-vous désolée sur

votre sable, purifiant la soif et la faim ?) Voici depuis

longtemps un autre ciel, une autre baie, qu’il y perdure.

Une autre moisson, qu’il en lève son levain. Et, qu’aux

abords de votre corps il exténue l’attente (autre patience,

autre ondée), il n’importe. Son silence est de vous appeler à

ce feuillage de grandeur où naissent la mer, et les

continents après elle, et toutes saveurs réparties sous le

couteau de la lumière, les nappes spectrales du silence,

buses et blancheurs du cri, et toute chose épanouie vers son

île quotidienne, ouverte, hélante, et secrètement close, et

muette autant qu’une splendeur.

Vous, présence, émoi de pierre, ouvrage du soleil quand il est lézard sur la roche. O votre présence est de jour, l’envers miraculeux de celle-ci, malhabile. Et que le
souffle hésite, c’est bon signe. Landes, levures du matin. Rade assouvie, une fois franchi le goulet des mots. Votre absence, de même pluie, ouvre la lumière ; infinie,
après l’intimité cernée de chaque forme ; gardienne du mot dans l’allée secrète. O revoici ce champ du jour et de la nuit, assomptions, l’un de chair et puis l’autre de
rareté. Ce n’est absence de saison, qu’effacent le retour et l’oublieux revoir. Ce n’est présence de raison, le sentier des dialogues, la main dans le cœur comme une
épissure de gloire. Acacias rouges sur le rêve. Sang volubile sur le chemin ! Absente qui êtes présence ! Que la parole à l’entrée du poème hésite
encore, mûrisse au plus profond les fastes de leurs proches épousailles, c’est témoignage pour l’époux. O ce n’est point absence, ni présence à demi, mais si
pleines que l’être leur est un sillon de terre. Toute chair se divise, à l’aurore et au soir, de présence et d’absence, pour un feu et pour un sevrage. O mangue, image de ses
succulences ! Chambre du soir, berceuse d’engoulevent, et ta tête de statue blanche, si blanche ! Cette image a poussé tout le jour ses lèvres nettes comme une berge. Maintenant
que voici le soir, chambre du soir, berceuse d’engoulevent, pose-toi sur la crête et élargis ton rêve. Mais l’élargissant jusqu’aux hauteurs de cette absence, sous l’ogive
des filaos, ramène-le cependant vers la foi têtue de cette présence, parmi la foule ! — O poème qui naît de vous, qui naissez à ce labeur du monde
entier.

2

Savoir ce qui dans vos yeux berce Une baie de ciel un oiseau La mer, une caresse dévolue Le soleil ici revenu

Beauté de l’espace ou otage De l’avenir tentaculaire Toute parole s’y confond Avec le silence des Eaux

Beauté des temps pour un mirage Le temps qui demeure est d’attente Le temps qui vole est un cyclone Où c’est la route éparpillée

L’après-midi s’est voilé De lianes d’emphase et fureur Glacée, de volcans amenés Par la main à côté des sables

Le soir à son tour germera Dans le pays de la douleur Une main qui fuse le Soir À son tour doucement tombera

Beauté d’attente Beauté des vagues L’attente est presque un beaupré Enlacé d’ailes et de vents Comme un fouillis sur la berge

Chaque mot vient sans qu’on fasse A peine bouger l’horizon Le paysage est un tamis soudain De mots poussés sous la lune

Savoir ce qui sur vos cheveux Hagard étrenne ses attelages Et le sel vient-il de la mer Ou de cette voix qui circule

Abandonnés les tournoiements D’aventure sur les tambours L’assaut du sang dans les plaines Son écume sur les Hauts

Abandonné le puits de souffrance La souffrance au large du ciel empotte Dans la foule des fromagers Sa meute de mots et sa proie

Abandonnée tarie la mesure Démesure des coutelas Cette musique est au cœur Comme un hameau de lassitude

Beauté plus rare que dans l’île Ton grand chemin des hébétudes Va-t-il enfouir son regard Dans la terre, humide douce

