CONTE JUSQU’A SANS


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CONTE JUSQU’A SANS

 

Effarouchée la branche s’incline au miroir d’eau remuée

la clef  reste sous la cache du pot de taire

Sitôt le cri de la collision passée la route s’est cherchée sous le jaunissement de l’herbe

comme l’appareil écrasé qui repart des emparés

En pleine poitrine la façade cachée, en contant jusqu’à sans, n’a rien pour empêcher les fleurs bleues de pleurer aux pluches d’ô gnons…

 

Niala-Loisobleu – 23 Août 2018

Nous deux encore


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Nous deux encore

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

 

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

 

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

 

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ça n’a pas fait long rire.

 

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

 

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

 

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne va pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ça devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ça devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

 

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux… »

Henti Michaux (1948 ; La vie dans les plis, Editions Gallimard)

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VIE PRIVEE 34


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VIE PRIVEE 34

L’heure s’est mise à boire. Je dirai même à boire et à manger n’importe quoi. A tel point que je me pose plus, entre autre questions, celle de me dire qu’elle marche de travers. Elle fonce droit dans le mur. Imaginez un grand orchestre se déclarant symphonique, ayant la variété in the pocket de diviser pour mieux régner. A part le fait que l’idée est vieille comme la première république de l’Antiquité, je me dis que l’union des partis ayant cultivé la division, le renouveau se trouverait dans une recette qui penserait unifier en mariant les opposés. Que nenni, voilà une rare certitude qu’on peut avancer, c’est impossible à réaliser pour tout homme. La seule chose qui compte à ses yeux c’est lui avant tous les autres. Alors ça veut dire quoi ? Ben, que tous les tourne-veste vont pouvoir prétendre avoir accès au pactole. Le pays honore le renégat prêt à marcher sur l’autre pour se faire la place au soleil. Du moins ce que ces gens-là appellent le soleil. Il faut reconnaître que la chose a été menée de main de maître. L’élu n’étant que le disciple de l’ancien qui présidait à cette sauce. Intéressante étude de moeurs. Sauf que le prix à payer sera bien plus lourd qu’on a pas voulu y penser. Pour ma part j’ai fait mon devoir en braquant pleins phares sur le piège, avant que ses mâchoires se referment pour cinq ans. C’est fait, ils ont voté comme l’a chanté Léo. A part moi, tous les autres devraient être content. L’ennui c’est qu’ils vont avoir l’inconséquence de s’en plaindre avant longtemps. Voilà le visage de la démocratie d’aujourd’hui, le pouvoir absolu donné par une minorité jamais atteinte avant ce jour. Vraiment pas de quoi rire.

Niala- Loisobleu – 13 Juin 2017

Homme c’est à toi de décider


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Homme c’est à toi de décider

A regarder autour de moi, je voyais bien cette fébrilité qui, telle une vague scélérate se déployait alentours. Couchant la clarté des idées dans un imbroglio de sentiments à priori semblables, conduisant à un désespoir collectif. L’anticipation de l’irrémédiable s’étalant comme la panique qui dirige la foule. L’impression générale se conforte. Les contrariétés ordinaires sont remisées en arrière, la peur avec sa majuscule anonyme fait la une.

J’ai vu de la vie trop de rivages pour manquer de souvenirs. Ma naissance m’avait donné ceux de ma famille. il ne peut y avoir l’ombre d’un doute, je crois pouvoir affirmer que le monde à la même peur de vivre depuis son origine. En évoluant, il change juste la manière de la vêtir pour la transporter. La citrouille de Cendrillon s’est faite capsule intersidérale, voilà tout. En revanche à part la technique, rien ne bouge dans le bon sens au niveau du comportement humain. A part l’appauvrissement au propre comme au figuré..

Voilà qui me pousse à une neutralité de pensée, moi l’engagé.

Je crois avec une nouvelle fermeté dans un monde pérenne, J’y crois à cause de l’impossibilité de laisser la dégradation se poursuivre. Où on change tout parce qu’on a plus le choix. Ou on laisse ses yeux voir à côté de ses pompes et préparez le convoi.

Tous les atermoiements individuels ou collectifs n’étant que cataplasmes pour gens de bois. Homme c’est à toi de décider de ton à venir.

Niala-Loisobleu – 5 Juin 2017

ASSECHEMENT


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ASSECHEMENT

Pourquoi aurai-je ouvert à ce rien qui d’un tout, submerge,

prend la place, s’installe comme chez lui

n’est-il pas entré tout seul ?

