MA QUÊTE


MA QUÊTE

Remonter les pieds du cul-de-jatte à l’échelle couchée

l’avoine au cheval éventré de Guernica, l’huile à la lampe vacillante du jour sans

cette larme de terre que l’ocre patine remise à l’essieu du clin malicieux

en corps aux doigts fatigués de ramer ne laisser de la chaîne que l’esprit de succession libéré de galère

puis à la goutte épuisée de l’âne qui n’en peut plus de tourner la noria des seins secs remplir les sauts de vigueur

aussi d’oiseaux lacustres ajoutés, border le caniveau du tari

et quant à Nous

chanter d’un arbre à l’autre de l’allée en apprenant à l’enfant où il peut vouloir aller en dehors de toute servitude…

Niala-Loisobleu – 13 Novembre 2020

HYMNE


Picasso

HYMNE

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Amour qui voles dans les nues,
Baisers blancs, fuyant sur l’azur,
Et qui palpites dans les mues,
Au nid sourd des forêts émues ;

Qui cours aux fentes des vieux murs,
Dans la mer qui de joie écume,
Au flanc des navires, et sur
Les grandes voiles de lin pur ;

Amour sommeillant sur la plume
Des aigles et des traversins,
Que clame la sibylle à Cume,
Amour qui chantes sur l’enclume ;

Amour qui rêves sur les seins
De Lucrèce et de Messaline,
Noir dans les yeux des assassins,
Rouge aux lèvres des spadassins ;

Amour riant à la babine
Des dogues noirs et des taureaux,
Au bout de la patte féline
Et de la rime féminine ;

Amour qu’on noie au fond des brocs
Ou qu’on reporte sur la lune,
Cher aux galons des caporaux,
Doux aux guenilles des marauds ;

Aveugle qui suis la fortune,
Menteur naïf dont les leçons
Enflamment, dans l’ombre opportune,
L’oreille rose de la brune ;

Amour bu par les nourrissons
Aux boutons sombres des Normandes ;
Amour des ducs et des maçons,
Vieil amour des jeunes chansons ;

Amour qui pleures sur les brandes
Avec l’angélus du matin,
Sur les steppes et sur les landes
Et sur les polders des Hollandes ;

Amour qui voles du hautain
Et froid sourire des poètes
Aux yeux des filles dont le teint
Semble de fleur et de satin ;

Qui vas, sous le ciel des prophètes,
Du chêne biblique au palmier,
De la reine aux anachorètes,
Du coeur de l’homme au coeur des bêtes ;

De la tourterelle au ramier,
Du valet à la demoiselle,
Des doigts du chimiste à l’herbier,
De la prière au bénitier ;

Du prêtre à l’hérétique belle,
D’Abel à Caïn réprouvé ;
Amour, tu mêles sous ton aile
Toute la vie universelle !

Mais, ô vous qui m’avez trouvé,
Moi, pauvre pécheur que Dieu pousse
Diseur de Pater et d’Ave,
Sans oreiller que le pavé,

Votre présence me soit douce.

Germain Nouveau

Extrait de:  La doctrine de l’amour (1881)


LANTERNE MAGIQUE DE PICASSO

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Pablo Picasso
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LANTERNE MAGIQUE DE PICASSO

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la

fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le
quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant

La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon dans le vent La folle terreur du piège dans un regard d’oiseau L’absurde hennissement d’un
cheval décousu La musique impossible des mules à grelots Le taureau mis à mort couronné de chapeaux La jambe jamais pareille d’une rousse endormie et la

très grande oreille de ses moindres soucis Le mouvement perpétuel attrapé à la main L’immense statue de pierre d’un grain de sel marin La joie de chaque jour et
l’incertitude de mourir et le fer

de l’amour dans la plaie d’un sourire La plus lointaine étoile du plus humble des chiens Et salé sur une vitre le tendre goût du pain La ligne de chance perdue et retrouvée
brisée et redressée parée des haillons bleus de la nécessité

