MAUVAIS ALOI


 

 

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MAUVAIS ALOI

 

Là maintenant, comme une chose normale, il fait chaud alors qu’il y a 1/4 d’heure j’avais froid. Je m’y reconnu, mais il me fallut soulever la branche morte dont on avait habillé le chemin de  mon départ vers toi. Le dos peut faire mal d’yeux qui brûlent.

Les faussaires s’en prendraient-ils au tant ?

 

Niala-Loisobleu – 10/09/19

 

 

LE MARTEAU SANS MAÎTRE


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LE MARTEAU SANS MAÎTRE

Je tire le matin

il m’a semblé entendre un soupir

venu de la toile prise encore endormie

Cette fraîcheur passe en courant d’air

de la Chaume au jardin par la blancheur d’un Titane

 

La vase sur la peau des reins, le gravier sur le nerf optique, tolérance et contenance. Absolue aridité, tu as absorbé toute la mémoire individuelle en la traversant. Tu t’es établie dans le voisinage des fontaines, autour de la couque, ce guêpier. Tu rumines. Tu t’orientes. Souveraine et mère d’un grand muet, l’homme te voit dans son rasoir, la compensation de sa disgrâce, d’une dynastie essentielle. 

René Char (Le marteau sans Mâitre)

La peau de lin sous ma main parle du soir interrompu, elle va au retour de l’histoire à suivre,  ce que j’entend au bout de mes doigts gauches est le pouls du tambour néandertal inscrit vivant dans la pierre. Il me parle, s’insinue, glisse, tout ondule, la raideur de la pensée s’assouplit, dis-moi ce que j’ignore. Appel, appel,  appel…D’où veniez-vous, où êtes-vous partis ?

Niala-Loisobleu – 30 Juin 2019

 

 

 

NOUS AVONS


René Char

 

NOUS AVONS

 

Notre parole, en archipel, vous offre, après la douleur et le désastre, des fraises qu’elle rapporte des landes de la mort, ainsi que ses doigts chauds de les avoir
cherchées.

Tyrannies sans delta. que midi jamais n’illumine, pour vous nous sommes le jour vieilli; mais vous ignorez que nous sommes aussi l’œil vorace, bien que voilé, de l’origine.

Faire un poème, c’est prendre possession d’un au-delà nuptial qui se trouve bien dans cette vie, très rattaché à elle, et cependant à proximité des urnes de
la mort.

Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes et dans l’orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour
nous.

Si l’angoisse qui nous évide abandonnait sa grotte glacée, si l’amante dans notre cœur arrêtait la pluie de fourmis, le Chant reprendrait.

Dans le chaos d’une avalanche, deux pierres s’épou-sant au bond purent s’aimer nues dans l’espace. L’eau de neige qui les engloutit s’étonna de leur mousse ardente.

L’homme fut sûrement le vœu le plus fou des ténèbres; c’est pourquoi nous sommes ténébreux, envieux et fous sous le puissant soleil.

Une terre qui était belle a commencé son agonie, sous le regard de ses sœurs voltigeantes, en présence de ses fils insensés.

*

Nous avons en nous d’immenses étendues que nous n’arriverons jamais à talonner; mais elles sont utiles à l’âpreté de nos climats, propices à notre éveil comme
à nos perditions.

Comment rejeter dans les ténèbres notre cœur antérieur et son droit de retour?

La poésie est ce fruit que nous serrons, mûri, avec liesse, dans notre main au même moment qu’il nous apparaît, d’avenir incertain, sur la tige givrée, dans le calice
de la fleur.

Poésie, unique montée des hommes, que le soleil des morts ne peut assombrir dans l’infini parfait et burlesque.

Un mystère plus fort que leur malédiction innocentant leur cœur, ils plantèrent un arbre dans le Temps, s’endormirent au pied, et le Temps se fit aimant.

René Char

 

 

A la vérité, je choisis ce Char limpide à l’adresse d’égarés (ées) mais la vérité ne change rien à l’idée que l’on donne à ceux qui s’en font une de nous et qui n’a rien à voir avec ce que nous décidons d’être en tout état de cause. Les obstinés (ées) qui ne veulent que comprendre leur idée et la suivre à côté peuvent menacer, rien ne change au fait que nous savons que toute incurie ne mène à rien. Je ne fais rien sur ordre et sous pression quelconque, je fais de ma propre initiative.

