LE VEILLEUR DU PONT-AU-CHANGE

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Robert Desnos

LE VEILLEUR DU PONT-AU-CHANGE

e suis le veilleur de la rue de Flandre,
Je veille tandis que dort Paris.
Vers le nord un incendie lointain rougeoie dans la nuit.
J’entends passer des avions au-dessus de la ville.

Je suis le veilleur du Point-du-Jour.
La Seine se love dans l’ombre, derrière le viaduc d’Auteuil,
Sous vingt-trois ponts à travers Paris.
Vers l’ouest j’entends des explosions.

Je suis le veilleur de la Porte Dorée.
Autour du donjon le bois de Vincennes épaissit ses ténèbres.
J’ai entendu des cris dans la direction de Créteil
Et des trains roulent vers l’est avec un sillage de chants de révolte.
Je suis le veilleur de la Poterne des Peupliers.
Le vent du sud m’apporte une fumée âcre,
Des rumeurs incertaines et des râles
Qui se dissolvent, quelque part, dans Plaisance ou Vaugirard.
Au sud, au nord, à l’est, à l’ouest,
Ce ne sont que fracas de guerre convergeant vers Paris.

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Veillant au cœur de Paris, dans la rumeur grandissantev
Où je reconnais les cauchemars paniques de l’ennemi,
Les cris de victoire de nos amis et ceux des Français,
Les cris de souffrance de nos frères torturés par les Allemands d’Hitler.

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Ne veillant pas seulement cette nuit sur Paris,
Cette nuit de tempête sur Paris seulement dans sa fièvre et sa fatigue,
Mais sur le monde entier qui nous environne et nous presse.
Dans l’air froid tous les fracas de la guerre
Cheminent jusqu’à ce lieu où, depuis si longtemps, vivent les hommes.

Des cris, des chants, des râles, des fracas il en vient de partout,
Victoire, douleur et mort, ciel couleur de vin blanc et de thé,
Des quatre coins de l’horizon à travers les obstacles du globe,
Avec des parfums de vanille, de terre mouillée et de sang,
D’eau salée, de poudre et de bûchers,
De baisers d’une géante inconnue enfonçant à chaque pas dans la terre grasse de chair humaine.

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Et je vous salue, au seuil du jour promis
Vous tous camarades de la rue de Flandre à la Poterne des Peupliers,
Du Point-du-Jour à la Porte Dorée.

Je vous salue vous qui dormez
Après le dur travail clandestin,
Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails, incendiaires,
Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages,
Je vous salue vous tous qui résistez, enfants de vingt ans au sourire de source
Vieillards plus chenus que les ponts, hommes robustes, images des saisons,
Je vous salue au seuil du nouveau matin.

Je vous salue sur les bords de la Tamise,
Camarades de toutes nations présents au rendez-vous,
Dans la vieille capitale anglaise,
Dans le vieux Londres et la vieille Bretagne,
Américains de toutes races et de tous drapeaux,
Au-delà des espaces atlantiques,
Du Canada au Mexique, du Brésil à Cuba,
Camarades de Rio, de Tehuantepec, de New York et San Francisco.

J’ai donné rendez-vous à toute la terre sur le Pont-au-Change,
Veillant et luttant comme vous. Tout à l’heure,
Prévenu par son pas lourd sur le pavé sonore,
Moi aussi j’ai abattu mon ennemi.

Il est mort dans le ruisseau, l’Allemand d’Hitler anonyme et haï,
La face souillée de boue, la mémoire déjà pourrissante,
Tandis que, déjà, j’écoutais vos voix des quatre saisons,
Amis, amis et frères des nations amies.
J’écoutais vos voix dans le parfum des orangers africains,
Dans les lourds relents de l’océan Pacifique,
Blanches escadres de mains tendues dans l’obscurité,
Hommes d’Alger, Honolulu, Tchoung-King,
Hommes de Fez, de Dakar et d’Ajaccio.

Enivrantes et terribles clameurs, rythmes des poumons et des cœurs,
Du front de Russie flambant dans la neige,
Du lac Ilmen à Kief, du Dniepr au Pripet,
Vous parvenez à moi, nés de millions de poitrines.

Je vous écoute et vous entends. Norvégiens, Danois, Hollandais,
Belges, Tchèques, Polonais, Grecs, Luxembourgeois, Albanais et Yougo-Slaves, camarades de lutte.
J’entends vos voix et je vous appelle,
Je vous appelle dans ma langue connue de tous
Une langue qui n’a qu’un mot :
Liberté !

Et je vous dis que je veille et que j’ai abattu un homme d’Hitler.
Il est mort dans la rue déserte
Au cœur de la ville impassible j’ai vengé mes frères assassinés
Au Fort de Romainville et au Mont Valérien,
Dans les échos fugitifs et renaissants du monde, de la ville et des saisons.

Et d’autres que moi veillent comme moi et tuent,
Comme moi ils guettent les pas sonores dans les rues désertes,
Comme moi ils écoutent les rumeurs et les fracas de la terre.

