AUX CLAIES


AUX CLAIES

L’énigme ouverte

le grain donne du fruit

par l’interstice avancé

Quelques pas se projettent à l’écart du mur

Ces troncs fécondent en corps de quoi cueillir la haute-vague de l’enfilade

et sur la table le miroir te montre à l’image de la toile avenir.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

J’APPELLE ROBERT


J’APPELLE ROBERT

Arrivé à quai, essoufflé à force de chercher à rejoindre la voie hôte

en corps tremblant

je me vois penché à la surface de la rivière

Narcisse dans ses eaux

d’un même cri appelant Robert le Joker de l’animateur

en demandant au cygne de me rendre

ma place au lit

Robert balance entre deux

c’est du lourd déclare l’oiseau

et finit par passer la tête à la bretelle

tout sourire

s’avance aux demains.

Niala-Loisobleu – 10 Juin 2021

DOS A DO


DOS A DO

Les marches étirent la perspective ouverte des escaliers sur l’illimité du large

Calme est la mer au bord de sa volée principale

L’ombre dans sa diagonale montre le doigt qui ne précède pas

J’ai laissé mon mauvais côté pétrifié au sein du chant des mines désagréables pour le diapason

Quand je suis allé ouvrir l’atelier La Chaume en sortant du lit me tendait ses seins avec son ventre herbu tout découvert pour que je sache quelle Femme je devais peindre tout à l’heure. La vertu qui ne se met pas en devanture comme un produit. La fondation du puits

Le cintre porté par les colonnes en mettant la rue en arcades tient la plume à l’abri des coulures d’ancre.

Niala-Loisobleu – 7 Mai 2021

SYBILLE TRAME OUAIS


SYBILLE TRAME OUAIS

A chanvre noué un ciel se toile paral’Elle

Que la grande caténaire balaie de l’hanche de la baie

A la crique des tamaris

J’ai retenu la paix de son regard

Quand le bombé de son corps est venu s’aplatir au mien sans rien perdre de sa part d’orgueil

Chose que je n’avais peint jusqu’alors

La pluie gifle l’éteint d’une peau morte au tournant du chemin

Je Muse

Ces blancheurs au feu ardent encadrent la tige du pinceau

Irradiant de tâches de rousseurs les ocres siennes d’un sang gonflant les lèvres

Je pressens dans la grâce de son geste un certain soleil s’accrocher en tête de rame

Je n’ai pas interrogé l’horaire ni les gares d’arrêt, je roule l’en vie à la main à l’horizon de la prochaine toile.

Niala-Loisobleu – 6 Mai2021

DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 3


DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 3

Le dos tourné aux serres des vautours nantais, j’allais bien qu’éveillé sur la réalité présente, dans l’évasion provoquée d’un premier Mai selon moi, le rêveur con testataire d’un idéal amoureux au concept que tout fait rêver en libido si on fait pas une fixation sur la texture du matelas

Ainsi fuyant les bitumes cancérigènes, j’allais à cette réserve personnelle où trouver dans l’assemblage humide des pores du champ pignon et des urines de renardeaux en période d’apprentissage les vestiges du muguet porte-bonheur. Antique coutume de chasse à la scoumoune où on mettait des clochettes au gland pour franchir l’hymen du mois le plus évolutionnaire

Ainsi retrouvant la couleur du plumage de mes oiseaux, le battement du garenne allié au castor, le touffu des crinières et ce brame transporteur qui fait fuir les blaireaux j’installais mon bivouac dans ta clairière

Ô Sybille porte-parole d’un jour à fêter du bouquet que tu diffuses.

