FUMET D’ENTRAIN (Reprise)


FUMET D’ENTRAIN (Reprise)

Une grande verrière enchevêtrée dans les escarbilles du métal

et voilà l’allaitement de la vapeur qui pssssitttt en gare

La parallèle des rails

entrant dans le tunnel pour dépasser son ombre

Prochain arrêt ma lumière

Assis par terre un grand bassin, un bout de ficelle, du liège en bouchon, un bout de carreau pour le tablier, du papier à pliage (un bateau peut demander l’entrée pour pouvoir en sortir) du trombone, de la craie et plein de petits cailloux. Le mouchoir peut rester au fond de la culotte courte, avec une ficelle on peut nouer sans crainte d’oublier. L’enfant n’oublie rien, il sépare.. Il sait par nature que les bobos c’est un truc à la con qui vient des grands. Lui il a deviné, avant d’être dévié par l’école qui oblige à faire un trait obligatoirement avec une règle, d’instinct que le dessin n’a de vérité qu’à main levée. Il s’en fout et contrefout de mettre un nez au milieu de la figure. Une tête pour lui c’est d’abord un gros ventre posé sur le fil des jambes. Lui il rit comme si pendant qu’il nageait dans sa mère, il avait tout compris en découvrant genre sous-marin comment ça peut tout compliquer un grand. Et pourquoi, se mordre la queue quand chat serre à rien ?

La merde c’est que pour jeter pas pour conserver.

Tiens j’entends siffler l’entrain. Viens mon Coeur on va aller dire bonjour à Jacques.Il a gardé un pas-de-porte au marché aux fleur, parce qu’il n’y a pas d’esclave. D’ailleurs il est pas tout seul à continuer à peindre les mots bien qu’officiellement pour l’état-civil y soit pu de ce monde. Tous les poètes sont immortels.Il peut s’appliquer à se démolir le monde. Les poète sont immortels. Et ils marchent en arrosant le temporel à visage ouvert. Voiles carguées sur la route, semelles de vents aux pieds.

Cours sans répit après ton ombre elle est le wagon de ton convoi.

Et demande-lui de montrer son billet.

Faut pas lui laisser loisir de te frauder le voyage…

Rien ne vaut l’amour qu’on se forge. Ce monde est fait que pour aimer sans s’arrêter au fait qu’il aime personne.

Niala-Loisobleu

27 Aout 2015

oeuvresdelvaux5

LE VASTE MONDE PAR LOUIS ARAGON


LE VASTE MONDE PAR LOUIS ARAGON

Où faut-il qu’on aille
Pour changer de paille
Si l’on est le feu

À moins qu’il ne faille
Si l’on est la paille
Fuir avec le feu

La paille est si tendre
Mais vouloir l’étendre Étendra le feu
Qu’on tente d’étreindre

Or il faut l’éteindre

Le long pour l’un pour l’autre est court
II y a deux sortes de gens
L’une est pour l’eau comme un barrage et l’autre fuit comme l’argent

Le mot-à-mot du mot amour à quoi bon courir à sa suite
Il est resté dans la
Dordogne avec le bruit prompt de la truite
Au détour des arbres profonds devant une maison perchée
Nous avions rêvé tout un jour d’une vie au bord d’un rocher

La barque à l’amarre
Dort au mort des mares
Dans l’ombre qui mue

Feuillards et ramures
La fraîcheur murmure
Et rien ne remue

Sauf qu’une main lasse
Un instant déplace
Un instant pas plus

La rame qui glisse

Sur les cailloux lisses
Comme un roman lu

Si jamais plus tard tu reviens par ce pays jonché de pierres
Si jamais tu revois un soir les îles que fait la rivière
Si tu retrouves dans l’été les bras noirs qu’ont ici les nuits
Et si tu n’es pas seule alors dis-lui de s’écarter dis-lui
De s’é-car-ter le temps de renouer ce vieux songe illusoire
Puis fais porter le mot amour et le reste au brisoir

On a beau changer d’horizon
Le cœur garde ses désaccords
Des gens des gens des gens encore
De toute cette déraison
Il n’est resté que les décors