À la Porte Dorée, au Point-du-Jour,
Rue de Flandre et Poterne des Peupliers,
À travers toute la France, dans les villes et les champs,
Mes camarades guettent les pas dans la nuit
Et bercent leur solitude aux rumeurs et fracas de la terre.

Car la terre est un camp illuminé de milliers de feux.
À la veille de la bataille on bivouaque par toute la terre
Et peut-être aussi, camarades, écoutez-vous les voix,
Les voix qui viennent d’ici quand la nuit tombe,
Qui déchirent des lèvres avides de baisers
Et qui volent longuement à travers les étendues
Comme des oiseaux migrateurs qu’aveugle la lumière des phares
Et qui se brisent contre les fenêtres du feu.

Que ma voix vous parvienne donc
Chaude et joyeuse et résolue,
Sans crainte et sans remords
Que ma voix vous parvienne avec celle de mes camarades,
Voix de l’embuscade et de l’avant-garde française.

Écoutez-nous à votre tour, marins, pilotes, soldats,
Nous vous donnons le bonjour,
Nous ne vous parlons pas de nos souffrances mais de notre espoir,
Au seuil du prochain matin nous vous donnons le bonjour,
À vous qui êtes proches et, aussi, à vous
Qui recevrez notre vœu du matin
Au moment où le crépuscule en bottes de paille entrera dans vos maisons.
Et bonjour quand même et bonjour pour demain !
Bonjour de bon cœur et de tout notre sang !
Bonjour, bonjour, le soleil va se lever sur Paris,
Même si les nuages le cachent il sera là,
Bonjour, bonjour, de tout cœur bonjour !

Robert Desnos

Extrait de:  1975, Destinée Arbitraire, (Gallimard)

RROSE SÉLAVY


Robert Desnos

RROSE SÉLAVY

Dans un temple en stuc de pomme le pasteur dis-tillait le suc des psaumes.

.
Rrose
Sélavy demande si les
Fleurs du
Mal ont modulé les mœurs du phalle : qu’en pense
Omphale?

.
Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de
Pampelune.

.
La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page?

.
Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

Question aux astronomes:

.
Rrose
Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans?


O mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.

.
Au pays de
Rrose
Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi

.
Suivrez-vous
Rrose
Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux?

zo.
Rrose
Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.

.
Fassez-moi mon arc berbère, dit le monarque – barbare.

.
Les planètes tonnantes dans le del enrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaillé cultivées par
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy connaît bien le marchand du seL

Êpitaphe :

.
Ne tourmentez plus
Rrose
Sélavy, car mon génie est énigme.
Caron ne le déchiflre pas.

.
Perdue sur la mer sans fin,
Rrose
Sélavy mangera-t-elie du fer après avoir mangé ses mains?

.
Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.

.
André
Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.

.
Francis
Picabia l’ami des castors
Fut trop franc d’être un jour picador
A
Cassis en ses habits d’or.

.
Rrose
Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cetie colle à mouches, rend plus dures les molles couches.

.
Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna?

.
Au virage de la course au rivage, voici le secours de
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

.
Rrose
Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à
Lakmé bergère en
Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.

.
Croyez-vous que
Rrose
Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues?

.
Rrose
Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain à sa môme.

.
Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints?

.
Le temps est un aigle agile dans un temple.

.
Qu’arrivera-t-il si
Rrose
Sélavy, un soir de
Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle?

Ah! meurs, amour!

.
Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard?

.
Un prêtre de
Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui?

.
Voici le cratère où le
Missouri prend sa source et la cour de
Sara son mystère.

.
Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.

.
Dans le sommeil de
Rrose
Sélavy il y a tu» nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.

.
Si le silence est d’or,
Rrose
Sélavy abaisse ses cils et s’endort.

.
Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous que
Rrose
Sélavy soit la reine du crime?

.
Au temps où les caravelles accostaient
La
Havane, les caravanes traversaient-elles
Laval?

Question d’Orient:

.
A
Sainte
Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.

.
Rrose
Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

.
Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de
Rrose?

.
Benjamin
Péret ne prend jamais qu’un bain par an.

.
Paul Éluard : le poète élu des draps.

Êpitaphe pour
Apollinaire:

.
Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.

.
Amoureux voyageur sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre?

Martyre de saint
Sébastien:

.
Mieux que ses seins ses bas se tiennent.

.
Rrose
Sélavy a visité l’archipel où la reine
Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses flots.


From
Everest mountain
I am falling dovm to your feet for ever,
Mrs.
Everling.

.
André
Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade?


Rrose
Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.

.
Rrcse
Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.

.
Rrose
Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née la religion catholique.

.
Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.

Devise de
Rrose
Sélavy:

.
Plus que poli pour être honnête
Plus que poète pour être honni

.
Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de
Rrose
Sélavy les sourdes paroles.

Epiphanie :

.
Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger des fèves.

.
Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristaL

.
Les pommes de
Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des
Mores.

.
Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées!

.
Rrose
Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.