Niala-Loisobleu – 1er Mai 2021

DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 1


DE LA SYBILLE DE PAUL A TON JARDIN 1

Quelque soit le temps

toujours le roulement de ton train sur les rails de l’espace

tacata de paroles de silence traversé de jeux de lumières

des troupeaux le berger avec son chien est le seul qui soit visible

L’étalage retenu en quarantaine

sans rien sur le corps laisse l’haleine pour se couvrir

mais l’oeil a son trépan que la sensibilité actionne

La surréalité sans laquelle rien des auteurs ne s’écrirait abolit le non transit

ils se traversent en parallèle de leur voie faire et

sans frustration ordinaire des caténaires qu’aucun problème hydraulique n’écluse

Sybille a tout révélé à Paul dès sa première fois

après qu’elle ait vu sa véritable identité et senti qu’on ne dépasse ses manques quand les montant à cru et non en Amazon

L’home branchu de l’oiseau tient porte-ouverte et l’être somnambule vêtu de noir se détourne.

Niala-Loisobleu – 29 Avril 2021

Jacques Ancet, Silence corps chemin


Jacques Ancet, Silence corps chemin

« La beauté n’est pas une réponse : une blessure simplement comme une source inépuisable ». Jacques Ancet, Sous la montagne

La notoriété de Jacques Ancet comme traducteur émérite des grands poètes espagnols, (Gamoneda, Valente, Saint Jean de la Croix,…), a un peu recouvert sa propre œuvre poétique d’une fine mousse de séparation.

Pourtant il aura lui aussi témoigné hautement de la poésie comme « art de la mémoire, donc aussi de l’oubli ». Au-delà de l’imperceptible des mots, des choses fuyantes, les gouttes de ses vers coulent sur les vitres du monde. Ils sont autant de signes invisibles pour accroître notre écoute de la vie. C’est là. Ça n’a pas d’images.

C’est un souffle dans les heures,

un instant comme arrêté,

on ne sait pas, presque rien.

Un vide sous les visages,

sous les gestes quelque chose

qui vacille : ombre ou mémoire.

Un silence qu’on écoute

avec toujours ce qui parle

sans un mot, ce qui se tait. ( L’Imperceptible, 1996)

Sa poésie est une attente aux bords du silence, quelque chose va enfin venir que l’on ne sait pas. Dans ce monde incertain, entre chien et loup et homme contre homme, quelque lumière sourd lentement de ses poèmes qui semblent être en suspension :

« La lumière suffirait-elle ? Les ombres sont plus nettes, les couleurs plus vives, mais ce qui vient ressemble à la tempête. Peu importe. Je ne vois pas plus loin que le bout d’un instant qui sans cesse m’échappe, sans cesse m’appelle. C’est pourquoi je suis perdu. Entre la montagne et la tasse, le ronflement de la pelleteuse et le craquement du radiateur. Entre ce que je vais dire et ce que je dis. Entre le regard et les choses, le matin et le soir. Entre, toujours. Entre les mots comme entre les pierres du torrent. Entre ton corps et le mien, entre ma vie et ma mort. » Chronique d’un égarement (2003-2006, inédit).

Jacques Ancet définit lui-même parfaitement sa poésie comme envers de l’invisible :

« Et écrire, ce désir à chaque fois de réparer l’imperceptible accroc ? De recueillir dans un léger tissage des paroles ces figures éparses du devenir et les rendre un instant solidaires. De telle sorte que recouvert, effacé par l’afflux de mots, le monde finirait par venir y renaître, surgissant de ce mouvement même qui d’abord l’a annulé et qui, maintenant, lui offre cette vivacité dont jusque-là il paraissait privé. Oui, écrire ce serait d’abord cela : s’asseoir pour voir se lever le monde dans le jour du langage. Et, d’une voix presque muette — d’un souffle engendré par les mots et qui les porte —, ne cesser de célébrer cette beauté, répétant comme une prière muette cette phrase si simple de Beckett : « Je regarde passer le temps et c’est si beau » ( Un homme assis et qui regarde).

Ce souffle engendré au bord des portes de l’ailleurs est étrange et simple :

Là aussi devant le soir qui tombe

collines bleues brume et

les mots peu à peu deviennent sombres

on croit deviner que c’est à cause

de ce qui s’en va du noir qui vient

pourtant c’est autre chose la lampe

fait de l’ombre les murs se resserrent

on écoute le bruit de la voix

elle s’approche on la reconnaît. (N’importe où,1998)

Ce n’est pas une angoisse aux aguets comme chez Pierre Reverdy, mais une écoute attentive des bruits secrets du monde. Guillevic disait ceci :

« Des poèmes qui montent

Et qui s’enfoncent,

Vont quelque part,

Qui sait où ? »
Les poèmes de Jacques Ancet vont dans cet « empire intermédiaire de l’adieu ».

