UN RÊVE


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UN RÊVE

Je rêve Fond noir enfumé de nues d’un bleu très sombre, sur lequel passent des ornements géométriques auxquels manque toujours un fragment, soit du cercle parfait, soit de leurs trois angles, de leurs spirales rehaussées de feu. Fleurs flottantes sans tiges ou sans feuilles. Jardins inachevés ; partout règne l’imperfection du songe, son atmosphère de supplique, d’attente et d’incrédulité.

Point de personnages. – Silence, puis un aboiement triste, étouffé.

MOI, en sursaut. – Qui aboie ?

UNE CHIENNE. – Moi.

MOI. – Qui, toi ? Une chienne ?

ELLE. – Non. La chienne.

MOI. – Bien sûr, mais quelle chienne ?

ELLE, avec un gémissement réprimé. – Il y en a donc une autre ? Quand je n’étais pas encore l’ombre que me voici, tu ne m’appelais que « la chienne ». Je suis ta chienne morte.

MOI. – Oui… Mais… Quelle chienne morte ? Pardonne-moi…

ELLE. – Là je te pardonne, si tu devines : je suis celle qui a mérité de revenir.

MOI, sans réfléchir. – Ah ! je sais ! Tu es Nell, qui tremblait mortellement aux plus subtils signes de départ et de séparation, qui se couchait sur le linge blanc dans le compartiment de la malle et faisait une prière pour devenir blanche, afin que je l’emmenasse sans la voir…

Ah ! Nell !… Nous avons bien mérité qu’une nuit enfin te rappelle du lieu où tu gisais…

Un silence. Les nues bleu sombre cheminent sur le fond noir.

ELLE, d’une voix plus faible. – Je ne suis pas Nell.

MOI, pleine de remords. – Oh ! je t’ai blessée ?

ELLE. – Pas beaucoup. Bien moins qu’autrefois, quand d’une parole, d’un regard, tu me consternais… Et puis, tu ne m’as peut-être pas bien entendue : je suis la chienne, te dis-je…

MOI, éclairée soudain. – Oui ! Mais oui ! la chienne ! Où avais-je la tête ? Celle de qui je disais, en entrant : « La chienne est là ? » Comme si tu n’avais pas d’autre nom, comme si tu ne t’appelais pas Lola… La chienne qui voyageait avec moi toujours, qui savait de naissance comment se comporter en wagon, à l’hôtel, dans une sordide loge de music-hall… Ton museau fin tourné vers la porte, tu m’attendais… Tu maigrissais de m’attendre… Donne-le, ton museau fin que je ne peux pas voir ! Donne que je le touche, je reconnaîtrais ton pelage entre cent autres… (Un long silence. Quelques-unes des fleurs sans tige ou sans feuilles s’éteignent.) Où es-tu ? Reste ! Lola…

ELLE, d’une voix à peine distincte. – Hélas !… Je ne suis pas Lola !

MOI, baissant aussi la voix. – Tu pleures ?

ELLE, de même. – Non. Dans le lieu sans couleur où je n’ai pas cessé de t’attendre, c’en est fini pour moi des larmes, tu sais, ces larmes pareilles aux pleurs humains, et qui tremblaient sur mes yeux couleur d’or…

MOI, l’interrompant. – D’or ? Attends ! D’or, cerclés d’or plus sombre, et pailletés…

ELLE, avec douceur. – Non, arrête-toi, tu vas encore me nommer d’un nom que je n’ai jamais entendu. Et peut-être qu’au loin des ombres de chiennes couchées tressailliraient de jalousie, se lèveraient, gratteraient le bas d’une porte qui ne s’ouvre pas cette nuit pour elles. Ne me cherche plus. Tu ne sauras jamais pourquoi j’ai mérité de revenir. Ne tâtonne pas, de ta main endormie, dans l’air noir et bleu qui me baigne, tu ne rencontreras pas ma robe…

MOI, anxieuse. – Ta robe… couleur de froment ?

ELLE. – Chut ! Je n’ai plus de robe. Je ne suis qu’une ligne, un trait sinueux de phosphore, une palpitation, une plainte perdue, une quêteuse que la mort n’a pas mise en repos, le reliquat gémissant, enfin, de la chienne entre les chiennes, de la chienne…

MOI, criant. – Reste ! Je sais ! Tu es…

Mais mon cri m’éveille, dissout le bleu et le noir insondables, les jardins inachevés, crée l’aurore et éparpille, oubliées, les syllabes du nom que porta sur la terre, parmi les ingrats, la chienne qui mérita de revenir, la chienne…

Colette

Dans un jour se faisant sans savoir quel temps, autant qu’à fer je forgeronne, et donne aà mon cheval deux  belles paires de choses sûres pour tout ce jour…

N-L – 21/09/18

DIALOGUE ININTERROMPU 1


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DIALOGUE ININTERROMPU 1

 

B-A : Dis, crois-tu que la nuit venue l’idée de la fleur s’échappe sur la pointe des pieds pour aller dormir dans la fleur ?

