FACILE


Paul Eluard

 

FACILE

 

 

Tu te lèves l’eau se déplie

Tu te couches l’eau s’épanouit

Tu es l’eau détournée de
SCS abîmes
Tu es la terre qui prend racine
Et sur laquelle tout s’établit

Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits
Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de

l’arc-en-ciel
Tu es partout tu abolis toutes les routes

Tu sacrifies le temps

A l’éternelle jeunesse de la flamme exacte

Qui voile la nature en la reproduisant

Femme tu mets au monde un corps toujours pareil
Le tien

Tu es la ressemblance

 

 

Paul Eluard

 

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MAGRITTE


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MAGRITTE

Marches de l’œil

A travers les barreaux des formes

Un escalier perpétuel

Le repos qui n’existe pas

Une des marches est cachée par un nuage

Une autre par un grand couteau

Une autre par un arbre qui se déroule

Comme un tapis

Sans gestes

Toutes les marches sont cachées

On a semé les feuilles vertes
Champs immenses forêts déduites
Au coucher des rampes de plomb
Au niveau des clairières
Dans le lait léger du matin

Le sable abreuve de rayons
Les silhouettes des miroirs

Leurs épaules pâles et froides
Leurs sourires décoratifs

L’arbre est teinté de fruits invulnérables.

Paul Eluard

TOUS LES DROITS


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TOUS LES DROITS

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Simule

L’ombre fleurie des fleurs suspendues au printemps

Le jour le plus court de l’année et la nuit esquimau

L’agonie des visionnaires de l’automne

L’odeur des roses la savante brûlure de l’ortie

Étends des linges transparents

Dans la clairière de tes yeux

Montre les ravages du feu ses œuvres d’inspiré

Et le paradis de sa cendre

Le phénomène abstrait luttant avec les aiguilles de

la pendule
Les blessures de la vérité les serments qui ne plient

pas
Montre-toi

Tu peux sortir en robe de cristal

Ta beauté continue

Tes yeux versent des larmes des caresses des sourires

Tes yeux sont sans secret

Sans limites.

Paul Eluard

CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE


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CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE

Un hiver tout en branches et dur comme un cadavre

Un homme sur un banc dans une rue qui fuit la foule

Et que la solitude comble

Place à l’appareil banal du désespoir

A ses miroirs de plomb

A ses bains de cailloux

A ses statues croupissantes

Place à l’oubli du bien

Aux souvenirs en loques de la vérité

Lumière noire vieil incendie

Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

Un homme qui s’est trompé d’étage de porte de clé

Pour mieux connaître pour mieux aimer

Où commence le paysage

A quelle heure

Où donc se termine la femme

Le soir se pose sur la ville

Le soir rejoint le promeneur dans son lit

Le promeneur nu

Moins gourmand d’un sein vierge

Que de l’étoile informe qui nourrit la nuit
Il y a des démolitions plus tristes qu’un sou
Indescriptibles et pourtant le soleil s’en évade en

chantant
Pendant que le ciel danse et fait son miel
Il y a des murs déserts où l’idylle fleurit
Où le plâtre qui se découd
Berce des ombres confondues
Un feu rebelle un feu de veines
Sous la vague unique des lèvres
Prenez les mains voyez les yeux
Prenez d’assaut la vue

Derrière les palais derrière les décombres

Derrière les cheminées et les citernes

Devant l’homme

Sur l’esplanade qui déroule un manteau de poussière

Traîne de fièvre

C’est l’invasion des beaux jours

Une plantation d’épées bleues

Sous des paupières écloses dans la foule des feuilles

C’est la récolte grave du plaisir

La fleur de lin brise les masques

Les visages sont lavés

Par la couleur qui connaît l’étendue

Les jours clairs du passé

Leurs lions en barre et leurs aigles d’eau pure

Leur tonnerre d’orgueil gonflant les heures

Du sang des aubes enchaînées

Tout au travers du ciel

Leur diadème crispé sur la masse d’un seul miroir

D’un seul cœur

Mais plus bas maintenant profondément parmi les

routes abolies
Ce chant qui tient la nuit
Ce chant qui fait le sourd l’aveugle
Qui donne le bras à des fantômes
Cet amour négateur
Qui se débat dans les soucis
Avec des larmes bien trempées
Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule
Cette harmonie en friche
Cette peuplade qui mendie

Parce qu’elle n’a voulu que de l’or

Toute sa vie intacte

Et la perfection de l’amour.

