C’est après que ça se passe – Serge Reggiani (Guy Béart)


C’est après que ça se passe – Serge Reggiani (Guy Béart)

Ce n’est jamais, jamais, jamais pendant
C’est après que ça se passe
Les regrets vous entrent, rentrent dedans
Après que le fil se casse
Sur le moment on est abasourdi
On se dit « quoi? », on se dit, on se dit
« Je ne sais pas ce qui m’arrive à moi
J’ai trop chaud, j’ai froid
Qu’est-ce donc qui m’éveille ainsi autant
Et pourquoi soudain ce cœur battant? »
Je me retourne encore dans mon lit
Ta place a fait ce pli

Ce n’est jamais, jamais, jamais pendant
C’est après que ça se passe
Mon Dieu, que c’était, c’était imprudent
De changer ainsi de place

Ah, si l’on avait su, l’on avait su
On aurait gardé notre coin perdu
Tous ces voyages que l’on s’est permis
Et tous ces amis

Qui prenaient tant de mots, tant de regards
Et quand je t’ai conduit à la gare
On était libres tous deux, c’est sûr
Pourquoi cette blessure?

Ce n’est jamais, jamais, jamais pendant
C’est après que ça se passe
Qui est le vainqueur, qui est le perdant?
On en a perdu la trace
Qui est parti et parti le premier?
Qui a couru après dans l’escalier?
Qui a marché et qui est revenu?
Ça ne compte plus

Qui a fait mal et qui a trop souffert?
Que m’importe, tout va de travers
Et l’enfant, l’enfant que tu aimais
Qui n’arrivera jamais

Ce n’est jamais, jamais, jamais pendant
C’est après que ça se passe
L’amour, la vie, tout devient évident
La brûlure est là, vivace
On s’appelle, on se dit « allô, allô »
Souviens-toi du dimanche au bord de l’eau
De cette foire où tu as pris la fuite
Tout près du grand huit
Tu riais, tu riais aux grand éclats
Je regardais ailleurs ce jour-là
Et j’ai beau regarder aujourd’hui
Je ne vois que la nuit

Ce n’est jamais, jamais, jamais pendant
C’est après que ça se passe
On n’a rien senti pendant l’accident
Rien senti de la menace
On s’est dit au revoir en souriant
Copain-copain, tranquilles, insouciants
Je t’ai serrée un peu entre mes bras
On s’appellera
Ce prochain rendez-vous, manqué, grippé
Le veux-tu? On va le rattraper
Tout cela vient trop tard, vient trop tard
Il est minuit et quart

Raymond joue-moi du jazz – Serge Reggiani



Raymond joue-moi du jazz – Serge Reggiani

On vivait de presque rien
Trois mômes sur le tapin
Mon bar: Le petit join

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En Suisse un peu de bien
Tranquille
En cas de conjoncture
On f’sait de faux billets
Nos femmes et nos voitures
Etaient bien maquillées:
Le style
Et puis un p’tit hold-up
Une banque dans une ZUP
Sans vouloir faire des maths
Cinq cent petites patates anciennes
Ma bagnole tombe en panne
Je prends vingt ans d’cabane
Moins deux pour bonne conduite
Ca fait quand meme dix-huit
A Fresnes
Raymond, joue-moi du jazz
C’est bon entre deux phrases
Vas-y
Jazzy
Le petit joint
J’ai failli pas trouver
Dis, maintenant
Ca s’appelle «white and blue»
Incompréhensible
Et toi, la môme en jean
Sers-moi un autre Gin!
Merci, Josy
Vous auriez connu Raymond!
Monsieur Raymond, élégant
Des bagues à tous les doigts
Des vraies, des fausses.
Il jouait pas, il rayait le piano
Dis, un séducteur, des cheveux… ailes de corbeau
Plaqués sur les tempes
Un jour, c’est sa femme qui l’a plaqué
Maintenant, il veut plus parler, mais
Entendez-le jouer…
Enfin, je sors intact
Et j’arrive comme une fleurAu restau de Mado
Pour rel’ver mes compteurs
Tu vois.
Je contacte avec tact
Une belle femme, haut de gamme
Mais avant que j’fasse gaffe
Elle me retourne une baffe
A moi!
Mado, c’est un MacDo
Les frangines sont speakerines
Putain, j’ai plus la main
Je reconnais plus rien
J’me mine
J’fais des visites, j’hésite
On me conseille Marseille
Mais y a des aléas
J’aimerais mieux aller à
L’usine
(Je plaisante)
Raymond joue-moi du jazz
C’est bon entre deux phrases
Vas-y
Jazzy
(La banque dans la ZUP,
c’est devenu un musée d’art moderne
Un scandale! )
Et toi la môme en jean
Sers-moi encore un gin!
Mais si, merci
Maintenant il répond plus mais…
Quand il avait des bagues à tous les doigts
Il avait des blagues à tous les mots.
Des blagues et sa femme lui disait:
«Tu m’achètes jamais rien!». Il répondait:
«Et qu’est-ce que tu as à vendre? Hein?»
Raymond? Il répond plus
Il est comme le passé. Il est cassé.
Je m’en fous.
Paris: je mets une croix.
Marseille: idem
Je vais essayer Ajaccio.
La Corse, j’ai ouï-dire que c’était tranquille.
Tranquille, tranquille, la Corse

