YVES BONNEFOY – VRAI NOM


VRAI NOM

« Je nommerai désert ce château que tu fus,
Nuit cette voix, absence ton visage,
Et quand tu tomberas dans la terre stérile
Je nommerai néant l’éclair qui t’a porté.

Mourir est un pays que tu aimais. Je viens
Mais éternellement par tes sombres chemins.
Je détruis ton désir, ta forme, ta mémoire,
Je suis ton ennemi qui n’aura de pitié.

Je te nommerai guerre et je prendrai
Sur toi les libertés de la guerre et j’aurai
Dans mes mains ton visage obscur et traversé,
Dans mon cœur ce pays qu’illumine l’orage. »

Yves Bonnefoy, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, in Anthologie de la poésie française, II, Gallimard, Collection Poésie, 2004, page 209. 

(Source Terre de Femmes)

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui fut sans lumière / Début et fin de la neige / Là où retombe la flèche de Yves Bonnefoy


Ce qui fut sans lumière / Début et fin de la neige / Là où retombe la flèche de Yves Bonnefoy

couverture

Une poésie grave et sereine, d’une grande sobriété, illuminée par la beauté évanescente du monde et le souvenir des chemins de l’enfance…

Ce volume reprend en édition de poche trois plaquettes parues à la fin des années 80 chez Mercure de France : « Ce qui fut sans lumière », « Début et fin de la neige » et « Là où retombe la flèche ».

Par rapport aux recueils précédents, publiés dans le volume sobrement intitulé « Poèmes » (présenté sur CL) et qui renouvelèrent totalement l’écriture poétique en inaugurant l’après du surréalisme, l’écriture s’est simplifiée sans perdre sa densité. Toujours irriguée par les grands mythes de l’humanité (avec des accents parfois bibliques :Je vais. / Il y a cet éclair immense devant moi, / Le ciel, / L’agneau sanglant dans la paille.) et nourrie par les souvenirs d’une vie vécue (évocations de l’enfance ou d’un long séjour à Hopkins Forest, dans l’hiver nord-américain), elle s’ouvre à la nuit, assumant la part d’ombre et le sentiment d’exil contre lequel le poète avait semblé vouloir lutter quand il quêtait la révélation de la présence du monde… Même s’il écrit dans un poème « Adieu ? Non, ce n’est pas le mot que je sais dire », c’est bien un adieu que le poète prononce, à plusieurs reprises :

Le souvenir : (…) Je vais, / Et il me semble que quelqu’un marche près de moi, / Ombre, qui sourirait bien que silencieuse / Comme une jeune fille, pieds nus dans l’herbe, / Accompagne un instant celui qui part. / Et celui-ci s’arrête, il la regarde, / Il prendrait volontiers dans ses mains ce visage / Qui est la terre même. Adieu, dit-il, / Présence qui ne fut que pressentie / Bien que mystérieusement tant d’années si proche, / Adieu, image impénétrable qui nous leurra / D’être la vérité enfin presque dite, / Certitude, là où tout n’a été que doute, et bien que chimère / Parole si ardente que réelle. Adieu, nous te verrons plus venir près de nous (…) Terre, ce qu’on appelle la poésie / T’aura tant désirée en ce siècle, sans prendre / Jamais sur toi le bien du geste d’amour ! (…)

Le souvenir des instants passés dans l’immédiateté de la nature élémentaire hante le recueil, qu’il nimbe de sentiments de nostalgie et mélancolie. On perçoit également un sentiment d’espoir et d’attente heureuse, comme quelqu’un qui veille la nuit en regardant poindre l’aube tandis que la neige tombe, qui transfigure le ciel et le paysage qu’elle a presque abolis. La lumière (y compris sous la forme du feu), le rêve et la neige sont des thèmes récurrents, voire structurants, du recueil. Même si la neige est avant tout le signe de l’effacement, elle est aussi une sorte d’eau paisible et de lumière silencieuse qui apportent l’évidence d’une présence. Dès « Ce qui fut sans lumière », qui ouvre le recueil, elle apparaît comme le creuset où se révèlent et se détachent, telles les fleurs de printemps perçant les dernières neiges, les signes et les images où se lit la beauté du monde, comme un écho du jardin d’Eden dont le souvenir nous lancine :

