Un si grand petit Mot


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Un si grand petit Mot

 

Le petit bout de papier plié, un bord du bateau qui commence. On gratte les mousses du coin d’ombre, caresse l’arbre sous l’écorce. Tu sens comme ça bat ? Rappelles-toi les bas-flancs des baraquements, la peur gelant la raison même du sang,. La voix de dogue des coups de bottes, l’haine du matricule tatoué  à la hauteur du pouls. Il a tellement neigé sur la vie qu’à la faim on rêvait de fin.

Jusque là où ? D’où vas-ton ? Où c’est le mal moins  ?

Elle m’a dit n’oublies jamais. Je parle bien sûr de ma vie. Qu’est-ce que je ferais du désespoir d’une promesse de pute qui n’as rien que de gratte ?

Qu’il m’appartient ce grain de  le planter.

Dans l’inimaginable pouvoir inventif des moyens de torture et de destruction que l’homme s’applique en en voulant toujours qu’aux autres, si j’avais pas confiance dans mon pouvoir de planter mon existence dans une île qui s’rait pas une traînée d’archipel, qu’est qu’elle orée ma gueule ?. Dans ce trou d’ô qui lave autrement les pieds qu’un Dimanche pascal. Ah les p’tites en glaise pour le bourrage de pipe ça t’ébranle le carillon comme un Westminster. Zazie aile c’est pas que le métro, sa sueur, son contact de boue. C’est Cerise qui te fait l’amour sans tirer la gueule à cause des mi-graines, non, c’est fastoche parce que c’est dans ses gènes, naturliche comme un pont c’est l’Espoir, ce qui relit deux fois, avant de se mettre le corbeau dans la boîte à l’être.

Niala-Loisobleu – 17 Octobre 2017

 

De l’écurie à l’abattoir marin


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De l’écurie à l’abattoir marin

Monte à cru. Du clavier de mon chemin partent les pas de mon cheval. Hypocampe chevauchée portée, les deux mains sur la tête, dans la fureur des vagues. Les trompettes du Cap de Bonne Espérance lancent le défi du tournoi. En lice le fracas des rames qui déraillent dévisse l’armure. Pied écrasé sur l’accélérateur, l’armada éperonne des deux dans le virage des Hunaudières. Est-on maître de ces dernières 24 h ?

 

Je ne peux remettre l’amour à un autre siècle
je ne peux pas
même si le cri s’étrangle dans ma gorge
même si la haine éclate crépite brûle
sous des montagnes grises
et des montagnes grises

Je ne peux ajourner cette étreinte
qui est une arme au double tranchant
d’amour et de haine

Je ne peux rien ajourner
même si la nuit pèse des siècles sur mes épaules
même si tarde l’aurore indécise
je ne peux remettre ma vie à un autre siècle
ni mon amour
ni mon cri de libération

Non je ne peux ajourner le cœur.

Antonio Ramos Rosa (Poème)

A vivre la dangerosité des hommes, il parait impossible de croire que la crête des Vosges reste toujours bleue. Mais je sais qu’il faut, sans en réclamer la présence, savoir que là où l’amour existe vraiment, c’est là que ça fait le plus mal pour que ça empêche d’être béat. Nos silences connus nous ont plus réunis qu’une présence ignorée. Le jour où tu as ouvert les lèvres pour me l’écrire, tu m’as dit que cet Amour là était insubmersible parce qu’il était vibratoire. Si l’on avait gardé le nombre de jours arrachés à son calendrier on pourrait avoir une immense flottille de bateaux en papier. Pendant les heures où tu restes invisible, je ne me cache pas, je te passe-muraille dans tous tes endroits de présence. Rien n’est plus facile que de me cacher sous ta robe, puisque tu ne portes jamais de cadenas. Dans le couloir de ta gorge ma langue glisse l’air pour ta respiration qui vient se recycler dans mes poumons. Nous ne reviendrons jamais en arrière. Toi et moi sommes le m’aime fleuve allant à la même mer. Les grands poissons marins ne sont pas à l’abri des sirènes, sauf ceux qui vont à l’ambre. La soupe de requin à l’aileron de dauphin va aux pieds chaussés de bébé-phoque. Aussi Nous resterons nus dans notre creux réciproque.

Niala-Loisobleu – 15 Octobre 2017

Le balcon de l’amour flotte entre deux, pareil à la branche


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Le balcon de l’amour flotte entre  deux, pareil à la branche

D’une pincée je saisis le sel, laissant le sucre aux roulements du tambour de ville . La saccharine fait plus de peint des choses, que de Mie. Dans un coin (mis à l’ombre par le Maître de Cérémonies) des cuisines du quotidien, le sel en dévoile la nudité.

Ainsi soit-il ce qui n’existe pas.

Un balcon sur mon Toi, tes seins pendant le vide, pour que mes mains trouvent de l’eau où nager. Et tel l’oiseau se battant l’oeil des convenances qui font must, même habillé ça ce voit que je bande simplement comme un être sain, portant bien les effets directs et secondaires de l’amour.