Elle amenait à la maison
Des paltoquets et des pécores
Je feignais lire
YInprekor
Comme un jour fuit une saison
Il n’est resté que les décors

On a beau changer de poison
Tous les breuvages s’édulcorent
Toutes les larmes s’évaporent
Des fièvres et des guérisons
Il n’est resté que les décors

On a beau changer de prison
On traîne son âme et son corps
Les mois passent marquant le score

De tant d’atroces trahisons
II n’est resté que les décors

Le cœur ce pain que nous brisons
Que les sansonnets le picorent
J’aurais dû partir j’avais tort
Aux lueurs des derniers tisons
Il n’est resté que les décors

À chaque gare de poussière les buffles de cuir bouilli

Les gardes qui font un remuement d’armes et bottes noires

Devant les buffets de piments et d’orgeat

Des femmes sur leurs ballots sombres

Yeux d’olive visages d’huile

Quel est donc ce pays de soif et de bucrânes

Nous roulons sur la terre cuite.
Où sommes-nous

Il n’y a sur la toile énorme qu’un âne et qu’un homme

Une cruche d’ombre un pain bis un oignon

Et le vallonnement uniforme où nous nous éloignons

Le train s’en va comme un caniche
Sous le couchant drapeau de
Catalogne

Primo de
Rivera

En ce temps-là dans les hôtels les domestiques

Surveillaient les voyageurs par le trou de la serrure

Afin que tout fût bien selon l’Église

Dans les premiers froids de
Madrid
J’habitais la
Puerta del
Sol
Cette place comme un grand vide
Attendait quelque nouveau
Cid
Dont le manteau jonchât le sol
Et recouvrît ces gueux sordides
Qu’on jette aux mendiants l’obole
Montrez-moi le peuple espagnol

Primo de
Rivera

Il y avait au
Prado ce qui ne se montrait pas dans
J’ai reconnu le garçon d’hôtel espionnant à la porte
Dans un dessin de
Goya

Ce peintre apprend mieux que personne
L’Espagne et son colin-maillard
Mais par-dessus tout il m’étonne
Me serre le cœur et lui donne
Le secret de ce cauchemar
Par cette épouvante d’automne

Dans un tableau fait sur le tard
Le grand goudron de
Gibraltar

Primo de
Rivera

J’ai parcouru les sierras
Où la procession des villes se lamente
Tolède
Ségovie
Avila
Salamanque
Alcala de
Henarès

Passant les bourgs de terre cuite
Les labours perchés dans les airs
Sur un chemin qui fait des huit
Comme aux doigts maigres des jésuites
Leur interminable rosaire
Le vent qui met les rois en fuite
Fouette un bourricot de misère
Vers l’Escorial-au-Désert

Primo de
Rivera

Une halte de chemin de fer à mi-route entre l’hiver et l’été

Entre la
Castille et l’Andalousie

À l’échiné des monts à la charnière sarrasine

Un jeune aveugle a chanté

D’où se peut-il qu’un enfant tire
Ce terrible et long crescendo
C’est la plainte qu’on ne peut dire
Qui des entrailles doit sortir
La nuit arrachant son bandeau
C’est le cri du peuple martyr
Qui vous enfonce dans le dos
Le poignard du cante jondo

Primo de
Rivera
Primo de
Rivera
Primo de
Rivera

ô bruit des wagons dans la montagne bruit des roues
Et tout à coup c’est le mois d’août
Un souffle sort on ne sait d’où
L’odeur douce des fleurs d’orange

Le grand soir maure de
Cordoue

Qu’au son des guitares nomades
La gitane mime l’amour
Les cheveux bleuis de pommade
L’œil fendu de
Schéhérazade
Et le pied de
Boudroulboudour

Il se fait soudain dans
Grenade
Que saoule une nuit de vin lourd
Un silence profond et sourd

Primo de
Rivera

Le verre est par terre
Un sang coule coule
Dommage le vin
Du bon vin
Lorca
Lorquito
Lorca c’était du vin rouge
Du bon vin gitan

Qui vivra verra le temps roule roule
Qui vivra verra quel sang coulera
Quand il sera temps
Sans parler du verre
Qui vivra verra

