FACE A FACE


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FACE A FACE

J’étais arrivé à la chambre. Par la fissure des volets un soleil étrange repoussait la pluie. Contrevent et marées. Pince la guitare . Ce n’est ton corps que j’aperçus, c’est celui d’une poupée modelée en Vénus au mont chauve. Pourtant quelque chose de précieux me colla une image reliée à ton enfance. J’en compris la signification en découvrant le mouvement évocateur de la fleur respirée. Au sein se forme le tracé de la rencontre dont le regard précise l’endroit sans le nommer. Oui c’est bien le cri de l’oiseau que tu as reconnu, quand le chèvrefeuille  a tremblé, laissant s’envoler son parfum subtil parfaitement reconnaissable dans ce désordre insensé. Tu m’as dit ton enfance préservée par la balançoire. J’ai senti sa présence  restée utile dans les débordements actuels. Alors je suis entré dans cette jarretière comme pour couper un sort au retard. Sans sortir, j’ai tiré ta main pour ouvrir la lumière. Des murs nous vîmes un jardin s’installer à l’est de la maison. Le banc face à la mer se trempait. C’est là à cet endroit que je veux l’Arbre à Soie. Je n’ai plus eu qu’à tirer la nappe par un coin. Le médiocre s’est enfoui en courant, en voyant la robe sur la margelle du puits. L’enfant a eu la parole toute à lui.

Commencer alors sa conversion

jusqu’à le mettre fermement debout

comme un arbre ou un amour en éveil

et changer l’horizon en verticale

en une fine tour

qui nous sauve au moins le regard,

vers le haut, ou vers le bas .

 

Roberto Juarroz

 

La grange était grande ouverte, le cheval y a poussé assez de soleil pour aérer le lit de paille.

Niala-Loisobleu – 17 Octobre 2019

CHAQUE TEXTE, CHAQUE MOT CHANGE


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CHAQUE TEXTE, CHAQUE MOT CHANGE

Chaque texte, chaque mot change

selon les heures et les angles du jour et de la
nuit,
selon la transparence des yeux qui les lisent
ou le niveau des marées de la mort.

Ton nom n’est pas le même,
ma parole n’est pas la même
avant et après la rencontre
avant et après avoir repensé
que demain nous ne serons plus.

Toute chose est différente
regardée de jour ou de nuit,
mais ils deviennent plus différents encore
les mots qu’écrivent les hommes
et les mots que n’écrivent pas les dieux.

Et il n’y a aucune heure,
ni la plus prometteuse, la plus lucide, la plus
impartiale,
ni même l’heure sans quartiers de la mort,
qui puisse équilibrer les reflets,
ajuster les distances
et faire dire aux mêmes mots les mêmes choses.

Chaque texte, chaque forme, qu’on le veuille
ou non,
est le miroir changeant, chatoyant,
de la furtive ambiguïté de la vie.
Rien n’a une seule forme pour toujours.

Même l’éternité n’est pas pour toujours.

Roberto Juarroz (Extrait de: 2002, Quinzième poésie verticale)

ESPACE LIBRE


ESPACE LIBRE

L’arôme du premier regard porte encore la fumée du café. Idées claires tournées à la petite cuillère. Des parts de pas fini se balancent dans les espaces non remplis. Par la spirale, je regarde venir ce qui n’a pas encore de forme définitive. Les carreaux baillent aux corneilles. C’est le moment où le pont n’est qu’un gué. Quoi qu’on veuille faire, il faudra bien se mouiller les pieds. L’espace est à définir.

Où est l’ombre

d’un objet appuyé contre le mur ?

Où est l’image

d’un miroir appuyé contre la nuit ?

Où est la vie

d’une créature appuyée contre elle-même

Où est l’empire

d’un homme appuyé contre la mort ?

Où est la lumière

d’un dieu appuyé contre le néant

 

Dans ces espaces sans espace

est peut-être ce que nous cherchons.