Niala-Loisobleu – 23/06/19

L’ALLÉGRESSE


René Char

 

L’ALLÉGRESSE

 

Les nuages sont dans les rivières, les torrents parcourent le ciel.
Sans saisie les journées montent en graine, meurent en herbe.
Le temps de la famine et celui de la moisson, l’un sous l’autre dans l’air haillonneux, ont effacé leur différence.
Ils filent ensemble, ils bivaquent!
Comment la peur serait-elle distincte de l’espoir, passant raviné? 11 n’y a plus de seuil aux maisons, de fumée aux clairières.
Est tombé au gouffre le désir de chaleur — et ce peu d’obscurité dans notre dos où s’inquiétait la primevère dès qu’épiait l’avenir.

Pont sur la route des invasions, mentant au vainqueur, exorable au défait.
Saurons-nous, sous le pied de la mort, si le cœur, ce gerbeur, ne doit pas précéder mais suivre?

René Char

ÊROS SUSPENDU


René Char

 

ÊROS SUSPENDU

 

La nuit avait couvert la moitié de son parcours.
L’amas des cieux allait à cette seconde tenir en entier dans mon regard.
Je te vis, la première et la seule, divine femelle dans les sphères bouleversées.
Je déchirai ta robe d’infini, te ramenai nue sur mon sol.
L’humus mobile de la terre fut partout.

Nous volons, disent tes servantes, dans l’espace cruel, — au chant de ma trompette rouge.

René Char

 

Coupés à la racine les poils sont là sur la table, sortis du pouls, ils gisent inertes hors de la chair de pool. L’écaille étoile le vernis . Par l’anneau fêlé une amarre a filé. A travers les failles la ligne de fond tressaille en fouettant la masse liquide de ses hameçons, sursauts vivants. La nacre du coquillage où la perle s’incruste, nielle l’ouvrage sans démordre. Dans les fougères couchées le vélo s’est relève pour monter à cheval, l’éclusier tourne le manège  à la manivelle. Une façade ouverte en ogives assemble les tessons de couleur dans des griffes de plomb pour se saisir de la verticale solaire. Les épiciers continuent d’éplucher les prix pour faire la soupe.

La glace me renvoie une vieille image.

Niala-Loisobleu – 11/04/19

ENTRE TIEN EMOI 58


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ENTRE TIEN EMOI 58

 

Une heureuse conjonction astrale où un débit venteux favorable laissant poindre la montagne au centre de la fenêtre je coinçais la porte avec le chien et vînt goûter la plénitude de fin de journée dans cette vue imprenable. La paix en brassées, voilà le ressenti que rien ne contenait en rationnement. Laisser de côté les coureurs de dot baratiner l’Europe ça calme la tension.

 

AIGUEVIVE

René Char

La reculée aux sources : devant les arbustes épineux, sur un couloir d’air frais, un blâme-barrière arrête l’assoiffé. Les eaux des mécénats printaniers
et l’empreinte du visage provident vaguent, distantes, par l’impraticable delta.

Revers des sources : pays d’amont, pays sans biens, hôte pelé, je roule ma chance vers vous. M’étant trop peu soucié d’elle, elle irriguait, besogne plane, le jardin de vos
ennemis. La faute est levée.

René Char

 

Le soleil de ta voix était entré dans l’haleine de ce jour chômé où j’eus un désir manuel sans doute en raison d’une envie me poursuivant depuis plusieurs jours. Les préparatifs d’exposition sont somme toutes trop absorbants. Je sens mon besoin bâtisseur tiré sur un chantier ayant un impératif de délai. Le temps n’est pas toujours à repousser. Le chien vient de lever un oeil, je l’ôte de son rôle de cale-porte, il sourit, je le connais il déteste le sucre et les mouvements de dressage quI les accompagnent, mais ma main dans le tour d’oreilles, ça c’est autre chose.

Niala-Loisobleu – 07/04/19

 

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René Char Fragment XXXIX tiré de Partage formel in Seuls demeurent (1938-1944)


Photographie © Odile d'Harnois

René Char

Fragment XXXIX tiré de Partage formel in Seuls demeurent (1938-1944)

   Au seuil de la pesanteur, le poète comme l’araignée construit sa route dans le ciel. En partie caché à lui-même, il apparaît aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe, mortellement visible.

Photographie © Odile d’Harnois