L’adieu : (…) L’herbe et dans l’herbe l’eau qui brille, comme un fleuve. / Tout est toujours à remailler du monde. / Le paradis est épars, je le sais, / C’est la tâche terrestre d’en reconnaître / Les fleurs disséminées dans l’herbe pauvre, / Mais l’ange a disparu, une lumière / Qui ne fut plus soudain que soleil couchant. / Et comme Adam et Eve nous marcherons / Une dernière fois dans le jardin. / Comme Adam le premier regret, comme Eve le premier / Courage nous voudrons et ne voudrons pas / Franchir la porte basse qui s’entrouvre / Là-bas, à l’autre bout des longes, colorées / Comme auguralement d’un dernier rayon. (…)

Sur des branches chargées de neige : (…) Ardue est la beauté, presque une énigme / Et toujours à recommencer l’apprentissage / De son vrai sens au flanc du pré en fleurs / Que couvrent par endroits des plaques de neige

Dans « Début et fin de la neige », les flocons de neige, dont la perfection de cristal fond à la chaleur de la main, incarnent la beauté évanescente de notre condition mortelle ; la blancheur d’abîme de la grande neige, dont les flocons virevoltent en se frôlant et incarnent le bonheur souriant et paisible d’un présent sans avenir, enchevêtre les signes de l’écriture qui, en tourbillonnant, devient transparence indéchiffrable, comme si l’écho des mots résonnait ailleurs, dans un autre monde d’éternel été (peut-être un souvenir encore du jardin perdu) où ne mène aucun chemin.

L’été encore : (…) Neige, / Lettre que l’on retrouve et que l’on déplie / Et l’encre en a blanchi et dans les signes / La gaucherie de l’esprit est visible / Qui ne sait qu’en enchevêtrer les ombres claires.
Et on essaye de lire, on ne comprend pas / Qui s’intéresse à nous dans la mémoire, / Sinon que c’est l’été encore ; et que l’on voit / Sous les flocons les feuilles, et la chaleur / Monter du sol absent comme une brume.

Le peu d’eau : (…) Neige / Fugace sur l’écharpe, sur le gant / Comme cette illusion, le coquelicot, / Dans la main qui rêva, l’été passé / Sur le chemin parmi les pierres sèches, / Que l’absolu est à portée du monde.
Pourtant quelle promesse / Dans cette eau, de contact léger, puisqu’elle fut, / Un instant, la lumière ! Le ciel d’été / n’a guère de nuées pour entrouvrir / Plus clair chemin sous des voûtes plus sombres.
Circé / Sous sa pergola d’ombres, l’illuminée, / N’eut pas de fruits plus rouges.

En fait, tout le recueil multiplie les allusions ferventes aux fleurs, aux fruits, aux pierres, aux nuages, aux arbres, au feu, à la pluie, etc. comme si la nature était tissée d’une étoffe vivante dont nous aurions cherché en vain à nous revêtir, comme une cape de pèlerin, pour nos errances en quête du vrai lieu sur les chemins du monde que, dans les très beaux poèmes en prose de la section « Par où la terre finit », Yves Bonnefoy personnifie, en ressuscitant le passé, comme des compagnons d’enfance, petits dieux rieurs bouddhistes sans le savoir ou voyageurs aux regards graves :

I/ (…) Vous avez été l’évidence, vous n’êtes plus que l’énigme. Vous inscriviez le temps dans l’éternité dans l’éternité, vous n’êtes que du passé maintenant, par où la terre finit, là, devant nous, comme un bord abrupt de falaise.

III/ Tel qui allait du même pas que le ruisseau proche et se mêlait à lui en des points on se savait guère si gués ou flaques dans la lumière brisée des moucherons et des libellules. / Tel qui avait gravi une pente parmi les pins et les petits chênes puis débouchait à découvert devant tout un chaos de tertres boisés, certains barrés jusqu’à l’horizon de lignes de pierre nue. / Et cet autre, là-bas, – on rêvait que c’était un lac qu’on finirait par atteindre, il y aurait dans les herbes, abandonnée, faisant eau, une barque peinte de bleu

IV/ Tel qui se faufilait comme une couleuvre sous les feuilles d’une autre année. / Il y a une minute, il n’était pas. Dans un instant, il ne serait plus.

V/ Tel accourait, nous suivait. On se prenait à vouloir lui donner un nom. / Il s’était pris d’amitié pour la petite fille. Pour les huit ans de cette année-là ; et jappait sans fin autour d’elle, à grands

IX/ Un qui tenait une coupe, où brillait le vin du ciel calme. / Un qui allait, eût-on dit, « beyond the river and into the trees ». Un qui était notre voie lactée. / Et il y en avait un encore plus large, et qui aimait accueillir nos ombres sur son sable, qui était lisse. Elles couraient loin en avant de nous car c’était le soir, et nous les sentions agitées, inquiètes. Mais l’ombre d’un oiseau les touchait parfois et les accompagnait un instant, avant de s’en écarter d’un brusque coup de rame.

