TRAIN D’EN FAIRE 


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J’ai voyagé dans ta cage d’escalier en glissant sur la rampe, halluciné par la boule en verre du rez-de-chaussée interdisant toute catatonie. Es-tu Irma, se dit-on au lancement du 7° étage, pour avoir cette envie de lire si profondément en moi ? Tout s’accélère dans la courbe du mi-parcours en un derviche mammaire à perdre l’équilibre. J’ai vu l’aréole en traversant le vignoble bordelais. Il ne m’en reste que l’impression d’avoir vu double. La vitesse approchait du son et le mur avec. Comment ai-je fait pour me retrouver à la place du machiniste, ne me posez plus de questions subalternes, je n’ai d’yeux que pour le tunnel qui grossit à l’orée d’une forêt si touffue que tu te dis si je tamponne ça doit amortir . Aucun lampiste n’agite de lanterne sur la voie, ça va de plus en plus vite. Le phare d’Alexandrie pointe mon bas-ventre faisant surface sans ralentir. De chaque côté de la voie, un panneau clignote Joyce Mansour, tiens j’arrive aux catacombes du Caire me dis-je.

C’est  là que je me suis réveillé, trempé de sueur, dans le lit, la chatte s’était pelotonnée sur mon visage et ronronnait à un rythme de rave partie. Ouvrant les yeux j’ai vu l’oreiller voisin couvert d’un ébouriffement capillaire. L’Atlantique est en période de tempête, sortons doucement, fut la première pensée qui me vint à l’esprit, le train roule en corps et l’air est chargé de projectiles, les averses et les tuiles avec et les branches avec les troncs, ça recommande une conduite attentive. Devant l’établissement scolaire un groupe d’enfants hilares me dit bonjour en se tapant les côtes. Ce n’est que beaucoup plus tard en sortant du cours d’hist-gé que je compris le beau de cette nuit de première fois en découverte du Nil.

Niala-Loisobleu – 18 Octobre 2019

Parole de juillet


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Parole de juillet

 

Mesuré est le lieu des hommes

Et les oiseaux ont reçu le même mais immense !

Immense le jardin où à peine

Séparé de la Mort. (avant qu’elle ne me touche à nouveau

Déguisée) je jouais et tout m’arrivait aisément à hauteur de main.

Le petit cheval de mer ! Et de la bulle fuit l’éclatement !

Le bateau rouge de la mûre sauvage courants profonds des

Feuillages ! Et le mât de misaine plein de drapeaux !

Que m’arrive-t-il à présent ? Mais c’était hier où j’ai existé

Et puis la longue longue vie des inconnus l’inconnue

Soit. Rien qu’en parlant joliment on s’épuise :

Comme le cours de l’eau qui d’une âme à l’autre

tisse les distances.

Et tu te trouves funambulant d’une Galaxie à l’autre

Alors que sous tes pieds grondent les précipices.

Et tu arrives ou non.

Oh premiers élans à peine esquisses sur mes draps. Anges féminins

Qui de là-haut me faisiez signe d’avancer dans toute chose

Puisque même si je tombais de la fenêtre

la mer de nouveau me servirait de monture

L’immense pastèque qu‘ignorant jadis j’ai habitée

Et ces filles de la maison, ces orphelines, à la chevelure défaite qui avec l’Intelligence du vent savait se déployer par-dessus les cheminées !

Une telle harmonie de l’ocre dans le bleu

qui vraiment te trouble

Et les écritures d’oiseaux que le vent pousse par la fenêtre

À l’heure où tu dors poursuivant l’avenir

Le Soleil sait. Il descend en toi pour regarder.

Car l’extérieur n’étant que reflet, c’est dans ton corps que la nature demeure et de la qu’elle se venge

Comme dans une sauvagerie sacrée pareille a celle lion ou de l’Anachorète

Ta propre fleur pousse

que l’on nomme Pensée

(Bien que lettré, j’arrivai de nouveau là où la nage m’a toujours mené)

Mesuré est le lieu des sages

Et let enfants ont reçu le même mais Immense !

