MAUVAISE MÉMOIRE


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Paul Eluard

MAUVAISE MÉMOIRE

Les cimes dispersées les oiseaux du soir
Au chevet de la rue
Les échos féminins des baisers
Et dans les abris du désir

La grande obscurité éblouissante des rebelles qui s’embrassent.

A pleines mains la pluie

Sous les feuilles sous les lanternes

A plein silence les plâtras des heures

Dans les brouettes du trottoir

Le temps n’est pas le maître

Il s’affaisse

Comme un rire étudié

Qui dans l’ennui ne germe pas.

L’eau l’ignorante la nuit l’étourdie vont se perdre
La solitude falsifie toute présence
Un baiser encore un baiser un seul
Pour ne plus penser au désert.

Paul Eluard

AMOUREUSES


AMOUREUSES

Elles ont les épaules hautes

Et l’air malin

Ou bien des mines qui déroutent

La confiance est dans la poitrine

A la hauteur où l’aube de leurs seins se lève

Pour dévêtir la nuit

Des yeux à casser les cailloux

Des sourires sans y penser

Pour chaque rêve

Des rafales de cris de neige

Des lacs de nudité

Et des ombres déracinées.

Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers

Je ne montre que ton visage

Les grands orages de ta gorge

Tout ce que je connais et tout ce que j’ignore

Mon amour ton amour ton amour ton amour

Paul Eluard

ANDRE TAVERNIER – AU PREMIER MOT LIMPIDE (Eluard/Tavernier)


ANDRE TAVERNIER – AU PREMIER MOT LIMPIDE (Eluard/Tavernier)

Au premier mot limpide au premier rire de ta chair
La route épaisse disparaît
Tout recommence

La fleur timide la fleur sans air du ciel nocturne
Des mains voilées de maladresse
Des mains d’enfant

Des yeux levés sur ton visage et c’est le jour sur terre
La première jeunesse close
Le seul plaisir

Foyer de terre foyer d’odeurs et de rosée
Sans âge sans raisons sans liens

L’oubli sans ombre.

Paul Eluard

LE FRONT COUVERT


LE FRONT COUVERT

Le battement de l’horloge comme une arme
La cheminée émue où se pâme la cime
D’un arbre dernier éclair

brisée

L’habituel vase clos des désastres
Des mauvais rêves
Je fais corps avec eux

Des ruines de l’horloge
Sort un animal abrupt désespoir du cavalier
A l’aube doublera
Pécrevisse clouée
Sur la porte de ce refuge

Un jour de plus j’étais sauvé

On ne me brisait pas les doigts

Ni le rouge ni le jaune ni le blanc ni le nègre

On me laissait même la femme

Pour distinguer entre les hommes

On m’abandonnait au dehors
Sur un navire de délices

Vers des pays qui sont
Jes miens
Parce que je ne les connais pas

Un jour de plus je respirais naïvement
Une mer et des cieux volatils
J’éclipsais de ma silhouette
Le soleil qui m’aurait suivi

Ici j’ai ma part de ténèbres

Chambre secrète sans serrure sans espoir

Je remonte le temps jusqu’aux pires absences

Combien de nuits soudain

Sans confiance sans un beau jour sans horizon

Quelle gerbe rognée

Un grand froid de corail

Ombre du cœur

Ternit mes yeux qui s’entr’ouvrent

Sans donner prise au matin fraternel

Je ne veux plus dormir seul
Je ne veux plus m’éveiller
Perclus de sommeil et de rêves
Sans reconnaître la lumière
Et la vie au premier instant.

Paul Eluard

LE TEMPS D’UN ÉCLAIR


Paul Eluard

LE TEMPS D’UN ÉCLAIR

Elle n’est pas là.

La femme au tablier guette
Ia pluie aux vitres

En spectacle tous les nuages jouent au plus fin

Une fillette de peu de poids

Passée au bleu
Joue sur un canapé crevé
Le silence a des remords.

J’ai suivi les murs d’une rue très longue
Des pierres des pavés des verdures
De la terre de la neige du sable
Des ombres du soleil de l’eau
Vie apparente

Sans oublier qu’elle était là

A promener un grand jardin

A becqueter un mûrier blanc

La neige de ses rires stérilisait la boue

Sa démarche était vierge.