Ces chemins d’enfance reviennent à la fin du recueil, dans la partie intitulée « Là où retombe la flèche » qui évoque l’enfant égaré parce qu’il s’est, pendant quelques minutes, aventuré hors du sentier à la poursuite d’un oiseau. La nuit est encore lointaine ; l’enfant, malgré une sourde angoisse due à la perte de tout repère, n’est pas encore effrayé et ressent soudain la présence énigmatique des choses, dans lesquelles il cherche vainement un indice pour identifier la route à suivre :

Perdu. Et les choses accourent de toutes parts, se pressent autour de lui. Il n’y a plus d’ailleurs dans cet instant où il veut l’ailleurs, si intensément. / Mais le veut-il ? / Et quelque chose accourt du centre même des choses. Il n’y a plus d’espace entre lui et la moindre chose. / Seule la montagne là-bas, très bleue, l’aide ici à respirer dans cette eau de ce qui est, qui remonte.

Et s’il parle à voix haute, c’est pour lui seul, comme plus tard quand il écrira, seul dans sa chambre, quêtant son chemin dans les mots opaques et clos comme des pierres…

Perdu, pourtant. Car il lui faut décider, presque à tout instant, et voici qu’il ne peut le faire. Rien ne lui parle, rien ne lui est plus un indice. L’idée même d’indice se dissipe. Dans l’empreinte qu’avait laissée la parole, sur ce qui est, l’eau de l’apparence déserte est remontée, brille seule. / Chaque mot : quelque chose de clos maintenant, une surface mate sans rien qui vibre, une pierre. / Il peut l’articuler, il peut dire : le chêne. / Mais quand il a dit : le chêne – et à voix haute, pourquoi ? – le mot reste, dans son esprit, comme dans la main la clef qui n’a pas joué se fait lourde. Et la figure de l’arbre se clive, se fragmente et se rassemble plus haut, dans l’absolu, comme quand on regarde ces bossellements du verre qu’il y a dans d’anciennes vitres. / La couleur, rejetée sur le bord de l’image par le gonflement dans le verre. Ce qu’on appelle la forme troué d’un ressaut – démenti. Comme si s’était ouverte la main qui garde serrées couleurs et formes.

Toute la poésie d’Yves Bonnefoy est un renoncement à l’image illusoire pour une célébration, directe et presque charnelle, de la Terre, habitée par un sentiment de joie d’être au monde, parmi les choses, dans l’immédiateté qui fut jadis celle de l’enfance. Dans « Ce qui fut sans lumière », le poète adulte, revenu sur les lieux de son enfance, accueille les souvenirs, comme un fleuve en crue qui déborde la mémoire et les années et débouche dans le rêve. Le rythme des vers, riches d’interrogations et d’aveux à la 1ère personne, reproduit le travail de la pensée et, comme un chemin se proposant au lecteur, invite celui-ci à épouser son questionnement et son parcours, qu’on peut lire et relire à l’infini sans en épuiser la beauté… Peu à peu, comme la neige se dépose sur un paysage, la gravité sereine de la poésie d’Yves Bonnefoy se communique au lecteur et lui fait partager la plénitude d’une extase matérielle, dans l’ici et le présent, soucieuse de la vérité, fragile et sensible, des choses et des êtres que la beauté de leur finitude mortelle illumine :

Mais demeure l’éclair / Au-dessus du monde / Comme à un gué, cherchant / De pierre en pierre.
Est-ce que la beauté / N’a été qu’un rêve, / Le visage aux yeux clos / De la lumière ?
Non, puisqu’elle a reflet / En nous, et c’est la flamme / Qui dans l’eau du bois mort / Se baigne nue.
C’est le corps exalté / Par un miroir / Comme un feu prend, soudain, / Dans un cercle de pierres.
Et a sens le mot joie / Malgré la mort / Là où creuse le vent / Ces braises claires.