La mer peut faire flotter le ciel. Elle le montre sans rien dissimuler. Le sable ça sert à chausser les pieds dans la forme des dunes. Une caravane pour que le chien aboie et le château indispensable à l’enfant, c’est tout. Le reste c’est autant d’accessoires que de trucs qu’on se serre pas. Le bout de bois brûlé qui a dessiné le bison, n’a jamais cessé de courir.

Niala-Loisobleu – 13 Octobre 2017

Pierre d’Appui


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Pierre d’Appui

 

Des pierres qui ont moussu en roulant

Bordent debout des entrées de regards

 

Aux plaies de la terre le vent frotte sa langue

Pendant que les aiguilles de la pendule majeure ricochent d’une rive à l’autre

 

Quand blanchi des larmes du fruit généalogique le bois grise

Le hoquet d’un ninnin joue au bilboquet sur la grande chaise de l’arbitre

 

Les roues à aube amarrées au ponton du jour s’inscrivent au rôle

Aux pieds d’un tango qui s’étire du Bario avant que le couple se désemboîte

 

Es-tu encore en passe de lointain avant de revenir sanguine à la branche ?

La clef de voûte grince par le trou de mes mains agitées d’envies en déséquilibre.

 

Niala-Loisobleu – 12 Octobre 2017

 

Je t’en prie, surtout reste Femme !


 

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Je t’en prie, surtout reste Femme !

 

A l’écart des asphaltes, je marche dans la moiteur de son ventre de hautes herbes. Un coq sans clocher étiqueté d’une religion,  sonne ses seins à toute volée. Elle justifie ma voix contraire aux dires  des presses de la Cité. Dans ses hanches pleines, se forme le cortège du mariage adultère où l’Amour a banni les robes blanches à traîne et les redingotes à chapeau haut de forme.  Je retiens les fragrances du creux de ses aisselles  comme ce que le vent porte au coeur de la forêt pour l’assemblage minéral-végétal marqué des traces animales. Naturel en tout, m’éloigne de faire  usage de l’inépuisable arsenal du produit commercial de beauté. La santé des sens passe par leur maintien en bon état de marche. L’Esprit donne au corps ce qu’il possède d’Âme. Le regard plongé dans ce qui n’a pas à se cacher, permet de voir calmement la profondeur de ce qui disparait dans l’excitation sans frein du besoin possessif. Quel merveilleux langage elle m’inspire quand j’écoute son vagin  me dire dans le texte pourquoi on la faite Femme. Poésie, voilà tout ce qui fait chez moi la nuance entre L’animal et la bête. La différence n’a pas de prix, elle est ce qui se est de plus entier de Vie.

Niala-Loisobleu – 8 Octobre 2017

Julien Gracq, ou le sentiment de la merveille


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Julien Gracq,

ou le sentiment de la merveille

par Jean-Michel Maulpoix


Texte paru dans Qui vive ? Autour de Julien Gracq, volume collectif publié aux éditions José Corti en 1989.


Il y a, sous la croûte obscure de la langue, comme dans les profondeurs de la mer et les hauteurs du ciel, des châteaux et des presqu’îles. L’objet de la littérature est leur « magique étude»: travail de géographe inspiré, de sourcier ou d’astrologue, tel l’abbé Blanès passant ses nuits au sommet d’une tour à calculer les conjonctions d’étoiles les plus heureuses. La fonction première du poète, ce savant aux « vertus primitives », est de garder la merveille intacte. Il compte obstinément les têtes d’épingles de la beauté dans la nuit qui couvre le monde. Ne pouvant y porter les mains, il les considère à travers un tuyau de carton et les dénombre dans la langue qui saigne un peu à leur contact. Où des mots défaillent pour la dire, la merveille s’établit: dans la caverne ruisselante de l’oracle, près du rocher percé de la fontaine Bellerie, à la source dissimulée de l’Evre, à la rencontre du soleil et d’un rideau de pluie. Sa langue se reconnaît à ses silences et ses éclats; des comètes l’éblouissent, quantité de cristaux la constellent. Ces précipités du désir éclairent sa disposition la plus heureuse, comme au jour de fête, quand les paysages que l’on traverse et l’air que l’on respire semblent la substance même du bonheur. Les mots ont la vocation de l’amour. Ils en sont la raison et l’ornement. Sans eux, il n’existerait pas, ou serait demeuré muet, incapable de se déclarer, gauche et embarrassé de soi, comme Charles qui tient sur ses genoux sa casquette imbécile, ou qui pleure seul sous la tonnelle avant de mourir, les yeux clos, la bouche ouverte, les mains crispées sur « une longue mèche de cheveux noirs ». Si intime soit-il avec elle, la merveille se défie du langage et le prend chaque fois de vitesse, afin de déjouer ses ruses. Elle ne supporte pas sa propension à se compromettre, à truquer le jeu, à s’acoquiner par faiblesse avec des créatures de mauvaise vie, des fantômes plaintifs et des moribonds de tout poil. Le poème épuise ses efforts à mériter de nouveau sa confiance et reprendre langue avec elle. Depuis des siècles, la poésie fait à la beauté une cour désespérée. Elle chante sur tous les tons. Elle essaie quantité de rimes, de rythmes et d’images. Elle se dispose en vers, en versets, en brèves proses lyriques ou en archipel. Elle change de robe et de coiffure. Elle dépense sans compter. Parfois elle gémit et larmoie. Mais toujours elle célèbre cela qui la dédaigne et l’éconduit. Son désir reste intact. Elle le confie au vent, aux roseaux jaseurs, aux hirondelles qui se rassemblent sur les fils électriques. Elle l’inscrit dans le calice des fleurs ou dans la pierre. Elle en parle à tout ce qui existe; elle invente, pour le dire, ce qui n’existe pas. La fable du désir circule de bouche en bouche. Des amants la murmurent, des enfants la récitent le soir avant d’aller dormir; les vieillards qui s’en souviennent ont des larmes derrière les yeux. Ainsi subsiste et se réconcilie la merveille, au point d’intersection imaginaire de la langue et du désir. Elle illumine la vie humaine chaque fois que le poète reproduit le geste d’Orphée: faute de pouvoir garder la main sur l’épaule d’Eurydice et d’y préserver l’amour, il touche les cordes de la lyre; le merveilleux fait « aigrette » au bout de ses doigts. De minces passerelles lyriques courent alors à travers le monde; les choses s’y disposent en bon ordre et les hommes s’y déplacent en songe vers de plus hautes contrées. Ils vont doucement vers la lumière, comme naguère lorsque s’alluma l’étoile. Ils ne savent pas jusqu’où ces fils d’or les conduisent, ni pourquoi ils se sont mis en route. Mais ils éprouvent de la joie; ils font en eux « de la place pour quelque chose » de simple et de très doux, comme lorsqu’un enfant qui s’endort laisse glisser sa tête contre l’épaule de sa mère, quelque chose qui désarme la cruauté de l’histoire et qui ouvre une brèche à l’amour.

