ET PUIS ON S’APERCOIT


« Et puis on s’aperçoit »

On arrive tout nu
Un matin au portique,
Parmi tant d’étrangers,
On est un inconnu
on découvre la vie
Tout comme une Amérique
On a soif d’être vieux,
Avant d’avoir vécuEt puis, on s’aperçoit
Que partir, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que de rester, ça sert à rien,
Alors, on reste,
Alors, on reste, n’importe où.

On se trouve un matin,
On est deux, face à face,
On se trouve un matin
Deux dans le même lit,
On découvre l’amour,
On lui cède la place,
Mais il fait la valise
Avant qu’on ait compris

Et puis, on s’aperçoit
Que d’être deux, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que d’être seul, ça sert à rien,
Alors on fait, alors on fait,
N’importe quoi!

On rencontre un matin
Quelqu’un qui nous ressemble,
Un qui est étranger,
Parmi ces étrangers,
On échange des mots,
Et quelques verres ensemble,
A cet instant, on croit
Que la vie va changer

Et puis, on s’aperçoit
Que de parler, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que de se taire, ça sert à rien,
Alors on dit, alors on dit,
N’importe quoi.

On se trouve, un matin,
Tout nu devant sa glace,
Devant son ombre morte,
On est presque étranger,
On se retourne un peu,
Mais le passé nous glace
Et on s’étonne alors,
D’avoir tellement changé,

Et puis, on s’aperçoit
Que le passé, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que l’avenir, ça sert à rien,
Alors, on meurt, alors, on meurt
N’importe quand!

Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…


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Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…

Me levant du ban de mon existence, je me souvins que j’avais abandonné mes clefs dans l’appartement avant d’en claquer la porte. La cage d’escalier ne laisse plus passer le moindre bruit de conversation. Lurette qu’aux paliers, DO NOT DISTURB, ça balance comme à pari à la ficelle de chaque poignée de porte. A qui demander « Où par là ça mène-t-il ? »

Nib de Gaston, pas plus qu’un autre pour répondre au téléfon.

Angoisse.

Entrant dans mon jardin secret, derrière le gros cerisier, je trouve le rossignol faisant passe pour tous mes tiroirs

Soudainement un bruit de roues sort du plafond de la cage, le câble des cordes vocales de l’ascenseur, en se tendant, perdait les zoos.

Je me dis, ouf ça va renaître

-Alors qu’est-ce qui t’arrive ? demande Aurore

Passé le frisson d’impression d’au-delà, je reprends conscience. La petite fille de la femme austère est devant moi, elle me tend son sourire. Puis tourne sur les pointes. »Salto tout l’monde »qu’elle dit en riant comme un petit rat dans ses grands égards… Pas Degas n’apparait de derrière les rideaux. Donc pas de vieux salaces dans l’entr’acte. Les lumières me montrent le plafond.

Un émerveillement !

Il est empli de Chagall. Je tremble, pleure, l’émotion me coule des tripes. Plus de fantôme de l’ô qui paiera comme l’injustice l’exige. Il s’est fait avaler par le trou du souffleur. L’instant d’après icelui-ci me dit « Remballe les films d’épouvante, remonte l’heur à la voile, hisse la trinquette et tire un bord, cap au large. On déhale des cons, on s’écarte des lises, des étocs, des naufrageurs, des-on-m’a-dit-que-vous-êtes-au-courant, on casse la mire de la télé-bobards, des émissions qui montrent les richards dépouilleurs d’îles désertes aux SDF, genre la Tessier & Nikos and co, merde à vos bans comme aurait dit Léo !

Aurore me saute au cou, son parfum de gosse me tourneboule. C’te môme à m’sort la barbe de l’attente de la toison d’or.

Le Petit-Prince, son frère Théo au ciel, la p’tite soeur Line agnelle, les roses, les épines, le serpent et le renard, le désert, la serpette et la belette gonflent les binious genre fez noz que ça gigue du talon dans les Monts d’Areu. Me v’là r’venu à Brocéliande. Merlin assis au centre de la ronde clairière me dit :

« Vas ton odyssée jusqu’au bout de la confiance, elle cédera pas, t’es assez un Pi pour muter croyant en ta foi ».

La mer sort de l’épave et remet taire à flots

Du château de sable un don jonc tresse la corbeille de la mariée.

Le matin referme les portes de la nuit

Je la chevauche à cru

J’tiens d’bout

Niala-Loisobleu – 26 Août 2016

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LES POETES


Les poètes, vois-tu, il ne faut pas les vivre
Il faut les rencontrer le soir au coin d’un livre
Ô, qu’une brume épaisse à jamais te protège

De leurs serres d’oiseaux enfouies sous la neige
Et leurs plaintes ne sont qu’un avatar du vent
S’il faut les aimer morts, il faut les fuir vivants.Imagine-les,
Tout ce que tu veux,
Tendres et doux
Mais surtout
Reste à distance d’yeux
Ne t’approche pas d’eux

Les poètes, vois-tu, sont des oiseaux en cage
Qui déchirent des coeurs pour s’offrir des orages
Boudeuse dans ton attitude d’Odalisque
Rêve-toi dans leurs vers, mire-toi dans leurs disques
Laisse-les te séduire avec leurs mots en croix
L’important c’est pas eux, c’est ce que toi tu crois.

Imagine-les,
Tout ce que tu veux,
Libres et fous
Mais surtout
Reste à distance d’yeux
Ne t’approche pas d’eux

Les poètes, vois-tu, sont des oiseaux sans ailes
Qui sont tombés du ciel pour suivre une étincelle
Tu auras beau te parer d’or et te parfumer
On ne console pas un oiseau déplumé.

Serge Lama