COMME ELLE EST LONGUE A MOURIR MA JEUNESSE – SERGE REGGIANI


COMME ELLE EST LONGUE A MOURIR MA JEUNESSE – SERGE REGGIANI

Comme elle est longue à mourir ma jeunesse,
Ma jeunesse dans mon coeur
Ne l’ai-je jamais trahie ma jeunesse
Qui me laisse à mon émoi
Et qui s’en va de moi
Comme elle est longue à mourir cette rose

Cette rose de la vie
La plus belle du jardin des folies
Une rose,
La dernière du jardin qu’on oublie

Comme ils sont lourds à porter dans l’automne…

RUE DE SCENE


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RUE DE SCENE

 

Le craquement passé les morceaux disjoints se séparent

le raisonnable a quitté depuis plus longtemps que moi la règle d’usage

Autour de la Table Ronde, Arthur eut à en découdre dans les premiers,  vu les faits rapportés

Rue de Seine

j’en frissonne des décennies après

Serge de sa voix prenante bloquait le passage d’un trottoir à l’autre, Jacques m’appris ce que Paroles signifient

Nous nous retrouvions à l’allumage des réverbères, entre deux « Caroline et Marguerite » promenées jusqu’à Montmartre avec la fanfare de l’Ecole. A t-elle finit par faire mon bonheur, ça c’est la réponse toujours à attendre

Tout vient s’opposer

la chaleur pourtant n’arrive pas à me défaire du haut de la sphère

la Lumière domine

j’ai le tableau fait dans la série qui s’annonce

la poésie devenue le pigment de mon encrier

je pousse le cri de naissance au-delà

mes bons maîtres plus vivants que vous en moi ça n’existe pas…

 

Niala-Loisobleu – 26 Juin 2019

 

RUE DE SEINE


RUE DE SEINE

 

Rue de
Seine dix heures et demie

le soir

au coin d’une autre rue

un homme titube… un homme jeune

avec un chapeau

un imperméable

une femme le secoue…

elle le secoue

et elle lui parle

et il secoue la tête

son chapeau est tout de travers

et le chapeau de la femme s’apprête à tomber en arrière

ils sont très pâles tous les deux

l’homme certainement a envie de partir…

de disparaître… de mourir…

mais la femme a une furieuse envie de vivre

et sa voix

sa voix qui chuchote

on ne peut pas ne pas l’entendre

c’est une plainte…

un ordre…

un cri…

tellement avide cette voix…

et triste

et vivante…

un nouveau-né malade qui grelotte sur une tombe

dans un cimetière l’hiver…

le cri d’un être les doigts pris dans la portière…

une chanson

une phrase

toujours la même

une phrase

répétée…

sans arrêt

sans réponse…

l’homme la regarde ses yeux tournent

il fait des gestes avec les bras

comme un noyé

et la phrase revient

rue de
Seine au coin d’une autre rue

la femme continue

sans se lasser…

continue sa question inquiète

plaie impossible à panser

Pierre dis-moi la vérité

Pierre dis-moi la vérité

je veux tout savoir

dis-moi la vérité…

le chapeau de la femme tombe

Pierre je veux tout savoir

dis-moi la vérité…

question stupide et grandiose

Pierre ne sait que répondre

il est perdu

celui qui s’appelle
Pierre…

a un sourire que peut-être il voudrait tendre

et répète

voyons calme-toi tu es folle

mais il ne croit pas si bien dire

mais il ne voit pas

il ne peut pas voir comment

sa bouche d’homme est tordue par son sourire

il étouffe

le monde se couche sur lui

et l’étouffé

il est prisonnier

coincé par ses promesses…

on lui demande des comptes…

en face de lui…

une machine à compter

une machine à écrire des lettres d’amour

une machine à souffrir

le saisit…

s’accroche à lui…

Pierre dis-moi la vérité.