Il se fait soudain dans
Grenade
Que saoule une nuit de sang lourd
Une terrible promenade

Il se fait soudain dans
Grenade
Un grand silence de tambours

Louis Aragon

EL MUNDO AMPLIO
POR LOUIS ARAGON


A donde vamos
Para cambiar la pajita
Si somos fuego

A menos que haya una necesidad
Si somos la paja
Huye con fuego

La pajita es tan tierna
Pero querer esparcirlo esparcirá el fuego
Que intentamos abrazar

Pero debe estar apagado

El largo el uno para el otro es corto
Hay dos tipos de personas
Uno es para agua como una presa y el otro gotea como dinero

La palabra por palabra de la palabra amor, ¿de qué sirve correr tras ella?
Se quedó en el
Dordoña con el rápido sonido de la trucha
Alrededor de los árboles profundos frente a una casa encaramada
Habíamos soñado todo un día con una vida al borde de una roca

El barco en el amarre
Duerme en la muerte de los estanques
En la sombra que cambia

Correas y astas
La frescura susurra
Y nada se mueve

Excepto que una mano cansada
Un momento se mueve
Un momento no mas

El remo que se desliza

Sobre guijarros lisos
Como una novela leída

Si alguna vez más tarde vuelves por esta tierra sembrada de piedras
Si alguna vez vuelves a ver las islas que el río hace una noche
Si encuentras en verano los brazos negros que aquí tienen las noches
Y si no estás solo, dile que se haga a un lado, dile
Para tomarse el tiempo para renovar este viejo sueño ilusorio
Entonces lleva la palabra amor y el resto al breaker

Podemos cambiar nuestro horizonte
El corazón guarda sus desacuerdos
Gente, gente, gente, todavía
De toda esta sinrazón
Solo quedaron las decoraciones

Ella trajo a casa
Paltoquets y pecores
Fingí leer
YInprekor
Como un día huye de una estación
Solo quedaron las decoraciones

Podemos cambiar el veneno
Todas las bebidas están endulzadas.
Todas las lagrimas se evaporan
Fiebres y curas
Solo quedaron las decoraciones

Podemos cambiar las cárceles
Arrastramos nuestra alma y nuestro cuerpo
Pasan los meses anotando el puntaje

De tantas traiciones atroces
Solo quedaron las decoraciones

El corazón este pan que partimos
Que le picoteen los estorninos
Debí haberme ido, estaba equivocado
A la luz de las últimas brasas
Solo quedaron las decoraciones

Búfalos de cuero hervidos en cada estación de polvo

Los guardias que mueven brazos y botas negras

Frente a los bufés de chile y cebada

Mujeres en sus bultos oscuros

Rostros de aceite de ojos de oliva

¿Qué es este país de sed y bucrânes?

Estamos rodando sobre terracota.
Dónde estamos

Solo hay un burro y un hombre en el enorme lienzo

Una jarra de sombra, un pan moreno y una cebolla.

Y el uniforme ondulando donde nos alejamos

El tren va como un caniche
Bajo la bandera del atardecer de
Cataluña

Primero de
Rivera

A esa hora en los hoteles los criados

Viajeros observados a través del ojo de la cerradura

Para que todo salga bien según la Iglesia

En el primer resfriado de
Madrid
Yo viví ahí
Puerta del
Suelo
Este lugar como un gran vacío
Estaba esperando algo nuevo
Cid
Cuyo manto esparcido por el suelo
Y cubrió a estos sórdidos mendigos
Que arrojamos a los mendigos el obol
Muéstrame a los españoles

Primero de
Rivera

Había en
Prado lo que no se mostró en
Reconocí al chico del hotel espiando en la puerta
En un dibujo de
Goya

Este pintor aprende mejor que nadie
España y su encuesta de ciegos
Pero sobre todo me asombra
Sostén mi corazón y dalo
El secreto de esta pesadilla
Por este terror de otoño

En una pintura hecha tarde
El gran alquitrán de
Gibraltar

Primero de
Rivera

He recorrido las sierras
Donde la procesión de las ciudades llora
Toledo
Segovia
Ávila
Salamanca
Alcalá de
Henares

Pasando los pueblos de terracota
Arando encaramado en el aire
En un camino que hace ocho
Como los delgados dedos de los jesuitas
Su rosario interminable
El viento que hace volar a los reyes
Batir un burro de la miseria
Hacia Escorial-au-Désert

Primero de
Rivera

Una parada de tren a medio camino entre el invierno y el verano.

