L’OMBRE AUX SOUPIRS


L’OMBRE AUX SOUPIRS

Paul Eluard

 

Sommeil léger, petite hélice,
Petite, tiède, cœur à l’air.
L’amour de prestidigitateur.
Ciel lourd des mains, éclairs des veines,

Courant dans la rue sans couleurs,
Pris dans sa traîne de pavés,
Il lâche le dernier oiseau
De son auréole d’hier

Dans chaque puits, un seul serpent.

Autant rêver d’ouvrir les portes de la mer.

 

Paul Eluard

DANS L’AIR FRAICHI, VENANT D’OU…


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DANS L’AIR FRAICHI, VENANT D’OU…

Dans l’air fraîchi, venant d’où, déclose comment ?
Vers moi, par la fenêtre ouverte, une musique
Déferle à petites vagues si tristement.
Elle me fait à l’âme un mal presque physique.
Confuse comme un songe… est-ce d’un piano,
Est-ce d’un violon méconnu qui s’afflige
Ou d’une voix humaine en élans comme une eau
D’un jet d’eau qui s’effeuille en larmes sur sa tige.
Ah ! La musique triste en route dans le soir,
Qui voyage en fumée, en rubans, qui sinue
En forme de ruisseaux pauvres dans l’ombre nue,
Et trace de muets signes sur le ciel noir
Où l’on peut suivre et lire un peu sa destinée
Dont les lignes du son tracent la preuve innée,
Chiromancie éparse, oracle instrumental !
Puis s’embrouille dans l’air la musique en partance,
Eteignant peu à peu ses plaintes de cristal
Qu’on s’obstine à poursuivre aux confins du silence.

 

Georges Rodenbach

 

 Là, à la veille, mains tenant


 Là, à la veille, mains tenant

 

Un épais brouillard collé aux cils, obstrue la montée des arbres jusqu’au murmure de l’orage qui point. Du charbon couine aux wagonnets des mines, la galerie promet la chaleur d’un intérieur douillet. Rouge gorge d’un sein qui palpite, décolleté prometteur du panorama d’une humanité étendant son partage d’une plaine à l’autre, en rangs d’oliviers grimpant les allées de vignes d’où s’égaillent des odeurs lavandes jusqu’aux pieds des monts de Provence battus par des vents porteurs. Ces champs à la perspective ô combien ouverte, il les a empâtés de ses élans de feu, généreux jusqu’à l’aveuglement.Vincent fou d’allégresse cousant en damiers rouge citron, vert orange, noir ocre, violet jaune, cyan prusse des étendues de campagnes semées d’étoiles accouchées des lunes d’un soleil amant. La vie labourée des griffes de ses doigts cultivant une foi ardente dans un monde aride.

“Qu’est-ce que dessiner ? Comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible, qui semble se trouver entre ce que l’on sent, et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur, car il ne sert à rien d’y frapper fort ? On doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement et avec patience… Somme toute je veux arriver au point où l’on dise de mon oeuvre: cet homme sent profondément, cet homme sent délicatement. “

Lettre de Vincent à Théo, Le 7 janvier 1882

Des iris rentrés dans la gorge des cellules d’isolement, Vincent crache ses cris violets ourlés de jaune aux oiseaux de proie qui lui busent le coeur. Les pailles tressées de sa chaise gémissent des pieds qui branlent de désarroi. Les tomettes de sa chambre rougies de la démence des absinthes accueillent des sarabandes de zouaves à cheval sur des putains. Le rasoir lui bandant l’oreille d’un voeu de sacrifice, il monte sa palette jusqu’au cosmos. Hors des hommes aveugles.Face à lui-même, absolu visionnaire. Eternel étranger au lucre terrestre.

Jusqu’au dernier corbeau d’un après-midi d’été qu’il dévêt du noir plumage par son espoir rouge sang, en le répandant aux épis soulevant son soleil.

