DE VIVE A VEUVE VOIX


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DE VIVE A VEUVE VOIX

 

Maintenant que le monde à sa fin s’achemine
Et que je vis parmi les ombres du passé
Mon vertige s’arrête aux yeux verts d’une ondine ou dans mon petit coin chez
Madame de C.

Mais comment m’esquiver?
Mais comment m’effacer?
Je crève de ferveur, je sanglote ma vie
Vivre de plus en plus dans un monde glacé
Jusqu’à n’avoir plus qu’une tombe pour amie?

L’homme cavalier seul sur un cheval sans bride
Reprend la navette entre
Jésus et
Vénus
Sous un ciel scintillant de mille feux torrides
D’être un homme est-ce donc si triste devenu?

L’image peinte aussi est une poétique
Qu’elle vise au reflet d’un rêve intemporel
Ou circule au milieu des oliviers tragiques
Paysan dont l’humour transcende le trivial?

Toujours la même porte ouverte sur
Byzance

La gravité zéro est mon point oméga:


Donne-moi tout la fleur le fruit et la semence! —

Jeunesse son verjus, vieillesse son verglas…

Paul Neuhuys

LA DORADILLE


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LA DORADILLE

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Pourquoi, pourquoi la
Doradille a-t-elle, a-t-elle des yeux qui brillent?

Elle qui dut vendre ses hardes pour payer dettes trop criardes

et qu’on surprit à mendier sous le rose amandier,

elle qui disait un peu partout: patience, la patience est tout…

pourquoi aujourd’hui s’écrie-t-elle: le tout est d’avoir l’étincelle!

Pourquoi, pourquoi la
Doradille a-t-elle, a-t-elle des yeux qui brillent?

Il lui arrive une chose affreuse:

Elle est heureuse, heureuse, heureuse…

 

Paul Neuhuys

OH HA PIS DAY !


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OH HA PIS DAY !

 

Les yeux en mi-sommeil entre la tasse, le café et ta merveilleuse image j’entre dans l’espace illimité de ce nouveau jour

Il pleut mais quel soleil !

COLIBRI

Colibri baise-fleurs héron héliophage poésie antiprose prose plus quelque chose

C’est fabre d’églantine corrigeant la bruyère: au lieu de dire il pleut dites il pleut bergère

Paul Neuhuys

 

Si le caddy amasse le mauvais des courses

mon cheval saute la haine, le fleuve des morts, l’ignorance

je ne garde que l’allégresse mesurée de la vache promenant sa peau à lait avec aisance

Un sans fosse pudeur, ma chair…

 

Niala-Loisobleu – 23 Mai 2020

 

PLUVIER


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PLUVIER

 

Un jour qu’il dut garder le gîte à cause d’une laryngite

Jef ne se trouva pas beau dans la glace du lavabo

Bouche amère cheveu rare œil atone teint bizarre

Où trouver vocable ad hoc dans
Vadé ou dans
Vidocq?

Laissons, dit-il, aux
Français la lutte pour le succès

Mille milliards de déficit

mon vieux, c’est beau comme le
Cid

mais le pluvier lècheur de brumes ne veut pas y laisser ses plumes

Par la morale de
Rainbow

que nos laideurs rendent si beau

bateau de
Rimbald j’en ai marre ivre de rompre ses amarres

et d’apostropher tous ceux les formalistes les tousseux

qui veulent faire de la vie une imbuvable parodie

c’est curieux disait
Isabelle où ça peut mener d’être belle

la pipeuse la cajole

bras arrondis lèvres folles

ah laisse-moi dans tes yeux lire à l’unisson notre délire

un vrai panneau publicitaire pour l’embarquement de
Cythère

que le soleil ce bourguignon en a rougi jusqu’au trognon!

Ce que femme veut nous disait
Charlotte c’est qu’on la dorlote un tout petit peu

Ce que veut
Charlotte répliquait
Rita c’est qu’on la carotte mais au bon endroit

Ainsi dans
Bruxelles rencontrai-je celle qu’aujourd’hui j’appelle ma putain pucelle

Si femme varie amie ennemie

c’est selon l’image humaine inhumaine

image fanée ou rassérénée

que frère
Dufrêne le doux schizophrène

de frotti-frotta en prêchi-prêcha

au gré des semaines des mois des années

s’est faite de la belle que voilà

Plus encore que
Tieck
Kleist est romantique

puisque c’est
I’ dimèche que sort le cortèche

pour que chant vin femme soient festin complet

il faut qu’un peu d’âme flotte encore après

sillage hasardeux d’un suicide à deux?