Paul Eluard

ET CRAN DE VEILLE


« L’Accouchement »- Léonora Carrington

ET CRAN DE VEILLE

De garde au dernier amour les ifs retiennent les mors de l’absolu enfin trouvé, sans tourner le dos à la page

L’équin-roc armé pour la décharge est attelé reins bandés contre les oeillères d’une cécité dévorante

Les frères rient peau lin

Châssis tendu

au mou de la relâche des écoutes laissant s’égarer la toile au contre vent d’une rancune étrangère au courant

Récitation

La vertu ce cornet des fortunes

Auditivement les vocations l’estime l’ambition

Rase les têtes confrontées

Plutôt s’armer

Contre le sycomore feuilleté et le couteau.

Dans son armure insensibilisée

Dans son armure qui ne résonne sans fausse honte

Qu’à partir du dernier baiser

Le pirate celui qui n’a pas de plume au bonnet

Celui qui provoque l’aboiement des corbeaux

Le pirate l’ennui l’ennemi des attentes sous la pluie

Le réveille-matin à maintien de religieuse

A contenance d’huile

Le réveille-matin qui fait des copeaux du dormeur

Et ne lui laisse que le temps de ne pas s’habiller.

Des semaines et des mois et des années de semailles
Par des chemins qu’on ne touche même pas de la

canne
Une cervelle sabotée par les germes de mauvaise

volonté

On ne pleure pas et si l’on ne pleure pas c’est que le feu

Gâche le plâtre qui maintient
Je regard dans ses rives
Dessèche tout passe par la porte animale s’affole.

Au delà du feu il n’y a pas la cendre
Au delà de la cendre il y a
Je feu.

Des éventaires écornés d’athlète mugissent sous la pluie

Ils réclament aux coquettes des rires tous les pavés du rire

Et des gourmettes de courtoisie pour enchaîner le poncif

La poussière fouille plus avant dans les poches

Mais elle n’arrivera qu’après la troue

Pour célébrer cette vertu qui n’est pas de moi.

Au delà du feu il n’y a pas la cendre
Au delà de la cendre il y a le feu.

Paul Eluard

On est jamais éteint au coeur de ce qui a fait l’espoir durant ses batailles et affronter la vague au plus fort du rugissant. Laisser dépérir cette force est contraire à sa nature-propre, seulement toute plante abandonnée d’ô meurt en perdant toute résistance

Sur l’écran le vieux film passé ces derniers jours allume la morale véridique

Que la MUSIQUE appelle

à marcher sans mise en taire.

Niala-Loisobleu – 17 Mars 2021

NUITS PARTAGÉES


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Paul Eluard

NUITS PARTAGÉES

Au terme d’un long voyage, je revois toujours ce corridor, cette taupe, cette ombre chaude à qui l’écume de mer prescrit des courants d’air purs comme de tout petits enfants, je
revois toujours la chambre où je venais rompre avec toi le pain de nos désirs, je revois toujours ta pâleur dévêtue qui, le matin, fait corps avec les étoiles qui
disparaissent. Je sais que je vais encore fermer les yeux pour retrouver les couleurs et les formes conventionnelles qui me permettent de t’aborder. Quand je les rouvrirai, ce sera pour
chercher dans un coin de la pièce l’ombrelle corruptible à manche de pioche qui me fait redouter le beau temps, le soleil, la vie, car je ne t’aime plus au grand jour, car je regrette
le temps où j’étais parti à ta découverte et le temps aussi où j’étais aveugle et muet devant l’univers incompréhensible et le système d’entente
incohérent que tu me proposais.

N’as-tu pas suffisamment porté la responsabilité de cette candeur qui m’obligeait à toujours retourner tes volontés contre toi?

Que ne m’as-tu donné à penser! Maintenant, je ne viens plus te voir que pour être plus sûr du grand mystère que constitue encore l’absurde durée de ma vie,
l’absurde durée d’une nuit.

Quand j’arrive, toutes les barques s’en vont, l’orage recule devant elles. Une ondée délivre les fleurs obscures, leur éclat recommence et frappe de nouveau les murs de laine. Je
sais, tu n’es jamais sûre de rien, mais l’idée du mensonge, mais l’idée d’une erreur sont tellement au-dessus de nos forces. Il y a si longtemps que la porte têtue n’avait
pas cédé, si longtemps que la monotonie de l’espoir nourrissait l’ennui, si longtemps que tes sourires étaient des larmes.