Maudits soient ceux qui se gavent aujourd’hui de sa quête en roulant carrosse sur le génie ignoré d’un apôtre de l’amour.

J’ai parcouru le monde, vu ses diversités, le voyage qui m’a laissé le plus d’approches inestimables c’est celui du chemin authentique que Vincent emprunta de Hollande, Amsterdam, par les corons de Mons à Paris jusqu’en Arles, ses internements, St-Rémy, Eygalières, et la dernière remontée à Auvers sur Oise.

Niala-Loisobleu – 24 Février 2012

L’extinction de voie que l’envahissement des mauvaises herbes a petit à petit posé sur la trace permanente, barre mieux qu’en ligne de défense l’accès aux premières lignes. Les cordes vocales des instruments de musique devenues molles, traînent par taire en fausses notes. La tête est partie du fronstispice, l’oeil doit se tenir aux épines des ronciers. En moignons des caresses font mal comme un animal aux longues dents qui glisse pour mordre. Avant que la forêt soit avalée, l’oiseau-gardien lance un dernier jet de plume. Couleur, couleur, je ne suis que le fruit de LA VIE, L’AMOUR 4 auprès de ma blonde.

Niala-Loisobleu – 29 Janvier 2018

 

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La Vie, l’Amour 4 – 2018 – Niala -Acrylique s/carton bois 60×80, encadré s/verre

Nous deux encore


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Nous deux encore

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

 

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

 

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

 

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ça n’a pas fait long rire.

 

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

 

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

 

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne va pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ça devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ça devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

 

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux… »

Henti Michaux (1948 ; La vie dans les plis, Editions Gallimard)

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Calendrier de l’Avant – Moins 1 +


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Calendrier de l’Avant – Moins 1 +

 

D’un trait d’efface

L’évent tourne

Gomme

Se mordre la poitrine

A pleine bouche

En crachant de pluie

La sécheresse de ta respiration coupée

Ablation, ablation, ablation

On dirait de l’Astor  du temps go

 

Niala-Loisobleu – 14 Décembre 2017

 

 

Devant la mer, un soir


Devant la mer, un soir

Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,
Nous rêvions… toi, câline et d’amour amollie,
Tu regardais, bercée au cœur de ton amant,
Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance ;
Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,
Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,
Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme
Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,
Et je posais, comme une extase, par instants,
Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants !

Des arbres parfumés encensaient la terrasse,
Et la mer, comme un monstre apaisé par ta grâce,
La mer jusqu’à tes pieds allongeait son velours,
La mer…

… Tu te taisais ; sous tes beaux cheveux lourds
Ta tête à l’abandon, lasse, s’était penchée,
Et l’indéfinissable douceur épanchée
À travers le ciel tiède et le parfum amer
De la grève noyait ton cœur d’une autre mer,

Si bien que, lentement, sur ta main pâle et chaude
Une larme tomba de tes yeux d’émeraude.
Pauvre, comme une enfant tu te mis à pleurer,
Souffrante de n’avoir nul mot à proférer.

Or, dans le même instant, à travers les espaces
Les étoiles tombaient, on eût dit, comme lasses,
Et je sentis mon coeur, tout mon cœur fondre en moi
Devant le ciel mourant qui pleurait comme toi…

C’était devant la mer, un beau soir d’Italie,
Un soir de volupté suprême, où tout s’oublie,
Ô Ange de faiblesse et de mélancolie.

Albert Samain (Recueil : Le chariot d’or (1900))

Un moment que la chandelle éteinte, garde son impression pérenne quelque part en elle. Le premier de PROMESSE revint allumé d’absence, j’ai repeins une heure en corps mais en dehors des lunettes du serpent à sornettes. Habité d’un sentiment de complicité en demande, seul égaré dans le dédale versatile du dernier qui passe. Double je contraire à l’engagement. Je suis entier., comme la mer.

Niala-Loisobleu – 21 Avril 2017

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