OBJET DES MOTS


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OBJET DES MOTS

 
Une nouvelle surface sensiblement nulle

Fort bien accueillie

A parcourir en été

Sans trop penser

Aux perles bleues parmi des oreilles emplumées

Dans le champ d’une loupe.

La balle

Qui n’est pas viable

Glisse le long du bras

Sans faire mal

Comme un plaisir indispensable

Comme une épreuve reproduite trop souvent

Par temps de rêve.

A la dernière extrémité

Un ancien feu de dixième ordre

Frappe à coups redoublés une mésange sanguinaire

Minuscule étonnée avide de ses semblables

De la pierre entassée

La pauvre bête va s’éteindre.

II faut bien s’avouer

Qu’il n’y a pas un seul élément

Etranger à la précipitation des carillons établis

Ni des mets en bon état

Qui falsifient le cours des catastrophes.

Une très belle fleur

Entièrement décomposée

Sort de la correction du zootrope

Comme un rire qui atteint le corps tout entier

Sans bouger.

 

Paul Eluard

AU REVOIR


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AU REVOIR

Devant moi cette main qui défait les orages
Qui défrise et qui fait fleurir les plantes grimpantes
Avec sûreté est-ce la tienne est-ce un signal
Quand le silence pèse encore sur les mares au fond des puits tout au fond du matin.

Jamais décontenancée jamais surprise est-ce ta main

Qui jure sur chaque feuille la paume au soleil

Le prenant à témoin est-ce ta main qui jure

De recevoir la moindre ondée et d’en accepter le

déluge
Sans l’ombre d’un éclair passé
Est-ce ta main ce souvenir foudroyant au soleil.

Prends garde la place du trésor est perdue
Les oiseaux de nuit sans mouvement dans leur parure
Ne fixent rien que l’insomnie aux nerfs assassins
Dénouée est-ce ta main qui est ainsi indifférente
Au crépuscule qui laisse tout échapper.

Toutes les rivières trouvent des charmes à leur enfance
Toutes les rivières reviennent du bain

Les voitures affolées parent de leurs roues le sein des

places
Est-ce ta main qui fait la roue
Sur les places qui ne tournent plus
Ta main dédaigneuse de l’eau des caresses
Ta main dédaigneuse de ma confiance de mon insouciance
Ta main qui ne saura jamais me détourner de toi.

 

Paul Eluard

CHASSÉ


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CHASSÉ

Quelques grains de poussière de plus ou de moins

Sur des épaules vieilles

Des mèches de faiblesse sur des fronts fatigués

Ce théâtre de miel et de roses fanées

Où les mouches incalculables

Répondent aux signes noirs que leur fait la misère

Poutres désespérantes d’un pont

Jeté sur le vide

Jeté sur chaque rue et sur chaque maison

Lourdes folies errantes

Que l’on finira bien par connaître par cœur

Appétits machinaux et danses détraquées

Qui conduisent au regret de la haine

Nostalgie de la justice.

Une foule toute noire qui va à reculons
La bêche entre dans le sol mou

Comme une fille fraîche dans des draps déjà chauds

La lune noie la nuit

Force reste pourtant aux preuves de la vie.

 

Paul Eluard

LE BÂILLON SUR LA TABLE


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LE BÂILLON SUR LA TABLE

Ancien acteur qui joue des pièces d’eau

De vieilles misères bien transparentes

Le doux fer rouge de l’aurore

Rend la vue aux aveugles

J’assiste au lever des murs

A la lutte entre la faiblesse et la fatigue

A l’hiver sans phrases.

Les images passées à leur manière sont fidèles

Elles imaginent la fièvre et le délire

Tout un dédale où ma main compliquée s’égare

J’ai été en proie il y a longtemps

A des hallucinations de vertus

Je me suis vu pendu à l’arbre de la morale

J’ai battu le tambour de la bonté

J’ai modelé la tendresse

J’ai caressé ma mère

J’ai dormi toute la nuit
J’ai perdu le silence

Voici les voix qui ne savent plus que ce qu’elles taisent

Et voici que je parle

Assourdi j’entends pourtant ce que je dis

En m’écoutant j’instruis.

 

Paul Eluard

LE DROIT, LE DEVOIR DE VIVRE


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Paul Eluard

 

LE DROIT, LE DEVOIR DE VIVRE

 

 

Il n’y aurait rien

Pas un insecte bourdonnant

Pas une feuille frissonnante

Pas un animal léchant ou hurlant

Rien de chaud rien de fleuri

Rien de givré rien de brillant rien d’odorant
Pas une ombre léchée par la fleur de l’été
Pas un arbre portant des fourrures de neige
Pas une joue fardée par un baiser joyeux
Pas une aile prudente ou hardie dans le vent
Pas un coin de chair fine pas un bras chantant
Rien de libre ni de gagner ni de gâcher
Ni de s’éparpiller ni de se réunir
Pour le bien pour le mal
Pas une nuit armée d’amour ou de repos
Pas une voix d’aplomb pas une bouche émue
Pas un sein dévoilé pas une main ouverte
Pas de misère et pas de satiété
Rien d’opaque rien de visible
Rien de lourd rien de léger
Rien de mortel rien d’éternel

Il y aurait un homme
N’importe quel homme
Moi ou un autre
Sinon il n’y aurait rien.