Nous avons refusé de laisser entrer les spectateurs, car il n’y a pas de spectacle. Souviens-toi, pour la solitude, la scène vide, sans décors, sans acteurs, sans musiciens. L’on
dit : le théâtre du monde, la scène mondiale et, nous deux, nous ne savons plus ce que c’est. Nous deux, j’insiste sur ces mots, car aux étapes de ces longs voyages que nous
faisions séparément, je le sais maintenant, nous étions vraiment ensemble, nous étions vraiment, nous étions, nous. Ni toi, ni moi ne savions ajouter le temps qui nous
avait séparés à ce temps pendant lequel nous étions réunis, ni toi, ni moi ne savions l’en soustraire.

Une ombre chacun, mais dans l’ombre nous l’oublions.

La lumière m’a pourtant donné de belles images des négatifs de nos rencontres. Je t’ai identifiée à des êtres dont seule la variété justifiait le nom,
toujours le même, le tien, dont je voulais les nommer, des êtres que je transformais comme je te transformais, en pleine lumière, comme on transforme l’eau d’une source en la
prenant dans un verre, comme on transforme sa main en la mettant dans une autre. La neige même, qui fut derrière nous l’écran douloureux sur lequel les cristaux des serments
fondaient, la neige même était masquée. Dans les cavernes terrestres, des plantes cristallisées cherchaient les décolletés de la sortie.

Ténèbres abyssales toutes tendues vers une confusion éblouissante, je ne m’apercevais pas que ton nom devenait illusoire, qu’il n’était plus que sur ma bouche et que, peu
à peu, le visage des tentations apparaissait réel, entier, seul.

C’est alors que je me retournais vers toi.

Réunis, chaque fois à jamais réunis, ta voix comble tes yeux comme l’écho comble le ciel du soir. Je descends vers les rivages de ton apparence. Que dis-tu? Que tu n’as
jamais cru être seule, que tu n’as pas rêvé depuis que je t’ai vue, que tu es comme une pierre que Ton casse pour avoir deux pierres plus belles que leur mère morte, que tu
étais la femme d’hier et que tu es la femme d’aujourd’hui, qu’il n’y a pas à te consoler puisque tu t’es divisée pour être intacte à l’heure qu’il est.

Toute nue, toute nue, tes seins sont plus fragiles que le parfum de l’herbe gelée et ils supportent tes épaules. Toute nue. Tu enlèves ta robe avec la plus grande
simplicité. Et tu fermes les yeux et c’est la chute d’une ombre sur un corps, la chute de l’ombre tout entière sur les dernières flammes.

Les gerbes des saisons s’écroulent, tu montres le fond de ton cœur. C’est la lumière de la vie qui profite des flammes qui s’abaissent, c’est une oasis qui profite du
désert, que le désert féconde, que la désolation nourrit. La fraîcheur délicate et creuse se substitue aux foyers tournoyants qui te mettaient en tête de me
désirer. Au-dessus de toi, ta chevelure glisse dans l’abîme qui justifie notre éloignaient.

Que ne puis-je encore, comme au temps de ma jeunesse, me déclarer ton disciple, que ne puis-je encore convenir avec toi que le couteau et ce qu’il coupe sont bien accordés. Le piano
et le silence, l’horizon et l’étendue.

Par ta force et par ta faiblesse, tu croyais pouvoir concilier les désaccords de la présence et les harmonies de l’absence, une union maladroite, naïve, et la science des
privations. Mais, plus bas que tout, il y avait l’ennui. Que veux-tu que cet aigle aux yeux crevés, retienne de nos nostalgies?

Dans les rues, dans les campagnes, cent femmes sont dispersées par toi, tu déchires la ressemblance qui les lie, cent femmes sont réunies par toi et tu ne peux leur donner de
nouveaux traits communs et elles ont cent visages, cent visages qui tiennent ta beauté en échec.

Et dans l’unité d’un temps partagé, il y eut soudain tel jour de telle année que je ne pus accepter. Tous les autres jours, toutes les autres nuits, mais ce jour-là j’ai
trop souffert. La vie, l’amour avaient perdu leur point de fixation. Rassure-toi, ce n’est pas au profit de quoi que ce soit de durable que j’ai désespéré de notre entente. Je
n’ai pas imaginé une autre vie, devant d’autres bras, dans d’autres bras. Je n’ai pas pensé que je cesserais un jour de t’être fidèle, puisqu’à tout jamais j’avais
compris ta pensée et la pensée que tu existes, que tu ne cesses d’exister qu’avec moi.

J’ai dit à des femmes que je n’aimais pas que leur existence dépendait de la tienne.