Les hommes sortent de la terre Avec leurs visages trop forts Et l’appétit de leurs regards Sur la voilure des clairières

Les femmes marchent devant eux L’île toute est bientôt femme Apitoyée sur elle-même mais crispant Son désespoir dans son cœur nu

Et parmi les chants de midi Ravinés de sueurs triomphales Sur un cheval vient à passer La morte demain la Pitié

L’île entière est une pitié Qui sur soi-même se suicide Dans cet amas d’argiles tuées O la terre avance ses vierges

Apitoyée cette île et pitoyable Elle vit de mots dérivés Comme un halo de naufragés A la rencontre des rochers

Elle a besoin de mots qui durent Et font le ciel et l’horizon Plus brouillés que les yeux de femmes Plus nets que regards d’homme seul

Ce sont les mots de la Mesure Et le tambour à peine tu Au tréfonds désormais remue Son attente d’autres rivages

L’après-midi le Soir les masures Le poing calé dans le bois dur La main qui fleurit la douleur Et la main qui leva l’horizon

Sur vos chemins quelle chanson A pu défendre la clarté Sur vos yeux que l’amour brûla Quelle terre s’est déposée

Outre mer est la chasteté Des incendiaires dans les livres Mais le feu dans le réel et le jour C’est ce courage des vivants

Ils font l’oiseau ils font l’écume Et la maison des laves parfois Ils font la richesse des douves Et la récolte du passé

Ils obéissent à leurs mains Fabriquant des échos sans nombre Et le ciel et sa pureté fuient Cette pureté de rocailles

Ils font les terres qui les font Les avenirs qui les épargnent O les filaos les grandissent Sur les crêtes du souvenir

Mulets serpents et mangoustes Font ces hommes violents et doux Et la lumière les aveugle La nuit au bord des routes coloniales

Toute parole est une terre Il est de fouiller son sous-sol Où un espace meuble est gardé Brûlant, pour ce que l’arbre dit

C’est là que dorment les tam-tams Dormant ils rêvent de flambeaux Leur rêve bruit en marée Dans le sous-sol des mots mesurés

Leur rêve berce dans vos yeux Des paniques des maelstrôms Plus agités que la brousse profonde Lorsque passe le clair disant

Beauté sanguine des golfes O c’est une plaie une plaie Où danse le ciel, grave et lent De voir des hommes nus et tels

Et l’île toute enfin repose Dans le chaud des maturités Mûr est le silence sur la ville Mûre l’étoile dans la faim

Ce qui berce dans vos yeux son chant Est la parure des troupeaux L’herbe à taureaux pour les misaines Le dur reflet des sels au sud

Rien ne distrait d’otdre les vies Les hommes marchent les enfants rient Voici la terre bâtée, consentante De courants d’eau, de voilures

Quelle pensée raide parcourt Les fibres les sèves les muscles De la douleur a-t-on fait un mot Un mot nouveau qui multiplie

Celui qui parmi les neiges enfante

Un paysage une ville des soifs

Celui qui range ses tambours ses étoffes

Dans la sablure des paroles

Attendant l’ouverture des Eaux

Le grand éclat des vagues Midi

Plus ardent que la morsure des givres

Plus retenu que votre impatience d’épine

Celui que prolonge l’attente Et toutes les mains dans sa tête Toutes splendeurs dans sa nuit Pour que la terre s’émerveille

Il accepte le bruit des mots Plus égal que l’effroi des sources Plus uni que la chair des plaines Déchirée ensemencée

Sa clarté est dans l’océan Dans la patience que traîne Vers où nul œil ne se distend La flore d’îles du Levant

Ce qui berce en vos. yeux son chant Pour atteindre le matin ô connue Inconnue c’est la chaleur fauve Du chaos où l’œil enfin touche

Ile ces requins vos fumures Le charroi de votre sang l’homme Et sa colline la femme et les cases L’avenue dans ces miroirs les Mains

Esc-ce oiseau, une racine qui gicle Esc-ce moisson, l’amitié grandie de la terre La même couleur éclabousse, caresse La souffrance est de ne pas voir

Beauté de ce peuple d’aimants Dans la limaille végétale et vous Je vous cerne comme la mer Avec ses fumures d’épaves

Beauté des routes multicolores Dans la savane que rumine L’autan plein de mots à éclore Je vous mène à votre seuil

Écoutant ruisseler mes tambours Attendant l’éclat brusque des lames L’éveil sur l’eau des danseurs Et des chiens qui entre les jambes regardent

Dans ce bruit de fraternité La pierre et son lichen ma parole Juste mais vive demain pour vous Telle fureur dans la douceur marine,

Je me fais mer où l’enfant va rêver.

