LES TOURS ST-JACQUES – COGNAC – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 92X73


LES TOURS ST-JACQUES

COGNAC

NIALA 2021

ACRYLIQUE S/TOILE 92X73

J’ai réalisé cette oeuvre pour participer au

projet culturel de la Ville de Cognac

qui se tiendra en Septembre 2021

sur les quais de la Charente.

Niala – 11 Juin 2021

FEUILLETS D’ HYPNOS


René Char

FEUILLETS D’ HYPNOS

(fragments

L’intelligence avec l’ange, notre primordial souci. (Ange, ce qui, à l’intérieur de l’homme, tient à l’écart du compromis religieux, la parole du plus haut silence, la
signification qui ne s’évalue pas.
Accordeur de poumons qui dore les grappes vitaminées de l’impossible.
Connaît le sang, ignore le céleste.
Ange : la bougie qui se penche au nord du cœur.)

Vous serez une part de la saveur du fruit.

Amis, la neige attend la neige pour un travail simple et pur, à la limite de l’air et de la terre.

L’acte est vierge même répété.

Le poème est ascension furieuse ; la poésie, le jeu des berges arides.

Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé.

Notre héritage n’est précédé d’aucun testament.

On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant.

Agir en primitif et prévoir en stratège.

Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels la vie sataniquement donne l’illusion de la santé.
Pourquoi •>
Pour dépenser la vie et railler la santé ?

(Je dois combattre mon penchant pour ce genre de pessimisme atonique, héritage intellectuel…).

René Char

Ma pensée particulière pour nos enfants en ce jour de Fête des Mères, que notre santé n’intéresse aucunement mais doivent aujourd’hui se dire on approche de l’héritage…

N-L

Le nœud noir – René Char


Le nœud noir – René Char

Je me redis, Beauté,ce que je sais déjà,
Beauté mâchurée
d’excréments, de brisures,
tu es mon amoureuse,
je suis ton désirant.
Le pain que nous cuisons
dans les nuits avenantes,
tel un vieux roi s’avance
en ouvrant ses deux bras.

Allons de toutes parts,
le rire dans nos mains,
jamais isolément.
Corbeille aux coins tortus,
nous offrons tes ressources.
Nous avons du marteau
la langue aventureuse.
Nous sommes des croyants
pour chemins muletiers.
Moins la clarté se courbe,
plus le roseau se troue
sous les doigts pressentis.

René Char

LA BIBLIOTHEQUE EST EN FEU


René Char

LA BIBLIOTHEQUE EST EN FEU

Par la bouche de ce canon il neige. C’était l’enfer dans notre tête. Au même moment c’est le printemps au bout de nos doigts. C’est la foulée de nouveau permise, la terre en
amour, les herbes exubérantes.

L’esprit aussi, comme toute chose, a tremblé.

L’aigle est au futur.

Toute action qui engage l’âme, quand bien même celle-ci en serait ignorante, aura pour épilogue un repentir ou un chagrin. Il faut y consentir.

Comment me vint l’écriture? Comme un duvet d’oiseau sur ma vitre, en hiver. Aussitôt s’éleva dans l’âtre une bataille de tisons qui n’a pas, encore à présent, pris
fin.

Soyeuses villes du regard quotidien, insérées parmi d’autres villes, aux rues tracées par nous seuls, sous l’aile d’éclairs qui répondent à nos attentions.

Tout en nous ne devrait être qu’une fête joyeuse quand quelque chose que nous n’avons pas prévu, que nous n’éclairons pas, qui va parler à notre cœur, par ses
seuls moyens, s’accomplit.

Continuons à jeter nos coups de sonde, à parler à voix égale, par mots groupés, nous finirons par faire taire tous ces chiens, par obtenir qu’ils se confondent avec
l’herbage, nous surveillant d’un œil fumeux, tandis que le vent effacera leur dos.

L’éclair me dure.

Il n’y a que mon semblable, la compagne ou le compagnon, qui puisse m’éveiller de ma torpeur, déclencher la poésie, me lancer contre les limites du vieux désert afin que
j’en triomphe. Aucun autre. Ni cieux, ni terre privilégiée, ni choses dont on tressaille.

