FEERIES (Extrait) par SOPHIE LOIZEAU


alors elle peint au sable un ange vigoureux elle met en branle

un chant

– les levures vont se nourrir de toi de ton sucre… pas

si je pointe mes stigmates pour accueillir ton pollen c’est ça

le vent se lève il est l’antidote

Thot écoute car par la douce absurdité du chant il se redresse

– tes nutriments ne sont pas pour les champignons jaunes

de la forêt

ils sont pour moi.

Sophie Loizeau

JEU DE MIROIR


JEU DE MIROIR

Cette nouvelle lune-là pour moi n’est pas Vierge

elle porte mon ventre où qu’elle aille

docile ou sauvage

paisible ou prompte à sauter les rivières

Avant que les chaleurs du désordre climatique ne s’emparent de la prairie qui surplombe la côte

allons boire les vagues du désir de vivre

L’itinéraire ne sera pas gâté par l’alouette

quelque soit le côté abordé

l’herbe est rosée du champignon chantant la vie

Niala-Loisobleu – 7 Septembre 2021

SORTIE DE BAIN


SORTIE DE BAIN

Paume de douche ouvrant le peignoir

le chant de la fontaine prend patio sous le nombril des balcons

sortent de la coulisse les coups répétés du gendarme

Côté-cour comme côté-jardin

le pied se trempe en scène

sans se priver l’oeil d’un j’ton sur le décor des formes qui ondulent

c’est l’égal

dit l’home de loi

après avoir vérifié le bon fonctionnement des feux arrières

Niala-Loisobleu

6 Septembre 2021

CES MATINS QUI DEFIENT LE GRIS


CES MATINS QUI DEFIENT LE GRIS

A cette nuit qui s’accroche aux volets

faux-désespoir commun à l’errance quelque part en porte-drapeau

je lave l’ombre du chemin

seul peut-être mais certain de ne pas grossir la dérive de brailleurs de maux

Abandonner le tant comme l’animal qu’on jette pour se libérer du temps libre

hérésie noire qui se secoue en rave par bravade

Faire blanchir le galet du levé des vagues sans se cacher de son devoir civique au sein d’un tintamarre sourd à la raison

je pars joyeux sur l’axe du rayon

le cortège suivra son corps billard à la queue leu-leu

Vaut mieux parler avec une seule paire d’yeux que voir glisser des aveugles sur le raille

Bonjour Ma, piquons une tête…

Niala-Loisobleu – 3 Août 2021

LA METAMORPHOSE DES PROLEGOMENES


LA METAMORPHOSE DES PROLEGOMENES

Au tronc du cadre

l’oiseau pique à la vitre

un paysage choisi dans la carte des repas au jardin clair sous l’arbre

il revient des feuilles vives aux racines nerveuses

jour de merde embelli

la nappe du ciel déborde de fruits sucrés

l’abeille pompe

Le chien arrive triple-saut wouah wouah et avale la pluie l’oeil ravageur

Quand je suis passé par l’atelier la voix sur la palette m’a tiré pleine pulpe au noyau

l’enfant t’adressait la parole de ses mains tendues

j’ai pu tracer l’histoire du compotier

Vois, devant Bonnard

la lumière éclatante déborde plus loin que le cadre de la porte

Niala-Loisobleu – 4 Décembre 2020

INVENTE AIR


INVENTE AIR

Le froid s’est intensifié

j’ouvre grand les fenêtres pour renouveler l’air

Nabi

le mouvement postimpressionniste aspire a plus de clarté

Paul a quitté la France pour les Marquises

Sérusier verdit la ceinture de Paris

Edouard Vuillard pénètre à l’intérieur

et Bonnard chrome solaire d’un jaune la souricière des ténèbres

tout change

je précurse avec art

la Pleine-Lune de ce jour est déménageuse

laisse la mue aux vieilles-peaux et marche

la route est ouverte…

Niala-Loisobleu – 30 Novembre 2020

BONNARD DE PÊCHE  ou LE SAUVETAGE EN MERE


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BONNARD DE PÊCHE  ou LE SAUVETAGE EN MERE

 

A tenir d’écume le bond trouvé sous Pierre

quand traversant le vide involontaire de toi

à mains nues

du trident laissé à la criée

le trou  se combla de ton image poissonnière

Endroit rose  écaille

mouvant éventail

poisson-chat

et sans serviette

côte sauvage où les buffles arquant du dos remontent le sel aux greniers

pour mettre l’atelier en saumure

Il faut l’aider  à être capable d’affronter la traversée sèche au halage

la mer morte de trop de chaleur

 

Niala-Loisobleu – 11 Août 2020

 

 

 

 

HOMMENIBUS


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HOMMENIBUS

 

Inversement à la suite d’un côté à l’autre

sautillement des yeux

saute-mouton au devant des horizons de fenêtre

je te suis au pied du lit

lirette et tapis-volant

flairant ton chien de fusil personnel

à la trace

aussi bien quand tu fais des nouilles

que discutant en pas rangs d’élèves

Tes seins, le chevalet, ta main qui tape dans ma main

les toiles du Gardeur de troupeaux, des maisons dans l’espace, l’élevage du toro, le chien-assis, le chien debout, le chien courant, le chien aboyant, un coq aussi, des volées de cloches, rappelles-toi Barbara, enfin Brest il pleuvait ce jour-là et pour mémoire des meuhs et des trains à quai dans la gare

Hommenibus je m’arrête à toutes tes stations sans porter la croix

Le cheval fait son tour à vélo, il a toujours ton caillou dans la poche…

 

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2020

 

 

 

NOTRE DEMEURE


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NOTRE DEMEURE

Dame de près l’ombre chat sous ta main de peintre

joue
Tandis que l’âge crible la mienne drainant le derme

(et mince taie sur la pupille)
La paume de la nuit en sueur scintille sur la nuit

Une meule d’étoiles se rentre à l’horizon urbain
La lune fardée comme une
Japonaise
Approvisionne là l’immeuble de la nuit
Les feux du stade bordent notre alcôve

Une demande précautionneuse

Cherche ta voix
Que ta diction lente et courtoise exauce

Michel Deguy

DIMANCHE AVANT QUE


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DIMANCHE AVANT QUE

 

Tu as donné vie à mon oeil, un réveil voyageur qui dans une fraîcheur hospitalière m’a fait savourer  l’atmosphère. C’est encore l’heure où l’on peut sortir dans la rue pour regarder et entendre les vers d’un poète persécuté par un régime politique. L’entendre  dire l’amour avec la force d’un lance-pierre à feu pour la cigarette du condamné. La douleur silencieuse peut-être comme deux lèvres que le chirurgien n’arrive pas à suturer, elles coulent à sang sur un ciel et une mer dramatiquement bleus pour la blancheur des maisons perchées. La liberté de pouvoir aimer, tu sais de quoi je parle alors que les chemins s’encombrent. La table à repasser les tenues d’école prend bien de la place dans ce dernier jour avant la rentrée. Je fais les yeux fermés, ainsi je suis seul à pouvoir choisir ce qu’il me manque de voir. L’odeur arrive tout de suite après. l’ai le nez dans la cage d’escalier.

Niala-Loisobleu – 1er Septembre 2019