 

N -L: Il se pourrait bien eu égard à ce qui en volute sur le front du rêve.

 

B-A :  Elle aurait alors la connaissance secrète des heures et s’ouvrirait au  champ des possibles qui seul enfante la vraie couleur?

 

N-L :  Cet accès dénoue les aiguilles. Sur la patinoire des cadrans lisses le temps disparaît en laissant les lames des patins fendre la glace. Dans un salto la première des trois primaires sale la chaussée.

 

B-A : C’est donc ainsi que l’on entre dans le rêve: pieds nus …

 

N -L:Le rêve se veut spartiate pour libérer la plante de toute amarre…

 

 B-A :Et c’est ainsi, parce qu’ils plantèrent, qu’ils dessinent le profil grec de la beauté? Parle-moi de la beauté…

 

N-L :Elle me dit:

-Parle de la beauté…

J’entre sans bruit dans la malle enfouie sous les pinceaux aux poils usés et les palettes trop lourdes à porter. Un oiseau niche un peu partout sur les taches qui recouvrent le sol, la corde du tapis en est raidie. Un casque de pompier d’une ancienne école aujourd’hui éteinte brille de tous ses feux. Quelques bâtons de craie enfuis du tableau noir parlent de campagnes de pêche, de châteaux de sable, de jardin secret. Sœur Anne est descendue du rempart. La douve tire ses lentilles du puits, permettant à la vérité de laisser ses seins dire à haute voix ce que l’on cache hypocritement. Ramené, un chevalier, s’accorde à l’amble d’un trot. L’éboulis d’une carrière garde les mains calleuses d’un tracé architectural en liant tiré d’un bas-relief, les psaumes reculent au premier cri de l’innocent avant que les chiens ragent. Il faisait noir au point que la diagonale du vitrail s’alluma. La beauté c’est les mains du silence en prière laïque, l’athée cohère, passent des Mermoz, Saint-Exupéry, la Postale sait l’Atlantide. Si les ailes se reflètent comme un poisson volant touchant terre il faut arrêter de chercher une réponse et trouver dans l’entrée de sa naissance le mystère à garder inviolé…

 

B-A : Alors ce serait donc ce grain tombé de l’épi du temps que l’on fait pousser dans la terre meuble de l’imaginaire prompte à doubler la récolte à la racine de l’âme jumelle. Une eau qui se boit elle-même dans des jardins de feux. Un autodafé intime en somme…Un combat corps à corps avec l’âme qui doit pousser droit sous des yeux grand- ouverts?

 

 N-L : La flamme intérieure demeure inconnue de beaucoup. L’errance guide la pensée d’une canne blanche qui dissimule le vilain canard noir aux yeux de l’opinion publique.

 

Barbara Auzou / Niala-Loisobleu

AU NON DE LA LOI


 

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AU NON DE LA LOI

L’étiré s’extrait d’une traction avant pour ne  pas être reconnu comme faisant partie du gang des violeurs en réunion, il sera reconnu vice de procédure en demeurant bien connu des services de police.

Tranquille il rentre à la maison. Son père lui flanque une gifle, furieux le sale gosse porte plainte au commissariat.

Le père est arrêté sur le champ, embastillé après avoir été tabassé à mort.

Il est condamné à dix ans fermes…

Niala-Loisobleu – 20/09/18

JE S’AIME AU VENT


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JE S’AIME AU VENT

 

La nuit s’est repris les matins. Quand j’ouvre mes volets je me demande si c’est pas l’heure de se coucher. Et pourtant j’entends pas loin de ma fenêtre la nature s’étirer. Encre de Chine et plume à dessein l’élan du trait vogue, vous n’imagineriez pas ce qui trotte dans la tête d’un cheval au réveil. Je profiterai du moment  d’écrire. Il y a dans le geste fait bien des fleurs qui s’ouvrent sur ton corsage, la jupe laisse des plis plein la boîte à l’être. Laisse tes cheveux entrer dans la cabane abandonnée je viendrai les peigner en pensant à tous les rubans qui retenaient les boucles en sautant sur le chemin de l’école quand les filles étaient pas dans l’école des garçons. J’entends venir la fumée du premier train le long du chemin de traverse , dans le pré la vache lève la tête un grand sourire entre les cornes.

Niala-Loisobleu – 20/09/18

POING VIRGULE


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POING VIRGULE

A la question que je vis se dessiner sur ses lèvres je répondis du tac au tac d’un baiser. Je jurerais avoir entendu les cons emportés d’une seule bouchée. Sur le côté de son flanc gauche battait de plus en plus fort un premier dessin rupestre dans les ocres d’un bistre manuel. Reconnaissant un cheval sauvage aux tâches bleues qu’il avait sur le crin blanc, j’attendis que la horde passe pour sortir le premier bison. De cendre au tison son galop a fait trembler  la fumée sortant de ses narines. Il reste que le feu de cette guerre m’est resté allumé de cette ardeur de vivre particulière. L’espoir, imbécile utopie quand on voit ce que l’homme abîme des millions d’années durant, pour le garder en corps incite à s’y convertir. Aucun dieu ne s’étant risqué à le certifier.