L’étourdissante apparition d’un raisin de Malaga sur

un gâteau de riz Un homme dans un bouge assommant à coups de rouge

le mal du pays Et la lueur aveuglante d’un paquet de bougies Une fenêtre sur la mer ouverte comme une huître Le sabot d’un cheval le pied nu d’une ombrelle La grâce incomparable
d’une tourterelle toute seule

dans une maison très froide Le poids mort d’une pendule et ses moments perdus Le soleil somnambule qui réveille en sursaut au milieu de la nuit la Beauté somnolente et soudain
éblouie qui jette sur ses épaules le manteau de la cheminée et l’entraîne avec lui dans le noir de fumée masquée de blanc d’Espagne et vêtue de papiers
collés Et tant de choses encore

Une guitare de bois vert berçant l’enfance de l’art Un ticket de chemin de fer avec tous ses bagages La main qui dépayse un visage qui dévisage un paysage L’écureuil
caressant d’une fille neuve et nue Splendide souriante heureuse et impudique Surgissant à l’improviste d’un casier à bouteilles ou d’un casier à musique comme une panoplie de
plantes vertes vivaces et phalliques Surgissant elle aussi à l’improviste du tronc pourrissant D’un palmier académique nostalgique et désespérément vieux beau comme
l’antique Et les cloches à melon du matin brisées par le cri d’un

journal du soir Les terrifiantes pinces d’un crabe émergeant des dessous d’un panier La dernière fleur d’un arbre avec les deux gouttes

d’eau du condamné Et la mariée trop belle seule et abandonnée sur le diva

cramoisi de la jalousie par la blême frayeur de ses premiers maris

Et puis dans un jardin d’hiver sur le dossier d’un trône une chatte en émoi et la moustache de sa queue sous les narines d’un roi

La chaux vive d’un regard dans le visage de pierre d’une vieille femme assise près d’un panier d’osier

Et crispées sur le minium tout frais du garde-fou d’un phare tout blanc les deux mains bleues de froid d’un Arlequin errant qui regarde la mer et ses grands chevaux dormant dans le soleil
couchant et puis qui se réveillent les naseaux écu-mants les yeux phosphorescents affolés par la lueur du phare et ses épouvantables feux tournants

Et l’alouette toute rôtie dans la bouche d’un mendiant

Une jeune infirme folle dans un jardin public qui souriant d’un sourire déchiré mécanique en berçant dans ses bras un enfant léthargique trace dans la poussière de
son pied sale et nu la silhouette du père et ses profils perdus et présente aux passants son nouveau-né en loques Regardez donc mon beau regardez donc ma belle ma merveille des
merveilles mon enfant naturel d’un côté c’est un garçon et de l’autre c’est une fille tous les matins il pleure mais tous les soirs je la console et je les remonte comme une
pendule

Et aussi le gardien du square fasciné par le crépuscule

La vie d’une araignée suspendue à un fil

L’insomnie d’une poupée au balancier cassé et ses grands yeux ouverts à tout jamais

La mort d’un cheval blanc la jeunesse d’un moineau

La porte d’une école rue du Pont-de-Lodi

Et les Grands Augustins empalés sur la grille d’une maison dans une petite rue dont ils portent le nom

Tous les pêcheurs d’Antibes autour d’un seul poisson

La violence d’un œuf la détresse d’un soldat

La présence obsédante d’une clef cachée sous un paillasson

Et la ligne de mire et la ligne de mort dans la main autoritaire et potelée d’un simulacre d’homme obèse et délirant camouflant soigneusement derrière les bannières
exemplaires et les crucifix gammés drapés et dressés spectaculairement sur le grand balcon mortuaire du musée des horreurs et des honneurs de la guerre la ridicule statue
vivante de ses petites jambes courtes et de son buste long mais ne parvenant pas malgré son beau sourire de Caudillo grandiose et magnanime à cacher les irrémédiables et
pitoyables signes de la peur de l’ennui de la haine et de la connerie gravés sur son masque de viande fauve et blême comme les graffiti obscènes de la mégalomanie
gravés par les lamentables tortionnaires de l’ordre nouveau dans les urinoirs de la nuit.