 

Paul Neuhuys

DEUX PEINTRES


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DEUX PEINTRES

Ces deux peintres ne pouvaient se souffrir et ne se rencontraient que pour s’échanger les plus grossières injures.
Parmi les plus cinglantes figuraient celles de krabber (griffonneur) et de klatcher (barbouilleur).
L’un avait l’air d’un boxeur hilare, l’autre avait le visage du cénobite émacié.

Faut-il sacrifier les couleurs aux formes pleines — négliger l’orgie chromatique pour la fermeté stricte du contour, dédaigner l’anecdote — et n’aboutir à la
narration non figurative que par la tache structurante?

Les deux peintres renouvelaient à plaisir cette querelle des
Universaux.
Gauguin, un maçon qui lutte contre l’épar-pillement des couleurs, ne peut que s’insurger contre la
Provence convulsive de
Vincent.

Barbouilleur de l’instinct
Griffonneur de l’intellect

la dispute tournait au dialogue de sourds

Les nèfles sont trop mûres

Vieil olivier tordu

L’humour est centre de gravité.

Paul Neuhuys

JAZZ-BAND


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JAZZ-BAND

Dans ce

salon

où l’on

danse j’arbore mon rire orchestre

des plantes

des lampes décor flamesque fausses amours gaieté d’emprunt

Un mastodonte auprès d’un colibri trouve le temps moins long
Les guêpes, les guêpes

Pick-pocket opérant à la faveur des jeux olympiques
Le pianiste tripotant et ventripotent
Un officier raconte ses frasques
Un ami me présente sa maîtresse un autre une cigarette
Le nègre saboule son banjo le rythme de mon pouls les cellules de mon cerveau je cherche un équilibre
Le calabrisme ou la cachucha.

Pendant un solo de hautbois un monsieur fait du remue-ménage
C’est un négociant en bois cela se lit sur son visage.

Un souvenir gracieux comme un parasol et l’âme, incane canéphore, frissonne toute en son entéléchie.

Le mur suinte

Les guêpes, les guêpes

Ce que j’ai?

LE
SPLEEN
CLOWN
DU
DANDY

J’ai sommeil

quel intérêt cela a-t-il?

Allons prendre l’air

mon rire claque comme un drapeau mouillé

 

Paul Neuhuys

 

TENTATION DE SAINT ANTOINE 60


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TENTATION DE SAINT ANTOINE 60

à Guy lmpériali

Un intérieur hétéroclite. Fauteuil dépenaillé, oiseaux empaillés. Dehors la rumeur de la grande ville: affiches lumineuses, rampes au néon, textes
publicitaires. Dans cette pyrotechnie de clameurs aiguës, Antoine, vêtu de bure, l’aspect lunaire, hélas, d’un solitaire.

Antoine. — 25 ans que j’habite ce désert.

Cris, flash. Un photographe bondit sur la scène. C’est Vincent, pantalon de velours et lavallière vieux jeu. Antoine est pris dans l’éblouissement du flash.

25 ans depuis mon avènement à la vie monastique.

Vincent. — Aussi avons-nous organisé une «surprise» en ton honneur! Un cocktail avec amuse-gueules. Il y aura la reine de Saba, Evelyne, ton ancien modèle dite Nelly
Bottine et Zenon. Zenon le raisonneur. Tu permets que je rassemble à cette occasion les documents photographiques indispensables?

ÂNTorNE. — Sur quoi, mon Dieu, sur quoi?

VINCENT. — Sur ton rayonnement intime, Antoine, sur ta résistance à la tentation. Tu es le saint qui s’est le mieux accommodé du diable.

Antoine. — Prenez les dix commandements à rebours et vous avez le diable.

VINCENT. — La ville est morte depuis que tu n’est plus là, Antoine. On n’attend plus que toi sur la Place du Tertre. Tous les copains…

ANTOINE (ironique). — Je suis devenu le sujet de prédilection des peintres, De Bekoring van Sint Antonius, même de ceux qui professent le mépris des aperceptions sensibles.
J’ai volé, j’ai forniqué, j’ai tué en peinture… Saint Antoine et son cochon dans la grotte des grotesques !

Ici un grognement.