Non.

Il n’aurait pas eu la hauteur suffisante pour atteindre le bouton de porte

une courte-échelle  a poussé le pied du mur pour le lancer.

AUTREFOIS…

Autrefois,
nous rêvions trop
en vers et en couleurs
en parler d’avant les langues
nous masquions nos songes de sable
ou de crainte

Toujours à l’écoute du chant
du murmure des cicatrices
« on s’aime blessé » dit un poète
Nous le croyons…

Agnès Schnell

N’oublies pas

que la sensibilité est l’essence

le sel

volontairement

posé

pour qu’elle ne cicatrise pas

Ainsi l’amour ne s’oublie

comme une vulgaire denrée qu’on jette sans l’avoir finie

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2017

 

QUAND LA MARGUERITE PARLE


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QUAND LA MARGUERITE PARLE

Par des bruits de fermeture de lumière

Cognés aux rochers

Elle se coiffe devant de glace

Une paille frise à vue au fond de l’oeil

Piqûre de l’aiguille perdue dans le foin

La moitié d’un autre regard engrangé pour aller au devant de rien

La belle humeur s’étiole à la tombée du dernier pétale…

Niala-Loisobleu – 22 Décembre 2016

 

DE FAIT


DE FAIT

Je jette la clef

trop de questions se placent en opposition

L’herbe verte d’ailleurs est aussi jaune qu’un réflexe de pave love sur une route à la rencontre de personne, ici…Je m’en taire pas, j’en hurle vieux loup sol y flore pour simuler votre parole se tenir.

Une foi dans ma tour, illusionniste, au moment du lapin qui sort, j’appellerai les tourterelles et les colombes à tendre le foulard sur mes yeux

Nous avons perdu la félicité indistincte qu’on voit aux bêtes, aux poissons enchâssés dans l’eau cristalline, aux bêtes des bois couleur de feuilles mortes, aux oiseaux ivres d’air. Nous sommes devenus pensifs et, par­tant, étrangers, frêles, frileux, vulnérables. Il nous faut une table, un toit, du feu, une maison. Nous nous souvenons parfois d’avoir été au monde pleinement, sans états d’âme, d’un très lointain commencement. Je rêve, pour finir, d’une lande ouverte à tous les vents où l’on verrait ce qu’il en est de nous et de tout et d’y être, avant d’avoir été.
Pierre Bergounioux

Retiré au sommet du rempart de ma montagne pelée, l’impatience de voir Anne déboucher, s’efface du guet

Du bateau de Py, restera le tant de mes derniers outrages à la raison du plus triste. Je manque de poids. L’érosion alimentée par l’Homme, d’essence usée par un mal d’estomac rongeur, aura eu gain de cause auprès des plaideurs.

Aux vents va  la charpente marine battue par l’indifférence…

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 201

 

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TABULARIUM


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TABULARIUM

 

Mon nez rouge mis au garde-manger

et le costume d’arlequin au dos de la chaise à porteur

je vais les pieds nus au chemin d’un jour qui se demande s’il y va où s’il en revient.

Ce qui était dans le cadre du vasistas

a fait une chute.

Des débris de vers semblent à l’abandon dans la cour

Je porterai mes costumes, mes chapeaux et mes casquettes , mes pèlerines, mes gants et mes guêtres au secours de froidures en exil échouées, sur les plages au gré des humeurs. Estran demande de suivre un coefficient régulé. Les petits-baigneurs ne sont pas toujours en celluloïd. Qui flotte la tête à l’envers tire à lui par les pieds au monde voyou, qui montre ses fesses à l’encan. A bord d’une oie sauvage je suis pilote des sait.Pas de cartes du Tendre de la veille, rien que du peint frais sans se mettre à genoux au quotidien d’impair.

Mon fils prodigue…

Pardon, voulez-vous répéter j’ai trop mal en tendu…

Je ne publierai pas l’amour au ban, sul ponticello, du chevalet au gibet. J’ai percé mes tympans de rosaces. Pas de narcisses au bord de mes glaces. Ce cri sauvage de l’entrecuisse que sa toison filtre, reste la source claire de jours que d’autres veulent obscurs.

Le chatouillis des herbes folles à l’accroupi de mon tronc, donne un autre frisson que l’arbre recyclé en papier d’identité.

Niala-Loisobleu – 19 Novembre 2016