.
Aux agapes de
Rrose
Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.

.
Apprenez que la geste célèbre de
Rrose
Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.

.
Habitants de
Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.

.
Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.

.
Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal?

.
Rrose
Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.

.
Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards!

.
Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.

.
Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.

.
De cirrhose du foie meurt la foi du désir de
Rrose.

.
Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.


Rrose
Sélavy au seuil des deux porte le deuil des dieux.

.
Les orages ont pu passer sur
Rrose
Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.

.
Ce que
Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme!

.
Les idées de
Morise s’irisent d’un charme démodé.

.
Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.

.
Les yeux des folles sont sans fard.
Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.

.
Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.

.
Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.

.
Aimez, gens,
Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.

.
Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes?

.
Rrose
Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.

.
Rrose
Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.

Dictionnaire
La
Rrose :

.
Latinité —
Les cinq nations latines.
La
Trinité —
L’émanation des latrines.

.
Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.

.
Dans un lac d’eau minérale
Rrose
Sélavy a noyé la câline morale.

.
Rrose
Sélavy glisse le cœur de
Jésus dans le jeu des
Crésus.

Conseil aux catholiques :

.
Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.

.
Au fond d’une mine
Rrose
Sélavy prépare la fin du monde.

.
La jolie sœur disait : «
Mon droit d’aînesse pour ton doigt,
Ernest. »

.
Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.

.
Dans le ton rogue de
Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.

.
Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de
Simone.

Question :

.
Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère?

Réponse :

.
Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère?

.
La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts?

.
L’acte des sexes est l’axe des sectes.

.
Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.

.
Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.

.
Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?

.
Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.

.
La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.

.
A son trapèze
Rrose
Sélavy apaise la détresse des déesses.

.
Les vestales de la
Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô
Pétales !

.
Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?

.
Dans le pays de
Rrose
Sélavy les mâles font la guerre sur la mer.
Les femelles ont la gale.

.
A tout miche, pesez
Ricord.

.
Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts?

.
L’argot de
Rrose
Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes?

.
Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.

lia
Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

m.
Je vis où ta vis, voyou dont k visage est le charme des voyages.

.
Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.

.
Connaissez-vous la jolie faune de la folie? —
Elle est jaune.

.
Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots?

.
La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié?

.
Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long?

.
Qu’en pensent les cocus?

Recette culinaire : plutôt que
Madeleine l’apotro-phage, femmes! imitez la vierge cornivore.

.
Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps, quand éteindrez-vous les flambeaux?

.
Prométhée moi l’amour!

.
O ris cocher des flots!
Auriç, hochet des flots au ricochet des flots.

.
L’espèce des folles aime les fioles et les pièces fausses.

Définition de la poésie pour :

.
Louis
Aragon :
A la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.

.
Benjamin
Péret :
Le ventre de chair est un centre de vair.

.
Tristan
Tzara :
Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de ! v^^
I ?
Qu’en dis-tu, ver de terre?

.
Max
Emst :
La boule rouge bouge et roule.

.
Max
Morise :
A figue dolente, digue affolante.

.
Georges
Aurie :
La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées?

.
Philippe
Soupaidt :
Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.

.
Roger
Vitrac :
Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant « allô » des poètes comme la lune.

.
Georges
Limbour ;
Pour les
Normands le
Nord ment.

.
Francis
Picabia :
Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête,
Rrose
Sélavy?

.
Marcel
Ducliamp :
Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc.
Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant?

.
G. de
Chirico :
Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.

.
Quand donc appellerez-vous
Prétéritions,
Paul Éluard, les
Répétitions?

*-
O laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.

.
Fleuves! portez au
Mont-de-Piété les miettes de pont.


Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.

.
Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.

.
Dans le silence des cimes,
Rrose
Sélavy regarde en riant la science qui lime.

.
Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.

.
Femmes! faux chevaux sous vos cheveux de feu.

.
Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la
France.

.
De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines?

.
La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.

.
Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde
Alan
Ray.

.
Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la
Seine.

.
A cœur payant un rien vaut cible.

.
Plus fait violeur que doux sens.

.
Jeux de mots jets mous.

.
Aimable souvent est sable mouvant.

Robert Desnos

ET SI TU M’ES POULSAIS ?


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ET SI TU M’ES POULSAIS ?

Dans l’étouffoir n’arrivent plus à faire trois p’tits tours

pourquoi sans fantaisie

ce Samedi reste-t-il collé aux autres jours de la s’maine ?

LA DAME PAVOT NOUVELLE ÉPOUSÉE

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La dame pavot nouvelle épousée
a demandé à son mari

Quelle est l’année?

Quel est le mois?

Quelle est la semaine?

Quel est le jour?

Quelle est l’heure?