3

O tout ce lieu est mort, plus que l’aurore dans les chambres, loin du vent. Jamais plus n’ira le vent par la parole, acheminant des rêveries. Le soir est écuelle de broussailles, de
roses sales. Ce vent n’est plus l’arène où s’ébattent les pluviers ! Jamais plus, ô jamais n’ira l’aurore disant l’aurore, « je suis l’éveil des yeux et la
clarté des profondeurs ». Et lui dans ses tréfonds n’agite plus d’argiles, de populations en liesse. Disait-il seulement, comme l’aurore, « je », dans cet effroi des
promenades ? — nul ne sait. O la proue des midis contre son cœur tambourinés. Peut-être avez-vous su l’émoi des plages au midi ? Peut-être êtes-vous là,
dans la voix fissurée, cette naissance hivernale ? Mais lui ne touche plus que les bâtisses de ce bruit autour des rues où l’herbe pousse. Elle pousse ! drue et sanglante dans
son cœur (est-ce la rue, ou bien son cœur ?) ; drue et haute et blessée, l’herbe a gravi la nuit ! Maintenant sur la prairie les beaux pluviers réapparus font des
réverbères, non, des étoiles. Qu’est-ce l’étoile sinon la chose très obscure, humble chose, qu’il incendie et lance à travers sa force et son désespoir,
à jamais fixée ? Qu’est-ce la force, dites, sinon le désespoir quand il s’est pris au corps et s’est rué dans l’herbe, alors l’herbe grandit ? Nul ne l’avoue, mais il
connaît quelle est la sève dans la tige. Et vous, la savez-vous, cette blessure par où le mot suinte du tronc, forçant l’écorce ? Mot de blancheur, nul paysage, nul
ramier.

Regards éteints, sous l’apparence de l’eau bleue… Vivez, oiseaux marins, dans le sourire, et décrivez des orbes pour son rire. O la tristesse quittant son propre bord pour
établir d’autres contrées ! Alors le sang circule aux galeries désaccordées, une main ne reprend pour son plaisir le chaud des astres, la parole est décousue, c’est un
autan de laves froides. Décousue, abandonnée, dérivant sur l’espérance, fleur, fleur et patience, elle descend les rives. Sur les rives : échauffourées, villes,
petites filles droites criant au jour qui passe. Tout cela était pur, devient confus et s’embrous-saille. Voici qu’il remonte l’âme du fleuve, peinant vers des séismes. Vers ce
chaos où charrier des mots en foudre. Et où renaître aux houles, champs si lourds ! Tout cela était vif, devient torride ; tout, — de mauvaise brique, s’enlace. En
vain dans le courant veut-il garder le rythme des pagaies. Son mot est malhabile, les couleurs en sont taries. Sa parole est scellée d’épines, le vent n’est plus d’araucaria faste,
qui bouge. Sou venez-vous, il y avait d’immenses fêtes sur les rives ! Et le jour sale avait frôlé l’eau de vous deux, sans que l’eau vive en soit ternie.