 

L’Heure présente d’Yves Bonnefoy, entre inquiétude et espoir


L’Heure présente d’Yves Bonnefoy, entre inquiétude et espoir

 

Voici regroupés en un seul volume les trois derniers écrits poétiques d’Yves Bonnefoy dans un nouvel élément de cette chaîne indispensable de caractères qu’est la collection Poésie/Gallimard. Un livre étrange et passionnant de bout en bout qui mêle poèmes, proses et réflexions critiques servis par la plume toujours élégante et gracieuse d’un homme de Lettres hors du commun… Poète avant tout, même si son œuvre critique et ses traductions sont plus nombreuses en terme d’ouvrages, car l’esprit de Bonnefoy est celui d’un poète qui s’entoure de vers et de beauté, surtout quand il devient très pointu dans ses analyses. Ainsi, La longue chaîne de l’ancre vise à explorer ce qui différencie l’écriture en vers de l’écriture en prose, sans jamais les opposer mais en essayant de tisser des liens qui pourrait parvenir à se nouer suffisamment pour qu’une passerelle se dresse et que le passage entre l’une et l’autre apparaisse, mettant alors à jour des régions subconscientes dont le poème est à l’écoute. 

Au soir du second jour le monde cesse,

Ce qui aurait pu être ne sera pas,

Toute la nuit il pleut jusqu’au fond de l’herbe

 

Une chaîne d’encre aussi qui arrime le lecteur dans le cheminement de l’esprit du poète qui, parti des eaux profondes de l’inconscient – lieu de pensée autant que de vie – parvient jusqu’à nous sous différents jeux de langage, images suggérées, musique murmurée…

 

Personne n’a posé son regard sur lui.

Ce qui aurait pu être ne sera pas.

La parole ne sauve pas, parfois elle rêve.

 

Avec L’heure présente vous découvrez le jeu de l’alternance entre prose et poésie : Yves Bonnefoy est joueur, il inscrit ses proses pour remuer le sol de la conscience qu’on arrache au monde réel, malgré les réticences à admettre que vives demeurent des impressions et des intuitions que la pensée diurne réprime, pour mieux tourner la page sur un poème qui s’attache à employer ces mots ainsi rénovés, posant alors les problèmes de l’être et du non-être, du sens et du non-sens, sorte d’aveu implicite de cette époque déstabilisante…

 

 

Écrire de la poésie pour poser autrement les bonnes questions ? Certes, Bonnefoy est un brillant essayiste, mais il sait aussi que par le biais du poème il pourra distiller son sérum de vérité sans en avoir l’air, ses poèmes pénétrant par fragments de réponse l’âme du lecteur qui sera comblé à la fin du livre, heureux d’en savoir plus, ébahi d’avoir si facilement compris sans effort apparent, ravi du plaisir pris à la lecture… 

Avance sur ton seuil, sous les liserons,

Ouvre ta main de l’enclume vers moi.

Viens avec moi boiter dans l’avenir !

On rejette les souvenirs, hélas,

La mémoire n’en finit pas de se redresser,

C’est un feu qu’on écrase, rien de ce monde.

 

Tel Hamlet, voire l’acteur interprétant Hamlet, tout le moins tentant une approche décalée sur les injonctions du metteur en scène  (« Première ébauche d’une mise en scène d’Hamlet »), Yves Bonnefoy s’approche de votre oreille pour vous murmurer sa petite musique poétique, il est la voix de l’espace réfracté dans votre âme aux abois : « il approche, on ne sait pas où il est au juste, peut-être va-t-il paraître en quelque point de la vaste scène, en main une lampe-tempête, sur son visage le masque que sont les mots de la poésie. »

 

Poète du présent aussi, Yves Bonnefoy veut croire que demain sera plus fertile qu’hier, que la lueur se fera au bout du chemin, optimisme poétique servi par une langue qui revient aux sources de tout :

Heure présente, ne renonce pas,

Reprends tes mots des mains errantes de la foudre,

Écoute-les faire du rien parole,

Risque-toi

Dans même la confiance que rien ne prouve,

Lègue-nous de ne pas mourir désespérés.

 

François Xavier

 

 

En ce jour où la vision se met à l’ordre du jour….

N-L – 06/12/18

 

CETTE INTIME VISION


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CETTE INTIME VISION

Le champ à rides aux flancs de la montagne cultive inlassablement une lutte à tenir. Coûte que coûte la mine de plomb du crayon descend à la mine, étayer de son bois un couloir au coeur de l’estompe. Des ronces en cheval de frise sont au pacage à l’accès lointain, les pieds attachés aux ascenseurs des puits. Posés aux rayons d’un ciel en étagère, des moutons comptent un à un le sommeil, dans un ballet de sorcières. D’où que tu viennes et où tu ailles, des pellicules filment le sourire des cheveux repoussés d’hier. Muet, un instant se retient, immobile, hésitant au-dessus du vide. Les oliviers comme le soleil et la lune, ne se rencontrent avec les colombes que dans les guerres qui les séparent. Ils ont à leurs troncs toute la tourmente des canons, circulant dans le rouge sang de leur sève. Tu cultives l’eau profonde de ton espoir dans le brasier du quotidien. Pour le rinçage, appuyer sur ô sale. Surréalité qui, tout en refusant de tordre le cou au rêve, regarde le pendu qui se balance aux gargouilles de la Cour de Miracles, les doigts plongés dans la lèpre. Un enfant s’enfonce dans la boue humaine, un bâton de dynamite allumé aux chevilles par l’obscure avidité de l’exploiteur. L’acide entre au point d’ars des petits chevaux. Requiem pour un verger. Une voix rebelle garde le maquis.