Et son mari a répondu


Nous sommes en l’an

nous sommes au mois de
Juillobre

semaine des quatre jeudis _

jour de gloire

midi sonné

Belle année, agréable mois,

charmante semaine, jour merveilleux

Heure délicieuse

 

Robert Desnos

 

 

 

Oh oui

Vivre ensemble

tout a une figure de survie

te répondis-je en empruntant tes paroles…

Niala-Loisobleu – 8 Août 2020

 

CHANSON DU JOUR ET DE LA SUIVANTE NUIT


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CHANSON DU JOUR ET DE LA SUIVANTE NUIT

Ils se rencontrent à minuit

Ils s’embrassent en silence

Ils s’étreignent jusqu’au matin

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Ils échangent les fleurs d’amour

Ils échangent les herbes odorantes

L’estragon du rêve et le cerfeuil de la tendresse

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Et puis ils cassent leurs verres vides
Sur les bouteilles qu’ils vidèrent
Et vident encore d’autres bouteilles

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Et puis ils dorment avec fureur

Les lèvres ensanglantées lui du sang d’elle

Elle de son sang à lui

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Ils se rencontrent à minuit

Les lèvres ensanglantées lui du sang d’elle

Et vident encore d’autres bouteilles

Ils s’embrassent en silence

Ils échangent des herbes odorantes

Et puis ils cassent leurs verres vides

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Celle-là qui fit cette chanson

N’est pas prête à casser son verre

Son verre est toujours plein toujours pleine sa bouteille

Et qui donc qui lui remplit le verre et la bouteille?

Celui-là qui change chaque jour la forme des étoiles,

Un cœur battant solide sous un sein frémissant

Frémissant tout le jour et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

 

Robert Desnos

LE POISSON SANS-SOUCI


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LE POISSON SANS-SOUCI

Le poisson sans-souci
Vous dit bonjour vous dit bonsoir
Ah! qu’il est doux qu’il est poli
Le poisson sans-souci.

Il ne craint pas le mois d’avril
Et c’est tant pis pour le pêcheur
Adieu l’appât adieu le fil
Et le poisson cuit dans le beurre.

Quand il prend son apéritif

à
Conflans
Suresnes ou
Charenton

Les remorqueurs brûlant le charbon de
Cardiff

Ne dérangeraient pas ce buveur de bon ton.

Car il a voyagé dans des tuyaux de plomb
Avant de s’endormir sur des pierres d’évier
Où l’eau des robinets chante pour le bercer
Car il a voyagé aussi dans des flacons
Que les courants portaient vers des rives désertes
Avec l’adieu d’un naufragé à ses amis.

Le poisson sans-souci

Qui dit bonjour qui dit bonsoir

Ah! qu’il est doux et poli

Le poisson sans-souci

Le souci sans souci

Le
Poissy sans
Soissons

Le saucisson sans poids

Le poisson sans-souci.

 

Robert Desnos

CŒUR EN BOUCHE


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CŒUR EN BOUCHE

Son manteau traînait comme un soleil couchant

et les perles de son collier étaient belles comme des dents.

Une neige de seins qu’entourait la maison

et dans l’âtre un feu de baisers.

Et les diamants de ses bagues étaient plus brillants que

des yeux. «
Nocturne visiteuse,
Dieu croit en moi! —
Je vous salue, gracieuse de plénitude, les entrailles de votre fruit sont bénies.
Dehors se courbent les roseaux fines tailles.
Les chats grincent mieux que les girouettes.
Demain à la première heure, respirer des roses aux doigts

d’aurore

et la nue éclatante transformera en astre le duvet »

Dans la nuit ce fut l’injure des rails aux indifférentes locomotives

près des jardins où les roses oubliées

sont des amourettes déracinées.
Nocturne visiteuse, un jour je me coucherai dans un linceul comme dans une mer.

Tes regards sont des rayons d’étoile

les rubans de ta robe des routes vers l’infini.
Viens dans un ballon léger semblable à un cœur malgré l’aimant, arc de triomphe quant à la forme.
Les giroflées du parterre deviennent les mains les plus

belles d’Harlem.
Les siècles de notre vie durent à peine des secondes.
A peine les secondes durent-elles quelques amours.
A chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à

un vieillard.
Le loup à pas de nuit s’introduit dans ma couche.
Visiteuse!
Visiteuse!
Tes boucliers sont des seins!
Dans l’atelier se dressent aussi sournoises que des langues

les vipères.
Et les étaux de fer comme les giroflées sont devenus des

mains.
Avec les fronts de qui lapiderez-vous les cailloux?
Quel lion te suit plus grondant qu’un orage?
Voici venir les cauchemars des fantômes. »
Et le couvercle du palais se ferma aussi bruyamment

que les portes du cercueil.
On me cloua avec des clous aussi maigres

que des morts dans une mort de silence.
Maintenant vous ne prêterez plus d’attention aux oiseaux de la chansonnette.
L’éponge dont je me lave n’est qu’un cerveau ruisselant et des poignards me pénètrent avec l’acuité de vos regards.