Roberto Juarroz

Notre recherche est liée à celle de l’Autre. Deux jambes pour deux corps c’est musclant pour deux bras. A la tête du mur, l’ombre du cadran va prendre son pied. Pourvu que le ciel soit clair. Le volet claque le postérieur de la façade. L’empreinte des doigts marque la correction. Ouverture au trépan. Déballage de boîte crânienne.

J’ai déjà le dessein de la peinture. La route va faire sa toilette. Dans la maison Bleue Frida sort de son corset.

Niala-Loisobleu – 21 Août 2017

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VUE DE TOI


VUE DE TOI

Entre braise et fumée reste l’ocre clair de la pierre à feu où, appuyé, mon vélo ne se sent pas de changer de braquet. Pourquoi du minéral couloir de sève bifurquerai-je dans un tissage de fibres issues de secours discutables. La souffrance égare juste l’instant de ravaler la douleur.Tout comme la serinette de la coiffeuse ne démêle rien des musiques en boîte et la carotte du tabac n’indique pas le chemin du sana. Tenir et ne rien défaire de ce qui doit garder son naturel allant. L »écluse qui a son chemin de peupliers a d’abord su qu’il fallait creuser le canal avant de construire les premières marches des échelles à poissons

Aujourd’hui je n’ai rien fait.

Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas

ont trouvé leur nid.

Des ombres qui peut-être existent

ont rencontré leur corps.

Des paroles qui existent

ont recouvré leur silence.

Ne rien faire

sauve parfois l’équilibre du monde,

en obtenant que quelque chose aussi

pèse sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz

Au matin d’un rêve poursuivi la corde à linge n’a pas pris la robe blanche au collet. Elle flotte bien devant l’haveneau qui fouille la première vague. Avec le plancton de service les deux bras tendus de Jonas ne baleinant pas la poitrine de l’air libre, laissent chaque pli de l’accordéon danser au bout de chaque téton durci. L’enfant-Lumière de la hune, sur son grand arbre, voit venir l’amour de lui-m’aime..

Aujourd’hui tu n’as rien fait d’autre que te montrer, limpide et claire, voile à la mer, repoussant l’ombre du naufrage sur ses propres accostages.

Niala-Loisobleu – 24 Mai 2017

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Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…


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Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…

Me levant du ban de mon existence, je me souvins que j’avais abandonné mes clefs dans l’appartement avant d’en claquer la porte. La cage d’escalier ne laisse plus passer le moindre bruit de conversation. Lurette qu’aux paliers, DO NOT DISTURB, ça balance comme à pari à la ficelle de chaque poignée de porte. A qui demander « Où par là ça mène-t-il ? »

Nib de Gaston, pas plus qu’un autre pour répondre au téléfon.

Angoisse.

Entrant dans mon jardin secret, derrière le gros cerisier, je trouve le rossignol faisant passe pour tous mes tiroirs

Soudainement un bruit de roues sort du plafond de la cage, le câble des cordes vocales de l’ascenseur, en se tendant, perdait les zoos.

Je me dis, ouf ça va renaître

-Alors qu’est-ce qui t’arrive ? demande Aurore

Passé le frisson d’impression d’au-delà, je reprends conscience. La petite fille de la femme austère est devant moi, elle me tend son sourire. Puis tourne sur les pointes. »Salto tout l’monde »qu’elle dit en riant comme un petit rat dans ses grands égards… Pas Degas n’apparait de derrière les rideaux. Donc pas de vieux salaces dans l’entr’acte. Les lumières me montrent le plafond.

Un émerveillement !

Il est empli de Chagall. Je tremble, pleure, l’émotion me coule des tripes. Plus de fantôme de l’ô qui paiera comme l’injustice l’exige. Il s’est fait avaler par le trou du souffleur. L’instant d’après icelui-ci me dit « Remballe les films d’épouvante, remonte l’heur à la voile, hisse la trinquette et tire un bord, cap au large. On déhale des cons, on s’écarte des lises, des étocs, des naufrageurs, des-on-m’a-dit-que-vous-êtes-au-courant, on casse la mire de la télé-bobards, des émissions qui montrent les richards dépouilleurs d’îles désertes aux SDF, genre la Tessier & Nikos and co, merde à vos bans comme aurait dit Léo !