 

Paul Eluard

FACILE


Paul Eluard

 

FACILE

 

 

Tu te lèves l’eau se déplie

Tu te couches l’eau s’épanouit

Tu es l’eau détournée de
SCS abîmes
Tu es la terre qui prend racine
Et sur laquelle tout s’établit

Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits
Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de

l’arc-en-ciel
Tu es partout tu abolis toutes les routes

Tu sacrifies le temps

A l’éternelle jeunesse de la flamme exacte

Qui voile la nature en la reproduisant

Femme tu mets au monde un corps toujours pareil
Le tien

Tu es la ressemblance

 

 

Paul Eluard

 

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MAGRITTE


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MAGRITTE

Marches de l’œil

A travers les barreaux des formes

Un escalier perpétuel

Le repos qui n’existe pas

Une des marches est cachée par un nuage

Une autre par un grand couteau

Une autre par un arbre qui se déroule

Comme un tapis

Sans gestes

Toutes les marches sont cachées

On a semé les feuilles vertes
Champs immenses forêts déduites
Au coucher des rampes de plomb
Au niveau des clairières
Dans le lait léger du matin

Le sable abreuve de rayons
Les silhouettes des miroirs

Leurs épaules pâles et froides
Leurs sourires décoratifs

L’arbre est teinté de fruits invulnérables.

Paul Eluard

TOUS LES DROITS


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TOUS LES DROITS

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Simule

L’ombre fleurie des fleurs suspendues au printemps

Le jour le plus court de l’année et la nuit esquimau

L’agonie des visionnaires de l’automne

L’odeur des roses la savante brûlure de l’ortie

Étends des linges transparents

Dans la clairière de tes yeux

Montre les ravages du feu ses œuvres d’inspiré

Et le paradis de sa cendre

Le phénomène abstrait luttant avec les aiguilles de

la pendule
Les blessures de la vérité les serments qui ne plient

pas
Montre-toi

Tu peux sortir en robe de cristal

Ta beauté continue

Tes yeux versent des larmes des caresses des sourires

Tes yeux sont sans secret

Sans limites.

Paul Eluard

CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE


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CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE

Un hiver tout en branches et dur comme un cadavre

Un homme sur un banc dans une rue qui fuit la foule

Et que la solitude comble

Place à l’appareil banal du désespoir

A ses miroirs de plomb

A ses bains de cailloux

A ses statues croupissantes

Place à l’oubli du bien

Aux souvenirs en loques de la vérité

Lumière noire vieil incendie

Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

Un homme qui s’est trompé d’étage de porte de clé

Pour mieux connaître pour mieux aimer

Où commence le paysage

A quelle heure

Où donc se termine la femme

Le soir se pose sur la ville

Le soir rejoint le promeneur dans son lit

Le promeneur nu

Moins gourmand d’un sein vierge

Que de l’étoile informe qui nourrit la nuit
Il y a des démolitions plus tristes qu’un sou
Indescriptibles et pourtant le soleil s’en évade en

chantant
Pendant que le ciel danse et fait son miel
Il y a des murs déserts où l’idylle fleurit
Où le plâtre qui se découd
Berce des ombres confondues
Un feu rebelle un feu de veines
Sous la vague unique des lèvres
Prenez les mains voyez les yeux
Prenez d’assaut la vue

Derrière les palais derrière les décombres

Derrière les cheminées et les citernes

Devant l’homme

Sur l’esplanade qui déroule un manteau de poussière

Traîne de fièvre

C’est l’invasion des beaux jours

Une plantation d’épées bleues

Sous des paupières écloses dans la foule des feuilles

C’est la récolte grave du plaisir

La fleur de lin brise les masques

Les visages sont lavés

Par la couleur qui connaît l’étendue

Les jours clairs du passé

Leurs lions en barre et leurs aigles d’eau pure

Leur tonnerre d’orgueil gonflant les heures

Du sang des aubes enchaînées

Tout au travers du ciel

Leur diadème crispé sur la masse d’un seul miroir

D’un seul cœur

Mais plus bas maintenant profondément parmi les

routes abolies
Ce chant qui tient la nuit
Ce chant qui fait le sourd l’aveugle
Qui donne le bras à des fantômes
Cet amour négateur
Qui se débat dans les soucis
Avec des larmes bien trempées
Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule
Cette harmonie en friche
Cette peuplade qui mendie

Parce qu’elle n’a voulu que de l’or

Toute sa vie intacte

Et la perfection de l’amour.

 

Paul Eluard