Vincent. — Que veux-tu, la majorité des gens sont des crétins!

ANTOINE. — Nous sommes tous les échantillons d’une humanité plus ou moins caricaturale. Ne nous induis pas en tentation, donne à chacun sa vocation, dit la prière
dominicale.

Vincent. — Mais aujourd’hui, c’est la grande nouba, Antoine! Il y aura la reine de Saba. Un cocktail avec amuse-gueules, te dis-je, Evelyne et Zenon…

Antoine. — 25 ans que je me suis barricadé dans ce désert.

VINCENT. — 25 ans qu’on ne parle plus que de toi sur la place du Tertre, Antoine. C’est toi qui as orienté le théâtre…

Antoine. — …dans un monde tournant d’absurdes diableries.

Vincent. — Il existe de toi un opuscule:

Imagination plastique Erection maléfique Les objets qui se tordent dans un décor disloqué Antoine (méfiant). — Ce n’est pas vrai. J’ai tout

brûlé.

VINCENT. — Un exemplaire est resté entre les mains

d’Evelyne.

ANTOINE (s’emportant). — La garce! Dis-lui qu’elle me le rapporte, mille milliards de diables, ou je l’encu-curbite !

Vincent. — C’est grâce à Evelyne que tu es devenu le saint le plus en vogue, qui a le cochon pour totem.

Antoine. — Et après? Chaque peintre n’a-t-il pas son totem? animal, végéta], minéral? N’as-tu pas remarqué que tout visage humain est surchargé de
bestialité? Que d’hommes ont pour totem le lion, le tigre, le hibou, le renard, le morse, la grenouille. Que de femmes, la souris, la grue ou la chouette. J’en passe et des
meilleurs.

VINCENT. — Et tu rêves d’un théâtre tatoué comme un totem?

ANTOINE (soudain intéressé). — Le théâtre me tente beaucoup plus que le roman. Chaque scène est un petit tiroir où l’on peut glisser à sa guise tout ce
que l’on voudra. Mon théâtre pourrait s’appeler le théâtre du Tiroir…

VINCENT (satisfait). — Antoine n’est pas mort aux prestiges du théâtre. Viens retrouver dans Rome les enfants de volupté, à la manière dada…

ANTOINE. — Non, je suis l’homme qui a dit non à la vie mondaine.

VINCENT. — Après le dernier bateau, la nouvelle vague.

ANTOINE. — La vague la plus impétueuse se brise sur la vertu du roc.

VINCENT. — Antonin, rappelle-toi Dada, die beriimte kôchin von Bagdad, la diaspora disparue, un drolatique délire de microbe vierge.

ANTOINE. — L’arche de Noé est une construction dada.

Vincent. — Et Dalila, une petite claque sur les fesses de Dalila, la plus dada des Dalila…

ANTOINE (tenté). — Bossuet est certainement dada dans sa querelle avec Fénelon, lorsqu’il appelle la femme un os surnuméraire.

VINCENT. — Je m’en vais chercher la reine de Saba. Dada, marotte, idée fixe, cheval…

Exit Vincent.

ANTOINE (seul). —

Dada a bifurqué dans deux directions différentes: Surréalisme, Existentialisme.

Et voici qu’Antoine s’adresse maintenant directement à son cochon dont il caresse l’échiné:

L’art est toujours sacré lorsqu’il est efficace Espèce d’ignobe salaud d’assassin Y a pas de bon Dieu, la vie est dégueulasse et l’amour, tu le sais, est un tas de crottin

Une rame de papier pour écrire une strophe une rame de métro pour écrire un roman un roman long comme la rue La Fayette où tout adverbe ment interminablement

Difficulté du couple Eternelle maldonne Pour le petit fêtard du monde frelaté l’histoire se corsait d’un air de saxophone où sanglotait sa seule excuse d’exister

Retour de Vincent avec Balkis, la reine de Saba. C’est une belle grande fille, mais qui n’a rien des attributs d’une reine. Elle porte un sac à main qui contiendra sa tenue royale.

VINCENT. — Voici Balkis, majesté femelle devant qui nous n’avons plus qu’à faire comme la tour de Pise. nous incliner…

Balkis. — Bonjour, mon gentil petit anachorète, (confidentielle) tu sais, j’ai apporté en ton honneur ma robe d’or et ma couronne royale (elle montre son sac).

ANTOINE (haussant les épaules avec une grimace de mépris). — Arrière, impératrice des croulants.

