RROSE SÉLAVY PAR ROBERT DESNOS


Robert Desnos

RROSE SÉLAVY PAR ROBERT DESNOS

Dans un temple en stuc de pomme le pasteur dis-tillait le suc des psaumes.

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Rrose
Sélavy demande si les
Fleurs du
Mal ont modulé les mœurs du phalle : qu’en pense
Omphale?

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Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de
Pampelune.

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La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page?

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Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

Question aux astronomes:

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Rrose
Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans?


O mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.

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Au pays de
Rrose
Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi

.
Suivrez-vous
Rrose
Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux?

zo.
Rrose
Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.

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Fassez-moi mon arc berbère, dit le monarque – barbare.

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Les planètes tonnantes dans le del enrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaillé cultivées par
Rrose
Sélavy.

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Rrose
Sélavy connaît bien le marchand du seL

Êpitaphe :

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Ne tourmentez plus
Rrose
Sélavy, car mon génie est énigme.
Caron ne le déchiflre pas.

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Perdue sur la mer sans fin,
Rrose
Sélavy mangera-t-elie du fer après avoir mangé ses mains?

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Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.

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André
Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.

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Francis
Picabia l’ami des castors
Fut trop franc d’être un jour picador
A
Cassis en ses habits d’or.

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Rrose
Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cetie colle à mouches, rend plus dures les molles couches.

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Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna?

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Au virage de la course au rivage, voici le secours de
Rrose
Sélavy.

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Rrose
Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

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Rrose
Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à
Lakmé bergère en
Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.

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Croyez-vous que
Rrose
Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues?

.
Rrose
Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain à sa môme.

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Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints?

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Le temps est un aigle agile dans un temple.

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Qu’arrivera-t-il si
Rrose
Sélavy, un soir de
Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle?

Ah! meurs, amour!

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Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard?

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Un prêtre de
Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui?

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Voici le cratère où le
Missouri prend sa source et la cour de
Sara son mystère.

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Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.

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Dans le sommeil de
Rrose
Sélavy il y a tu» nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.

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Si le silence est d’or,
Rrose
Sélavy abaisse ses cils et s’endort.

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Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous que
Rrose
Sélavy soit la reine du crime?

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Au temps où les caravelles accostaient
La
Havane, les caravanes traversaient-elles
Laval?

Question d’Orient:

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A
Sainte
Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.

.
Rrose
Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

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Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de
Rrose?

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Benjamin
Péret ne prend jamais qu’un bain par an.

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Paul Éluard : le poète élu des draps.

Êpitaphe pour
Apollinaire:

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Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.

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Amoureux voyageur sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre?

Martyre de saint
Sébastien:

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Mieux que ses seins ses bas se tiennent.

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Rrose
Sélavy a visité l’archipel où la reine
Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses flots.


From
Everest mountain
I am falling dovm to your feet for ever,
Mrs.
Everling.

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André
Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade?


Rrose
Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.

.
Rrcse
Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.

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Rrose
Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née la religion catholique.

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Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.

Devise de
Rrose
Sélavy:

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Plus que poli pour être honnête
Plus que poète pour être honni

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Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de
Rrose
Sélavy les sourdes paroles.

Epiphanie :

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Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger des fèves.

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Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristaL

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Les pommes de
Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des
Mores.

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Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées!

.
Rrose
Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.

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Aux agapes de
Rrose
Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.

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Apprenez que la geste célèbre de
Rrose
Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.

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Habitants de
Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.

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Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.

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Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal?

.
Rrose
Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.

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Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards!

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Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.

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Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.

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De cirrhose du foie meurt la foi du désir de
Rrose.

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Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.


Rrose
Sélavy au seuil des deux porte le deuil des dieux.

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Les orages ont pu passer sur
Rrose
Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.

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Ce que
Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme!

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Les idées de
Morise s’irisent d’un charme démodé.

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Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.

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Les yeux des folles sont sans fard.
Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.

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Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.

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Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.

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Aimez, gens,
Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.

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Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes?

.
Rrose
Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.

.
Rrose
Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.

Dictionnaire
La
Rrose :

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Latinité —
Les cinq nations latines.
La
Trinité —
L’émanation des latrines.

.
Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.

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Dans un lac d’eau minérale
Rrose
Sélavy a noyé la câline morale.

.
Rrose
Sélavy glisse le cœur de
Jésus dans le jeu des
Crésus.

Conseil aux catholiques :

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Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.

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Au fond d’une mine
Rrose
Sélavy prépare la fin du monde.

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La jolie sœur disait : «
Mon droit d’aînesse pour ton doigt,
Ernest. »

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Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.

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Dans le ton rogue de
Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.

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Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de
Simone.

Question :

.
Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère?

Réponse :

.
Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère?

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La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts?

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L’acte des sexes est l’axe des sectes.

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Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.

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Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.

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Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?