Et la vie, pourtant, s’en prenait à notre amour. La vie sans cesse à la recherche d’un nouvel amour, pour effacer l’amour ancien, l’amour dangereux, la vie voulait changer
d’amour.

Principes de la fidélité… Car les principes ne dépendent pas toujours de règles sèchement inscrites sur le bois blanc des ancêtres, mais de charmes bien vivants,
de regards, d’attitudes, de paroles et des signes de la jeunesse, de la pureté, de la passion. Rien de tout cela ne s’efface.

Je m’obstine à mêler des fictions aux redoutables réalités. Maisons inhabitées, je vous ai peuplées de femmes exceptionnelles, ni grasses, ni maigres, ni blondes,
ni brunes, ni folles, ni sages, peu importe, de femmes plus séduisantes que possibles, par un détail. Objets inutiles, même la sottise qui procéda à votre fabrication
me fut une source d’enchantements. Etres indifférents, je vous ai souvent écoutés, comme on écoute le bruit des vagues et le bruit des machines d’un bateau, en attendant
délicieusement le mal de mer. J’ai pris l’habitude des images les plus inhabituelles. Je les ai vues où elles n’étaient pas. Je les ai mécanisées comme mes levers et
mes couchers. Les places, comme des bulles de savon, ont été soumises au gonflement de mes joues, les rues à mes pieds l’un devant l’autre et l’autre passe devant l’un, devant
deux et fait le total, les femmes ne se déplaçaient plus que couchées, leur corsage ouvert représentant le soleil. La raison, la tête haute, son carcan
d’indifférence, lanterne à tête de fourmi, la raison, pauvre mât de fortune pour un homme affolé, le mât de fortune du bateau… voir plus haut.

Pour me trouver des raisons de vivre, j’ai tenté de détruire mes raisons de t’aimer. Pour me trouver des raisons de t’aimer, j’ai mal vécu.

Au terme d’un long voyage, peut-être n’irai-je plus vers cette porte que nous connaissons tous deux si bien, je n’entrerai peut-être plus dans cette chambre où le désespoir
et le désir d’en finir avec le désespoir m’ont tant de fois attiré. A force d’être un homme incapable de surmonter son ignorance de lui-même et du destin, je prendrai
peut-être parti pour des êtres différents de celui que j’avais inventé.

A quoi leur servirai-je?

Paul Eluard

CRINIÈRE DE FIÈVRE


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Paul Eluard

CRINIÈRE DE FIÈVRE

Un pavillon rampant
Qui s’avoue plus haut
Que l’inondation
Au pouce foudroyant

La rive est un poisson

De jeux de pièges

Pour affamer en faveur d’Origine

Les arbres debout sur leurs talons

La naine pleine de b

Descend la pente sur un air absolu

Va s’affaler sur l’herbe
De l’hacienda en flammes
De désastre en désastre
Elle se vêt

D’un tissu de bien-être
D’images lumineuses

Charmé souris d’alcool

Et d’alcôve hiver en couleurs vivantes

Soleil que je peux embrasser.

Paul Eluard

CONFECTIONS


Paul Eluard

CONFECTIONS

La simplicité même écrire
Pour aujourd’hui la main est là.

Il est extrêmement touchant

De ne pas savoir s’exprimer

D’être trop évidemment responsable

Des erreurs d’un inconnu

Qui parle une langue étrangère

D’être au jour et dans les yeux fermés

D’un autre qui ne croit qu’à son existence.

Les merveilles des ténèbres à gagner
D’être invisibles mais libératrices
Tout entières dans chaque tête
Folles de solitude

Au déclin de la force et de la forme humaine

Et tout est dans la tête

Aussi bien la force mortelle que la forme humaine

Et tout ce qui sépare un homme de lui-même

La solitude de tous les êtres.

Il faut voir de près
Les curieux
Quand on s’ennuie.

La violence des vents du large
Des navires de vieux visages
Une demeure permanente
Et des armes pour se défendre
Une plage peu fréquentée
Un coup de feu un seul
Stupéfaction du père
Mort depuis longtemps.

Sans en être très fier en évitant mes yeux
Cet abandon sans découvrir un grief oublié

En évitant mes yeux il abaisse
Les verres sur ses yeux
L’animal abandonne sa proie
Sa tête remue comme une jambe
Elle avance elle recule
Elle fixe les limites du rire
Dégrafe les parterres de la dérision
Toutes les choses semblables.