Vincent. — Il faudrait persuader notre ami de reprendre ses anciennes activités.

(Balkis va s’asseoir sur les genoux d’Antoine.)

ANTOINE. — 25 ans que je n’ai plus touché une femme. Ça me fait l’effet de toucher un fil électrique. Aïe…

BALKIS. — Mon petit Antoine, rappelle-toi tes équipées dans le corps franc des courtisanes, ton amour des emmêlements fantastiques.

ANTOINE. — Non. La position prescrite pour la procréation est tellement indécente qu’elle fait ricaner les idiots.

Grognement du cochon.

Ici Balkis se déshabillera et la scène suivante se déroulera, sur un fond sonore harmonieux, à mesure qu’elle revêtira la robe d’or et ceindra le diadème
royal…

BALKIS. — Rappelle-toi notre bungalow.

ANTOINE. — C’était un bungalow isolé sous les arbres.

BALKIS. — Voici que te reprend l’allure alexandrine.

ANTOINE. — Fille de haute mer, hagarde et dénudée.

BALKIS. — Vous savez bien qu’Eros brûle l’enfant rebelle.

ANTOINE. — Quel piège de créer de semblables merveilles.

BALKIS. — 11 faut braquer sa vie sur un seul objectif.

ANTOINE. — Triste qu’un si beau corps doive pourrir sous terre.

Balkis. — Tu vois bien que nous nous entendions comme A plus B.

ANTOINE. — Non, non, non, la femme est une en-

J’ai beau mélanger de la cendre à ma farine de sauterelles Rien de tel que le désert pour changer l’eau en vin Mais voilà qu’un vent brûlant souffle sur ma cahute Sur
quel mirage s’est-elle encore entrouverte? sur quel potager charnu? Un vent vibrant de vivante vérité Rien de plus suggestif et de plus évocateur que le Sahara dans sa robe de
plissé soleil Comme saint Ex. j’aurai beaucoup aimé le Sahara Ce n’est pas mon cochon qui me contredira

Ici au grognement se substituera insensiblement le

bruit d’un moteur d’avion. Qu’est-ce que ce bourdonnement derrière la toile de fond? Un météore traverse le ciel Le péché se fabrique aujourd’hui dans les bureaux

[industriels

Le voilà qui fonce sur ma cahute, se pose comme un

[sphinx

sur le sable torride. Qui sort de ses flancs? Léviathan.

Léviathan saute sur scène. Un faux air de Méphisto

en plus up to date. Léviathan, absence de Dieu, que me veux-tu?

Leviathan. — Une relation succincte de ton voyage dans la ville des sept péchés avec la palette des sept couleurs.

ANTOINE. — Vais-je me laisser assiéger par une légion de démons étrangers?

LEVIATHAN. — Tout notre équipement est à ta disposition. Voici mon carnet de chèques, scapulaire américain, pour un film sur la reine de Saba avec, comme partenaire,
Gina Lolabrigibardotta.

ANTOINE. — Une Téniers en technicolor? tel que la légende m’a dénaturé?

LEVIATHAN. — Nous voulons au contraire rétablir la vérité, te laisser le soin de la mise en scène. Embarque-toi avec moi, Antoine.

Antoine. — Caricature pour crustacés du crétinisme crédule.

Leviathan. — Il nous faut un scénario taillé sur le modèle en vogue, préoccupé surtout de violence et de brutalité.

Antoine. — Un meurtre dans le désert!

LEVIATHAN. — Bravo! Épatant! Faire l’histoire naturelle de tes cauchemars. Il n’y a que toi, grand Saint Antoine, pour peindre ton propre désarroi avec cette horreur
fascinée.

Antoine. — Un écran nous sépare.

LEVIATHAN. — Il faut le crever comme un cerceau de papier. Sahara-Niagara, Niagara-Sahara. Il n’y a plus de distance entre nous. Un bataillon de girls effacera jusqu’au souvenir de tes
difficultés africaines. L’homme n’est pas fait pour vivre seul, avec le sentiment de son impuissance et la peur envahissante de la mort. Ton cochon peut d’ailleurs révolutionner
l’industrie du bacon, rivaliser avec le jambon d’York ou celui de Parme.