Torche, je ne valse qu’avec lui.

On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d’erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d’innocence aux premiers mots.

Dans le poème, chaque mot ou presque doit être employé dans son sens originel. Certains, se détachant, deviennent plurivalents. Il en est d’amnésiques. La constellation
du Solitaire est tendue.

La poésie me volera ma mort.

Pourquoi poème pulvérisé} Parce qu’au terme de son voyage vers le Pays, après l’obscurité pré-natale et la dureté terrestre, la finitude du poème est
lumière, apport de l’être à la vie.

Le poète ne retient pas ce qu’il découvre; l’ayant transcrit, le perd bientôt. En cela résident sa nouveauté, son infini et son péril.

Mon métier est un métier de pointe.

On naît avec les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux.

La terre qui reçoit la graine est triste. La graine qui va tant risquer est heureuse.

Il est une malédiction qui ne ressemble à aucune autre. Elle papillote dans une sorte de paresse, a une nature avenante, se compose un visage aux traits rassurants. Mais quel ressort,
passée la feinte, quelle course immédiate au but! Probablement, car l’ombre où elle échafaude est maligne, la région parfaitement secrète, elle se soustraira
à une appellation, s’esquivera toujours à temps. F.lle dessine dans le voile du ciel de quelques clairvoyants des paraboles assez effrayantes.

Livres sans mouvement. Mais livres qui s’introduisent avec souplesse dans nos jours, y poussent une plainte, ouvrent des bals.

Comment dire ma liberté, ma surprise, au terme de mille détours : il n’y a pas de fond, il n’y a pas de plafond.

Parfois la silhouette d’un jeune cheval, d’un enfant lointain, s’avance en éclaireur vers mon front et saute la barre de mon souci. Alors sous les arbres reparle la fontaine.

Nous désirons rester inconnus à la curiosité de celles qui nous aiment. Nous les aimons.

La lumière a un âge. La nuit n’en a pas. Mais quel fut l’instant de cette source entière?

Ne pas avoir plusieurs morts suspendues et comme enneigées. N’en avoir qu’une, de bon sable. Et sans résurrection.

Arrêtons-nous près des êtres qui peuvent se couper de leurs ressources, bien qu’il n’existe pour eux que peu ou pas de repli. L’attente leur creuse une insomnie vertigineuse. La
beauté leur pose un chapeau de fleurs.

Oiseaux qui confiez votre gracilité, votre sommeil périlleux à un ramas de roseaux, le froid venu, comme nous vous ressemblons!

J’admire les mains qui emplissent, et, pour apparier, pour joindre, le doigt qui refuse le dé.

Je m’avise parfois que le courant de notre existence est peu saisissable, puisque nous subissons non seulement sa faculté capricieuse, mais le facile mouvement des bras et des jambes qui
nous ferait aller là où nous serions heureux d’aller, sur la rive convoitée, à la rencontre d’amours dont les différences nous enrichiraient, ce mouvement demeure
inaccompli, vite déclinant en image, comme un parfum en boule sur notre pensée.

Désir, désir qui sait, nous ne tirons avantage de nos ténèbres qu’à partir de quelques souverainetés véritables assorties d’invisibles flammes, d’invisibles
chaînes, qui, se révélant, pas après pas, nous font briller.

La beauté fait son lit sublime toute seule, étrangement bâtit sa renommée parmi les hommes, à côté d’eux mais à l’écart.

Semons les roseaux et cultivons la vigne sur les coteaux, au bord des plaies de notre esprit. Doigts cruels, mains précautionneuses, ce lieu facétieux est propice.

Celui qui invente, au contraire de celui qui découvre, n’ajoute aux choses, n’apporte aux êtres que des masques, des entre-deux, une bouillie de fer.

Enfin toute la vie, quand j’arrache la douceur de ta vérité amoureuse à ton profond!

Restez près du nuage. Veillez près de l’outil. Toute semence est détestée.

Bienfaisance des hommes certains matins stridents. Dans le fourmillement de l’air en délire, je monte, je m’enferme, insecte indévoré, suivi et poursuivant.