Le sens coule comme rosée et sourit aux nuages. Rien ne nous est dû ici-bas, tout est donné comme un nouveau matin, une nuit en soie. Et dans l’épiphanie de la transparence, les mots de Jacques Ancet ruissellent. Musique montant comme lierre sur les murs des jours, se lovant dans l’air, les proses ou les vers de Jacques Ancet viennent prendre place imperceptiblement dans nos mémoires. Ils tentent d’occuper pleinement le vide.

« On appelle/mais sans la bouche, d’un petit coin/quelque part entre mémoire et corps ».

Suspension, silences portés à bout de mots, infinie patience autorisant toutes les vagues du ressassement, l’écriture de Jacques Ancet est hantée par les remous du temps, par le poids lourd de l’indicible. Dans ce chuchotement permanent quelqu’un nous écoute : « là comme un souffle entre deux instants ».

Une haleine fraternelle se mélange aux buées de nos doutes.

Comme si

au verdict de chaque instant

répondait un signe invisible.

Ou qu’il suffisait d’un mot

pour que tout ne soit qu’un seul

éclat, la chambre, le monde.

(L’imperceptible)

Des doutes également de l’auteur:

« J’écris, je n’écris pas, je crie en silence à travers ce silence » (L’incessant).

Jacques Ancet (Esprits Nomades)

AVANT POUR APRES


AVANT POUR APRES

Tôt levé Delvaux a appelé le premier taxi-chameau en stationnement à la station en bas de son hôtel

Pour profiter du silence et des pyramides, il faut partir avant le premier autocar

Ainsi en s’y prenant comme il faut on peut même surprendre le Sphinx encore endormi

Mais …

Dans le cadre de fenêtre, c’est fou ce que c’est agréable de voir une femme seulement accompagnée d’une association corporelle à la beauté de la chose. Evidemment ça dure le temps qu’il y en ait un qui demande quelle chose

Le beau s’effondre comme un soufflé dès qu’on lui demande où on l’a acheté

C’est le danger de la question

J’ai peur de la femme qui sort du lit, dans le plus simple appareil, traverse la chambre voluptueuse, jusqu’à la cuisine et parvenue à toi dit bonjour, je sais pas quoi mettre aujourd’hui.

Niala-Loisobleu – 19 Avril 2021

NOEUD FERROVIAIRE


NOEUD FEROVIAIRE

Au loin le cow-boy siffle avec entrain

les mots emballent d’extérieur

la vérité parle dedans une fois le bolduc dénoué

Là sur le quai fleuri du rêve amoureux en jardinières

les porteurs d’ô dessèchent la traversée du chameau en balisant de mottes rousses et brunes la morne plaine.

Finir de nettoyer le jardin

et revenir à l’Amandaie pour signer.

Niala-Loisobleu – 15 Avril 2021

L’ECLUSE DU PASSAGE A NIVEAU


L’ECLUSE DU PASSAGE A NIVEAU

A gué le tunnel perce-oreille sort un son

de l’odeur d’herbe non-coupée qui ricoche entre rails et traverses

d’un retour aux mors du cheval aux haras

sans que l’apporte couine

elle avance dans sa robe sanguine en faisant sauter la couleur du chat peau

en menstrues laissées comme mue

Il attend devant la barrière la sortie de l’oiseau pour lever son drapeau

voie en corps tremblante à la fourche que le premier lance la pierre à fusil

Dans un frémissement matinal les pâquerettes sautent de la culotte de l’hiver plus que chiennes

après le rebondissement des balles

Slip in couche être

Entrain de nuit

roulant les airs en rotatifs moulinets de verge comme un hospodar ébranlant les fantasmes des tranchées de Guillaume à peaux non-linéaires.

Niala-Loisobleu – 14 Avril 2021