ANTOINE. — Jamais je ne me séparerai d’un compagnon si fidèle. Ce n’est pas un cochon comme les autres. Ce qui distingue mon pécari tropical, c’est que sa queue se termine
par une touffe de petits poils comme le pinceau d’un peintre. Je l’estime trop.

LEVIATHAN. — Le cochon n’est estimé qu’après sa

mort.

ANTOINE. — C’est un cochon propre… Leviathan. … à la tentation des formes aberrantes. Allons, c’est à prendre ou à laisser. Dépêchons-nous. On va baisser le
rideau. Cette farce n’a trop duré.

Ici l’on entend le chant du coq, un cocorico-mirage, et Leviathan aussitôt disparaît.

ANTOINE (seul). — Le chant du coq? le jour se lève O plages du sommeil ô collines du rêve

Je crois je crois je crois

qu’il faut accepter l’inintelligible comme tel

Truellée d’argile, là-bas, ou ici, grain de sable que sais-je sinon que je dois mourir?

Les tentations m’ont pourchassé sur ce rythme

[démentiel

pour aboutir à l’ultime tentation du ciel

Quand le corps craque, l’esprit s’égare

Libido sentendi, sciendi, dominandi

Ce qui survit dans nos caresses c’est l’âme poétique

où sont mes frères, où sont mes fils?

et ce rire charnel parmi les lilas sveltes!

Un nuage un sourire un pays

Mesdames, Messieurs Ici finit la Tentation de Saint Antoine N’applaudissez pas trop à ses tribulations La-haut m’attend le Grand Copain

Envisager la mort comme une fête ramasser le temps en un instantané Sur une presqu’île presque irréelle Natal Fatal Total

Rideau

Le Carillon de Carcassonne 1960

 

Paul Neuhuys

LE MONDE EST ABSURDE. QUELLE JOIE!


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LE MONDE EST ABSURDE. QUELLE JOIE!

Les premiers recueils du poète — c’est frappant dès qu’on les aborde — s’incrivent encore dans la volonté explicite de retour au monde qui, par réaction contre
la quête symboliste de Tailleurs indicible et l’enfermement dans les serres chaudes, marque la poésie, de Verhaeren aux unanimistes, d’Apollinaire et Cendrars à Saint-John Perse.
«La poésie nouvelle, lasse d’etreindre des chimères, cherche de plus en plus à se développer sous le contact immédiat de la réalité », dit Neuhuys
dès les premières lignes de ses Poètes d’aujourd’hui (P.A., 7). Et dans Le Canari et La Cerise, il insiste à plusieurs reprises sur cette présence du monde: à
l’inverse des gens qui, «derrière les vitres embuées (…) ont l’air d’être dans une salle d’attente» (C.5., 16), «les jeunes ne vivront plus selon les vieilles
lois (…). Ils étaient las d’attendre et si las d’espérer, et de regarder la vie à travers un vitrail décoloré» (C.S., 20). Ce qu’ils veulent, au contraire, c’est
que. selon les préceptes du nouvel «art poêtique», «la tour d’ivoire devienne une maison de verre et se brise» (C.S., 17)

Mais confronté ainsi au monde, le poète n’est plus celui qui. comme un Verhaeren, pensait pouvoir encore le saisir entier dans sa cohérence et son devenir pour en exprimer le
sens. Il en a trop éprouvé la multiplicité et les contradictions. (Ne serait-ce aussi que parce que la guerre vient de passer, et avec elle la ruine de bien des illusions …).
Après Apollinaire qui «jette pêle-mêle» dans ses poèmes «les objets les plus disparates» et «ne cherche aucun rapprochement dans les
idées» (P.A., 16-17). après Cendrars, auteur d’une «poésie désultoire» qui souvent «ressemble à une liste hétéroclite d’objets
trouvés» {P.A., 28), la vision simultanée que l’on entend restituer du monde ne peut que faire sentir le désordre profond qui l’habite et son opacité. «Le bruit
des voix a remplacé le sens des mots» {C.S., 20), dira » Neuhuys. Et quand il prétendra avoir « toujours eu l’esprit tourné vers les lois qui régissent
l’univers», ce n’est plus que par ironie, pour se référer aux mouvements qui animent «le cerceau et l’escarpolette», puisque, dira-t-il, «je conduisais ma vie
comme un cerceau léger» (ZA., 24)…