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Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.

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La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.

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A son trapèze
Rrose
Sélavy apaise la détresse des déesses.

.
Les vestales de la
Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô
Pétales !

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Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?

.
Dans le pays de
Rrose
Sélavy les mâles font la guerre sur la mer.
Les femelles ont la gale.

.
A tout miche, pesez
Ricord.

.
Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts?

.
L’argot de
Rrose
Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes?

.
Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.

lia
Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

m.
Je vis où ta vis, voyou dont k visage est le charme des voyages.

.
Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.

.
Connaissez-vous la jolie faune de la folie? —
Elle est jaune.

.
Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots?

.
La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié?

.
Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long?

.
Qu’en pensent les cocus?

Recette culinaire : plutôt que
Madeleine l’apotro-phage, femmes! imitez la vierge cornivore.

.
Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps, quand éteindrez-vous les flambeaux?

.
Prométhée moi l’amour!

.
O ris cocher des flots!
Auriç, hochet des flots au ricochet des flots.

.
L’espèce des folles aime les fioles et les pièces fausses.

Définition de la poésie pour :

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Louis
Aragon :
A la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.

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Benjamin
Péret :
Le ventre de chair est un centre de vair.

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Tristan
Tzara :
Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de ! v^^
I ?
Qu’en dis-tu, ver de terre?

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Max
Emst :
La boule rouge bouge et roule.

.
Max
Morise :
A figue dolente, digue affolante.

.
Georges
Aurie :
La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées?

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Philippe
Soupaidt :
Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.

.
Roger
Vitrac :
Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant « allô » des poètes comme la lune.

.
Georges
Limbour ;
Pour les
Normands le
Nord ment.

.
Francis
Picabia :
Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête,
Rrose
Sélavy?

.
Marcel
Ducliamp :
Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc.
Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant?

.
G. de
Chirico :
Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.

.
Quand donc appellerez-vous
Prétéritions,
Paul Éluard, les
Répétitions?

*-
O laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.

.
Fleuves! portez au
Mont-de-Piété les miettes de pont.


Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.

.
Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.

.
Dans le silence des cimes,
Rrose
Sélavy regarde en riant la science qui lime.

.
Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.

.
Femmes! faux chevaux sous vos cheveux de feu.

.
Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la
France.

.
De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines?

.
La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.

.
Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde
Alan
Ray.

.
Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la
Seine.

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A cœur payant un rien vaut cible.

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Plus fait violeur que doux sens.

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Jeux de mots jets mous.

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Aimable souvent est sable mouvant.

Robert Desnos

« ANEMONE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 116X81


« ANEMONE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 116X81

Sirène-Anémone

Qui donc pourrait me voir
Moi la flamme étrangère
L’anémone du soir
Fleurit sous mes fougères

Ô fougères mes mains
Hors l’armure brisée
Sur le bord des chemins
En ordre sont dressées

Et la nuit s’exagère
au brasier de la rouille
Tandis que les fougères
Vont aux écrins de houille

L’anémone des cieux
Fleurit sur mes parterres
Fleurit encore aux yeux
À l’ombre des paupières

Anémone des nuits
qui plonge ses racines
Dans l’eau creuse des puits,
Aux ténèbres des mines

Poseraient-ils leurs pieds
Sur le chemin sonore
où se niche l’acier
Aux ailes de phosphore

Verraient-ils les mineurs
Constellés d’anthracite
Paraître l’astre en fleur
Dans un ciel en faillite

En cet astre qui luit
S’incarne la sirène
L’anémone des nuits
fleurit sur son domaine

Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orage
Les puissances Vertige au verger des éclairs
La sirène dardée à la proue d’un sillage
Vers la lune chanta la romance de fer

Sa nage déchirait l’hermine des marées
Et la comète errant rouge sur un ciel noir
Paraissait par mirage aux étoiles ancrées
L’anémone fleurie aux jardins des miroirs

Et parallèlement la double chevelure
Rayait de feu le ciel et d’écume les eaux
Fougères surgissez hors de la déchirure
Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux

Nulle armure jamais ne valut votre angoisse
Fougères pourrissant parmi nos souvenirs
Mais vous charbonnerez longtemps sous nos cuirasses
Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir

Le cheval vieux cheval de retour et de rêve
Vers les champs clos emportera nos ossements
Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève
Où la sirène dort sous un soleil clément

L’anémone fleurit partout sous les carènes
Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts
Dans le train des miroirs sur les parquets d’ébène
Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt

C’est le joyau serti au vif des nébuleuses
L’orgueil des voies lactées et des constellations
La prunelle qui met au regard des plus gueuses
Le diamant de fureur et de consolation

Heureuse de nager loin des hauts promontoires
Parmi les escadrons de requins fraternels
La sirène aux seins durs connaît maintes histoires
Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels

Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines
Ni les clefs retrouvées des légendes du port
Ne la charment autant que d’ouvrir les narines
Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort

C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour
D’une des années gagnées à l’amour pour jamais
Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre
La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements
S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer
Tu naquis de ce mirage
Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos
Devait-elle ta chanson pour jamais
Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur tumultueux des vagues qui se brisent
Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns
Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces
Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres
Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit
0ù détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules
Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière
Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie
Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs
Vestiges d’amours et de rivages où l’anémone refuse de s’effeuiller
De céder à la volonté des flots et des destins végétaux
À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage
Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge
Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées
Le sel s’y cristallise en fleurs de givre
Vidées des corps des amoureuses
Et des mains qui les enlaçaient
Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses
Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient
Les cuirasses d’acier et les corsets de satin
N’ont elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres
Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules
Je l’ai vue tomber
Tu te transfiguras
Reviendras-tu jamais des ténèbres
Nue et plus triomphante au retour de ton voyage
Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante
Ô les mille regrets n’en finiront jamais
D’occuper cette horloge dans la clairière voisine
Tes cheveux de sargasse se perdent
Dans la plaine immense des rendez-vous manqués

Sans bruit au port désert arrivent les rameurs
Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère
Incliner à minuit sur le front du dormeur
L’anémone du soir fleurie sous tes paupières

Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos
Incliner sur son front l’immense chevelure
Bérénice de l’ombre ah ! retourne à tes flots
Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures

Une steppe naîtra de l’écume atlantique
Du clair de lune et de la neige et du charbon
où nous emportera la licorne magique
Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons

Tempête de suie nuage en forme de cheval
Ah malheur ! Sacré nom de Dieu ! La nuit naufrage
La nuit ? Voici sonner les grelots ! Carnaval
Ferme l’œil ! En vérité le bel équipage

Et dans ce ciel suintant des barriques des docks
Soudain brusquement s’interrompent les rafales
Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs
L’anémone du ciel est la fleur triomphale

C’est elle qui dresse au-dessus des volcans
Jette une lueur blafarde à travers la campagne
C’est l’aile du vautour le cri du pélican
C’est le plan d’évasion qui fait sortir du bagne

C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons
Le sang coagulé sur les draps mortuaires
C’est un voile de deuil pourri sur le gazon
C’est la robe de bal découpée dans un suaire

C’est l’anathème et l’insulte et le juron
C’est le tombeau violé les morts à la voirie
La vérole promise à trois générations
Et c’est le vitriol jeté sur les soieries

C’est le bordel du Christ le tonnerre de Brest
C’est le crachat le geste obscène vers la vierge
C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est
C’est le poignard le poison ce sont les verges

C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille
Le masochiste qui se livre au martinet
Le scatophage hideux au masque de gargouille
Et la putain furonculeuse aux yeux punais

C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe
C’est le ciel reflété par un œil de lépreux
C’est le châtré qui se dénude sous les arbres
Et l’amateur d’urine au sourire visqueux

C’est l’empire des sens anémone l’ivresse
Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri
La légitimité de toutes les caresses
Et la mort délicieuse entre des bras flétris

Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures
Je veux un ciel tout nu sur un globe désert
où des brouillards mettront une robe de bure
aux mortes adorées pourrissant hors de terre

Adieu déjà parmi les heures de porcelaine
Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre
Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes
Et les femmes effeuillant 1a marguerite du silence
Adieu dans la boue noire des gares
Dans les empreintes de mains sur les murs
Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée
Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus
J’écrase sans cesse des larves sous mes pas
Adieu dans le claquement des voiles
Adieu dans le bruit monotone des moteurs
Adieu ô papillons écrasés dans les portes
Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu

Perdus à jamais dans les ombres des corridors
Nous t’appelons du fond des échos de la terre,
Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or
Et que brisé en mille volutes de mercure
Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes
L’amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures
Et cire l’escalier de la sinistre descente
Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre
Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute
Dans l’écume de la mort et celle des Finistères
Balançant le corps souple des amoureuses
Dans les courants marqués d’initiales illisibles
Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle
Ange d’anthracite et de bitume
Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes
eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées
Créature sanglante et végétale des marées

Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin
Tout ce que tu brises est étoile et diamant
Ange d’anthracite et de bitume
Éclat du noir orfraie des vitrines
Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds
Sur les cristaux de neige qui recouvrent les toits

Haletant de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche
Les grands mannequins écorchés par l’orage
Nous montrent ce chemin par où nul n’est venu

Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué
Où donc sont les baisers où donc sont les caresses
Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué
où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse

Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux
Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air un autre
Me pardonnant de croire au noir au merveilleux
D’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres

Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices
D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées
D’avoir été tenté par des voix tentatrices
Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée

Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois
Les fortunes perdues et les larmes versées
L’étoile sans merci brillant au fond des bois
Et les désirs meurtris en des nuits insensées

Et ces phrases tordues comme notre amour même
Et que je murmurais lorsque minuit blafard
Posait ses maigres doigts sur des visages blêmes
Séchant les yeux mouillés et barbouillant les fards

Dans ces temps-là le ciel était lourd de ténèbres
Le sonore minuit conduisait vers mon lit
Des visiteuses sans pitié et plus funèbre
Que la mort l’anémone évoquait la folie

Les fleurs qui s’effeuillaient sur les fruits de l’automne
Laissèrent leurs parfums aux fleurs des compotiers
Et sur le fût tronqué des anciennes colonnes
Le sel des vents marins mit des lueurs de glaciers

Et longtemps ces parfums orgueil des porcelaines
Flotteront dans la paix des salles à manger
Et les cristaux de sel brilleront dans la laine
Des grands manteaux flottants que portent les bergers

Mes baisers rejoindront les larmes qui vont naître
Ils rejoindront la solitude sans pitié
Les vents marins soufflant sur les chaumes sans maîtres
Et les parfums mourants au fond des compotiers

Je suis marqué par mes amours et pour la vie
Comme un cheval sauvage échappé aux gauchos
Qui retrouvant la liberté de la prairie
Montre aux juments ses poils brûlés par le fer chaud

Tandis qu’au large avec de grands gestes virils
La sirène chantant vers un ciel de carbone
au milieu des récifs éventreurs de barils,
au cœur des tourbillons fait surgir l’anémone

Robert DESNOS

Recueil : « Corps et biens »

MAI EN CORPS…


« MAI EN CORPS… »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 55X46

PAR UN POINT SITUÉ SUR UN PLAN

Par un point situé sur un plan
On ne peut faire passer qu’une perpendiculaire à ce plan.
On dit ça…

Mais par tous les points de mon plan à moi
On peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre

Alors votre perpendiculaire me fait rire.

Et pas seulement les hommes et les bêtes

Mais encore beaucoup de choses

Des cailloux

Des fleurs

Des nuages

Mon père et ma mère

Un bateau à voiles

Un tuyau de poêle

Et si cela me plaît

Quatre cents millions de perpendiculaires.

Robert Desnos

Ainsi soit-île

mon muguet

a bien des filets en Mai

Niala-Loisobleu – 2 Mai 2021

POINT DU JOUR


Robert Desnos

POINT DU JOUR

Le trois nivôse an II de la République Roger se dressa sur son lit. Des têtes de nègres mugissaient sur les fleuves et l’on suspendait le clergé français par les
pieds aux lampadaires de l’avenue de l’Opéra.

Debout Roger s’écria :

« Je m’appelle Robert Desnos la plume au vent c’est la honte des femmes fécondées. Écoutez écoutez la Marseillaise qui porte vers les frontières un petit peu de
vinaigre et du feu central.

Allons Patrie mort des enfants

L’arrivée n’est pas la gloire des tyrans

que tu baises au front levé des étendards

Marchons marchons

Que du sillon sorte le sang. »

Trois carriéristes lui passèrent sa chemise, son fin caleçon de soie sa veste de velours à côtes, son casque, son sabre, ses allumettes, son mouchoir et un petit
drapeau en cas de grand besoin. Quand il fut prêt il fit à l’historien habituel de sa famille la sanglante histoire transcrite ci-après.

« Volontaire de l’an II je suis monté sur l’estrade dressée place de la Révolution. Des messieurs en redingote s’y tenaient enrubannés de soie tricolore comme des
moutons de comice agricole. Un petit vieux en avait fait des papillotes. Les autres s’étaient contentés d’orner leurs oreilles pour réparer l’irréparable surdité de
leur sexe. Un tambour battait smistrement au bas des marches. Sur un calicot on lisait « La Patrie est en danger ». C’est alors que devant la marche triomphale de l’ennemi, de
l’ennemi abhorre, détrousseur de filles et voleur de pendules, de l’ennemi dont le ventre était Brunswick et la tête Goethe, c’est alors que les jeunes gens de seize ans et les
vieillards se disputèrent la gloire de marcher vers un honorable trépas. Les campagnes alors étaient parsemées de drapeaux.

Au bas des marches ronflaient les tambours. Les pères et les fils, les larmes aux yeux, à l’idée de la patrie relevaient leurs pantalons longs jusqu’au-dessus des genoux et ils
montaient vers les vieillards. Ceux-ci leur donnaient des livres reliés de toile reuge et dorés sur tranche, des couronnes de lauriers en papier doré, des livrets de caisse
d’épargne. De joie la populace.s’enivrait dans les faubourgs. Mais moi ma couronne sur la tête, mon livret de caisse d’épargne dans ma poche, je me cachais pour lire le livre
qu’on m’avait donné.