 

Robert Desnos

SIRÈNE-ANÉMONE


 

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SIRÈNE-ANÉMONE

Qui donc pourrait me voir
Moi la flamme étrangère
L’anémone du soir
Fleurit sous mes fougères

O fougères mes mains
Hors l’armure brisée
Sur le bord des chemins
En ordre sont dressées

Et la nuit s’exagère
Au brasier de la rouille
Tandis que les fougères
Vont aux écrins de houille

L’anémone des deux
Fleurit sur mes parterres
Fleurit encore aux yeux
A l’ombre des paupières

Anémone des nuits
Qui plonge ses racines

Dans l’eau creuse des puits
Aux ténèbres des mines

Poseraient-Os leurs pieds
Sur le chemin sonore
Où se niche l’acier
Aux ailes de phosphore

Verraient-ils les mineurs
Constellés d’anthracite
Paraître l’astre en fleur
Dans un ciel en faillite

En cet astre qui luit
S’incarne la sirène
L’anémone des nuits
Fleurit sur son domaine

Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orage
Les puissances
Vertige au verger des éclairs

La sirène dardée à la proue d’un sillage
Vers la lune chanta la romance de fer

Sa nage déchirait l’hermine des marées
Et la comète errant rouge sur un ciel noir
Paraissait par mirage aux étoiles ancrées
L anémone fleurie aux jardins des miroirs

Et parallèlement la double chevelure
Rayait de feu le ciel et d’écume les eaux
Fougères surgissez hors de la déchirure
Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux

Nulle armure jamais ne valut votre angoisse
Fougères pourrissant parmi nos souvenirs
Mais vous charbonnerez longtemps sous nos cuirasse»
Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir

Le cheval vieux cheval de retour et de rêve
Vers les champs clos emportera nos ossements
Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève
Où la sirène dort sous un soleil clément

L’anémone fleurit partout sous les carènes
Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts
Dans le tain des miroirs sur les parquets d’ébène
Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt

C’est le joyau serti an vif des nébuleuses
L’orgueil des voies lactées et des constellations
La prunelle qui met au regard des plus gueuses
Le diamant de fureur et de consolation

Heureuse de nager loin des hauts promontoires
Parmi les escadrons de requins fraternels
La sirène aux seins durs connaît maintes histoires
Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels

Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines
Ni les clefs retrouvées des légendes du port
Ne la charment autant que d’ouvrir les narines
Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort

C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour
D’une des années gagnées à l’amour pour jamais

Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoile]

devenues comètes tombaient vers la terre
La plus belle et la plus fatale la comète de destin dJ

larmes et d’éternels égarements
S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer
Tu naquis de ce mirage

Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos
Devait-elle ta chanson s’éteindre pour jamais
Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur

tumultueux des vagues qui se brisent
Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns
Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces
Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert [ de ténèbres

Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit

Où détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules

Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière
Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie

Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs
Vestiges d’amours et de naufrages où l’anémone refuse de s’effeuiller

De céder à la volonté des flots et des destins végétaux
A petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut

parage

Et dit qu’il est mille regrets â l’horloge

Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées

Le sel s’y cristallise en fleurs de givre

Vidées des corps des amoureuses

Et des mains qui les enlaçaient

Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses
Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient
Les cuirasses d’ader et les corsets de satin
N’ont-elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres
Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes

épaules
Je l’ai vue tomber
Tu te transfiguras
Reviendras-tu jamais des ténèbres
Nue et plus triomphante au retour de ton voyage
Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante 0 les mille regrets n’en finiront jamais
D’occuper cette horloge dans la clairière voisine
Tes cheveux de sargasse se perdent
Dans la plaine immense des rendez-vous manques

Sans bruit au port désert arrivent les rameurs
Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère
Incliner à minuit sur le front du dormeur
L’anémone du soir fleurie sous tes paupières

Baiser sa bouche dose et baiser ses yeux dos
Incliner sur son front l’immense chevdure
Bérénice de l’ombre ah! retourne à tes flots
Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures

Une steppe naîtra de l’écume atlantique
Du clair de lune et de la neige et du charbon
Où nous emportera la licorne magique
Vers l’anémone édose au sein des tourbillons

Tempête de suie nuage en forme de cheval

Ah malheur!
Sacré nom de
Dieu!
La nuit naufrage

La nuit?
Voici sonner les grelots!
Carnaval

Ferme l’œil!
En vérité le bel équipage

Et dans ce ciel suitant des barriques des docks -Soudain brusquement s’interrompent les rafales
Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs
L’anémone du ciel est la fleur triomphale

Cest elle qui dressée au-dessus des volcans
Jette une lueur blafarde à travers la campagne
C’est l’aile du vautour le cri du pélican
C’est le plan d’évasion qui fait sortir du bagne

C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons
Le sang coagulé sur les draps mortuaires
C’est un voile de deuil pourri sur le gazon
C’est la robe de bal découpée dans un suaire

C’est l’anathème et c’est l’insulte et le juron
C’est le tombeau violé les morts à la voirie
La vérole promise à trois générations
Et c’est le vitriol jeté sur les soieries

C’est le bordel du
Christ le tonnerre de
Brest
C’est le crachat le geste obscène vers la vierge
C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est
C’est le poignard c’est le poison ce sont les verges