Immense la mort sans mois ni siècles

Pas moyen de devenir adulte là-bas

De sorte que dans les mêmes chambres

les mêmes jardins tu retourneras

en tenant la cigale – Zeus qui d’une

Galaxie à l’autre promène ses étés.

 

Odysseus Elytis  ( Les Élégies de la pierre tout-au-bout 1991 )

 

RAIL


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RAIL

 

La bretelle de cet accordéon toujours accrochée au caniveau ça défile

nicotine à la verrière la gare transpire

et largue au métro du rêve raccourci ou interrompu

Les rideaux tirés du couloir trempent du peint beurré dans les remontées de café

Non le coq n’a pas sonné

dans la Manche passe un rail il faut retrouver la chaussure à son pied

Elle a pris l’autre route pour allonger le temps de rester près de lui

Lui la tête dans la fenêtre il lave les carreaux pour voir blanche la traînée de sa mariée

que deux enfants de coeur tiennent en bouquet

En hochant sa crinière le cheval sifflote un air frais avant l’arrivée de grosse chaleur

du haut du phare l’oiseau regarde s’il y a assez de souffle dans la voile.

 

Niala-Loisobleu – 19 Septembre 2019

ARGENTIQUE


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ARGENTIQUE

Tangage en croupe du cheval de trait

Le soc mâchoire serrée tient l’ocre à l’os

Au détour du fusil le chien épaule son flair

Au-dessus du chant ouvert passe un vol d’oies sauvages

J’ai porté ta robe au cintre en pleine inspiration manuelle

Un chanteur à texte passe à l’entracte du ciné de notre quartier de lune

Dressés comme des chiens à l’arrêt tes seins ont prêtés l’oreille au miroir

Exquis mots que j’ai sucé sur la langue ouvrière des prés vers et cause Ma…

Niala-Loisobleu – 17/09/19

LE VIEUX FUSIL


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LE VIEUX FUSIL

 

Sur  le cran d’arrêt d’un retour d’été, au moment choisi par les sarcelles, le brame du cerf va transpirer jusqu’au-delà des passages lunaires

J’sais pas en quoi est Vénus

M’étonnerait que Saturne l’encorne

M’est avis que du fond de la nappe phréatique la chasse a bien cours,  rien qu’à la façon dont le lapin tape du pied, le terrier n’a pas l’air d’avoir envie d’hiverner.

Niala-Loisobleu – 14/09/19

MASCARET


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MASCARET

A la renverse, toute dressée par l’image la mer monte  à mascaret qui, andromorphe, doit sa forme à lui-même en application de son intime pensée

Tête à l’envers  à force d’avaler son odeur

La fleur en tombe d’éthylisme

L’enfant sort son bilboquet, le tend à son père pour apprendre, si attentif que pas un trait ne déborde quand la boule en décrivant son orbe vient se ficher au piquet

La vallée surmontée des plus proches collines a quelque chose d’un Courbet, un soir de printemps au tombé du couchant dans les pommiers

Avec une intensité à couper le souffle, l’émotion fixe le ressenti dans un silence idoine de beauté qui en rejoignant le ventre se loge  aux tripes.

Niala-Loisobleu – 13/09/19

CE MATIN

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer

 

Michel Deguy

CÔMO ES POSIBLE


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CÔMO ES POSIBLE

Une table de toilette, la bassine et son broc, poudre de riz, parfum naturel, sur la chaise une parure encore frémissante, au bas de la porte un vrai chien isole du courant d’air

Les fleurs, un drap de dessus, des traces dessous, le réveil est arrêté au marque-page d’une histoire, un tiroir laisse entrevoir, la fenêtre donne sur le jardin ouvert à la bêche

Roucoulements depuis les géraniums, on entend un remue-ménage dans la cour des poules, le coq égosille

Au loin à la verticale de l’horizon un enfant tire un cerf-volant

On n’aperçoit plus l’Amérique

La mère change l’eau du bébé qui va naître. Un vieil homme garde sa barque au fil des pages de son livre, Ernest laisse tomber la vieille américaine et sers-moi un mojito, quelques feuilles de menthe dans ma route du rhum feront un bon passage pour rendre tout possible.

Niala-Loisobleu – 12/09/19