DEUX FINS LAMBEAUX D’ÉTOILE


 

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DEUX FINS LAMBEAUX D’ÉTOILE

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Deux fins lambeaux d’étoile

deux cristaux de promesse

l’air pur et puis la nuit et puis et puis et puis

toute danse étreignant deux fins lambeaux d’étoiles

les ciseaux de lumière après la
Tour
Eiffel

et le printemps déjà qui déjà déjà luit

traînant sous ces arceaux un corps toujours revêche ce corps enfin s’adjoint ce corps qui l’avait fui la chair où court le sang la chair de toute nuit et les courbes marquant le
trajet des mains rêches

obscur mangeur de jour ces deux mains unité

la longueur d’un maintien la chaleur des deux paumes

tous les feux sont éteints il reste pour la nuit

la grande conjonction de l’herbe et de la pierre

 

Raymond Queneau

 

L’AUBE ÉVAPORE LE NOUVEAU-NÉ


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L’AUBE ÉVAPORE LE NOUVEAU-NÉ

Le calme désert allume le calumet de la paix

C’est un marathon en gésine

Un rossignol sur un cloaque

Du plan au point l’aviateur dessine l’Amérique à la clef

L’armure à la claque en bois

La crapule à la crapaudine

La crapaudine au crapouillot

Vole mère
Les natifs de cette région désossée

Où naquirent les fins mufles de la piscine

S’apprêtent à déserter la caserne sur pilotis

Par-dessus des plaies criantes des abîmes de malheur

Sept tamariniers croissent

Les hivers mécréants

Les nuits natatoires

Les dépêches élastiques

Pamphlet de la nature hétérodoxe

Le froid gèle les plantons de l’argent

Au crépuscule les salons se nouent en guirlande

Autour des journées alanguies

Par les chaleurs privées

Les citadins rentrent après les panoramas
Idéogrammes écrits par des entités plus mouvantes Écluse des éclats de cerveaux
Le hasard plane sur les prisons décoratives
Où l’on voit gravés les sept phantasmes des injures navigables et les huit sommeils de la potasse caustique
Le jour en porcelaine promenade
Salubre

Sur les pentes de l’analogie
Se brisent muettes trois sphères irisées
Danseuses et mendiantes
Fleurs spécieuses aux doigts joints
Les mots qui se passaient des ombres de réalité
Moururent
En expirant révélèrent leurs pères
Purs ils se sont ternis dans 3 marches rapides
Pour vivre ils se sont faits ouvriers ou boxeurs
Dans les plaines qu’habitent les êtres étoiles au centre magnétique et les arbres dont le feuillage est semblable aux poumons d’animaux exposés dans les boucheries
Les pastels de la vue apprirent à marcher
Leurs maîtres méditaient dos plantes irréelles
Qui portaient aux oiseaux les lois et les décrets
Les assassins attendent la venue des pères du langage
Un cosaque à fond de pantalon en cuir les guide
Sur les maisons où les horizons ahuris se lavent le» doigts en silence quatre princes

Attendent la sortie des cinémas

Cartilages dévastés braise des plaisirs

La foire des trésors à venir

S’est ouverte entre deux murs d’antimoine

Les quatre princes sont morts

Trente-six chirurgiens disposent au fond de leur cercueil des journaux métalliques et des bouteilles de stout

D’eau teintée la vie meurt auprès des sources

Qui languissent par le vol des oies

Pervenches des roseaux la nuit la gare

Garde étoilée étoffée de splendeur

Les épices enveloppées de manteaux caprices

Des buissons combattent avec courage

Crépitement des noires étincelles aux poudreries des

navires échappés
Place aux coffre-forts usagés meurtres des doigts

anciens
Jaguars cachés derrière les arbres de la rive
A quoi bon nager entre deux temps
Les immigrés fangeux les mégères croupissantes
Menstrues asphyxiées océaniques
Le sarcome s’effiloche

La vérole auréolée sur la guimbarde ou le fiacre
Présente à
Euler la division du fluor du brome et de

l’iode
Poinçon de l’ouvroir surcharge de l’ovaire
Les papiers de
Chine à six étages de six mille mètres

les séparent des plombs sordides où mugissent les

veaux lassés lancés à bout de bras par un boiteux implicite

A l’annonce de la-maturation de la lavande
Il s’élance

Plane et atterrit sur un baldaquin où la mort l’attend
L amour latent

 

Raymond Queneau

FABLE


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FABLE

Un affreux chat z-en casquette

courait après les souris

Un affreux rat z-en liquetto

grignotait du riz et du riz

Auquel des deux la grande ohance?