Il ne s’agirait pas de la venue d’un dieu, les hommes n’étant plus faits pour s’entendre avec ces sortes de créatures diaphanes et voraces qui disposent de leur âme. Peut-être même que personne sur la terre ne se rendra compte qu’il est arrivé quelque chose. Peut-être que rien ne sera dérangé. La merveille ne fait pas beaucoup de bruit. C’est une jeune fille imprévisible qui considère toutes choses avec un intérêt extrême, qui écoute et parle peu, qui n’aime pas les dorures, ni les discours savants, mais dont les lèvres sont désirables et dont le cœur bat juste. Elle ressemble à Mona, ce chaperon rouge sans mère-grand, qui entraîne le loup dans son lit puis lui fait traverser la forêt en empruntant « le plus merveilleux chemin des écoliers » . A celui qui la croise, elle laissera le souvenir d’un « écureuil tenant une noisette verte », d’un paradis furtif, d’une « chemisette bleue tachée d’encre », ou de la vie réelle délicieusement rappelée. Son image, par surprise, lui reviendra quand il sera seul, au bord de mourir, ou simplement de s’endormir, quand sa vie s’en ira au large et qu’il la verra s’éloigner, hors de portée bientôt, comme un marin tombé à l’eau regarde le bateau continuer sa route tandis que la mort le tire par les chevilles. Il se souviendra de l’amour comme de sa vie la plus entière, la plus exacte: il suffisait de prendre et de se laisser prendre pour retrouver toutes choses à leur place, le désir décidait de tout, les gestes étaient faciles, les parfums embaumaient de neuf, les mots avaient perdu leur goût de suie, ils semblaient choir comme des pièces d’or chaque fois que l’on ouvrait la bouche. Il aura sauvé son âme. Patientant sous la pluie, anxieux du pouls des horloges, occupé à cueillir des fleurs dans le jardin, il aura exploré les recoins de ses chambres les plus intimes. Soucieux d’entrer dans les détails de son amour et de le revêtir d’habits légers, il lui aura donné quantité de noms, il aura écrit des phrases, d’une main aveugle et juste, comme on tend les paumes vers une ombre, comme on se laisse conduire par elle, ou comme on jette à la mer des papiers pliés en quatre dans des bouteilles. Il aura essayé de vivre sans bavardages, en s’enfermant en soi, pour ne penser qu’à celle qui est toute sa pensée et qui occupe dans l’univers la place laissée vacante par le soleil les jours de pluie. Il sera devenu le frère des Grands Transparents dont l’invisible palpitation assure à travers le monde la circulation de l’amour.

http://culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/la-maison-julien-gracq-un-lieu-de-culture-a-son-image-159049

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L’envie de déshabiller le courant des habitudes, voilà ce que chaque matin je fais avant d’avoir mis les pieds hors du lit. Faire le plus du tout dans le moins que rien. D’un pas là tirer la présence cognant au coeur. Et pétrir à pleines mains cette terre que tu es Vie L’imbécile que je suis commence par t’aimer avant de te faire l’amour et de recommencer un si de suite ma Muse

Niala-Loisobleu – 7 Octobre 2017

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