Face à ces eaux, de formes dures, où passent en bouquets éclatés toutes les fleurs de la montagne verte, les Heures épousent des dieux.

Frais soleil dont je suis la liane.

René Char

BUVEUSE


René Char

BUVEUSE

Pourquoi délivrer encore les mots de l’avenir de soi maintenant que toute parole vers le haut est bouche de fusée jappante, que le cœur de ce qui respire est chute de
puanteur

Afin de t’ecrier dans un souffle : « D’où venez-vous, buveuse, sœur aux ongles brûlés? Et qui contentez-vous ? Vous ne fûtes jamais au gîte parmi vos
épis. Ma faux le jure. Je ne vous dénoncerai pas, je vous précède.

René Char

CRIBLE


René Char

CRIBLE

Plus il comprend, plus il souffre. Plus il sait, plus il est déchiré. Mais sa lucidité est à la mesure de son chagrin et sa ténacité à celle de son
désespoir.

Le désir ne sème ni ne moissonne, ne succède qu’à lui et n’appartient qu’à lui. Il se désigne cependant comme le créancier absolu.

Jeunes, à la minute, vous seuls savez dire la vérité, en dessiner l’initial, l’imprévoyant sourire.

On ne contourne pas, on passe. On croit passer, on touche au terme. L’étendue de futur dont le cœur s’entourait s’est repliée.

Un murmure d’amour, un murmure de haine. Il ne se dérobait pas, s’enfonçant dans le dédale et l’invisibilité d’une âpre pauvreté, d’un secret martial, pour ne plus
les entendre.

Paresseusement s’effaçait de la corniche du toit la fable d’enfance de l’hirondelle successive.

René Char

LE VISAGE NUPTIAL


René Char

LE VISAGE NUPTIAL

À présent disparais, mon escorte, debout dans la distance ;

La douceur du nombre vient de se détruire.

Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices.

Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.

J’aime.

L’eau est lourde à un jour de la source.

La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton

front, dimension rassurée.
Et moi, semblable à toi,

Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom.
J’abats les vestiges,
Atteint, sain de clarté.

Ceinture de vapeur, multitude assouplie, diviseurs de la crainte,

touchez ma renaissance.
Parois de ma durée, je renonce à l’assistance

de ma largeur vénielle,
Je boise l’expédient du gîte, j’entrave la primeur des survies.
Embrasé de solitude foraine.
J’évoque la nage sur l’ombre de sa
Présence.

Le corps désert, hostile à son mélange, hier, était revenu

parlant noir.
Déclin, ne te ravise pas, tombe ta massue de transes,

aigre sommeil ;
Le décolleté diminue les ossements de ton exil,

de ton escrime ;
Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos ;
Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre
De voix vitreuses, de départs lapidés.

René Char

DANS LA MARCHE


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René Char

DANS LA MARCHE

Ces incessantes et phosphorescentes traînées de la mort sur soi que nous lisons dans les yeux de ceux qui nous aiment, sans désirer les leur dissimuler.

Faut-il distinguer entre une mort hideuse et une mort préparée de la main des génies? Entre une mort à visage de bête et une mort à visage de mort?

*

Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant.
Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée.

*

La poésie est à la fois parole et provocation silencieuse, désespérée de notre être-exigeant pour la venue d’une réalité qui sera sans concurrente.
Imputrescible celle-là. Impérissable, non; car elle court les dangers de tous. Mais la seule qui visiblement triomphe de la mort matérielle. Telle est la Beauté, la
Beauté hauturière, apparue dès les premiers temps de notre coeur, tantôt dérisoirement conscient, tantôt lumineusement averti.

Ce qui gonfle ma sympathie, ce que j’aime, me cause bientôt presque autant de souffrance que ce dont je me détourne, en résistant, dans le mystère de mon cœur :
apprêts voilés d’une larme.

La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine. Et toujours entre notre cœur éclaté et la cascade apparue.

Pour l’aurore, la disgrâce c’est le jour qui va venir; pour le crépuscule c’est la nuit qui engloutit. Il se trouva jadis des gens d’aurore. À cette heure de tombée,
peut-être, nous voici. Mais pourquoi huppés comme des alouettes?

René Char