Rasés de frais et mis en plis

ces deux bestioles sans souffrance

se transformèrent en dandys

Enfants apprenez cette fable

sa morale et sa conclusion

Le coiffeur être formidable

a toujours et toujours incontestablement raison

Adieu ma terre ronde adieu mes arbres verts je m’en vais dans la tombe dire bonjour aux vers — tout poète à la ronde peut saboter un vers moi j’éteins la calbombe et m’en
vais boire un verre

Bien placés bien choisis

quelques mots font une poésie

les mots il suffit qu’on les aime

pour écrire un poème

on sait pas toujours ce qu’on dit

lorsque naît la poésie

faut ensuite rechercher le thème

pour intituler le poème

mais d’autres fois on pleure on rit

en écrivant la poésie

ça a toujours kékchose d’extrême

un poème

Nos noms nos mots nos herbes sèchent en un vocabulaire que lèche un veau qui a bu la prairie nos airs nos béhémoths nos monts épais légers ou lourds mais verts
tandis que grisonne l’affiche à la mairie que toujours embuent les haines des morts et que le soleil dans les narines du gnomon insuffle la nature du haut cresson à travers quoi
courent haletants les zèbres à la parole ailée à la patte d’oseille depuis toujours par la rousse baptisés pour figurer là-bas en bas du dictionnaire

nos noms nos mots et nos malherbes

Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit

[poème
Tiens en voilà justement un qui passe
Petit petit petit viens ici que je t’enfile sur le fil du collier de mes autres poèmes viens ici que je t’entube dans le comprimé de mes œuvres complètes viens ici que je
t’enpapouète et que je t’enrime et que je t’enrythme et que je t’enlyre et que je t’enpégase et que je t’enverse et que je t’enprose

L’encrier noir au clair de lune l’encrier noir au clair de lune au clair de la lune un encrier noir au clair de la lune un encrier noir au pauvre poète a prêté sa plume au pauvre
poète a prêté sa plume il fait un peu frais ce soir au clair de la lune un encrier noir sur le papier blanc a couru la plume

la plume a couru zen petits traits noirs une lune blanche un sombre encrier sont les père et mère de ce nouveau-né une lune blanche un sombre encrier

Raymond Queneau

NAMARISHA – LE REPAS RIDICULE


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NAMARISHA – LE REPAS RIDICULE

 

Comment faut-il te le dire ,

Je ne veux pas plus t’entendre que te voir

Namarisha

Et dire que les femmes sont victimes du harcèlement des hommes….quelle pitoyable imposture…

Ne te réabonne pas au fur et à mesure que je te supprime !

Niala-Loisobleu – 25 Mai 2018

 

Une fois n’est pas coutume : allons au restaurant nous payer du caviar et des ptits ortolans

Consultons le journal à la rubrique esbrouffe révélant le bon coin où pour pas cher on bouffe

Nous irons à çui-ci, nous irons à çui-là

mais y a des objections : l’un aimm ci, l’autre aimm ça

Je propose : engouffrons notre appétit peu mince au bistrot le troisième après la rue
Huyghens

Tous d’accord remontons le boulevard
Raspail jusqu’aux bars où l’on suss la mouss avec des pailles

Hans
William
Vladimir et
Jean-Jacques
Dupont avalent goulûment de la bière en ballon

Avec ces chers amis d’un pas moins assuré nous trouverons enfin le ptit endroit rêvé

Les couteaux y sont mous les nappes y sont sales te serveuse sans fards parfume toutt la salle

Le patron — un gourmet ! vous fait prendre — c’est fou du pipi pour du vin et pour du foi’ du mou

La patronne a du cran et rince les sardines avec une huile qui fut huile dparaffîne

La carne nous amène un rôti d’aspect dur orné concentricment do légumes impurs

Elle vous proposera les miettes gluantes d’une tête de veau que connurent les lentes

Elle proposera les panards englués

d’un porc qui négligea toujours do les laver

Peut-ôtre qu’un produit à l’état naturel échappra-z-aux méfaits dla putréfiantt femelle

«
Voici ma belle enfant un petit nerf do bœuf que vous ulilizrcz pour casser tous vos coufs »

De l’omelette jaune où nage lo persil elle fera-z-hélas un morceau d’anthraci

Ce bon charbon croquant bien craquant sous la dont se blanchira d’un sel sous la dent bien crissant

Plutôt que de noircir un intestin qui grêle nous dévorerons la simili-porcelaine

L’hôtesse nous voyant grignoter son ménage écaillera les murs de l’ampleur de sa rage

Alors avalerons fourchettes et couteaux avant d’avec vitesse enfiler nos manteaux

Fuyards nous galoprons dans la rue où ça neige sans peur de déchirer la couturr de nos grèges

Nous retournant au bout de cinquante ou cent mètres nous verrons le souillon jouer au gazomètre

et nous péter au nez ses infâmes insultes

— patronne de bistrot, empoisonneuse occulte.

Raymond Queneau