Entre aquí
Castilla y andalucía

En la parte posterior de las montañas en la bisagra sarracena

Un joven ciego cantó

¿De dónde puede sacar un niño?
Este terrible y largo crescendo
Esta es la denuncia que no se puede decir
Quien de las entrañas debe salir
La noche se arranca la venda de los ojos
Es el grito del pueblo martirizado
Que te empuja por la espalda
La daga del cante jondo

Primero de
Rivera
Primero de
Rivera
Primero de
Rivera

oh sonido de los carros en la montaña sonido de las ruedas
Y de repente es agosto
Un aliento sale de quien sabe de donde
El dulce olor de los azahares

La gran velada morisca de
Córdoba

Que al son de las guitarras nómadas
La gitana imita el amor
Cabello azulado con pomada
El ojo de hendidura de
Scheherazade
Y el pie de
Boudroulboudour

De repente sucede en
Granada
Que bebió una noche de vino pesado
Un silencio profundo y amortiguado

Primero de
Rivera

El vaso esta en el piso
La sangre esta fluyendo
Que mal el vino
Buen vino
Lorca
Lorquito
Lorca era vino tinto
Buen vino gitano

Quién vivirá verá rollos de tiempo
Quién vivirá verá qué sangre fluirá
Cuando es el momento
Sin mencionar el vaso
El tiempo lo dirá

De repente sucede en
Granada
Ese borracho una noche

ONDE SENSUELLE PAR MATTHIEU CHEDID


ONDE SENSUELLE PAR MATTHIEU CHEDID

Oh-oh-oh Oh
Oh-oh-oh Oh

J’entends encore l’onde sensuelle
De ta bouche sur la mienne

C’était si fort, c’était si beau
La philosophie de ton souffle entre des mots

Les plumes volent encerclées par tes ondes
Mes habits collent, faut que je m’inonde
Mais je n’sais plus où donner du crâne
Ça n’répond plus, j’attends la panne
Comment t’atteindre?

Mais comment t’atteindre, onde sensuelle?
Toi qui me donnes des ailes
Pourrai-je te rendre, un jour, éternelle?
Pour nous lier jusqu’au ciel

Oh-oh-oh Oh
Oh-oh-oh Oh

Tes doubles sens si romantiques
M’ont troublé, onde magique
Y a-t-il un sens à ta venue?
As-tu un nom? Moi non plus
Mais comment t’atteindre? Ouais

Mais comment t’atteindre, onde sensuelle?
Toi qui me donnes des ailes
Pourrai-je te rendre, un jour, éternelle?
Pour nous lier jusqu’au ciel

Oh-oh-oh Oh
Oh-oh-oh Oh

Mais comment t’atteindre, onde sensuelle?
Toi qui me donnes des ailes
Comment t’atteindre, onde sensuelle?
Toi qui me donnes des ailes

J’APPELLE ROBERT


J’APPELLE ROBERT

Arrivé à quai, essoufflé à force de chercher à rejoindre la voie hôte

en corps tremblant

je me vois penché à la surface de la rivière

Narcisse dans ses eaux

d’un même cri appelant Robert le Joker de l’animateur

en demandant au cygne de me rendre

ma place au lit

Robert balance entre deux

c’est du lourd déclare l’oiseau

et finit par passer la tête à la bretelle

tout sourire

s’avance aux demains.

Niala-Loisobleu – 10 Juin 2021

DOS A DO


DOS A DO

Les marches étirent la perspective ouverte des escaliers sur l’illimité du large

Calme est la mer au bord de sa volée principale

L’ombre dans sa diagonale montre le doigt qui ne précède pas

J’ai laissé mon mauvais côté pétrifié au sein du chant des mines désagréables pour le diapason

Quand je suis allé ouvrir l’atelier La Chaume en sortant du lit me tendait ses seins avec son ventre herbu tout découvert pour que je sache quelle Femme je devais peindre tout à l’heure. La vertu qui ne se met pas en devanture comme un produit. La fondation du puits

Le cintre porté par les colonnes en mettant la rue en arcades tient la plume à l’abri des coulures d’ancre.