 

Paul Eluard

L’AQUEUX DU CHAT 2


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L’AQUEUX DU CHAT 2

Des oiseaux comme des gouttes

qui volent

un formidable espace bleu

que l’orange ne peut taire

Ah tu sais, me dit-elle en caressant le chat, je dirai du Grindel  ce que je vis

le ciel est pourtant de plomb

mais moi je saute comme un ballon dans une autre stratosphère

j’en lévite contre le toit…

Niala-Loisobleu

5 Février 2020

NUIT PALPABLE


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NUIT PALPABLE

 

Au ras du cou ton haleine

Si je ne m’abuse, la ligne de peupliers est foutrement droite au ciel courbé

tandis que la croupe du toit ondule comme le cheval en marche

Derrière la sirène du bateau qui approche le port, la traversée s’achève

sans doute faut-il y trouver un rapport avec l’étincelle  qui te tient par les hanches

Le chien témoigne du rêve animal de la libido prise au sevrage d’une histoire tournée à la Trappe

dans l’oeil andalou renversé du taureau la dernière tempête est sur la Costa Brava

Trompettes du haut des gradins, un souffle de cuivre sort de la mise amor, les dessous trempés volent avec les escarpins dans l’arène où le toréador brandit son arme personnelle dans un tour d’honneur

La fleur de la belle de Cadix  dans une larme de sang verse l’extase d’une sueur rénale portée en estocade

Sur les Ramblas, beaucoup plus loin, on monte un étage de plus à la Sagrada Familia dans l’association famélique du génie de Gaudi chantant en duo avec Miro

Grindel ne traduit pas son mépris à Dali, la noblesse de son style ne se déguise pas avec des moustaches de gala, on s’allie ou on est propre de nature. La grandeur humble n’élève pas plus de paon pour Cadaques que de Lili Pute sur un trottoir même gargantuesque

Ma nuit surréaliste s’est couverte du poil de la Grande Ourse tirant ses chariots dans lesquels de corps nus alchimiques sortait la Pierre Philosophale

je survis aux bons soins de ma folie

 

Niala-Loisobleu – 25 Janvier 2020

TELLE FEMME


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TELLE FEMME

Veux-tu voir

La forme obscure du soleil

Les contours de la vie

Ou bien te laisser éblouir

Par le feu qui mêle tout

Le flambeau passeur de pudeurs

En chair en or ce beau geste

L’erreur est aussi inconnue

Que les limites du printemps

La tentation est prodigieuse

Tout se touche tout te traverse

Ce ne fut d’abord qu’un tonnerre d’encens

Ce que tu aimes le plus

La louange belle à quatre

Belle nue immobile

Violon muet mais palpable

Je te parle de voir

Je te parlerai de tes yeux
Sois sans visage si tu veux
De leur couleur contre le gré

Des pierres lumineuses

Décolorées

Devant l’homme que tu conquiers

Son enthousiasme aveugle

Règne naïvement comme une source

Dans le désert

Entre les plages de la nuit et les vagues du jour
Entre la terre et l’eau
Nulle ride à combler
Nul chemin possible

Entre tes yeux et les images que j’y vois

Il y a tout ce que j’en pense

Moi-même indéracinable

Comme une plante qui s’amasse

Qui simule un rocher parmi d’autres rochers

Ce que je porte de certain

Toi tout entière

Tout ce que tu regardes

Tout

Ceci est un bateau

Qui va sur une rivière douce

II porte des femmes qui jouent

Et des graines qui patientent

Ceci est un cheval qui descend la colline

Ou bien une flamme qui s’élève

Un grand rire pieds nus dans une cour misérable

Un comble de l’automne des verdures amadouées

Un oiseau acharné à mettre des ailes à son nid

Un matin qui disperse des lampes de rosée

Pour éveiller les champs

Ceci est une ombrelle

Et ceci la toilette

D’une dentellière plus séduisante qu’un bouquet

Au son des cloches de l’arc-en-ciel

Ceci déjoue l’immensité

Ceci n’a jamais assez de place

La bienvenue est toujours ailleurs

Avec la foudre avec le flot

Qui s’accompagnent

De méduses et d’incendies

Complaisants à merveille

Ils détruisent l’échafaudage

Surmonté d’un triste drapeau de couleur

Une étoile limite

Dont les doigts sont paralysés

Je parle de te voir

Je te sais vivante

Tout existe tout est visible

Il n’y a pas une goutte de nuit dans tes yeux

Je vis dans une lumière exclusive la tienne.

Paul Eluard

ÊTRE


Paul Eluard

ÊTRE

Le front comme un drapeau perdu
Je te traîne quand je suis seul
Dans des rues froides
Des chambres noires
En criant misère

Je ne veux pas les lâcher

Tes mains claires et compliquées

Nées dans le miroir clos des miennes

Tout le reste est parfait

Tout le reste est encore plus inutile

Que la vie

Creuse la terre sous ton ombre

Une nappe d’eau près des seins
Où se noyer
Comme une pierre.

Paul Eluard