Niala-Loisobleu – 19/09/18

JE RETOURNE LE TAIRE POUR QUE POUSSE NOTRE JARDIN 3


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JE RETOURNE LE TAIRE POUR QUE POUSSE NOTRE JARDIN 3

 

La tôle frappée des pensées non retenues entraîne les stimuli sensoriels.

Derrière le papier-peint l’espace a le goût du plâtre. La fissure insinue l’air.

Marches-tu sur un fil qu’à peine mus, tes pieds me jettent leurs chansons aux paumes.

Coeruléum les pierres aiguisées au fusil, ont allumées un rai sous ma porte.

J’ai pu lire ta présence l’instant de l’éclair.

Mot à mot.

En courant sur la passerelle de tes voyelles.

Cadnium d’un escabeau jaune levé le premier.

Des rouges remuent aux queues des branches, déplaçant le suc sorti de la motte de tes reins adossés à l’espalier. Une nervure prometteuse à la ligne de la feuille.

 

La chambre dans l’espace

Tel le chant du ramier quand l’averse est prochaine – L’air se poudre de pluie, de soleil revenant –, je m’éveille lavé, je fonds en m’élevant ; je vendange le ciel novice.

Allongé contre toi, je meus ta liberté. Je suis un bloc de terre qui réclame sa fleur.

Est-il gorge menuisée plus radieuse que la tienne ? Demander c’est mourir !

L’aile de ton soupir met un duvet aux feuilles. Le trait de mon amour ferme ton fruit, le boit.

Je suis dans la grâce de ton visage que mes ténèbres couvrent de joie.

Comme il est beau ton cri qui me donne ton silence !

René Char

Les Matinaux, La Parole en archipel, © La Pléiade, p.372

 

Je dirais à tout le Monde comme je t’aime en dehors de lui. A toi je tairais l’artificiel.

Mes mains iront écoper les sueurs de la canopée, pour ranimer les volcans éteints.

Pas besoin d’un silex. Il suffit que tu dégrafes tes bras.

Vas où la virginité indélébile regarde les viols s’autodétruire. J’ai ta robe blanche à nos nuits pures.

Les arbres sont en orée des clairières. J’ai peint.

Pour limer la solitude stérile au ras des barreaux du lit des rivières.

Un rose tyrien émergé de ta poitrine. Pris à pleine bouche.

L’eau pure fait chanter tes battements de pieds.

Ecailles dépeignées tu bruisses aux branchies de mon oui.

Tu as aboli le temps. Empalant la pendule sur les aiguilles d’un maquis corse.

Ils seront aucun. Nous serons deux à comprendre l’autodafé

Ma mer cobalt rejoint les ocres où les coraux se reproduisent. A pas lents d’une course océane.

Je l’aime partout

Nage ma Muse dans la transparence de ton rayon.

Je t’aime à la force du souffle que ton existence met à l’énergie créatrice de mes doigts !

 

Niala-Loisobleu – 19/09/18

METRO DE CORRESPONDANCE


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METRO DE CORRESPONDANCE

 

Lâchant la rampe de l’escale à torts qui serrait la montée du buste – lacets en guise de guêtres d’assaut – il sauta en raccourci du corps niche d’une bretelle à l’agrafe dorsale. Oh le bond, le bon du bonnet, se souvînt-il quand enfant, d’une station à l’autre le tunnel avait quelque chose de sein.

Les premiers transports poinçonnent les départs vers, pas les lits las, ressent-il t’îles en traversant la Seine et les Tuileries pour prendre son métro à Pyramides, non sans avoir  pas laissé de côté la vue des nichons verts des belles dames du jardin posés sur leur socle…

Niala-Loisobleu – 18/09/18

LES PAUMES D’ADAM


 

 

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LES PAUMES D’ADAM

 

ils s’insérent les peupliers du lé d’une l’écluse à l’autre dans le paysage d’un canal de la mare au rein. Quelque idée de changement vite laissée de côté.

Au cadran le soleil versatile se dépense avec plus ou moins d’avance qu’un peu de retard. Trop souvent mis aux sautes du brouillard

S’ils n’auraient jamais eu d’enfants

mouraient tous seuls

ils auraient pas été heureux

Mais sans que ça dommage la qualité du vrai profil de la terre

et sans atteindre au final

la certitude d’avoir vraiment traversé leur vie en ballon captif dirigé par eux…

 

Niala-Loisobleu – 18/09/18