Le titre était « Sauve qui peut. »

« Un jour, commençait l’auteur, je rencontrai sur une route une femme merveilleuse elle avait des seins de poissons et ses yeux murmuraient à l’âme des choses
impondérables. Mon père que ce commerce intriguait, dépensa sa fortune à provoquer des accidents de chemin de fer pour causer la mort de la belle inconnue. Peine perdue ils
s’épousèrent et leur fils, fils de ma maîtresse fut spécialement dressé par un orang-outang à repriser mes chaussettes et à provoquer des courts-circuits
buccaux dans mon individu… »

J’aurais continué cette poétique lecture si Robespierre n’avait posé sa main sur mon épaule. Nous étions sur une colline. Il me montra l’oeuvre de la Guillotine. Quatre
cent mille têtes jonchaient les marais. Des femmes leur suçaient la cervelle. Fou de joie à ce spectacle j’embrassai Robespierre. Il posa sur moi un long regard triste et doux,
m’étreignit sur sa poitrine et, avant de se dissoudre en fumée odorante de cigarette anglaise il me dit :

« Tu t’appelleras Danger de mort ».

Robert Desnos


LE VEILLEUR DU PONT-AU-CHANGE

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Robert Desnos

LE VEILLEUR DU PONT-AU-CHANGE

e suis le veilleur de la rue de Flandre,
Je veille tandis que dort Paris.
Vers le nord un incendie lointain rougeoie dans la nuit.
J’entends passer des avions au-dessus de la ville.

Je suis le veilleur du Point-du-Jour.
La Seine se love dans l’ombre, derrière le viaduc d’Auteuil,
Sous vingt-trois ponts à travers Paris.
Vers l’ouest j’entends des explosions.

Je suis le veilleur de la Porte Dorée.
Autour du donjon le bois de Vincennes épaissit ses ténèbres.
J’ai entendu des cris dans la direction de Créteil
Et des trains roulent vers l’est avec un sillage de chants de révolte.
Je suis le veilleur de la Poterne des Peupliers.
Le vent du sud m’apporte une fumée âcre,
Des rumeurs incertaines et des râles
Qui se dissolvent, quelque part, dans Plaisance ou Vaugirard.
Au sud, au nord, à l’est, à l’ouest,
Ce ne sont que fracas de guerre convergeant vers Paris.

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Veillant au cœur de Paris, dans la rumeur grandissantev
Où je reconnais les cauchemars paniques de l’ennemi,
Les cris de victoire de nos amis et ceux des Français,
Les cris de souffrance de nos frères torturés par les Allemands d’Hitler.

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Ne veillant pas seulement cette nuit sur Paris,
Cette nuit de tempête sur Paris seulement dans sa fièvre et sa fatigue,
Mais sur le monde entier qui nous environne et nous presse.
Dans l’air froid tous les fracas de la guerre
Cheminent jusqu’à ce lieu où, depuis si longtemps, vivent les hommes.

Des cris, des chants, des râles, des fracas il en vient de partout,
Victoire, douleur et mort, ciel couleur de vin blanc et de thé,
Des quatre coins de l’horizon à travers les obstacles du globe,
Avec des parfums de vanille, de terre mouillée et de sang,
D’eau salée, de poudre et de bûchers,
De baisers d’une géante inconnue enfonçant à chaque pas dans la terre grasse de chair humaine.

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Et je vous salue, au seuil du jour promis
Vous tous camarades de la rue de Flandre à la Poterne des Peupliers,
Du Point-du-Jour à la Porte Dorée.

Je vous salue vous qui dormez
Après le dur travail clandestin,
Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails, incendiaires,
Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages,
Je vous salue vous tous qui résistez, enfants de vingt ans au sourire de source
Vieillards plus chenus que les ponts, hommes robustes, images des saisons,
Je vous salue au seuil du nouveau matin.

Je vous salue sur les bords de la Tamise,
Camarades de toutes nations présents au rendez-vous,
Dans la vieille capitale anglaise,
Dans le vieux Londres et la vieille Bretagne,
Américains de toutes races et de tous drapeaux,
Au-delà des espaces atlantiques,
Du Canada au Mexique, du Brésil à Cuba,
Camarades de Rio, de Tehuantepec, de New York et San Francisco.

J’ai donné rendez-vous à toute la terre sur le Pont-au-Change,
Veillant et luttant comme vous. Tout à l’heure,
Prévenu par son pas lourd sur le pavé sonore,
Moi aussi j’ai abattu mon ennemi.