Prendra-t-il dans l’inconnu racine, s’effacera-t-il dans la douleur, comme un qui chante ? Des ferveurs avoisinaient des lacs sur ton visage — le ciel inquiet des étoiles qui
déjà lui manquent. Alors il conduisait des noces à leur havre. Cet oiseau s’envolait de lui, comme d’un fruit. Quel est le cri, ô quel, sinon du seul pays
désenlacé ? Il portait sur l’espoir ces vocables des mers : des îles prononcées nettes, des archipels balbutiés, les continents (c’est un cri sourd), disant «
j’ouvre pour vous ces rivages… ». Et souhaitant « me prenne cette argile », il s’enlevait de l’Incendie, avril avec ses mots. Voyez-le, voyez-le dériver sur telles
splendeurs riveraines. Ses mots, ses épines, ou bien des rocs, si malhabiles, mal taillés. O Blancheurs, où le ciel est sans îles ! Voyez-le sur ce brasier se poser comme le
flamant rose (égaré sur les mers) reposerait sans reposer, sur des typhons et des tumultes. D’où surgit-elle, suscitée, mais étrangère à ce point ? Comme un
horizon illicite ? Et ne disait-il pas, il y a si longtemps, « je n’aime point cette femme », sans connaître vraiment s’il parlait encore de femme, ou (tellement l’attente
était vide et sournoise) plutôt de cette terre abusée, là, où le sang pousse comme un cri?…

Maintenant les sables sont d’autre clarté. II faut choisir, il faut venir ! soit par la mer, connue des martins-pêcheurs aux songes funèbres, soit dans la terre, tronc noir et
nu… Et puis, la saviez-vous, cette entreprise de bâtir le paysage ? — parfois le cœur est écrasé, l’air est hostile ; parfois la main s’apaise — et la
lumière monte des choses comme une parole d’architecte.

Blancheurs ! moiteurs du mot qui n’interpelle ! Fièvre neigeuse, parements ! Blancheur qui passe et qui érige. Il reparaît dans sa vie, quand cette voix l’assaille. Il capitule
dans sa vie à nouveau droite en lui, mais sa parole est en éveil comme un rosier des jours de fête. Ah ! Faudra-t-il enfin que je revienne et nomme, connaissant qu’il est de moi
comme de l’arbre après le vent ? Et vous, à peine devinant ce cri des sangs qu’on a émus, ce fleuve allé au long de vous, la vie hélée de tremblements — vous
devrai-je nommer afin que l’île vive (en vous) ? Est-ce lave, sang, rumeur, sève du bruit, ou le vent, ces cortèges ? Est-ce le vent, l’immobile affre des choses (mais voyez
comme est déjà revenue blanche la parole), des fureurs sous la peau et des foules ? Viendra le temps des capitales — où est la foule incendiée, — sinon le soleil
est de neige ! Alors, forçant l’écume, j’irai par les plages où meurt le mot, soudain juste. Voyez comme la parole a perdu de ses fouailles, de ses noirceurs. Où sont les
îles ? Qui amoncelle des boutures ?… Il y aura des crispations, et les chants ivres des haies. Des sourires, la main qui offre, le temps clair. Et quelle présence encore, je le
demande ? Cependant je cherche, lourd et brûlant.

Edouard Glissant

EN AUBADE


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EN AUBADE

A peine un pied sorti que l’autre te remontant le long du dos rentre d’emblée dans ce jour qui gris ou pas sera peinture. Tes seins sur ma brosse à dents ça fait la laine fraîche.

Ils regardaient l’étagère, une idée soutien-gorge dans une lettre ornée, Et pourquoi qu’on met des dentelles si c’est pour pas les lire. Mon corps c’est pas une bibliothèque d’illettrés qu’on met dans des reliures belles à s’ennuyer. Faut qui cause.

C’est comme le mur de ma chambre plein de fenêtres de peinture où , le soir quand je m’endors je remplis mon panier d’atelier.

  • Où êtes-vous allés cette nuit, toi la Muse et lui le Peintre ?
  • De l’autre façon de regarder, avec cet oeil non-conventionné qui cherche pas à se faire rembourser. Un regard qui paye sans lésiner le prix fort d’oser changer de trottoir. La dureté du prix de la souffrance pour aimer conforme à l’aspirationau lieu du confort de l’ennui dans un conjugal désaccord.
  • Ah oui et c’était comment ?
  •  Ben, rien qui pourrait faire penser aux fiches techniques des contes à r’euh bourre des pros du commerce du voyage organisé. On est resté là, sans chercher la plus verte herbe, vu que celle d’ici on l’a essayé et trouvé porteuse. Les fourmis qu’il y a dedans sont bosseuses comme avant, quand on chantait en travaillant sans se plaindre. Et comme il me dit, j’aime le vent qui me précède comme un guide pour m’ouvrir tes chemins intimes. Il me fait sa montagne à grimper. Sa mer à traverser, son bois plein de chant d’oiseaux, sa rivière qui coule, qui coule, qui coule, qu’avant l’estuaire on canote en méandres.