Cest l’inverti qui se soumet et s’agenouille
Le masochiste qui se livre au martinet

Le scatophage hideux au masque de gargouille
Et la putain furonculeuse aux yeux punais

C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe
C’est le ciel reflété par un œil de lépreux

C’est le châtré qui se dénude sous les arbres
Et l’amateur d’urine au sourire visqueux

C’est l’empire des sens anémone l’ivresse
Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri
La légitimité de toutes les caresses
Et la mort délicieuse entre des bras flétris

Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures
Je veux un ciel tout nu sur un globe désert
Où des brouillards mettront une robe de bure-Aux mortes adorées pourrissant hors de terre

Adieu déjà parmi les heures de porcelaine

Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans
Pâtre

Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes

Et les femmes effeuillant la marguerite du silence

Adieu dans la boue noire des gares

Dans les empreintes des mains sur les murs

Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un

timide enfant parait à la fenêtre mansardée
Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus
J’écrase sans cesse des larves sous mes pas
Adieu dans le claquement des voiles
Adieu dans le bruit monotone des moteurs
Adieu ô papillons écrasés dans les portes
Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu

Perdus à jamais dans les ombres des corridors

Nous t’appelons du fond des échos de la terre

Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or

Et que brisé en mille volutes de mercure

Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes

L’amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures

Et cire l’escalier de la sinistre descente

Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre

Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute

Dans l’écume de la mort et celle des
Finistères

Balançant le corps souple des amoureuses

Dans les courants marqués d’initiales illisibles

Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle

Ange d’anthracite et de bitume

Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes

Eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et

des rosées
Créature sanglante et végétale des marées

Da marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin

Tout ce que tu brises est étoile et diamant

Ange d’anthracite et de bitume

Éclat du noir orfraie des vitrines

Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds

Sur les cristaux de neige qui recouvrent les toits

Haletants de mille journaux flambant après une nuit

d’encre fraîche
Les grands mannequins écorchés par l’orage
Nous montrent ce chemin par où nul n’est venu

Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué
Où donc sont les baisers où donc sont les caresses
Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué
Où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse

Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux
Si j’ai
Pair d’être ailleurs si j’ai
Pair d’être un autre
Me pardonnant de croire au noir au merveilleux
D’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres

Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices
D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées
D’avoir été tenté par des voix tentatrices
Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée

Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois
Les fortunes perdues et les larmes versées
L’étoile sans merci brillant au fond des bois
Et les désirs meurtris en des nuits insensées

Et ces phrases tordues comme notre amour même
Et que je murmurais lorsque minuit blafard
Posait ses maigres doigts sur des visages blêmes
Séchant les yeux mouillés et barbouillant les fards

Dans ces temps-là le ciel était lourd de ténèbres
Le sonore minuit conduisait vers mon lit
Des visiteuses sans pitié et plus funèbre
Que la mort l’anémone évoquait la folie

Les fleurs qui s’effeuillaient sur les fruits de l’automne
Laissèrent leurs parfums aux fleurs des compotiers

Et sur le fût tronqué des anciennes colonnes
Le sel des vents marins mit des lueurs de glaciers

Et longtemps ces parfums orgueil des porcelaines

Flotteront dans la paix des salles à manger

Et les cristaux de sel brilleront dans la laine

Des grands manteaux flottants que portent les bergers

Mes baisers rejoindront les larmes qui vont naître
Ils rejoindront la solitude sans pitié
Les vents marins soufflant sur les chaumes sans maîtres
Et les parfums mourants au fond des compotiers

Je suis marqué par mes amours et pour la vie
Comme un cheval sauvage échappé aux gauchos
Qui retrouvant la liberté de la prairie
Montre aux juments ses poils brûlés par le fer chaud

Tandis qu’au large avec de grands gestes virils
La sirène chantant vers un ciel de carbone
Au milieu des récifs éventreurs de barils
Au cœur des tourbillons fait surgir l’anémone.

 

Robert Desnos

DÉSESPOIR DU SOLEI


Robert Desnos

DÉSESPOIR DU SOLEIL

 

Quel bruit étrange glissait le long de la rampe d’escalier au bas de laquelle rêvait la pomme transparente.

Les
Vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s’étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile.

Ce bruit devait-il durer jusqu’à l’éveil des locataires ou s’évader dans l’ombre du crépuscule matinal?
Le bruit persistait.
Le sphinx aux aguets l’entendait depuis des siècles et désirait l’éprouver.
Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l’escalier.
Le fauve égra-tignait de ses griffes les marches encaustiquées.
Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l’ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu’il attendait depuis des millions de ténèbres s’attacha
à la crinière et brusquement l’ombre pâlit.

Cest le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la
vagabonde attend l’instant où s’ouvrira sur un paysage de résine et d’agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit.

C’est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi.

C’est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s’étonne de voir sur les marches de l’escalier les traces des griffes
du voyageur de la nuit

C’est le poème du jour qui commence avec des étincelles d’allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à
leurs pieds.

Mais le bruit quel était-il?
Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages.