Niala-Loisobleu – 7 Mai 2021

SYBILLE TRAME OUAIS


SYBILLE TRAME OUAIS

A chanvre noué un ciel se toile paral’Elle

Que la grande caténaire balaie de l’hanche de la baie

A la crique des tamaris

J’ai retenu la paix de son regard

Quand le bombé de son corps est venu s’aplatir au mien sans rien perdre de sa part d’orgueil

Chose que je n’avais peint jusqu’alors

La pluie gifle l’éteint d’une peau morte au tournant du chemin

Je Muse

Ces blancheurs au feu ardent encadrent la tige du pinceau

Irradiant de tâches de rousseurs les ocres siennes d’un sang gonflant les lèvres

Je pressens dans la grâce de son geste un certain soleil s’accrocher en tête de rame

Je n’ai pas interrogé l’horaire ni les gares d’arrêt, je roule l’en vie à la main à l’horizon de la prochaine toile.

Niala-Loisobleu – 6 Mai2021

DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 3


DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 3

Le dos tourné aux serres des vautours nantais, j’allais bien qu’éveillé sur la réalité présente, dans l’évasion provoquée d’un premier Mai selon moi, le rêveur con testataire d’un idéal amoureux au concept que tout fait rêver en libido si on fait pas une fixation sur la texture du matelas

Ainsi fuyant les bitumes cancérigènes, j’allais à cette réserve personnelle où trouver dans l’assemblage humide des pores du champ pignon et des urines de renardeaux en période d’apprentissage les vestiges du muguet porte-bonheur. Antique coutume de chasse à la scoumoune où on mettait des clochettes au gland pour franchir l’hymen du mois le plus évolutionnaire

Ainsi retrouvant la couleur du plumage de mes oiseaux, le battement du garenne allié au castor, le touffu des crinières et ce brame transporteur qui fait fuir les blaireaux j’installais mon bivouac dans ta clairière

Ô Sybille porte-parole d’un jour à fêter du bouquet que tu diffuses.

Niala-Loisobleu – 1er Mai 2021

DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 1


DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 1

Quelque soit le temps

toujours le roulement de ton train sur les rails de l’espace

tacata de paroles de silence traversé de jeux de lumières

des troupeaux le berger avec son chien est le seul qui soit visible

L’étalage retenu en quarantaine

sans rien sur le corps laisse l’haleine pour se couvrir

mais l’oeil a son trépan que la sensibilité actionne

La surréalité sans laquelle rien des auteurs ne s’écrirait abolit le non transit

ils se traversent en parallèle de leur voie faire et

sans frustration ordinaire des caténaires qu’aucun problème hydraulique n’écluse

Sybille a tout révélé à Paul dès sa première fois

après qu’elle ait vu sa véritable identité et senti qu’on ne dépasse ses manques quand les montant à cru et non en Amazon

L’home branchu de l’oiseau tient porte-ouverte et l’être somnambule vêtu de noir se détourne.

Niala-Loisobleu – 29 Avril 2021

Jacques Ancet, Silence corps chemin


Jacques Ancet, Silence corps chemin

« La beauté n’est pas une réponse : une blessure simplement comme une source inépuisable ». Jacques Ancet, Sous la montagne

La notoriété de Jacques Ancet comme traducteur émérite des grands poètes espagnols, (Gamoneda, Valente, Saint Jean de la Croix,…), a un peu recouvert sa propre œuvre poétique d’une fine mousse de séparation.

Pourtant il aura lui aussi témoigné hautement de la poésie comme « art de la mémoire, donc aussi de l’oubli ». Au-delà de l’imperceptible des mots, des choses fuyantes, les gouttes de ses vers coulent sur les vitres du monde. Ils sont autant de signes invisibles pour accroître notre écoute de la vie. C’est là. Ça n’a pas d’images.

C’est un souffle dans les heures,

un instant comme arrêté,

on ne sait pas, presque rien.

