MAIN MISE 1 – ANTONIN ARTAUD


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MAIN MISE 1 – ANTONIN ARTAUD

 

…Je vous l’ai dit, que je n’ai plus ma langue, ce n’est pas une raison pour que vous persistiez, pour que vous vous obstiniez dans la langue.

Allons, je serai compris dans dix ans par les gens qui font aujourd’hui ce que vous faîtes. Alors on connaîtra mes geysers, on verra mes glaces, on aura appris à dénaturer mes poisons, on décèlera mes jeux d’âmes.

Alors tous mes cheveux seront coulés dans la chaux, toutes mes veines mentales, alors on percevra mon bestiaire, et ma mystique sera devenue un chapeau. Alors on verra fumer les jointures des pierres, et d’arborescents bouquets d’yeux mentaux se cristalliseront en glossaires, alors on verra choir des aérolithes de pierre, alors on verra des cordes, alors on comprendra la géométrie sans espaces, et on apprendra ce que c’est que la configuration de l’esprit, et on comprendra comment j’ai perdu l’esprit.

Alors on comprendra pourquoi mon esprit n’est pas là, alors on verra toutes les langues tarir, tous les esprits se dessécher, toutes les langues se racornir, les figures humaines s’aplatiront, se dégonfleront, comme aspirées par des ventouses desséchantes, et cette lubrifiante membrane continuera à flotter dans l’air, cette membrane lubrifiante et caustique, cette membrane à deux épaisseurs, à multiples degrés, à un infini de lézardes, cette mélancolique et vitreuse membrane, mais si sensible, si pertinente elle aussi, si capable de se multiplier, de se dédoubler, de se retourner avec son miroitement de lézardes, de sens, de stupéfiants, d’irrigations pénétrantes et vireuses,

alors tout ceci sera trouvé bien,

et je n’aurai plus besoin de parler.

Antonin Artaud – Le pèse nerf  extraits,1925

Le long des Quais 1


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Le long des Quais 1

 

D’un reste de guitare, un coin de rue a la ressource d’un aide-mémoire. Le sentiment de glisser dans une entrée en matières, fait mieux pour continuer de vivre que bien des promesses d’amour et de politique. La table sait mieux faire les courses aux halles du verger que la tartine d’annonces de radio luxe en bourre. En ce moment par la grâce des couleurs de l’automne, l’aumônière fait pas le mendiant du quotidien, juste la coupe de saison en chutes  de feuilles .. T’allumeras la bougie, je couperais le pain, le sel et l’eau, eux, ils savent le chemin. Dans le chai, les crus veillent. Le vin de garde qui attendait pour être bu, en sait quelque chose du vieillissement qui fait mûrir le goût. Je me souviens que mon père disait, tiens je vais prendre une fillette. Il était pas pour autant pédophile, je te le promets. S’agissant d’une quantité de contenu, il se le tapait pour l’orgasme de son palais, comme ce qui a du poil autour joue pas à la poupée. De l’escabeau de la montagne, on peut prendre les luminaires au creux des paumes. Si tes outils sont au chaud de l’atelier, pas de problèmes le gargouillis du ruisseau fera ses bruits de poitrine. A la main le goût résiste tout à fait aux machines à emballer. Les protèges-culottes ça fait buvard à sécher l’encre. Que devient l’essence des mots ? Quand ils ont inventés la co-propriété, je sais qu’ils ont bannis les bienfaits du voisinage. Dans mon Paname, le relief de nos vieilles provinces, leur folklore, cette culture qui nous réunissait, nous a d’un seul coup guillotiné le bon jour. Chacun voit l’autre comme un doute. Je trouve qu’à la fin ça finit par se faire une obligation. J’arrive qu’à me rappeler céder ma place à une dame sans être obligé de la violer pour l’engrosser. Les bonnes manières maintenant c’est du flan. Rien que du mensonge. J’ai rien contre le naturisme, au contraire, mais me sortir le col du fait mur rien que pour dire vois comme j’suis libre, mon tatouage comment tu l’trouves ? Sous le pont Alexandre III, coule la Sein. Je m’souviens quand j’y baladais gosse, un canapé tout défoncé qui traînait là, faisait un putain de jeu d’ombres chinoises au couchant. Germaine exerçait simplement là son petit commerce de femme au grand coeur. Je lui dois une part importante de mes humanités. Au point d’avoir la nostalgie du pucelage. C’est trop bon d’apprendre. Est-ce que l’on existe encore après sa mort ? Si j’pouvais mourir en cours d’une petite, j’partirais rassuré, mais voilà un monde qui s’emmerde ça passe plus à côté que dedans. Il y des mots que je garde pour moi. Pas par égoïsme, non par protection pour le vocabulaire. « Tu me chevaucheras-dis ? », par exemple, comme elle me disait avant qu’on supprime la cédille.

A +.

Niala-Loisobleu – 19 Octobre 2017