Il est mort dans le ruisseau, l’Allemand d’Hitler anonyme et haï,
La face souillée de boue, la mémoire déjà pourrissante,
Tandis que, déjà, j’écoutais vos voix des quatre saisons,
Amis, amis et frères des nations amies.
J’écoutais vos voix dans le parfum des orangers africains,
Dans les lourds relents de l’océan Pacifique,
Blanches escadres de mains tendues dans l’obscurité,
Hommes d’Alger, Honolulu, Tchoung-King,
Hommes de Fez, de Dakar et d’Ajaccio.

Enivrantes et terribles clameurs, rythmes des poumons et des cœurs,
Du front de Russie flambant dans la neige,
Du lac Ilmen à Kief, du Dniepr au Pripet,
Vous parvenez à moi, nés de millions de poitrines.

Je vous écoute et vous entends. Norvégiens, Danois, Hollandais,
Belges, Tchèques, Polonais, Grecs, Luxembourgeois, Albanais et Yougo-Slaves, camarades de lutte.
J’entends vos voix et je vous appelle,
Je vous appelle dans ma langue connue de tous
Une langue qui n’a qu’un mot :
Liberté !

Et je vous dis que je veille et que j’ai abattu un homme d’Hitler.
Il est mort dans la rue déserte
Au cœur de la ville impassible j’ai vengé mes frères assassinés
Au Fort de Romainville et au Mont Valérien,
Dans les échos fugitifs et renaissants du monde, de la ville et des saisons.

Et d’autres que moi veillent comme moi et tuent,
Comme moi ils guettent les pas sonores dans les rues désertes,
Comme moi ils écoutent les rumeurs et les fracas de la terre.

À la Porte Dorée, au Point-du-Jour,
Rue de Flandre et Poterne des Peupliers,
À travers toute la France, dans les villes et les champs,
Mes camarades guettent les pas dans la nuit
Et bercent leur solitude aux rumeurs et fracas de la terre.

Car la terre est un camp illuminé de milliers de feux.
À la veille de la bataille on bivouaque par toute la terre
Et peut-être aussi, camarades, écoutez-vous les voix,
Les voix qui viennent d’ici quand la nuit tombe,
Qui déchirent des lèvres avides de baisers
Et qui volent longuement à travers les étendues
Comme des oiseaux migrateurs qu’aveugle la lumière des phares
Et qui se brisent contre les fenêtres du feu.

Que ma voix vous parvienne donc
Chaude et joyeuse et résolue,
Sans crainte et sans remords
Que ma voix vous parvienne avec celle de mes camarades,
Voix de l’embuscade et de l’avant-garde française.

Écoutez-nous à votre tour, marins, pilotes, soldats,
Nous vous donnons le bonjour,
Nous ne vous parlons pas de nos souffrances mais de notre espoir,
Au seuil du prochain matin nous vous donnons le bonjour,
À vous qui êtes proches et, aussi, à vous
Qui recevrez notre vœu du matin
Au moment où le crépuscule en bottes de paille entrera dans vos maisons.
Et bonjour quand même et bonjour pour demain !
Bonjour de bon cœur et de tout notre sang !
Bonjour, bonjour, le soleil va se lever sur Paris,
Même si les nuages le cachent il sera là,
Bonjour, bonjour, de tout cœur bonjour !

Robert Desnos

Extrait de:  1975, Destinée Arbitraire, (Gallimard)

RROSE SÉLAVY


Robert Desnos

RROSE SÉLAVY

Dans un temple en stuc de pomme le pasteur dis-tillait le suc des psaumes.

.
Rrose
Sélavy demande si les
Fleurs du
Mal ont modulé les mœurs du phalle : qu’en pense
Omphale?

.
Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de
Pampelune.

.
La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page?

.
Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

Question aux astronomes:

.
Rrose
Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans?


O mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.

.
Au pays de
Rrose
Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi

.
Suivrez-vous
Rrose
Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux?

zo.
Rrose
Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.

.
Fassez-moi mon arc berbère, dit le monarque – barbare.

.
Les planètes tonnantes dans le del enrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaillé cultivées par
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy connaît bien le marchand du seL

Êpitaphe :

.
Ne tourmentez plus
Rrose
Sélavy, car mon génie est énigme.
Caron ne le déchiflre pas.

.
Perdue sur la mer sans fin,
Rrose
Sélavy mangera-t-elie du fer après avoir mangé ses mains?

.
Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.

.
André
Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.

.
Francis
Picabia l’ami des castors
Fut trop franc d’être un jour picador
A
Cassis en ses habits d’or.

.
Rrose
Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cetie colle à mouches, rend plus dures les molles couches.

.
Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna?

.
Au virage de la course au rivage, voici le secours de
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

.
Rrose
Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à
Lakmé bergère en
Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.