Ce n’était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni

celui du moulin à café.
Le bruit quel était-il?
Quel était-il?
L’escalier s’enfoncera-t-il toujours plus avant?
Montera-

t-il toujours plus haut?

Rêvons acceptons de rêver c’est le poème du jour qui commence.

 

Robert Desnos

LE FARD DES ARGONAUTES


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LE FARD DES ARGONAUTES

Les putains de Marseille ont des sœurs océanes Dont les baisers malsains moisiront votre chair. Dans leur taverne basse un orchestre tzigane Fait valser les péris au bruit lourd

de la mer.

Navigateurs chantant des refrains nostalgiques Partis sur la galère ou sur le noir vapeur, Espérez-vous d’un sistre ou d’un violon magique Charmer les matelots trop enclins à la
peur?

La légende sommeille aîtière et surannée Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône Des Argonautes qui, voilà bien des années, Partirent
conquérir l’orientale toison.

Sur vos tombes naîtront les sournois champignons Que louangera Néron dans une orgie claudienne Ou plutôt certain soir les vicieux marmitons Découvriront vos yeux dans le
corps des poissons.

Partez! harpe éoîienne où gémît la tempête…

Ils partirent un soir semé de lys lunaires. Leurs estomacs outrés tintaient tels des grelots Es berçaient de chansons obscènes leur colère De rut inassouvi en paillards
matelots…

Les devins aux bonnets pointus semés de lunes damaient aux rois en vain l’oracle ésotérique Et la mer pour rançon des douteuses fortunes Se parait des joyaux des tyrans
erotiques.

— Nous reviendrons chantant des hymnes obsolètes Et les femmes voudront s’accoupler avec nous Sur la toison d’or clair dont nous ferons conquête Et les hommes voudront nous
baiser les genoux.

Ah! la jonque est chinoise et grecque la trirème Mais la vague est la même à l’orient comme au nord Et le vent colporteur des horizons extrêmes Regarde peu la voile où
s’assoit son essor.

Es avaient pour esquif une vieille gabare Dont le bois merveilleux énonçait des oracles. Pour y entrer la mer ne trouvait pas d’obstacle. Premier monta Jason, s’assit et tint la
barre.

Mais Orphée sur la lyre attestait les augures; Corneilles et corbeaux hurlant rauque leur peine De l’ombre de leur vol rayaient les sarcophages Endormis au lointain de l’Egypte
sereine.

Chaque fois qu’une vague épuisée éperdue Se pâmait sur le ventre arrondi de l’esquif Castor baisait Pollux chastement attentif A l’appel des alcyons amoureux dans la
nue.

Es avaient pour rameur un alcide des foires Qui depuis quarante ans traînait son caleçon De défaites payées en faciles victoires Sur des nabots ventrus ou sur de blancs
oisons.

Une à une, agonie harmonieuse et multiple, Les vagues sont venues mourir contre la proue, Les cygnes languissants ont fui les requins bleus, La fortune est passée très vite sur
sa roue.

Les cygnes languissants ont fui les requins bleus Et les perroquets verts ont crié dans les deux.

— Et mort le chant d’Êole et de l’onde limpide, Lors nous te chanterons sur la lyre, 6 Colchide.

Un demi-siècle avant, une vieille sorcière Avait égorgé là son bouc bi-centenaire. En restait la toison pouilleuse et déchirée, Pourrie par le vent pur et
mouillée par laraer.

— Médée, tu charmeras ce dragon venimeux

Et nous tiendrons le rang de ton bouc amoureux Pour voir pâmer tes yeux dans ton masque séniîe : O! tes reins épineux ô! ton sexe stérile.

— rendormirai pour vous le dragon vulgivague Pour prendre la toison du bouc licornéen.

Fai gardé de jadis une fleur d’oranger Et mon doigt portera l’hyménéenne bague.

Mais la seule toison traînée par un quadrige Servait de paillasson dans les deux impudiques A des cydopes nus couleur de prune et de cerise : Or nul d’entre eux ne vit le symbole
ironique.

— Oh I les flots choqueront des arêtes humaines. Les tibias des titans sont des ocarinas

Dans l’orphéon joyeux des stridentes sirènes, Mais nous mangerons l’or des juteux ananas.

Car nous incarnerons nos rêves mirifiques. Qu’importe que Fhsbus se plonge sous les flots! Des rythmes vont surgir, ô Vénus Atlantique! De la mer pour chanter la gloire des
héros.

Ils mangèrent chacun deux biscuits moisissants Et l’un d’eux psalmodia des chansons de Calabre Qui suscitent la nuit les blêmes revenants Et la danse macabre aux danseurs doux et
glabres.

Os revinrent chantant des hymnes obsolètes. Les femmes entr’ouvrant l’aisselle savoureuse Sur la toison d’or clair s’offraient à leur conquête, Les maris présentaient de
tremblantes requêtes Et les enfants baisaient leurs sandales poudreuses.