Y aurait-il eu encore, malgré tout, quelque velléité de retrouver un sens commun, un ordre fondamental, que dada y aurait porté le coup de grâce. Le dadaïsme qui,
se refusant à toute logique, «consiste à coucher par écrit les choses qui ne tiennent pas debout», constate sentencieusement Neuhuys, «répond aux exigences
philosophiques de l’heure». Et d’en chercher des preuves dans la relativité selon Einstein et dans la théorie bergsonnienne de l’élan vital «qui reflète le
changement incessant de l’univers et qui déborde toute canalisation» (P.A., 70). Toutes les catégories qui permettent une lecture cohérente des choses sont donc
«mensongères» (P.A.. 79), il faut «se libérer des concepts relatifs de la raison humaine» (P.A., 71). Il ne reste donc qu’une attitude: admettre l’absurde comme
loi fondamentale.

Mais cette attitude n’a rien ici de désespérant. Considérer l’absurdité fondamentale du monde constitue au contraire l’unique point de vue qui permette à «la
conscience lyrique» contemporaine de se développer au maximum de ses possibilités. «C’est dans les régions vierges de l’absurde que surgissent les découvertes
transcendantes. (…) L’absurde n’est pas le scepticisme. (…) C’est le résultat d’une vision complète. (…) En connaissance de cause, la poésie se plonge dans l’absurde comme
un fleuve salutaire». L’absurde est «le seul mode d’exaltation qui soit conforme à l’esprit du siècle» (PA., 113).

Car si le monde est absurde, il est permis aux poètes de l’appréhender n’importe comment, dans la plus totale liberté. Les créateurs pourront même entraîner
«la poésie par les pires dissociations d’idées jusque dans le plasma de l’incompréhension universelle» (PA., 14), Superbe formule et qui montre bien comment il n’y a
plus désormais à se soucier d’un sens préétabli ou à découvrir. La poésie n’a plus à se percevoir en terme d’unification de son objet, elle peut
s’adonner à la dispersion, à la dissémination: «Elle répond à l’angoisse philosophique de l’heure actuelle par la fulguration des idées et des couleurs, par
l’explosion des sens et des sons» (PA., 14). En toute licence désormais, «elle s’abandonne à tous les sursauts du hasard» (PA., 13).

A partir du moment où il n’y a plus de logique, où il n’y a plus d’ordre imposé qui soit requis pour nommer les choses, le hasard peut en effet occuper une place
prépondérante. On ne dira jamais assez le bouleversement apporté dans la démarche artistique de cette époque, et particulièrement dans les pratiques
dadaïstes, par l’introduction de la notion de hasard. Des mots tirés d’un chapeau par Tzara aux déchets que Schwitters ramassait dans la rue pour ses collages, c’est à une
véritable révolution copemicienne que l’on a affaire. Ce n’est plus désormais le sens qui dirige la mise en place des composantes de l’œuvre, mais ce sont celles-ci qui
viennent apposer, par leur apparition fortuite dans l’espace de l’œuvre, les significations qu’elles véhiculent. On verra d’ailleurs la place importante que Neuhuys réserve au
hasard dans sa poésie; l’influence de dada sur l’écrivain anver-sois a été en ce sens prépondérante.

De plus, •• l’acceptation de l’absurde exige une constante activité. C’est ce mouvement qui entraîne la poésie dans le rythme d’une étemelle gaieté»
(P.A., 114-115). Ayant efface tous les sentiers battus, ayant renié toute loi et toute volonté d’organisation sémantique 9, le poète ne peut plus compter que sur sa
vitalité première, sur le rythme impulsif qui le pousse à la découverte du monde, à l’instar de l’enfant chez qui aucune contrainte encore ne vient freiner
l’énergie ludique et qui vit pleinement dans l’immédiat. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’on assiste chez Neuhuys à une valorisation de l’attitude infantile,
de ses jeux et de ses facéties. (Ainsi, dès le premier poème du Canari et la Cerise: «Au jardin zoologique proche/nous jetterons des noisettes dans la cage du mandrill/et en
revenant par les petites rues désertes/nous tirerons aux sonnettes des maisons» (C.S., 13)). Rien d’étonnant non plus à ce que toute son entreprise poétique soit
placée sous le signe du non-sérieux, du jeu, de l’humour, de la fantaisie. Ce monde absurde, c’est en riant que le poète d’aujourd’hui l’observe et le décrit. -Ce rire c’est
notre sensibilité moderne qui, de surprise en surprise, assimile le pire et le meilleur. Au siècle dernier, on inventait une nouvelle façon d’être triste, maintenant les
poètes nous signalent une nouvelle façon de connaître la joie» (P.A., 18). Tout au long de l’œuvre, les notations de rire et de joie seront innombrables: «mon rire
de poète lui a sauté au cou (C.S., 15), «mon rire claque comme un drapeau mouillé» (C.S., 19), «mon cœur est gai comme un poisson d’avril dans un arbre de
mai» (Z.H., 23),«la fraîche joie de vivre» (Z.H., 24), «Gai ! Gai! carguons les voiles» (M.S.. 57) … Tout comme sera permanente la thématique de la
fête et l’attraction pour les lieux de plaisir, la kermesse, le théâtre, le cirque. «Chaque écrivain a son lieu mythique », trouve-t-on au début du Cirque
Amaryllis. « Pour ce ruffian de Moncorbier c’est la taverne/pour moi c’est le cirque» l0.

