L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE


L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE

Parti de son vieux pays maya brisé un oiseau-quetzal est descendu dans mon jeu : je suis pour lui le toit d’une petite maison en bois rustique ; je suis une épaule de nègre
habituée à porter des fardeaux qui pèsent plusieurs siècles de solitude ; je suis le poète qui ne se rend pas au cyclone ni aux lubies de
Castro ; je suis le poète qui n’a pas à rougir du feu libre de ses mots ni des roses et des mimosas de son jardin.

Heberto est pour moi le pote de la nuit

de gel à
La
Havane où nous avons ensemble

mesuré l’avancée que le temps des poètes

a gagnée en savoir et imagination

sur un macho dont les matins étaient comptés.

Nous souffrons sous le sabot du cheval-sorcier* : nous ne cédons pas à sa furie ; enfermés tous les deux dans sa cage à tigre du
Bengale nous semons nos chants de justice bien plantée : les voici sortis vainqueurs du gros mot en -isme qui vola un soir les mots et le temps nôtres pour les ajouter au mauvais
temps de l’Histoire !

René Depestre

EN ÉTAT DE NATURE PAR ANDRÉ VELTER


EN ÉTAT DE NATURE PAR ANDRÉ VELTER

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Dans la vallée de
Gogulcar les norias
Tournent à l’antique avec un bouvier et des bœufs.
Virgile tout attendri contemple ce tableau,
Sourit au temps qui dure et reprend son scooter..

Il vient de loin en loin voir un peu s’il y a
Du bonheur en campagne ou de l’aigreur chez ceux
Qui restent dans les champs à remuer de l’eau,
S’il y a des secrets à ranimer ou taire.

Est-ce un aveuglement que l’harmonie visible?

Les femmes en saris rouges qui ramassent des piments

Ont-elles de la beauté une approche paisible?

Les heures, le labeur, la fatigue, les lourdes charges
Répètent la même pièce où l’on ne sait qui ment
Dans la lumière poudrée d’un Âge d’Or en marge.

André Velter

VIDE-CARTABLE


VIDE-CARTABLE

Tous chiffonnés de grisaille pluvieuse les carreaux du damier hésiteraient-ils à faire mouvoir ?

Frissons de l’allée

Le fond de l’air est froid

De l’angle d’une mèche mon regard enfile les carreaux du tablier d’écolier

Que la main calleuse de Marthe nettoie des escarbilles

Le chat ronfle sur le piano sans rien connaître du solfège

Excellente raison pour grimper au grenier par l’échelle du meunier

Le grain y a semé des chemins à suivre pour apprendre

Mon imaginaire allume les recoins sombres en écartant les premières peurs de sa lumière

Montrant bien ton petit-bateau dans les passages rapprochés de ta balançoire

Histoire de me dire « Je suis là, t’es pas tout seul »

Ce qui fait rire le chien à lui faire lever la patte sur les salades du colporteur de médisances

la joie de tes seins qui balancent manège mon cheval à ne pas rester de bois

La vie est belle

Tes linges rient

A peau découverte.

Niala-Loisobleu – 18 Mai 2021

TUBEREUSE


TUBEREUSE

Dressée sur mon attention nasale

J’entends ton désir atteindre la branche attique

Boomerang le bas du tronc écrit en percussion en suivant le relief à la lettre

Rendu au genou je devine la horde s’engouffrer vers la trappe de secours de la fosse poplitée

La pointe du pétale derviche en boucle

Souffle court et dent incisive

Droit sur sa tige l’oiseau huppe d’abord de l’oeil puis des zèles une chanson de corps de garde sans raturer un mot

Comme c’est jaune hein le soleil battu par le fouet du chien noir

La mort si tu voyais la tête qu’elle tire tu rajouterais ta nouvelle vague à éclore sans retenue

Mai comment fais-tu l’amour Cerise ?

Non, Monsieur je n’ai pas vingt ans mais c’est mieux…

Niala-Loisobleu – 17 Mai 2021