Aurore me saute au cou, son parfum de gosse me tourneboule. C’te môme à m’sort la barbe de l’attente de la toison d’or.

Le Petit-Prince, son frère Théo au ciel, la p’tite soeur Line agnelle, les roses, les épines, le serpent et le renard, le désert, la serpette et la belette gonflent les binious genre fez noz que ça gigue du talon dans les Monts d’Areu. Me v’là r’venu à Brocéliande. Merlin assis au centre de la ronde clairière me dit :

« Vas ton odyssée jusqu’au bout de la confiance, elle cédera pas, t’es assez un Pi pour muter croyant en ta foi ».

La mer sort de l’épave et remet taire à flots

Du château de sable un don jonc tresse la corbeille de la mariée.

Le matin referme les portes de la nuit

Je la chevauche à cru

J’tiens d’bout

Niala-Loisobleu – 26 Août 2016

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LE PEINTRE HABITE


Dorina Costras ==

LE PEINTRE HABITE

Saurai-je dire ce tableau, le parler dans tout son silence ?

C’est d’abord inconsciemment, puis avec de plus en plus de netteté, sentir mon esprit s’imprégner d’une réflexion en état de germination . L’intime, le secret de l’être se  retrouvent face à la fenêtre.du présent, regardant passer des bouffées de vie, dans des rues de bien des évènements. La pâte picturale les a massé, désireuse d’atteindre la 3° dimension. Celle qui viendrait conclure par un acte en quelque sorte testamentaire. Pour transmettre sans adresse un rêve à poursuivre

Les gens du voyage dont je suis, croisent des arbres rouges aux veines nourricières faites de petits chemins, flottant à bord des rus, pour joindre le dos des fleuves. Croisant des roulottes où les chevaux sont basanés, les filles sauvages et les garçons fiers, on voit les maisons passer sur des nuages, percés de fenêtres à l’orée des forêts rousses d’écureuils. Rien n’est anormal, excepté ce qui tien debout.

Monologue à deux voix, le coeur et l’âme en tête-à-tête se projetent les paysages d’un amour insensé, n’obéissant à aucune des règles de la raison qui parle de possible en mots de néant. Vigoureux comme un rejet qui part du pied du tronc, frêle comme une herbe se foutant pas mal des géants de tous poils; qui n’a rien à cirer de la majesté de la race, seulement besoin d’aller donner sa sève à la vie.

Enfant hors d’âge. Innocent comme un simple d’esprit que le soleil habite de l’intérieur.

Que fais-je ici, dans un monde qui s’acharne à ne pas être pas le mien, par défaut d’humanité ?

Depuis le temps que mes billes roulent dans les cours de mes écoles, j’ai appris que la case prison existe dans tous les jeux. Si bien que je m’en suis libéré par quête d’absolu. D’où ces refus de porter du noir à mes lèvres quand la mort viens trop près. Il faut que je vole d’une toile à l’autre avec mes mots de couleur.

Que fais-je ici ? Mais rien d’autre qu’aimer en dépit de tout ce qui le contredit, de l’Amoureuse plein la musette, des yeux bleus au travers la coupole, mon institut c’est sa beauté intérieure, ses pattes d’oies autour du torse c’est mon capitole retraite, le Paul avec l’Eluard, grimpant les escaliers des arcs-en-ciel, sans mes soufflets du quotidien, à tirer le Char sans harnais en vue du Roberto Juarroz vertical..