La vie elle-même ne devrait-elle d’ailleurs pas être envisagée comme un jeu? Neuhuys explicite brièvement à l’occasion cette considération qui fait écho
à celle de l’absurdité du monde: «L’Homo Ludens, c’est de l’homme qui joue qu’il s’agit et qui joue d’une certaine manière … (…) Le secret du mot jeu est dans joie et
jeunesse. Depuis l’enfance, il est la trame de la vie (…) Jeux néméens, jeux icariens! (…) Jeux innocents, jeux violents, jeux interdits … Dans tout homme sommeille l’homo
ludens» « .La poésie devrait alors toujours garder cette empreinte du ludique et du non-sérieux. «Lorsqu’on me dit d’un poète qu’il a pris conscience de la gravité
de son art», déclarera encore l’écrivain, «je crains fort qu’il ne soit ennuyeux et qu’il ne sache faire la part du feu et du jeu»l2. Et ailleurs: «Seule la
poésie peut triompher de l’esprit chagrin» l3. Car, au fond, «la vraie poésie se moque de la poésie » ,4. A bon entendeur, salut !

Mais cela ne veut pas dire que les vers ne puissent charrier aussi des propos essentiels. «On reconnaît les poètes d’aujourd’hui à leur gaieté entraînante mais ce
n’est pas là une gaieté aussi superficielle qu’elle paraît au premier abord. Tout ce qu’on voit pour la première fois est drôle. Toute originalité est
forcément drôle. Le rire peut couvrir le froid du cœur. La gaieté des poètes d’aujourd’hui n’est pas une gaieté à fleur de peau. Ils cherchent la gaieté
jusque dans l’éternité».

Paul Neuhuys

PSYCHÉDÉLIE


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PSYCHÉDÉLIE

Donner aux couleurs la clinquante acuité de l’actualité

Cactus mexicain
Chanvre indien
Coca péruvien
Haschich brésilien

Le sifflet du sorcier aztèque qui fait valser jaune dans l’herbe rouge

Tout est faux:
Caserne École Église
Vulnérable notion de patrie honneur vertu
Mutation des tabous en détritus

Révolte contre la tarte aux fruits de la tartufferie

J’aime assez les féminins phonétiques;
Un faux
Klee une fausse clef

Un
Nemrod une émeraude

Et tandis que je la tiens enlacée n’avoir accès au gynécée qu’en se mettant au féminin

Échapper au suicide par la mutation phonétique génétique

Permettre à la poésie toutes les expériences dont elle a besoin

Qu’un vêtement puisse faire tant de différence. s’il est à votre rythme et bouge avec le corps!

Tout me semble léger, joyeux et enfantin
Bon bec que de
Paris?
Suis tombé sur un bec

Homme éprouvé, dressé, corrigé par l’échec
Un bonheur élastique entre pulpe et pépin.

Parasite impécunieux
Libido ludendi sciendi eccelendi
Un poète qui fait très «calamar en su tinto»
Une poésie d’obèse qui cherche à rattraper l’autobus

Par la lucame du lupanar idéal;

Fellatrice fricatrice fascinatrice

Préfixe latin
Suffixe grec

Contexte
Satiricon

Ce que la féminité a de plus intime

converge à désigner la sottise unanime!

A l’école alsacienne me dit
Madame de
C.

on nous apprenait la précellence

de la prose sur la prosodie

parce que la prose va droit au but

tandis que le vers tergiverse dans les primevères…

Paul Neuhuys