UNE VOIX

Ecoute-moi revivre dans ces forêts

Sous les frondaisons de mémoire

Où je passe verte,

Sourire calciné d’anciennes plantes sur la terre,

Race charbonneuse du jour.

Ecoute-moi revivre, je te conduis

Au jardin de présence,

L’abandonné au soir et que les ombres couvrent,

L’habitable pour toi dans le nouvel amour.

Hier règnant désert, j’étais feuille sauvage

Et libre de mourir,

Mais le temps mûrissait, plainte noire des combes,

La blessure de l’eau , dans les pierres du jour.

Yves Bonnefoy

Aux friches hachurant les plaines, des restes irréfragables ont posé des dalles de pas, que les semelles du vent déplacent en tous points. Un pont-levis franchit la douve des ciels gris. Zébrant de ses couleurs courbes l’à-plat bitume d’un arc sept fois nuancé. Il sort du jour sous tous les passages cloutés des différentes manières de faire souffrir. Une volée d’orties cogne en façade ses stances à Sade. Un seul coup de lame lancé par la marée dégagerait les paradis fiscaux si l’équité c’était pas du domaine du dogme . L’ormeau noyé aux rivières se régénère aux rochers des océans, la coquille en évent, muscle palpitant au granit. Qu’avons-nous oublié de meurtrir, doigts gourds d’orgueilleuses premières en escalades répétées ? Les sabres de nos mécaniques décapitent l’émergence des sources, sans assouvir leur soif paranoïaque de conquête. L’électricité est en fonte de glaciers. J’étais demain dans chacun de mes hiers, le soleil sans brûler la fraîcheur de l’ombre de mon arbre, n’a pas coupé ses feuilles. Elles se dressent en contrescarpe aux chemins qui grimpent avec les chèvres. Sous forme de maisons-nids. L’attitude de mes proches contredit ma folle innocence. Ils jalousent mon refus sans autre pensée qu’en tirer profit. Pourtant devant la fatigue évidente de mes yeux qui me quittent, en même temps que mes jambes je peins de l’Ecriture Vagabonde du Refuge de l’Amour. Les villes du désespoir et leurs façades crevées gardent autant d’yeux ouverts que le bleu activé par l’arbre a besoin d’entendre, sans l’épeler par un non. Vivra un jardin vert aux fondations indélébiles. Pour être libre de mourir, la conscience en vie dans l’intime du journal..

Niala-Loisobleu – 19 Septembre 2017

 

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Cette Intime Vision

2017 – Niala

Acrylique et Encre s/Canson, encadré s/verre 30×40

MES ERREURS 3


MES ERREURS 3

Hier, l’inachevable

Notre vie, ces chemins

Qui nous appellent

Dans la fraîcheur des prés

Où de l’eau brille.

Nous en voyons errer

Au faîte des arbres

Comme cherche le rêve, dans nos sommeils,

Son autre terre.

Ils vont, leurs mains sont pleines

D’une poussière d’or,

Ils entrouvent leurs mains

Et la nuit tombe .

Yves Bonnefoy (Extrait Les planches courbes)

Ah parlons-en de l’arbre. Ce fut une armature qu’un palier perdit dans un papier journal inachevé, anonyme fuite qui se donna en scène. La fuite, toujours la fuite qui ne conduit qu’au point de départ. L’amour c’est pas fait pour se faire pareil pour tout le monde. Mélodie n’aile sonne, un oiseau secoue la branche à deux mains. Des feuilles se rempliront, mirliton, chapeau pointu, sous le buisson. Les mains qui peignent l’odyssée saignent tant du bout des ongles, que le temps passe sans que la ménopause coupe les doigts. A faire là où le grain gémit, le mou lin se tend. J’ai la ligne de vie en cicatrice d’une symphonie qui n’a jamais joué. Escarre à baie au do dièse

Niala-Loisobleu – 15 Mai 2017

DANSE A LA LUNE 2009 Huile toile 73 x 60 001