PAR LA ROUTE QUI VA SANS SE TROMPER D’ADRESSE


PAR LA ROUTE QUI VA SANS SE TROMPER D’ADRESSE

L’aile estivale sans suivre le Bison autrement qu’à la corne d’abondance, un rouge et la file des vacances quittés dès le départ.

J’ai sorti l’antenne de bout-sol pour arriver à bon pore sans me tromper d’adresse

Et chemin faisant l’Hélène d’un Cadou de mariage revenant

mon corps agite sa danse en mille bornes, à chaque étape la St-Jacques donnant le gîte en sa coquille

Je ne résiste pas à l’attire anse et mouille le doigt au bon vent en rebranchant la Cinquième Saison au G.P.S.

LA CINQUIEME SAISON – RENE GUY CADOU

‘il faut nommer le ciel je commence par toi 

Je reconnais tes mains à la forme du toit 

L’été je dors dans la grange de tes épaules 

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang 

Le rideau de ta chevelure qui descend 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes 

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts 

Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines 

On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine 

En hiver tu secoues la neige de ton front 

Tu es la tache lumineuse du plafond 

Et je ferme au-delà des mers le paysage 

Avec les hautes falaises de ton visage 

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux 

Lentement le soleil s’est approché de nous. 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison 

La fleur la branche et l’aile au bord de la maison 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d’une caresse. 

Et quand j’arrive tous ces mots qui descendent de ta chemise disent crument que le soleil qui brille là et sans ombre aucune.

Niala-Loisobleu – 18 Juillet 2021

TESTAMENT – Texte de René Guy Cadou (1920-1951)  /  Musique de Marc Robine


TESTAMENT

Texte de René Guy Cadou (1920-1951)  Musique de Marc Robine

Dans le temps de ma vie
Je vous ai tout donné.
Sur mes mains, sur mon sang,
Je vous ai promené.

Pour vous plaire, j’ai dû
Me soulever du monde,
Eloigner mes poumons
Des cryptes enfumées,

Reprendre au jour nouveau
Son butin de solfège,
Et ses vitraux couverts
De graffiti, de neige

Peu d’années ont suffi
Pour voiler mon regard.
J’ai pâli, j’ai vieilli,
Mon coeur a fait sa part.

Dans la mansarde bleue
Qui me gardait des branches
J’ai vu mon front s’ouvrir
Sous une étoile blanche.

Que voulez-vous de moi,
Maintenant que je n’ai
Pas même, pour saluer,
La grâce des poneys?

Dans le cirque des mots
J’ai trop fait de voltige,
Trop d’oiseaux sont venus
S’appuyer à ma tige.

Je ne puis rien pour vous,
Pas même vous soumettre
A la lumière, au vent,
Au dernier kilomètre.

QUATRE POÈMES D’AMOUR À HÉLÈNE de René-Guy Cadou


QUATRE POÈMES D’AMOUR À HÉLÈNE de René-Guy Cadou

Quatre poèmes d’amour à Hélène

                  I

Comme un fleuve s’est mis
À aimer son voyage
Un jour tu t’es trouvée
Dévêtue dans mes bras

Et je n’ai plus songé
Qu’à te couvrir de feuilles
De mains nues et de feuilles
Pour que tu n’aies point froid

Car t’aimais-je autrement
Qu’à travers tes eaux vives
Corps de femme un instant
Suspendu à mes doigts

Et pouvais-je poser
Sur tant de pierres chaudes
Un regard qui n’aurait
Été que du désir ?

Vierge tu réponds mieux
À l’obscure sentence
Que mon coeur fait peser
Doucement sur ton coeur

Et si j’ai le tourment
De ta métamorphose
C’est qu’il me faut aimer
Ton amour avant toi.

               II

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

                              III

Les chevaux de l’amour me parlent de rencontres
Qu’ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D’un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n’attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n’être
Qu’une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité.

                            IV

Derrière les rideaux et l’épaisseur du temps
Sans toi comme les nuits sont froides mon enfant

Le sommeil et la rue sont pleins de gens d’hôtel
Qui parlent haut et brisent tout quand je t’appelle

Et je t’appelle malgré tout et je sais bien
Que dans ces battements de cœur tu me reviens

Que tu recrées de douces mains à ton usage
Et que le vent léger rallume ton visage

Afin que je le voie dans l’épaisseur du temps
Comme une flamme toujours vive mon enfant.

René-Guy CADOU, Quatre poèmes d’amour à Hélène, (Hélène ou le règne végétal, 1945)

René Guy Cadou – A chaque vie d’être vécue (1951)


René Guy Cadou – A chaque vie d’être vécue (1951)

Devant cet arbre immense et calme
Tellement sûr de son amour
Devant cet homme qui regarde
Ses mains voltiger tout autour
De sa maison et de sa femme

Devant la mer et ses calèches
Devant le ciel épaule nue
Devant le mur devant l’affiche
Devant cette tombe encor fraîche

Devant tous ceux qui se réveillent
Devant tous ceux qui vont mourir
Devant la porte grande ouverte
A la lumière et à la peur

Devant Dieu et devant les hommes
A chaque vie d’être vécue.

LA SOLITUDE – RENE GUY CADOU


LA SOLITUDE – RENE GUY CADOU

Avec une feuille tombée
Avec le trop plein d’un seau
Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors
Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve
Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire
Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt
Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René-Guy CADOU, Les sept péchés capitaux, 1949)

L’ENFANT PRECOCE


L’ENFANT PRECOCE



Une lampe naquit sous la mer
Un oiseau chanta
Alors dans un village reculé
Une petite fille se mit à écrire
Pour elle seule
Le plus beau poème
Elle n’avait pas appris l’orthographe
Elle dessinait dans le sable
Des locomotives
Et des wagons pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
Avec des majuscules enlacées et des cœurs Elle ne disait rien de l’amour
Pour ne pas mentir
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
Elle appelait son chien doucement
Et disait
« Et maintenant cherche ta vie ».

René Guy Cadou

LA CINQUIEME SAISON- RENE GUY CADOU


LA CINQUIEME SAISON – RENE GUY CADOU

‘il faut nommer le ciel je commence par toi 

Je reconnais tes mains à la forme du toit 

L’été je dors dans la grange de tes épaules 

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang 

Le rideau de ta chevelure qui descend 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes 

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts 

Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines 

On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine 

En hiver tu secoues la neige de ton front 

Tu es la tache lumineuse du plafond 

Et je ferme au-delà des mers le paysage 

Avec les hautes falaises de ton visage 

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux 

Lentement le soleil s’est approché de nous. 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison 

La fleur la branche et l’aile au bord de la maison 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d’une caresse. 

L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)


L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent, c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge au caillou d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

(René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, Paris, Seghers 1952)