Et derrière lui dans le charnier d’une valise diplomatique entrouverte le cadavre tout simple d’un paysan pauvre assailli dans son champ à coups de lingots d’or par d’impeccables
hommes d’argent

Et tout à côté sur une table une grenade ouverte avec toute une ville dedans

Et toute la douleur de cette ville rasée et saignée à blanc

Et toute la garde civile caracolant tout autour d’une civière

Où rêve encore un gitan mort

Et toute la colère d’un peuple amoureux travailleur insouciant et charmant qui soudain éclate brusquement comme le cri rouge d’un coq égorgé publiquement

Et le spectre solaire des hommes aux bas salaires qui surgit tout sanglant des sanglantes entrailles d’une maison ouvrière tenant à bout de bras la pauvre lueur de la misère la
lampe sanglante de Guernica et découvre au grand jour de sa lumière crue et vraie les épouvantables fausses teintes d’un monde décoloré usé jusqu’à la corde
vidé jusqu’à la moelle

D’un monde mort sur pied

D’un monde condamné

Et déjà oublié

Noyé carbonisé aux mille feux de l’eau courante du ruisseau populaire

Où le sang populaire court inlassablement

Intarissablement

Dans les artères et dans les veines de la terre et dans les artères et dans les veines de ses véritables enfants

Et le visage de n’importe lequel de ses enfants dessiné simplement sur une feuille de papier blanc

Le visage d’André Breton le visage de Paul Éluard

Le visage d’un charretier aperçu dans la rue

La lueur du clin d’œil d’un marchand de mouron

Le sourire épanoui d’un sculpteur de marrons

Et sculpté dans le plâtre un mouton de plâtre frisé bêlant de vérité dans la main d’un berger de plâtre debout près d’un fer à repasser

A côté d’une boîte à cigares vide

A côté d’un crayon oublié

A côté des Métamorphoses d’Ovide

A côté d’un lacet de soulier

A côté d’un fauteuil aux jambes coupées par la fatigue des années

A côté d’un bouton de porte

A côté d’une nature morte où les rêves enfantins d’une femme de ménage agonisent sur la pierre froide d’un évier comme des poissons suffoquant et crevant sur des
galets brûlants

Et la maison remuée de fond en comble par les pauvres cris de poisson mort de la femme de ménage désespérée tout à coup qui fait naufrage soulevée par les
lames de fond du parquet et va s’échouer lamentablement sur les bords de la Seine dans les jardins du Vert-Galant Et là désemparée elle s’assoit sur le banc Et elle fait ses
comptes Et elle ne se voit pas blanche pourrie par les souvenirs

et fauchée comme les blés Une seule pièce lui reste une chambre à coucher Et comme elle va la jouer à pile ou face avec le vain

espoir de gagner un peu de temps Un grand orage éclate dans la glace à trois faces Avec toutes les flammes de la joie de vivre Tous les éclairs de la chaleur animale Toutes les
lueurs de la bonne humeur Et donnant le coup de grâce à la maison désorientée Incendie les rideaux de la chambre à coucher Et roulant en boule de feu les draps au pied
du lit Découvre en souriant devant le monde entier Le puzzle de l’amour avec tous ses morceaux Tous ses morceaux choisis choisis par Picasso Un amant sa maîtresse et ses jambes à
son cou Et les yeux sur les fesses les mains un peu partout Les pieds levés au ciel et les seins sens dessus dessous Les deux corps enlacés échangés caressés L’amour
décapité délivré et ravi La tête abandonnée roulant sur le tapis Les idées délaissées oubliées égarées Mises hors d’état de
nuire par la joie et le plaisir Les idées en colère bafouées par l’amour en couleur Les idées terrées et atterrées comme les pauvres rats de la mort sentant venir
le bouleversant naufrage de l’Amour Les idées remises à leur place à la porte de la chambre à côté du pain à côté des souliers

Les idées calcinées escamotées volatilisées désidéali-

sées Les idées pétrifiées devant la merveilleuse indifférence

d’un monde passionné D’un monde retrouvé D’un monde indiscutable et inexpliqué D’un monde sans savoir-vivre mais plein de joie de

vivre D’un monde sobre et ivre D’un monde triste et gai Tendre et cruel Réel et surréel Terrifiant et marrant Nocturne et diurne Solite et insolite Beau comme tout.