Alors c’est tout ça qui rugit du piano, comme une ruée de cascade sous les doigts !

Niala-Loisobleu – 25 Avril 2018

LA BOÎTE A L’ÊTRE 32


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 32

 

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COMME UNE FLEUR CONFUSE EXHALEE DE LA NUIT..

Le bec de cane trempé à la mare

Laisse aux étagères des agonies d’heures

Que des bribes d’ébats remuent sous la dictée

Pour ne pas condamner l’entrée de ma jeunesse

Qui a dit que les murs de ma vieille boutique d’antiquités

Etaient à céder

Pas Toi Femme, ô préciosité

Tu n’as jamais rien eu d’un objet

L’art est inutile, mais indispensable

M’aime

Un pin sot sans chapeau ni crinolines

L’aurait pigner tout seul en ô pinant de la paume

Au long des longs cheveux chignotant mon fleuve

Je refais l’arrêt au milieu en tressant des cerises à tes oreilles

Pour baiser le triangle de tes épaules à l’arche de ta nuque

En remontant au-devant du printemps qui tombe de ta poitrine

Quel âge as-tu donc dis dont vieil enfant

Une montre cassée au poignet

Sans matricule mine et rat logique

Je suis vivant les seins honorés

J’ai vu venir les idées pleines de continents d’accents divers

D’océans aux peaux sans préférences autres

que vivre la couleur de l’amour sans mensonge

J’ai l’allée ouverte le retour déchiré sous les rayons du présent menteur

  – C’est quand qu’on part ?

-Mais t’as pas vu qu’on roule

Joli mois de Mai tes mues guets sont tristes

Chaque matin est fête en soi

Calendrier qui donne ou retire selon qu’on soit du bon ou mauvais côté

De ce qu’on pourrait en corps avoir à donner à l’Autre

Sablier tu crains l’oeuf alors qu’il est porteur de coque

J’en avais pris pour vingt ans renouv’lables mais n’en baillerai plus 3.6.9.

Niala-Loisobleu – 19/05/16

 

(Merveilleuse chanson de Guy Bontempelli, qui fut chantée par JC Pascal, Françoise Hardy, Gréco et quelques autres, dans les années soixante… à la veille d’un faux-sursaut de jeunesse, cris des rémouleurs, vitriers et porteurs d’eau des rues de Mai 68 qui voulaient faire l’amour en ne pensant pas l’étouffer dans l’oeuf. Mais la vie ne fait que répéter les m’aime erreurs…aujourd’hui tout recommence avec ses casseurs d’amour)

 

LA VIE, L’AMOUR 1


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LA VIE, L’AMOUR 1

Je vois du même œil que Toi. Les arbres ont énormément grandis depuis que nos essences se greffèrent par entité au jardin de nos deux portes.  Je déteste toujours autant Noël que la première fois qu’il ne nous a pas réuni. A ce propos, le retour du fils prodigue a rejoint le coup foireux de ses deux frères.Les champs gardent le climat qui diffère, avec quelque sang identique dans l’origine locale, pour la bordure du terrestre et du maritime, enfin l’accent en rapport avec ce qu’on met dans les verres. Chacune des portes se tient constamment ouverte à l’Autre, quelque soit le temps. De violents orages n’ont pu faire perdre leurs clefs, pas plus que les canicules n’ont pu les faire fondre au bout du long couloir qui les unit. Je passe sur les coupures, plus longues que le plus petit patchwork bariolé de morceaux cousus les uns aux autres. Nous avons voyagé à travers le monde. Moi surtout. A pied, à cheval, surtout en vélo le caillou dans la poche et le sable dans le bocal. Le Cosmos en fait nous a adopté, en tant qu’enfants apatrides de la planète taire. Le ciel et ses grands oiseaux de métal ayant à tout propos déroulé le volant de son tapis. Le cheval est partout. Tu t’y tiens en croupe les deux bras en rênes à ma taille. Inépuisable il ne fatigue pas au premier virage. S’il avait un compteur kilométrique..j’te dis pas, il foutrait sans doute la raclée à tes courses pédestres. Et les petites maisons blanches comme elles aiment le bain de mère. On ne conte leurs enfants qu’à l’encre bleue. Accrochées les unes aux autres à la montagne, elles transpirent de l’étoile quand le soir dans le patio les guitares grimpent aux étages. Plus gitans que nous tu clamses.