Par-dessus les chapeaux

Un régiment d’orfraies passe au galop

C’est un régiment de chaussures

Toutes les collections des fétichistes déçus

Allant au diable.

Des cataclysmes d’or bien acquis
Et d’argent mal acquis.

Tous ces gens mangent

Ils sont gourmands ils sont contents

Et s’ils rient ils mangent plus.

Je dénonce un avocat je lui servirai d’accusé
Je règne à tout jamais dans un tunnel.

Alors

L’eau naturelle

Elle se meurt près des villas

Le patron pourrait parler à son fils qui se tait
Il ne parle pas tous les jours

Le tout valable pour vingt minutes
Et pour quatre personnes
Vous enlève l’envie de rire

Le fils passe pour un ivrogne.

Les oiseaux parfument les bois

Les rochers leurs grands lacs nocturnes.

Gagner au jeu du profil
Qu’un oiseau reste dans ses ailes.

A l’abri des tempêtes une vague fume dans le soir.

Une barre de fer rougie à blanc attise l’aubépine.

Par leur intelligence et leur adresse
Une existence normale

Par leur étrange goût du risque
Un chemin mystérieux

A ce jeu dangereux
L’amertume meurt à leurs pieds.

Pourquoi les fait-on courir
On ne les lait pas courir
L’arrivée en avance
Le départ en retard

Quel chemin en arrière
Quand la lenteur s’en mêle

Les preuves du contraire
Et l’inutilité.

Une limaille d’or un trésor une flaque
De platine au fond d’une vallée abominable
Dont les habitants n’ont plus de mains
Entraîne les joueurs à sortir d’eux-mêmes.

Immobile

J’habite cette épine et ma griffe se pose

Sur les seins délicieux de la misère et du crime.

Le salon à la langue noire lèche son maître
Il rembaume il lui tient lieu d’éternité.

Le passage de la
Bérésina par une femme rousse à grandes mamelles.

Il la prend dans ses bras
Lueurs brillantes un instant entrevues
Aux omoplates aux épaules aux sems
Puis cachées par un nuage.

Elle porte la main à son cœur
Elle pâlit elle frissonne
Qui donc a crié?

Mais l’autre s’il est encore vivant

On le retrouvera

Dans une ville inconnue.

Le sang coulant sur les dalles

Me fait des sandales

Sur une chaise au milieu de la rue

J’observe les petites filles créoles

Qui sortent de l’école en fumant la pipe.

Par retraites il faut que le béguinage aille au feu.

Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis.

Par exception la calcédoine se laisse prendre
A la féerie de la gueule des chiens.

Toute la vie a coulé dans mes rides

Comme une agate pour modelez

Le plus beau des masques funèbres.

Demain le loup fuira vers les sombres étoffes de ta

peur
Et d’emblée le corbeau renaîtra plus rouge que jamais
Pour orner le bâton du maître de la tribu.

Les arbres blancs les arbres noirs

Sont plus jeunes que la nature

Il faut pour retrouver ce hasard de naissance

Vieillir.

Soleil fatal du nombre des vivants
On ne conserve pas ton coeur.

Peut-il se reposer celui qui dort

II ne voit pas la nuit ne voit pas l’invisible

II a de grandes couvertures

Et des coussins de sang sur des coussins de boue

Sa tête est sous les toits et ses mains sont fermées

Sur les outils de la fatigue

Il dort pour éprouver sa force

La honte d’être aveugle dans un si grand silence.

Aux rivages que la mer rejette

Il ne voit pas les poses silencieuses

Du vent qui fait entrer l’homme dans ses statues

Quand il s’apaise.

Bonne volonté du sommeil
D’un bout à l’autre de la mort.

Paul Eluard

DE PRINTEMPS ET DES NEIGES


DE PRINTEMPS ET DES NEIGES

Un soleil attrape l’averse au vol par les cordes-vocales

Ses seins déploient en rose-bistre l’onde sans tilt

Saisissant les hanches pour le mirliton je l’embouche par les yeux

Elle s’ouvre en façade de fenêtres à percer les congères

Trapèze pour l’oiseau qui vole débusquer l’églantine au bec

Du promontoire de l’aine au passage d’Annibal au col rien ne trompe

L’éléphant est porteur de rose tout comme le cerisier qu’Odilon sort à Noël en nativité admissible

Pour faire chanter L’Amoureuse de Grindel au choeur de la nef laïque et pleurer sans raison autre que l’aimer

La joie attachée au pétale de Marguerite.

Niala-Loisobleu – 29 Décembre 2020