Jacques Prévert

JEU DE CUBES


JEU DE CUBES

Le brun du sépia remonte bronzer l’échiquier sur les marques du maillot

Un château pour la Jeune-Fille à la mandoline de Picasso

Ô donjon

Dressé à coeur de douves

La sirène des pompiers ne court pas éteindre un fado au passage de la frontière

Quelque part en Andalousie, de son oeil noir le toro attise le brasero à l’entrée des grottes gitanes.

Niala-Loisobleu – 8 Octobre 2020

LANTERNE MAGIQUE DE PICASSO


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LANTERNE MAGIQUE DE PICASSO

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la

fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le
quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant

La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon dans le vent La folle terreur du piège dans un regard d’oiseau L’absurde hennissement d’un
cheval décousu La musique impossible des mules à grelots Le taureau mis à mort couronné de chapeaux La jambe jamais pareille d’une rousse endormie et la

très grande oreille de ses moindres soucis Le mouvement perpétuel attrapé à la main L’immense statue de pierre d’un grain de sel marin La joie de chaque jour et
l’incertitude de mourir et le fer

de l’amour dans la plaie d’un sourire La plus lointaine étoile du plus humble des chiens Et salé sur une vitre le tendre goût du pain La ligne de chance perdue et retrouvée
brisée et redressée parée des haillons bleus de la nécessité

L’étourdissante apparition d’un raisin de Malaga sur

un gâteau de riz Un homme dans un bouge assommant à coups de rouge

le mal du pays Et la lueur aveuglante d’un paquet de bougies Une fenêtre sur la mer ouverte comme une huître Le sabot d’un cheval le pied nu d’une ombrelle La grâce incomparable
d’une tourterelle toute seule

dans une maison très froide Le poids mort d’une pendule et ses moments perdus Le soleil somnambule qui réveille en sursaut au milieu de la nuit la Beauté somnolente et soudain
éblouie qui jette sur ses épaules le manteau de la cheminée et l’entraîne avec lui dans le noir de fumée masquée de blanc d’Espagne et vêtue de papiers
collés Et tant de choses encore

Une guitare de bois vert berçant l’enfance de l’art Un ticket de chemin de fer avec tous ses bagages La main qui dépayse un visage qui dévisage un paysage L’écureuil
caressant d’une fille neuve et nue Splendide souriante heureuse et impudique Surgissant à l’improviste d’un casier à bouteilles ou d’un casier à musique comme une panoplie de
plantes vertes vivaces et phalliques Surgissant elle aussi à l’improviste du tronc pourrissant D’un palmier académique nostalgique et désespérément vieux beau comme
l’antique Et les cloches à melon du matin brisées par le cri d’un

journal du soir Les terrifiantes pinces d’un crabe émergeant des dessous d’un panier La dernière fleur d’un arbre avec les deux gouttes

d’eau du condamné Et la mariée trop belle seule et abandonnée sur le diva

cramoisi de la jalousie par la blême frayeur de ses premiers maris

Et puis dans un jardin d’hiver sur le dossier d’un trône une chatte en émoi et la moustache de sa queue sous les narines d’un roi

La chaux vive d’un regard dans le visage de pierre d’une vieille femme assise près d’un panier d’osier

Et crispées sur le minium tout frais du garde-fou d’un phare tout blanc les deux mains bleues de froid d’un Arlequin errant qui regarde la mer et ses grands chevaux dormant dans le soleil
couchant et puis qui se réveillent les naseaux écu-mants les yeux phosphorescents affolés par la lueur du phare et ses épouvantables feux tournants