.
Croyez-vous que
Rrose
Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues?

.
Rrose
Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain à sa môme.

.
Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints?

.
Le temps est un aigle agile dans un temple.

.
Qu’arrivera-t-il si
Rrose
Sélavy, un soir de
Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle?

Ah! meurs, amour!

.
Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard?

.
Un prêtre de
Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui?

.
Voici le cratère où le
Missouri prend sa source et la cour de
Sara son mystère.

.
Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.

.
Dans le sommeil de
Rrose
Sélavy il y a tu» nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.

.
Si le silence est d’or,
Rrose
Sélavy abaisse ses cils et s’endort.

.
Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous que
Rrose
Sélavy soit la reine du crime?

.
Au temps où les caravelles accostaient
La
Havane, les caravanes traversaient-elles
Laval?

Question d’Orient:

.
A
Sainte
Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.

.
Rrose
Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

.
Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de
Rrose?

.
Benjamin
Péret ne prend jamais qu’un bain par an.

.
Paul Éluard : le poète élu des draps.

Êpitaphe pour
Apollinaire:

.
Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.

.
Amoureux voyageur sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre?

Martyre de saint
Sébastien:

.
Mieux que ses seins ses bas se tiennent.

.
Rrose
Sélavy a visité l’archipel où la reine
Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses flots.


From
Everest mountain
I am falling dovm to your feet for ever,
Mrs.
Everling.

.
André
Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade?


Rrose
Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.

.
Rrcse
Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.

.
Rrose
Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née la religion catholique.

.
Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.

Devise de
Rrose
Sélavy:

.
Plus que poli pour être honnête
Plus que poète pour être honni

.
Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de
Rrose
Sélavy les sourdes paroles.

Epiphanie :

.
Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger des fèves.

.
Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristaL

.
Les pommes de
Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des
Mores.

.
Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées!

.
Rrose
Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.

.
Aux agapes de
Rrose
Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.

.
Apprenez que la geste célèbre de
Rrose
Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.

.
Habitants de
Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.

.
Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.

.
Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal?

.
Rrose
Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.

.
Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards!

.
Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.

.
Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.

.
De cirrhose du foie meurt la foi du désir de
Rrose.

.
Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.


Rrose
Sélavy au seuil des deux porte le deuil des dieux.

.
Les orages ont pu passer sur
Rrose
Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.

.
Ce que
Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme!

.
Les idées de
Morise s’irisent d’un charme démodé.

.
Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.

.
Les yeux des folles sont sans fard.
Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.

.
Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.

.
Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.

.
Aimez, gens,
Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.

.
Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes?

.
Rrose
Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.

.
Rrose
Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.

Dictionnaire
La
Rrose :

.
Latinité —
Les cinq nations latines.
La
Trinité —
L’émanation des latrines.

.
Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.

.
Dans un lac d’eau minérale
Rrose
Sélavy a noyé la câline morale.

.
Rrose
Sélavy glisse le cœur de
Jésus dans le jeu des
Crésus.

Conseil aux catholiques :

.
Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.

.
Au fond d’une mine
Rrose
Sélavy prépare la fin du monde.

.
La jolie sœur disait : «
Mon droit d’aînesse pour ton doigt,
Ernest. »

.
Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.

.
Dans le ton rogue de
Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.

.
Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de
Simone.

Question :

.
Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère?

Réponse :

.
Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère?

.
La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts?

.
L’acte des sexes est l’axe des sectes.

.
Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.

.
Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.

.
Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?

.
Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.

.
La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.

.
A son trapèze
Rrose
Sélavy apaise la détresse des déesses.

.
Les vestales de la
Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô
Pétales !

.
Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?

.
Dans le pays de
Rrose
Sélavy les mâles font la guerre sur la mer.
Les femelles ont la gale.

.
A tout miche, pesez
Ricord.

.
Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts?

.
L’argot de
Rrose
Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes?

.
Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.

lia
Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

m.
Je vis où ta vis, voyou dont k visage est le charme des voyages.

.
Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.

.
Connaissez-vous la jolie faune de la folie? —
Elle est jaune.

.
Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots?

.
La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié?

.
Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long?

.
Qu’en pensent les cocus?

Recette culinaire : plutôt que
Madeleine l’apotro-phage, femmes! imitez la vierge cornivore.

.
Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps, quand éteindrez-vous les flambeaux?

.
Prométhée moi l’amour!

.
O ris cocher des flots!
Auriç, hochet des flots au ricochet des flots.

.
L’espèce des folles aime les fioles et les pièces fausses.

Définition de la poésie pour :

.
Louis
Aragon :
A la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.

.
Benjamin
Péret :
Le ventre de chair est un centre de vair.

.
Tristan
Tzara :
Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de ! v^^
I ?
Qu’en dis-tu, ver de terre?

.
Max
Emst :
La boule rouge bouge et roule.

