L’ARBRE QUI


il_794xN.1939344558_n3h7

L’ARBRE QUI

L’arbre qui cache la forêt

Rien ne peut cacher la forêt, même le grand inquisiteur sent battre son coeur. La forêt est la forme absolue et amoureuse du secret, elle est totalement nue et fardée. L’éloge de la forêt ne se peut concevoir que dans l’erre d’un éloge du maquillage, dans la présentation stalkée de l’animal fard. Forêt, fractalité, fougères, filles feuilles, familiarité permanente du feu.
Il y a quelque chose d’asphyxié-cyanosé dans la pensée, des prémisses d’incendie, elle ne manque pas d’air, certes, mais, mais dans les distances de freinage erratiques du big bang, la pensée est chez elle dans les rues ensevelies de la forêt, là, dans l’enchevêtrement des lianes et des fougères de vanille, dans l’invagination brûlante des feuilles, là, dans la boue faite de nous, la pensée, semblable à la carpe miroir avaleuse des vases, la pensée bleu vase de nuit, la pensée a l’air étranglé des selles de loup. La volonté et le désir formel, comme en croupe sur les cîmes, dès lors procèdent à de tenaces commandos de vent et de cravache et de programmes de pluies pénétrantes, apportent des lois de déports et de bivouacs aux idées mutiques et déliées, et c’est, dans le phare des troncs, par le battement de coeur des branches et de l’écorce, par l’amour vif et ciliaire de l’herbe, la main tendue sur l’objet de plus haute vertu.

La forêt, c’est Abélard dans la bouche d’Héloïse, c’est l’intégralité du désir bluté d’idées dans la nytroglycérine du hasard qui médite et ne préfère aucune carte.

L’incandescence de la parole en une bouche fermée tendue à rompre.
On sucera toutes les pierres du chemin, Natacha. Non loin, dans les tremblements de voile du soleil, la petite Tania danse. Pense. Lance toute sa retenue sur la terre. Alentours le sourire de l’eau suscite Boudjema à qui les règlements d’ombre dans le bois interdisent de se retourner sur Natacha.
Il pleut tout le temps des promesses fraîches. Il boit tout le temps. Ils rient très fort de tous les bois pris. On dit bois car la forêt, qui sait ce qu’elle fait et feuillette, la forêt n’est qu’immense boire.
La forêt est soif.
Comment cacher la soif ?
Ô Natalia Bellouve.

 

 

Olivier Allain