La Verite Vous Rendra Libres

Tu es lampe, tu es nuit:

Cette lucarne est pour ton regard,

Cette planche pour ta fatigue,

Ce peu d’eau pour ta soif.

Les murs entiers sont à celui que ta clarté met au monde,

Ô détenue, ô
Mariée!

René Char

 

Pendant ce temps là les nains ont grouillé d’une politique d’autruche à un retour au monarque. On s’est débattus, c’est propre à notre genre qui n’a pas attendu pour se mettre en marche. Ma foi, dans le fond à part le fait qui s’écoute que lui, le roi nouveau, il démérite pas de la France, elle a ce qu’elle mérite. Tu sais plus je vieillis plus ma peinture rafraîchit, je fais plus d’jeun’ m’a-t-on dit. Ce qui savent pas c’est que je tiens accroché à tes seins par ma ventouse buccale. Quand viendra le jour, j’aurai pris assez de quoi t’attendre. Les bois sans soif, t’en a plein autour de chez Toi, c’est pour te tenir au creux que tu t’y réfugies. Ce creux qui n’a jamais trahi notre protection. Je n’ai que du bleu à te dire, du bleu, du bleu et toujours du bleu ma Vie, mon Amour ! Je peins plus par folie que par n’importe quelle raison intéressée, je commence cette nouvelle série comme pour marquer l’année nouvelle dans laquelle je viens d’entrer.

Niala- Loisobleu – 1er Décembre 2017

 

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La Vie, l’Amour 1 – 2017 – Niala – Acrylique s/Canson marouflé, encadré s/verre 40×50

IL Y A TOI


 

Il y a le parfum de la terre juste après le coucher de soleil, le grincement du volet le soir quand on le ferme. Il y a l’odeur des vieux livres dans la bibliothèque, une petite couleuvre dans l’ombre des capucines. Il y a une mouche prisonnière qui frappe à la vitre pour sortir, le […]

via Bruno Ruiz / Toi — Bruno Ruiz dans le désordre

 

Le balcon de l’amour flotte entre deux, pareil à la branche


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Le balcon de l’amour flotte entre  deux, pareil à la branche

D’une pincée je saisis le sel, laissant le sucre aux roulements du tambour de ville . La saccharine fait plus de peint des choses, que de Mie. Dans un coin (mis à l’ombre par le Maître de Cérémonies) des cuisines du quotidien, le sel en dévoile la nudité.

Ainsi soit-il ce qui n’existe pas.

Un balcon sur mon Toi, tes seins pendant le vide, pour que mes mains trouvent de l’eau où nager. Et tel l’oiseau se battant l’oeil des convenances qui font must, même habillé ça ce voit que je bande simplement comme un être sain, portant bien les effets directs et secondaires de l’amour.

La mer peut faire flotter le ciel. Elle le montre sans rien dissimuler. Le sable ça sert à chausser les pieds dans la forme des dunes. Une caravane pour que le chien aboie et le château indispensable à l’enfant, c’est tout. Le reste c’est autant d’accessoires que de trucs qu’on se serre pas. Le bout de bois brûlé qui a dessiné le bison, n’a jamais cessé de courir.

Niala-Loisobleu – 13 Octobre 2017