Et l’alouette toute rôtie dans la bouche d’un mendiant

Une jeune infirme folle dans un jardin public qui souriant d’un sourire déchiré mécanique en berçant dans ses bras un enfant léthargique trace dans la poussière de
son pied sale et nu la silhouette du père et ses profils perdus et présente aux passants son nouveau-né en loques Regardez donc mon beau regardez donc ma belle ma merveille des
merveilles mon enfant naturel d’un côté c’est un garçon et de l’autre c’est une fille tous les matins il pleure mais tous les soirs je la console et je les remonte comme une
pendule

Et aussi le gardien du square fasciné par le crépuscule

La vie d’une araignée suspendue à un fil

L’insomnie d’une poupée au balancier cassé et ses grands yeux ouverts à tout jamais

La mort d’un cheval blanc la jeunesse d’un moineau

La porte d’une école rue du Pont-de-Lodi

Et les Grands Augustins empalés sur la grille d’une maison dans une petite rue dont ils portent le nom

Tous les pêcheurs d’Antibes autour d’un seul poisson

La violence d’un œuf la détresse d’un soldat

La présence obsédante d’une clef cachée sous un paillasson

Et la ligne de mire et la ligne de mort dans la main autoritaire et potelée d’un simulacre d’homme obèse et délirant camouflant soigneusement derrière les bannières
exemplaires et les crucifix gammés drapés et dressés spectaculairement sur le grand balcon mortuaire du musée des horreurs et des honneurs de la guerre la ridicule statue
vivante de ses petites jambes courtes et de son buste long mais ne parvenant pas malgré son beau sourire de Caudillo grandiose et magnanime à cacher les irrémédiables et
pitoyables signes de la peur de l’ennui de la haine et de la connerie gravés sur son masque de viande fauve et blême comme les graffiti obscènes de la mégalomanie
gravés par les lamentables tortionnaires de l’ordre nouveau dans les urinoirs de la nuit.

Et derrière lui dans le charnier d’une valise diplomatique entrouverte le cadavre tout simple d’un paysan pauvre assailli dans son champ à coups de lingots d’or par d’impeccables
hommes d’argent

Et tout à côté sur une table une grenade ouverte avec toute une ville dedans

Et toute la douleur de cette ville rasée et saignée à blanc

Et toute la garde civile caracolant tout autour d’une civière

Où rêve encore un gitan mort

Et toute la colère d’un peuple amoureux travailleur insouciant et charmant qui soudain éclate brusquement comme le cri rouge d’un coq égorgé publiquement

Et le spectre solaire des hommes aux bas salaires qui surgit tout sanglant des sanglantes entrailles d’une maison ouvrière tenant à bout de bras la pauvre lueur de la misère la
lampe sanglante de Guernica et découvre au grand jour de sa lumière crue et vraie les épouvantables fausses teintes d’un monde décoloré usé jusqu’à la corde
vidé jusqu’à la moelle

D’un monde mort sur pied

D’un monde condamné

Et déjà oublié

Noyé carbonisé aux mille feux de l’eau courante du ruisseau populaire

Où le sang populaire court inlassablement

Intarissablement

Dans les artères et dans les veines de la terre et dans les artères et dans les veines de ses véritables enfants

Et le visage de n’importe lequel de ses enfants dessiné simplement sur une feuille de papier blanc

Le visage d’André Breton le visage de Paul Éluard

Le visage d’un charretier aperçu dans la rue

La lueur du clin d’œil d’un marchand de mouron

Le sourire épanoui d’un sculpteur de marrons

Et sculpté dans le plâtre un mouton de plâtre frisé bêlant de vérité dans la main d’un berger de plâtre debout près d’un fer à repasser

A côté d’une boîte à cigares vide

A côté d’un crayon oublié

A côté des Métamorphoses d’Ovide

A côté d’un lacet de soulier

A côté d’un fauteuil aux jambes coupées par la fatigue des années

A côté d’un bouton de porte

A côté d’une nature morte où les rêves enfantins d’une femme de ménage agonisent sur la pierre froide d’un évier comme des poissons suffoquant et crevant sur des
galets brûlants

