LAS ABALOCHAS BAILAN PARA DHAMBALA


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LAS ABALOCHAS BAILAN PARA DHAMBALA

(BALOCHES DANSE POUR DHAMBALA)

Je n’ai ni feu ni loi ni dogme

Je suis seulement cette vieille douleur qui hurle par les yeux

L’espace

Sombre à l’horizontale de votre sacrée danse d’angles et de becs

C’est la douleur seule qui danse — pas vous,
Abalochas

Ni vous ni ce que vous appelez

Moi

Douleur brute
Douleur pure
Engoulevents et carapaces
Elle danse de tous ses masques
De tous ses rythmes immobiles
Et vous croyez danser

Et vous croyez
Et vous projetez

Je meurs en chaque foudre et chaque orange


Dansez,
Abalochas

Allumez tuez les grands trous noirs

Le vent se tait il emporte la jungle

Pourquoi écoutez-vous ce qui jamais ne s’écoute ?

Pourquoi n’écoutez-vous pas?

Ëtes-vous sans pourquoi ?

Y eut-il jamais de l’écouteur dans l’écoute?

Douleur d’Abalocha

Entendre

A la fin est-il son ?

Vous savez vous y prendre, vous savez vous y perdre
Dansez,
Abalochas

En me soignant à la torture

En m’humanisant à moelle

Me crucifiant sans le moindre hasard

Me bouddhifiant dans le sourire à main de cheval

Me shivaïsant, m’étiquetant, me dhambalaîsant

Vous pliez ma jambe et ne me voyez pas —

Vous ne tenez rien en me voyant

Douleur, douleur

Je ne suis pas l’ombrelle du funambule sur chute noire
Je suis seulement ce que ta danse allume,
Abalocha
Je suis la chance la seule : blessée à mort

La perfusion universelle vous vacille les jambes

Mais ce que vous cherchez, hommes des tuyauteries

fourchues
N’est pas une statue à recoudre
Ni la silhouette blanche des galaxies en fuite
Ni la
Très-Vieille la
Tenace — la douleur


Nie la douleur,
Abalocha

Et vous,
Abalochas des
Abalochas, niez-la

Niez la mort avec

Si vous pouvez

Moi,
Dhambala, même

Moi, votre danse même votre illusion

Je meurs

Je meurs à tout instant je meurs

El. vous priez exorcisez pensez et inventez

Vous fusez et infusez,
Abalochas

De conjurations en placebos

Et je meurs

Et vous pouvez danser jusqu’à la fin des gouffres

Et sur tous les sommets je meurs

Vous pouvez accomplir les rites

Explorer les mondes

Les impostes les impasses les impossibles

Les passages d’inaccès

Les métaphores d’entre vos vies vos ombres

Je meurs

Seul debout

De ne jamais l’être

Je meurs pour ne pas renaître où vous m’attendez

Je meurs je n’accède pas je ne suis pas la naissance

Autre que sonde dans la poitrine

Qu’éblouissement au centre vide

Sans mot ni geste en toutes mains et langues

Je souffre vos dix mille morts vos divines sciences et

phénix
Je souffre de toutes vos cendres
Vos images vos tabous vos totems
Et l’aberrant piétinement natal des astres

Je meurs et vous dansez

Comme si je n’avais jamais cessé de mourir

Pour que vous dansiez

Dansez
Abalochas la
Chose est immobile

Vous me perdez en m’invoquant
Vous vous perdez en m’inventant

Vous et moi sommes
D’avant le feu
C’est la douleur seulement la douleur qui nous le danse

Échos brisés dans le secret des avalanches

Vous les inidées les arcanes

Vous,
Abalochas venues à l’aube reptilienne

En couperets de lianes en mythes en catachrèses

Vous n ‘existez pas ni
Dhambala ni les îles ni les

Mais votre danse nous lie

A la beauté de ce que nul œil ne voit

Nous sommes au monde : nous n’en sommes pas

Un cri sans cri traverse

Ce goût de terre et d’herbe que prend parfois l’amour
Ce goût de vent d’embruns que prend parfois la mort

Abalochas
Abalochas c’est cette douleur
Et nous l’aimons

 

Serge Sautreau

Serge Sautreau (1943-2010) présenté par Guy Goffette


Serge Sautreau (1943-2010) présenté par Guy Goffette

RÉVÉLATION


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RÉVÉLATION

 

A l’éblouie.

Douceur sans bornes à l’éblouie.

Infinie, infinie félicité de l’infime, du presque rien, à l’éblouie.

Hauteur.

Gouffre d’en haut.
Sans plafond, sans parois.
Velours plein ciel.

Harmonie, tout d’un coup.
Communauté souriante, tout d’un coup.
Le sel de la terre accède.
Le sel de la terre voit le miel.
Le sel de la terre

enfin

goûte

le miel.
Enfin touche le ciel.
Enfin se sait ciel.

Plus personne, en félicité, personne.

Rien que le cœur,

le vaste cœur

qui voit plus ample,

qui bat plus souple,

qui brûle-pleure,

qui part en joie, joie, joie.

Rien que le cœur, rien qu’une aile qui va.

Et il s’en va,
Tchaboudouradj, il s’évapore

dans l’infime infini, dans l’inentrevu.

Son verbe, son épée à concepts — plus besoin, plus

besoin dans la hauteur, dans la hauteur hors plafond, la hauteur sans parois où erre librement, non cloué à la sensation, aux pseudo-socles, aux lubies de la faim, le sel de la
terre qui vient goûter au ciel.

Qu’a-t-il à faire,
Tchaboudouradj, dans cet envers,

dans ces coursives,

dans ce repli de soi où l’univers accomplit des féeries

qu’un dieu comme lui évite de regarder en face, histoire

de ne pas aller se distraire,

de ne pas aller s’abstraire de l’histoire?

La liberté, l’hannonie dénouant les extases, lui.
Tcha-boudour, n’en vient-il pas, n’en revient-il pas depuis sans cesse,

depuis toujours?

Il s’en va,
Tchabou,

il disparaît au revers de la transe,

sur l’autre versant,

dans le tunnel-histoire,

là où il faut chercher, chercher sans fin la iin,

la fin des temps plombés,

des temps qui ploient, qui chutent, qui creusent.

Au-delà, du côté du soleil, du côté d’avant le soleil,

où la lumière crée le soleil :

Plein velours de l’instant

Infinie, infinie félicité de l’infime.

Éclaircie hors mirage.

A jamais désormais, à jamais.

Jusqu ‘au sommet central de. l’intérieur d« tout »

Fluide ébène, cette cascade,

et le courant

et l’onde de choc :

tout est dedans, même le dedans, même le non-lieu —

dedans, même l’histoire qui tombe au dehors

comme la neige. »

Hauteur, hauteur sans socle.

Flèches de feu,
Météores. Étoiles filantes.

Comètes en ubiquité.

Spirales simultanées du cri et du lasso.

Criquets, grillons au bord des braises, grésillements.

Quelle beauté, chuchote-t-il,

que ces fusées dans les coulisses du son !

Quelle beauté, ces torpilles !

Et sel, sel à crier soleil, sel à se taire au pied de l’arbre.
Sel pour eden à ciel ouvert.

 

Serge Sautreau