Un vide sous les visages,

sous les gestes quelque chose

qui vacille : ombre ou mémoire.

Un silence qu’on écoute

avec toujours ce qui parle

sans un mot, ce qui se tait. ( L’Imperceptible, 1996)

Sa poésie est une attente aux bords du silence, quelque chose va enfin venir que l’on ne sait pas. Dans ce monde incertain, entre chien et loup et homme contre homme, quelque lumière sourd lentement de ses poèmes qui semblent être en suspension :

« La lumière suffirait-elle ? Les ombres sont plus nettes, les couleurs plus vives, mais ce qui vient ressemble à la tempête. Peu importe. Je ne vois pas plus loin que le bout d’un instant qui sans cesse m’échappe, sans cesse m’appelle. C’est pourquoi je suis perdu. Entre la montagne et la tasse, le ronflement de la pelleteuse et le craquement du radiateur. Entre ce que je vais dire et ce que je dis. Entre le regard et les choses, le matin et le soir. Entre, toujours. Entre les mots comme entre les pierres du torrent. Entre ton corps et le mien, entre ma vie et ma mort. » Chronique d’un égarement (2003-2006, inédit).

Jacques Ancet définit lui-même parfaitement sa poésie comme envers de l’invisible :

« Et écrire, ce désir à chaque fois de réparer l’imperceptible accroc ? De recueillir dans un léger tissage des paroles ces figures éparses du devenir et les rendre un instant solidaires. De telle sorte que recouvert, effacé par l’afflux de mots, le monde finirait par venir y renaître, surgissant de ce mouvement même qui d’abord l’a annulé et qui, maintenant, lui offre cette vivacité dont jusque-là il paraissait privé. Oui, écrire ce serait d’abord cela : s’asseoir pour voir se lever le monde dans le jour du langage. Et, d’une voix presque muette — d’un souffle engendré par les mots et qui les porte —, ne cesser de célébrer cette beauté, répétant comme une prière muette cette phrase si simple de Beckett : « Je regarde passer le temps et c’est si beau » ( Un homme assis et qui regarde).

Ce souffle engendré au bord des portes de l’ailleurs est étrange et simple :

Là aussi devant le soir qui tombe

collines bleues brume et

les mots peu à peu deviennent sombres

on croit deviner que c’est à cause

de ce qui s’en va du noir qui vient

pourtant c’est autre chose la lampe

fait de l’ombre les murs se resserrent

on écoute le bruit de la voix

elle s’approche on la reconnaît. (N’importe où,1998)

Ce n’est pas une angoisse aux aguets comme chez Pierre Reverdy, mais une écoute attentive des bruits secrets du monde. Guillevic disait ceci :

« Des poèmes qui montent

Et qui s’enfoncent,

Vont quelque part,

Qui sait où ? »
Les poèmes de Jacques Ancet vont dans cet « empire intermédiaire de l’adieu ».

Le sens coule comme rosée et sourit aux nuages. Rien ne nous est dû ici-bas, tout est donné comme un nouveau matin, une nuit en soie. Et dans l’épiphanie de la transparence, les mots de Jacques Ancet ruissellent. Musique montant comme lierre sur les murs des jours, se lovant dans l’air, les proses ou les vers de Jacques Ancet viennent prendre place imperceptiblement dans nos mémoires. Ils tentent d’occuper pleinement le vide.

« On appelle/mais sans la bouche, d’un petit coin/quelque part entre mémoire et corps ».

Suspension, silences portés à bout de mots, infinie patience autorisant toutes les vagues du ressassement, l’écriture de Jacques Ancet est hantée par les remous du temps, par le poids lourd de l’indicible. Dans ce chuchotement permanent quelqu’un nous écoute : « là comme un souffle entre deux instants ».

Une haleine fraternelle se mélange aux buées de nos doutes.

Comme si

au verdict de chaque instant

répondait un signe invisible.

Ou qu’il suffisait d’un mot

pour que tout ne soit qu’un seul

éclat, la chambre, le monde.

(L’imperceptible)

Des doutes également de l’auteur:

« J’écris, je n’écris pas, je crie en silence à travers ce silence » (L’incessant).

Jacques Ancet (Esprits Nomades)