« Ici, la nature était une chose sauvage, effroyable, et pourtant belle. Je regardais avec une crainte mêlée d’admiration le sol sur lequel je marchais pour observer la forme, le matériau et le travail des Puissances. C’était là, cette terre dont on nous a parlé, faite de chaos et de ténèbres. Ici, nul jardin pour l’homme, mais le globe intact. Ni pelouse, ni pâture, ni prairie, ni bois, ni pré, ni terre labourée, ni friche, c’était la surface fraîche et naturelle de la planète terre, telle qu’elle fut faite pour l’éternité des temps afin d’être, croyons nous, la demeure de l’homme. Ainsi la nature l’a conçue et ainsi l’homme en use, s’il le peut. Mais il n’a pas été crée pour lui être associé. C’était une matière vaste et terrifiante (Et non la Terre mère), elle n’était pas faite pour qu’on y marche et pour qu’on y soit enterré. Non, ce serait encore se montrer trop familier que de laisser ses os y reposer. Si c’était une demeure, c’était celle de la nécessité et du destin. On pouvait clairement sentir à cet endroit la présence d’une force qui n’était pas tenue de se montrer bienveillante envers l’homme. C’était un lieu de paganisme et de rites superstitieux destiné à des êtres plus proches des rochers et des bêtes sauvages que nous le sommes…Que sont les myriades d’objets singuliers d’un musée auprès de la surface d’une étoile, auprès de quelque objet dur dans sa gangue ? Je suis là et je regarde avec respect mon corps; cette matière à laquelle je suis lié me semble maintenant tellement étrange. Je ne crains pas les esprits, les fantômes (j’en suis un), comme pourrait le faire mon corps, je crains les corps, je tremble d’en rencontrer. Qu’est ce que ce Titan qui me possède ? Parlons des mystères! Pensons à notre vie dans la nature, dont nous voyons la matière et avec laquelle nous sommes en contact chaque jour! Rocs, arbres, souffle du vent sur nos jours! La terre solide! Le monde réel! Le sens commun! En contact, en contact! Qui sommes-nous? Où sommes-nous?»

Henry David Thoreau, Ktaadn.

J’ai l’amour chevillé au corps et ne suis qu’un sauvage qui cultive le bonheur par irrigation de larmes. Rien d’autre qu’un passant qui s’attarde au bord de la voix des arbres à méditer les paroles du vent dans les feuilles. Savoir que je ne laisserai rien de moi donne plus que de la prospérité au présent quotidien.

Niala-Loisobleu – 19 Juin 2016

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CE MATIN RENOUVELE


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CE MATIN RENOUVELE

Entre braise et fumée reste l’ocre clair de la pierre à feu

où mon vélo appuyé

ne se sent pas de changer de braquet

Pourquoi du minéral couloir de sève

prendrai-je un tissage de fibres synthétiques ?

La serinette de la coiffeuse ne démêle rien des musiques en boîte

tout comme la carotte du tabac n’indique pas le chemin du sana

Ne rien faire à l’encontre  de ce qui doit garder son naturel allant

L’écluse qui a son chemin de peupliers de chaque côté du canal

a commencé par lui apprendre à nager

avant de construire les premières marches des échelles à poissons

Contre toute logique

nôtre paire qui est aux cieux

divise les images de communion

A quoi bon prier pour faire qu’attendre

Aujourd’hui je n’ai rien fait.

Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas

ont trouvé leur nid.

Des ombres qui peut-être existent

ont rencontré leur corps.

Des paroles qui existent

ont recouvré leur silence.

Ne rien faire

sauve parfois l’équilibre du monde,

en obtenant que quelque chose aussi

pèse sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz

Au matin d’un rêve poursuivi, la corde à linge n’a pas pris la robe blanche au collet.

Elle flotte bien devant l’haveneau qui ratisse la première vague. Le plancton de service, les deux bras tendus à Jonas, ne baleine pas la poitrine de l’air vide. L’erre de la musique dense chaque pli de l’accordéon et nourrit les doigts au bout de chaque téton durci.

L’enfant-Lumière au sommet de son grand arbre, sent venir l’amour sans longue vue, sans notice de montage, hors d’emploi du temps, en toute absence de tant de cuisson. Sa force vient du vide tiré de la mémoire du silence. Où les marteaux forgent le Centre du Cercle.

Aujourd’hui je ne ferai rien d’autre qu’arroser nos racines

Niala-Loisobleu – 14/05/16

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