Et la maison remuée de fond en comble par les pauvres cris de poisson mort de la femme de ménage désespérée tout à coup qui fait naufrage soulevée par les
lames de fond du parquet et va s’échouer lamentablement sur les bords de la Seine dans les jardins du Vert-Galant Et là désemparée elle s’assoit sur le banc Et elle fait ses
comptes Et elle ne se voit pas blanche pourrie par les souvenirs

et fauchée comme les blés Une seule pièce lui reste une chambre à coucher Et comme elle va la jouer à pile ou face avec le vain

espoir de gagner un peu de temps Un grand orage éclate dans la glace à trois faces Avec toutes les flammes de la joie de vivre Tous les éclairs de la chaleur animale Toutes les
lueurs de la bonne humeur Et donnant le coup de grâce à la maison désorientée Incendie les rideaux de la chambre à coucher Et roulant en boule de feu les draps au pied
du lit Découvre en souriant devant le monde entier Le puzzle de l’amour avec tous ses morceaux Tous ses morceaux choisis choisis par Picasso Un amant sa maîtresse et ses jambes à
son cou Et les yeux sur les fesses les mains un peu partout Les pieds levés au ciel et les seins sens dessus dessous Les deux corps enlacés échangés caressés L’amour
décapité délivré et ravi La tête abandonnée roulant sur le tapis Les idées délaissées oubliées égarées Mises hors d’état de
nuire par la joie et le plaisir Les idées en colère bafouées par l’amour en couleur Les idées terrées et atterrées comme les pauvres rats de la mort sentant venir
le bouleversant naufrage de l’Amour Les idées remises à leur place à la porte de la chambre à côté du pain à côté des souliers

Les idées calcinées escamotées volatilisées désidéali-

sées Les idées pétrifiées devant la merveilleuse indifférence

d’un monde passionné D’un monde retrouvé D’un monde indiscutable et inexpliqué D’un monde sans savoir-vivre mais plein de joie de

vivre D’un monde sobre et ivre D’un monde triste et gai Tendre et cruel Réel et surréel Terrifiant et marrant Nocturne et diurne Solite et insolite Beau comme tout.

 

Jacques Prévert

FIN DE PARCOURS POSSIBLE


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FIN DE PARCOURS POSSIBLE

À quoi bon s’agiter ?
J’aurai vécu quand même
Et j’aurai observé les nuages et les gens
J’ai peu participé, j’ai tout connu quand même
Surtout l’après-midi, il y a eu des moments.

La configuration des meubles de jardin
Je l’ai très bien connue, à défaut d’innocence ;
La grande distribution et les parcours urbains,
Et l’immobile ennui des séjours de vacances.

J’aurai vécu ici, en cette fin de siècle,

Et mon parcours n’a pas toujours été pénible

(Le soleil sur la peau et les brûlures de l’être) ;
Je veux me reposer dans les herbes impassibles.

Comme elles je suis vieux et très contemporain,
Le printemps me remplit d’insectes et d’illusions
J’aurai vécu comme elles, torturé et serein,
Les dernières années d’une civilisation.

Est-il vrai qu’en un lieu au-delà de la mort
Quelqu’un nous aime et nous attend tels que nous sommes ?
Des vagues d’air glacé se succèdent sur mon corps ;
J’ai besoin d’une clef pour retrouver les hommes.

Est-il vrai que parfois les êtres humains s’entraident
Et qu’on peut être heureux au-delà de treize ans ?
Certaines solitudes me semblent sans remède ;
Je parle de l’amour, je n’y crois plus vraiment.

Quand la nuit se précise au centre de la ville
Je sors de mon studio, le regard implorant ;
Les boulevards charrient des coulées d’or mobile
Personne ne me regarde, je suis inexistant

Plus tard je me blottis près de mon téléphone
Je fais des numéros, mais je raccroche à temps.
Une forme est tapie derrière l’électrophone ;
Elle sourit dans le noir, car elle a tout son temps.