.
Max
Morise :
A figue dolente, digue affolante.

.
Georges
Aurie :
La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées?

.
Philippe
Soupaidt :
Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.

.
Roger
Vitrac :
Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant « allô » des poètes comme la lune.

.
Georges
Limbour ;
Pour les
Normands le
Nord ment.

.
Francis
Picabia :
Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête,
Rrose
Sélavy?

.
Marcel
Ducliamp :
Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc.
Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant?

.
G. de
Chirico :
Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.

.
Quand donc appellerez-vous
Prétéritions,
Paul Éluard, les
Répétitions?

*-
O laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.

.
Fleuves! portez au
Mont-de-Piété les miettes de pont.


Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.

.
Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.

.
Dans le silence des cimes,
Rrose
Sélavy regarde en riant la science qui lime.

.
Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.

.
Femmes! faux chevaux sous vos cheveux de feu.

.
Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la
France.

.
De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines?

.
La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.

.
Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde
Alan
Ray.

.
Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la
Seine.

.
A cœur payant un rien vaut cible.

.
Plus fait violeur que doux sens.

.
Jeux de mots jets mous.

.
Aimable souvent est sable mouvant.

Robert Desnos

ET SI TU M’ES POULSAIS ?


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ET SI TU M’ES POULSAIS ?

Dans l’étouffoir n’arrivent plus à faire trois p’tits tours

pourquoi sans fantaisie

ce Samedi reste-t-il collé aux autres jours de la s’maine ?

LA DAME PAVOT NOUVELLE ÉPOUSÉE

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La dame pavot nouvelle épousée
a demandé à son mari

Quelle est l’année?

Quel est le mois?

Quelle est la semaine?

Quel est le jour?

Quelle est l’heure?

Et son mari a répondu


Nous sommes en l’an

nous sommes au mois de
Juillobre

semaine des quatre jeudis _

jour de gloire

midi sonné

Belle année, agréable mois,

charmante semaine, jour merveilleux

Heure délicieuse

 

Robert Desnos

 

 

 

Oh oui

Vivre ensemble

tout a une figure de survie

te répondis-je en empruntant tes paroles…

Niala-Loisobleu – 8 Août 2020

 

CHANSON DU JOUR ET DE LA SUIVANTE NUIT


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CHANSON DU JOUR ET DE LA SUIVANTE NUIT

Ils se rencontrent à minuit

Ils s’embrassent en silence

Ils s’étreignent jusqu’au matin

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Ils échangent les fleurs d’amour

Ils échangent les herbes odorantes

L’estragon du rêve et le cerfeuil de la tendresse

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Et puis ils cassent leurs verres vides
Sur les bouteilles qu’ils vidèrent
Et vident encore d’autres bouteilles

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Et puis ils dorment avec fureur

Les lèvres ensanglantées lui du sang d’elle

Elle de son sang à lui

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Ils se rencontrent à minuit

Les lèvres ensanglantées lui du sang d’elle

Et vident encore d’autres bouteilles

Ils s’embrassent en silence

Ils échangent des herbes odorantes

Et puis ils cassent leurs verres vides

Tout le jour passe et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

Celle-là qui fit cette chanson

N’est pas prête à casser son verre

Son verre est toujours plein toujours pleine sa bouteille

Et qui donc qui lui remplit le verre et la bouteille?

Celui-là qui change chaque jour la forme des étoiles,

Un cœur battant solide sous un sein frémissant

Frémissant tout le jour et la suivante nuit

Et le jour suivant tout pareil

Le jour au jour et la nuit à la nuit

 

Robert Desnos

LE POISSON SANS-SOUCI


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LE POISSON SANS-SOUCI

Le poisson sans-souci
Vous dit bonjour vous dit bonsoir
Ah! qu’il est doux qu’il est poli
Le poisson sans-souci.

Il ne craint pas le mois d’avril
Et c’est tant pis pour le pêcheur
Adieu l’appât adieu le fil
Et le poisson cuit dans le beurre.

Quand il prend son apéritif

à
Conflans
Suresnes ou
Charenton

Les remorqueurs brûlant le charbon de
Cardiff

Ne dérangeraient pas ce buveur de bon ton.

Car il a voyagé dans des tuyaux de plomb
Avant de s’endormir sur des pierres d’évier
Où l’eau des robinets chante pour le bercer
Car il a voyagé aussi dans des flacons
Que les courants portaient vers des rives désertes
Avec l’adieu d’un naufragé à ses amis.

Le poisson sans-souci

Qui dit bonjour qui dit bonsoir

Ah! qu’il est doux et poli

Le poisson sans-souci

Le souci sans souci

Le
Poissy sans
Soissons

Le saucisson sans poids

Le poisson sans-souci.

 

Robert Desnos