 

Jacques Prévert

UNE ECHARDE AU COEUR- SERGE REGGIANI


UNE ECHARDE AU COEUR- SERGE REGGIANI

J’aurais pu être un héros
Où un traîne bistrot
Un banquier ou un fou
Il s’en est fallu de quoi
Que je sois toi
Tout se passe au millimètre
Et ce que l’on peut être
Dépend-il de nous
Où d’une partie de loto
Jouée là-haut
Faut faire avec ce qu’on a
Je me contente de moi
J’aime la vie, la vie cette garce
Qui punit ses vainqueurs
Je la perdrais sans perdre la face
Mais une écharde au cœur
Je suis moi, mais je suis lui
Qui marche sous la pluie
Après l’adieu banal
Et va prendre calmement
Vingt cinq calmants
Vois cette photo couleur
Cette photo douleur
Sur le papier journal
Ces grands yeux qui crient de faim
Ce sont les miens
Je suis trois fois rien d’un coup
Où l’on me trouve partout
J’aime la vie, la vie cette garce
Qui punit ses vainqueurs
Je la

Prélude (Pater Noster) / Quand j’aurai du vent dans mon crâne


 

Prélude (Pater Noster) / Quand j’aurai du vent dans mon crâne

Quand j’aurai du vent dans mon crâne
Quand j’aurai du vert sur mes osses
P’tête qu’on croira que je ricane
Mais ça s’ra une impression fosse
Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tiqu’ tiqu’
Qu’auront bouffé les rats
Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m’asseyois
Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre mandibules
Dont je vous pourlèchois
Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m’ont fait apprécier
Des ducs
Jacques Prévert

 

 

 

ELLE VEUT (Serge Reggiani)


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ELLE VEUT (Serge Reggiani)

Dans un pays où il n’a jamais vraiment plu
Elle est arrivée dans ma vie à l’âge ou rien n’arrive plus
A l’âge où le bonheur est synonyme de défaite
Le passé est fouineur qui vient jouer le trouble-fêteElle m’abandonne son corps, qu’elle rit ou qu’elle soupire
La peur de tout rater encore la peur, la peur voilà le pire

Il peut chavirer le bateau à tanguer sous les souvenirs
Le passé est un vieux couteau mais qui menace la nuit

Mais elle veut, elle veut, elle le veut comme je le veux
Elle veut que s’exauce un unique vœu
Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux

Au fil des jours, au cours des mois, au temps de guerre et de caresses
Quand elle est là près de moi, je tremble pour qu’elle disparaisse
Qu’elle s’en aille n’importe où, ou qu’elle se prenne le maquis
Et le passé ce vieux filou ajoute oui et avec qui

Veiller aux grains de ses envies vieillir au creux de ses plaisirs
Lui faire des petits câlins et oublier nos déroutes
Le passé est un vieux malin qui a fait se joindre notre route

Mais elle veut, elle veut, elle le veut comme je le veux
Elle veut que s’exauce un unique vœu

Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux
Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux

 

TABLEAU DE BORD


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TABLEAU DE BORD

Vols de mouettes sourdes aux bruits des canons à eau comme à mitrailles, à n’être qu’en plein sel, la blondeur des dunes servant de caleçon pour le nu que la vieillesse gardera toute son enfance.La mer du grand bassin des Tuileries pour mettre le bateau en papier à l’eau. Oléron dans l’eau, Colomb à bord du caniveau de mon Paname à la découverte de s’amérique émoi , à dos de cheval de bois du manège grande roue universelle dans la putain de vie des guerres en mondiale et en coloniale, près de son Louvre délivré de roi, obélisque et chantent les nuits chaudes à Montmartre au fond de paradis latin, Lutèce sans son maillot de bains reniflant lesbos aux accents de Marguerite cadencée  par la fanfare de l’Ecole des Beaux-Arts sans plus chercher à savoir qui fera du Tabou le crachoir du cimetière où on finira certainement tombé d’une fenêtre de l’Observatoire du genre humain à Montparnasse, avec le seul cri de Jeanne Ebuquerque valant qu’on s’arme pour une cause qui pardonnerait pas l’existence des faiseuses d’anges du dogme pas plus que la peine de mort des républiques bananières, tumulte tueuse de jeunesse. Eperdu on se bat pour ne pas voir tout se perdre, on pleure lacrymogène , on hurle le profit et ses casseurs de paix à la solde de sombres éminences, on vomit et rompu de frustration on s’y remet comme par espoir plus fou que tout à vouloir mettre de l’ordre dans l’injustice. Dans la déception présente en fin de compte l’âge que j’veux au sens littéral est celui de ma jeunesse….

Niala- Loisobleu – 8 Décembre 2018

 

https://www.youtube.com/watch?v=ELgl_lSmXXg