 

Michel Houellebecq

DEVANT PAR DERRIERE ET LES CÔTES


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DEVANT

PAR DERRIERE ET LES CÔTES

Des vignes hautes tombe un fruit lourd

le grain de Malaga roule ses yeux taurins

quand le soleil habite la grappe à en enivrer la main

Pablo a saisi LA MUSE  en son miroir

pour que les guitares allument son image

Elle m’écrit

je l’a lit

d’un pore à l’autre

Odyssée d’une armada d’amour qu’un vent porteur navigue à bord d’un

porte-plume oiseau

L’orbe élevant la quille à la vague ascensionnelle des couleurs nées du bleu au moment du mouvement de la poitrine

bien avant l’invasion viking du courant Kon-Tiki

la pirogue de papyrus

la giration derviche

les Cheminées des Fées

le chant grégorien

et

le cheval-marin tirant l’argile des futures mères pour le vase d’Ulysse et des Sirènes

J’ai vu sortir cette empreinte originelle du fond du miroir

sa main dans la sanguine de l’oxyde de caverne

avant que ne retombe la vibration de la course du troupeau de bisons….

Niala-Loisobleu – 10 Mai 2020

SUINTEMENTS


SUINTEMENTS

Le temps poursuivi dans cette cavalcade que nous affectionnons à cru, nous sommes au bord de courir dans l’écume

La rivière est proche

les peupliers en ligne marquent l’obstacle à franchir après celui de l’helvète fouineuse qui en a été pour ses frais

Un groupe d’ânons se nourrit à sa maman sous l’oeil attendri d’une belle normande à l’écoute, oreilles collées sur les rails

Quand les anglais ont débarqué ici ont se les ait farci durant cent ans. C’est drôle mais ça me bat pas l’émotion de savoir que l’arène mère à paumé un rejeton et sa suite. Le monde est si pauvre qu’il lui faut des monarques pour sa tirelire

Je sue, tu sues, nous suons

Et jusqu’à les peaux greffées d’une m’aime brûlure. L’éperon émonde à sang. Ah oui, sans casaque tu gagnes à prendre le départ comme moi sans la bombe mais avec le panama

Quand j’aurai rentré le cheval à côté du vélo, j’irai changer les litières…

Niala-Loisobleu – 24 Avril 2020

LA MAIN GAUCHE


LA MAIN GAUCHE

 

Suspendu, un châssis dénudé de lin pense au temps des toiles en étendue. Les tubes secs comme des pages blanches traînent parmi les morceaux de craies, des fusains sur lesquels une police scientifique identifierait les empreintes, portes-plumes, mines de plomb , critérium Caran-d’Aches, une odeur d’alcool reste au fond de quelques verts renversés par une grisaille psychologique

Ils marchent les yeux dans les yeux

Le lapin chasseur aurait du me rappeler mon père, son humour et son esprit enchanteur dès l’aube en train d’éplucher l’itinéraire qui le conduirait à sa prochaine aquarelle. Hélas il m’a échappé des doigts quand du terrier j’ai aperçu sortir la vilaine bête. La glu des oiseleurs traque l’oiseau

Un service militaire prolongé bien au-delà du temps réglementaire devait m’apprendre à déminer entre deux constructions de pont fluvial. De quoi rire vu la quantité d’explosif que mes chemins gardent, mèche allumée

En perdant le manuscrit de la dernière chanson, le cheval a perdu son aspect ventriloque. Les sabots ne sont pas parvenus à rejoindre le kiosque à musique du jardin public. Pas plus que la queue du Mickey du manège en place contre le Guignol

Et devant la mer la rose des sables est venue tout droit de Taïwan dans l’étal du marchand de souvenirs

L’enfant s’est vu grandir

Il a pris peur

Comme au temps où il a été puni d’écrire à la main gauche…

Niala-Loisobleu – 19 Avril 2020