— Nous vous ferons pareils au vieil Israélite Qui menait sa nation par les mers spleenétiques Et les juifs qui verront vos cornes symboliques Citant Genèse et
Décalogue et Pentateuque Viendront vous demander le sens secret des rites.

Alors, sans gouvernail, sans rameurs et sans voiles, La nef Argo partit au fil des aventures Vers la toison lointaine et chaude dont les poils Traînaient sur l’horizon linéaire et
roussi.

— Va-t’en, va-fen, va-fen, qu’un peuple ne t’entraîne Qui voudrait, le goujat, fellateur clandestin, Au phallus de la vie collant sa bouche blême, Fût-ce de jours honteux
prolonger son destin!.

Robert Desnos

LA BOÎTE A L’ÊTRE 22


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 22

CRAMOISIES ROSEURS

L’heure était à me glacer, dans ses sueurs froides, retenu sans défense aux draps froissés. Par le rayon du phare lunaire, les formes en s’agitant du dos sur le ventre, donnaient à la campagne un visage de remous du passé. Ces ombres, en même temps qu’elles me remettaient leurs images d’angoisse dans l’âge du présent, me faisaient entendre les hurlements de leurs instruments de torture. La nuit on perd plus facilement la victoire contre les assauts de ses mauvais souvenirs.Quand le grincement des roues fige ses rayons dans l’ornière, tout semble s’enliser. Le coeur saigne à ne rien s’y retrouver. Seuls les spectres de l’idée qui s’impose occupent tout le terrain de la pensée. En même temps que le sentiment fort crie au menteur, le loup carnassier mord dans le charnu de la confiance. Quel jour est-il donc du malheur, qu’hier se conjuguait à ne plus  savoir se mettre au présent. Le jour se fait brouillard sur le clair.  Où suis-je, où allons-nous mon vieux Gauguin, de quel cauchemar il me faut espérer pouvoir me sortir ?

L’Amour tombé des nues

Un samedi du moyen âge

Une sorcière qui volait

Vers le saba sur son balai

Tomba par terre

Du haut des nuages

Ho ho ho madame la sorcière

Vous voilà tombée par terre

Ho ho ho sur votre derrière

Et les quatre fers en l’air

Vous tombez des nues

Toute nue

Par êtes vous venue

Sur le trottoir de l’avenue

Vous tombez des nues

Sorcière saugrenue

Vous tombez des nues

Vous tombez des nues

Sur la partie la plus charnue

De votre individu

Vous tombez des nues

On voulait la livrer aux flammes

Cette sorcière qui volait

Vers le sabbat sur son balais

Pour l’ascension

Quel beau programme

Ho ho ho voilà qu’la sorcière

A fait un grand rond par terre

Ho ho ho quel coup de tonnerre

Il tomba d’l’eau à flots

Et l’eau tombe des nues

Toute nue

Éteint les flammes tenues

Et rafraîchi la détenue

L’eau tombe des nues

Averse bienvenue

L’eau tombe des nues

L’eau tombe des nues

Et la sorcière se lave nue

Oui mais dans l’avenue

L’eau tombe des nues

Qu’elle était belle la sorcière

Les présidents du châtelet

Les gendarmes et leurs valets

La regardaient

Dans la lumière

… et un éclair qui brille

Et c’est vos yeux qui scintillent

… et votre cœur pétille

Nous sommes sourds d’amour

Et nous tombons des nues

Elle est nue

Oui mais notre âme est chenue

Nous avons de la retenue

Nous tombons des nues

Sorcière saugrenue

Nous tombons des nues

Nous tombons des nues

Qu’on relaxe la prévenue

Elle nous exténue

Nous tombons des nues

Et je…

Mais tombe des nues

Tu tombes des nues

Le monde entier tombe des nues

L’amour tombe des nues

Et vive les femmes nues !

Robert DESNOS

(Recueil : « Les Voix intérieures »)

Ô Paul, se pourrait-il qu’aux Maldives aussi, les chiens fous qui gardent l’esprit sein aux belles vahinés, leurs mettent à l’idée des goûts de prothèse ? Une catastrophe écologique à faire mourir de vrai le Grand Jacques. Tenons-nous en dehors de la décadence, de toutes nos dernières forces vives. Oui, oh ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Niala-Loisobleu – 30 Août 2013

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Le jour en entrant par mon oeil droit, se retrouva l’ordre dans le flou. Posant les pieds hors de la tranchée du front où s’était déroulé mon combat intérieur, je fis chauffer l’atmosphère. En appelant  Arletty à l’ô, tel le Nord pour ne pas marcher sur la tête, comme cette nouvelle génération humanoïde qui n’a plus rien d’humain. Protester à juste titre pour 5 euros piqués à l’étudiant et applaudir ensuite au transfert footbalistique du siècle qui va octroyer au récipiendaire un salaire mensuel de 30 millions d’euros…mais c’est pas possible….je cauchemarde…que vous reste-t-il de conscience mes frères ?

Niala-Loisobleu è 5 Août 2017

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